‹ Mémoires sur l'impératrice JoséphineChapitre 2 sur 47 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les émigrés français k LoDdrea. ~ Leurs moyens d'existence.

Notre société. — Cramer. — • Victti. — Jarnowick. Sonacrip-

tioa. — Le prince de Galles. — Le duc de Berri. — > Le dno dt)rléans. — Le vicomte de Mario. — DoHeofc» Geotfe» III

Louis XVIIJ.

. Mes souvenirs les plus éloignés datent de 1 7^ J'étais à cette époqqe extrêmement enfant ; mais il est des événemens peu iniportans, des circonstances d'un médiocre intérêt, qui se fixent cependant d une manière ineffaçable dans de jeunes tètes ^ qui reçoivent aisément toute espèce d'impressions.; Née et élevée en émigration^ j'ai vu de près plusieurs des person-

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nages qui sont maintenant à la tête du gouvernement Habituée à yénérer les princes pour lesquels nous avions renoncé à notre patrie, je n'entendis jamais depuis prpnoncer leurs noms sans une émotion .bien naturelle ; ils me rappelaient les longs et cruels malheurs de mes parensi J'eus toujours pour ces nobles bannis le respect qui leur était du ; et , sans me rendre compte de ce que je sentais » c est à cette première enfance que je dois attribuer sans doute réloignement que j eus depuis pour toute place dépendante delà famille quiremplaçaitcelle des Bourbons. Je refusai positivement celle de dame du palais de la reine de INaples ( la princesse Joseph ). Aussitôt que j'aurais atteint 16 ans, elle était promise pour moi à une de mes parentes qui l'avait sollicitée vivement. Je pieu- « rai tant lorsqu'elle m'annonça la réussite de sa demande, qu elle^vit bien que je ne changerais pas d'avis; en effiet 9 je persistai , et l'on doniia cette place, désirée avec ardeur par tant d'autres personnes. Jene parle ainsid'une chosequim'est entièrement personnelle, que pour prouver que ce n'est pas la partialité , qui me fera dire tant de bien de Joséphine.'

Avant de parler des circonstances qui m ont

SDR J06ÉFIUNB. 7

mm à même de conaaîUe ^i'Uapératrio^ « il doU m'^ètro permis de me traosporler aux pvenièm^ a^ué^s de ma vie ; i^s sevilo^ qui aieat étM ^xampteB de peûm » -purce qae' |6 ii*étai^ pa»

encore d'âge à les sentir : un peu plus tard î eiis«6 %émi de k «itoaiion péoîbia da ptaresa d^poinllës Côut à tioap d'uM gimd^ fortuae, dont ils faisaieui un digue U^9ge; )> me fusae di^lae de voir ma mère aa (^ir 4a

son beau talent pour la musique, afin de pourvoir à ia aubsintaoeeda moa fiàra eA àlamiaaiiel Maîa les artistes les plui^ djatipgués 4)a. l'i^kh- (erre se réunissaient chez elle ; on y dojin^t des

ooocarta» oà j'^fcais fort eanteséa # oji rac^

Vais des bonbons : que me fallait-il de plus?.... Parmi les gens remarquables .qui âUiei^ reçus chea mes paréos 9 je vis souvent Dnaseek ei Crapner, fort liés quoique rivaux; ils »*éçQjir teiieal fliulMUemeilt avec plaisir > ei. ^ rendaient une justice dont voici une preOve. Dus*» aecL arriva plus tard que de isoutumie, . Grau^ar lui en demanda la raison;* c-^G'estque )e vîeiis4e composer un nouveau rondeau » j'en étais assez coAtest^ et eépradant, apiàs nn'ftrairalil»4(uit le résultat élait satisfaisant , j'ai tout brûlé. ~Eh! pourquoi ? ~ Ab ! pourquoi;. ^nrqueii ?>.ii

7 avait an passage diabolique , que fai étudié plusieurs heures' sans pouvoir le faire. J*a{ pensé que tu le jouerais tout de suite } et j*ai voulu éviter ee petit déboire à mon amour propre. » Ceci fut dit devant plus de trente personnes. Je ne sais trop si Ton peut citer souvent une telle impartialité , dans des personnes suivant la même carrière. C'est pour la singularité de ce'fiiit, concernant deux admirables talens, que j'ai voulu les consigner.

