CHAPITRE II
Voyage à Hambourg. » Lady Fitzgerald. — Madame de Gealie et madame Bécamier. ~ Lord Édouard Fitzgerald , le duo de Richmond.'^Le prince Ferdiaand Louis de Prusse. — Société française. — Rivarol. — Madame Chevalier , actrice du Théâtre - Français. — Paul empereur de Russie. —
Représentation à Bénéfice. — Séjour à Altona. — La princesse de Vaudémoot. — Garât et Rode.
En quittant Londres nous fûmes à Hambourg, où je vis Jady Edouard Fitzgerald, dont la beauté faisait alors le même bruit , que fit plus tard à Paris celle de madame Recamier.
Madame de Geulis a tant parié de cette élève chérie dans ses mémoires, qu*il reste peu de choses à en dire ; cependant je ne puis passer sous silence son admirable conduite , lors de Tarrestation de l'infortuné lord Edouard. Pour parvenir jusqu'à sa prison, elle resta trente-six heures cachée dans une tourbière ; elle en sortit
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épnisëe de froid et de fatigue ; mais elle eut le bonheur de porter quelques consolations à son époux, condamné comme criminel de lèse-ma*
jesiéàavoir la tête tranchée (i). Elle fut lob jet de
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tampes vendirent son portrait de mille manières différentes. Le. duc de Kichmond enthousiasmé d'un courage si extraordinaire dans une jeune femme 9 admirant son angélique figure, et ap-> préciant ses excellentes qualités, Jui oQrit de répouser à l'expiration de son deuil; elle le refusa , ne Taimant pas. Elle s'est depuis mariée à M. Pitcairn consul des Etats-Unis à Hambourg* Nous eûmes dans cette ville la plus grande intimité, avec le prince Ferdinand-^Louis de Prusse (2). n était renvoyé de« Beriin par le roi, mécontent de nombreuses étourderies de jeunesse ;. c'était un mauvais moyen de. le corriger, que de l'éloigner ainsi d'une ville, où tous. les yeux. étaient .fixés sur. lui. Seul,
(1) Sa mémoire a été réhabilitée il y. a (|uelqued aonées , et ses biens reiidus à ses enfons.
(a) Quiest mort depuis si courageusement à Saalfeh). Ne voulant pas se readce à UQ.maréçhai'Mies-lo^s île hussards, il fut tué par ud ,co.up de poiote.
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Kurté • ài.hift«Dième, ^atoitré de feunes gens lieaucoup plu^ dissipés encore que lai, il fui souvent iibds éa bheinia qui ooi^enint à «m homme de son rangr II rachetait tous les •égaineoMiis de sa uau^slMe tète» par -line hri* vmire extrême , de nobles sentimens , de Tes^ prit, des ' connaissances peu communes, et un bean. talent kir le piano« L'abbé • Raynal fut son précepteur. Elève de Mozîirt , ses . compositions i étaient ibrt agréables » et sbn exétutkm menreîllense'pofur cette ëpo* que ; sa figure régulière et :belle ; aimable et. galant avèc les femmes, |1 se grisait et se prenait de querelle ayec les hommes; se battait .a?ec la tranquille garde bourgeoise $ sauvait dès* èûfimsda mîKeo dès' flammes dans les fréquens incendies qui ont lieu dans cette "rilléi faisait du train au spectacle, donnait tout ce qu'il possiidait à une pauvre famille qui lui était recommandée; enfin il était impossible de ne pas le craindre , l'aimer et le plaindre presqu'ea même temps. Il souffrait qu'on lui dit toutes ses vérités, eoiiirenait de ses torts, promettait à ses amis de ne plus y retomber; et suivant l'usage invariable , recommençait, quelques jours après, ses sottises et ses belles ac*
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lions. A oe nélsage dé msibiiitë, de frivo* IHé, de sérieux et de folie > de bien et de mal , il était digoe d'être Français. It eatimaît leur cnactèta « et ne Tivak q[u*aTee eux. M. de«..#4 loi reprocha d'être trop avec les plus cités pour leurs' opinions Jacobines (cen qui poi^ taient la coearde trfeolore). « J'atmci lemrs idée^^ répondit^il , car enfin , quoique prince ^ je suis très-pop»laife« ~ Prenez garde, monséigneor^ de devenir populacê , ïua mène ù l'autre. » G< mot plein de justesse , qui malheufeir^enieol rappelait un ^Vénemetit bien récent, devait être une leçon pour celui auquel il s'adressait.