Viotti» Jarnowick , violons célèbres , étaient de' ces réunidiïs, ainsi que H. le vicomte de Marin, assez heureux pour avoir aussi une Téésôinrce , ' qui l'exemptât de recourir à la charité des Anglais. Un grand nombre d émigrés n'ayant aucun moyen d'existence , étaient forcée dé tendre la main aux ennemis de leur patrie. Combien j admire ceux qui ont préféré -gttgfi^r ce' qu'ils mangeaient I Accepter un asile -était, suivant moi, tout ce que pouvaient faire des Français l c'était d'ailleurs une justice que de le ' demander' à cette Angleterre , dont un roi fut chassé et recueilli en France:

Géorges 111 acquittait '^ au nom de la nation et de la royauté^ la dette de Jacques II. Comme Louis XYIII » c^Jui-ci trouva sûreté et protec^

tUR JOSÉPHINE. 9

tidn dans le malheur; mais il ne donna pas comme le premier l'exemple d^ane modëraHon extrême et d'une simplicité parfaite; nos princes n'a£Kchèrent pas le luxe , dans un moment où tant de leurs compatriotes manquaient de pain; ils se privèrent de toutes les superfluités des cours , pour soutenir de ' fidèles serviteurs , errants comme eux; et prouvèrent là comme ici, que* toutes les vertus peuvent se trouver réunies sur le trône. '

Plusieurs grands personnages s'illustrèrent par la manière dont ils • surent ennoblir le malheur : ils en profitèrent pour développer des moyens qui eussènt peut-être été ensevelis dans le tourbillon du monde. Ils sont presque tous maintenant réintégrés dans les honneurs , les dignités ; plusieurs se rappellent de nos soirées passées dans une douce intimité. Tous les rangs étaient oubliés » confiMidus; mais la confiance» Tamitié, n'étaient point là de vains mots. Ils doivent quelquefois regretter leur heureuse pauvreté» et cette franchise qui n'est plus pour eux qu un souvenir.

Les Anglais » probablement par politique » i^çurent bien les émigrés, et leur fournirent toutes les ressources possibles pour leur éviter

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]a misère qui les menaçaient. Le prince de Galles fMirUcttlièreiDent témoignait im vît intérêt pour de grandes infortunes. Son nom était à la tête «le toutes les sonseriptioos Mverteseo leur far* ▼eur; il fut Fami partienlier dxx due de Bérrf etde monseigneur le duc d'Orléans. Il éprouvait avant la '«évolution ie plus vif désir de mûr passer quelque temps en France. Il ne put le satisfaire, uné ki défei^daut à Théritier dp . trône de quitter l'Angleterre sans permhêim én. parlement, sous peine d'être déchu de ses droits. Le ptioce de GaUes savait très-bieo qu'elle serait refusée^ il ne la demanda pas.

Jaraowick, que j 'ai nomi]|é plus haut, était cité autant par J'originalité de sott esprit que par son beau talent sur le violon. En voici un exemple :

11 doonatt un concert ; la salle était pleine ; il commence son concerto , et voyant que les chueboteries continueiit, que le bruit des cuillers et des tasses ne finissait pas ( i ) , il se retourne du côté de l'orchestre, et dit tout haut: t Arrêtes»

(i) On sert du thé pendant toute la soirée, sans s'inquiéter si on fait de la niiisiqoe ou non. Les wetters ont ordre de distribuer les rafratohltsemeiis, et veulent gagner leur ur{^cnl en conscience.

SUR aoaÉrauiE. i\

« vous , mes amis. Ces gens-là ne comprennent « rien aux arts. Je Tais leur donner quelque t chose de très-analogue à leur goût ; ce sera « toujours assez bon pour des buveurs d'eau « chaude; » et il joue immédiatement j'ai du bon tabac. Ce qu'il y a de plaisant, c'est qu'il fut couvert d'applaudissemens , que le second morceau fut fort bien écouté y et que les tasses de thé ne circulèrent que lorsqu'il eut fini.

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