Mi de Bivaroly ébbHsiênM d'esprit» était aussi à Hambourg. 11 se levait fort tard , et recevait tous les malins, pendant qu'il était oott<» ebé y «ne féale déjennês gens d^Meuvré», con^^ tens de pouvoir se vanter d'être liés arec un bomme ai aiipériéui: s c'était an lèéet" dann toutes les règles; l'adulation y était poussée à 1 extrême ; et l'on s'estimait heureux d'obt^îr nne phi«sè bienveiltante, de celui qiA s'amtisait beaucoup des ridicules > s'en moquait par des» niotapiqmns» queue compraiaieotsotiventpasf ceux auxquels ils étaient adressés ; et qu'ils al-» laient aff^c oqnliance répéter le soir dans les
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salojiâ où ils voulaient. briller. M. de fii?arol prétendait qu'ils venaient se frotienCeifnii chez
lui. Il ,e$t dommage que le sien lait presque toujours porté .au genre si aisé et si dangereux de la satire. Il avait tout ce qu'il fallait pour réussir dans les ouvrages élevés : son indo«> ience , ses passions peu honorables , Tout ar* rôté daps la carrière qu'il pouvait parco.urir d une mani^ire brillante. Il . fut loué » adulé pendant quelques années ; et , maintenant ^ à peine pronoDce-t-on son. nom !
Madame Giievalier, actrice dti Théâtre-Fràn* çais , faisait alors les délices des bons Hambourgçoi^» Sa, charmante, figure» son agréable voix » son jeu modeste et gracieux lui obtin-> rent des. ^UQcès éclatans : .elle reçut de Pétersbovrg des propositions tellement , avantageuses , qu'elle les accepta. J'assistais à sa représentation d'adieu ; elle fut .si solennellement comique > que je me la rappèle parfaitement , quoique je n'eusse que six ans. La salle était comble. ,']Mad9Pie ,Ghe.valijer » .« la fin. de la dernière pièce , s'avança sur le bord du théâtre 9 essaya de chanter. quelques couplets de circonstance ; mais son éxemhe .^m^Âon l'empêchant d'achever, son mari se précipita pour
la soutenir, criant qu'elle allait se troa^er mal. Grande rumeur dans la salie : les femmes disaient que c'était une scène étudiée; que les attaques de nerfs ne signiûaient plut tien, etc. Les hommes s'attendrissaient sur ce qulls allaient perdre cette adorable eréa^ ture; les yieux sénateurs, eu grand costume de velours noir, ayant leurs énormes fraises et leurs perruques à marrons , s'essuyaient les yeux tout aussi bien que les merveilleux Français ; voulant témoigner mieux que ceux*, ci leur affection pour cette personne si affligée de les quitter, ils jetèrent à ses pledi des bourses pleines d or. Les émigrés , moins riches, se bornèrent à une couronne; enfin , la ffete ftit complète. De nos jours, il y en a sonvent de semblables ; mais alors on n'était pas. aussi savant , aussi éclairé que nous , et Ton trouvait ridicule de prodiguer à une actrice richement payée, les témoignages d'enthousiasme . que Ton témoignerait au libérateur de son pays; on fut donc tout étonné de s'être laissé entraîner à une scène dmt on se moquait, le lendemain.
Cette dame Chevalier, $i tenêthle^ devint la maîtresse de Paul aceorda des places