MÉMOIASS
datent son retour. Son absence était quelquefois tellement lon^ie ( ces conférences n'avaient lieu que le soir) , qu'en revenant elle trouvait tout le monde endormi , et riait beaucoup des posilioiis i,n»iu'esque prenaient ces daines, pour ne pas gâter leurs toileites. Dans les derniers temps, chaque coup donné à cette porte lui causait des battemensde cœur si violens , qu elle pouvait à peine respirer; elle croyait toujours recevoir Ja conilrmation de tout ce qu'elle redoutait.
Lorsqu 'enfin elle sut son sort, elle versa
une telle abondance de lannes, qu'elle lui plus de six mois sans voir clair ; ses yeux étant dans un état affreux, elle ne pouvait supporter la moindre cUrlé, elle ne distinguait aucun objet. Ce^ndant son parti fut pris immé^ diateiiient; et c'est elle qui rendit du courage à ses enfans atterrés par cette nouvelle*
Voici une lettre qu'elle écrivît à l'empei'eur cinq ou six jours après que le divorce fut. prononcé.
A t Empereur.
«Me5 pressentimens sont réalisés! Vous venez de prononcer le mot qui nous sépare ; le
SDR JOSÉPUII4E.
resfe n'est plus qu'une formalité. Voilà donc le résultat, je ne dirai pas de tant de sacri6ces» (ils me furent doux , puisqu'ils étaient pour vous ) ; mais d'une amitié sans borne de mon côté , et du TÔtre » des sermens les plus solennels ! Encore si l'État, dont vous vous faites un motif, me dédommageait en vous justifiant!
Mais cet intérêt, auquel tous feignes de m'immoler, nest qu'un prétexte ; votre ambition , mal calculée , tel a été , tel sera toujours le guide de votre vie ; guide qui vous a mené aux conquêtes et au trône, et qui vous pousse maintenant aux défaites et au précipice.
» Vous parlez d'alliance à contracter , d'iiérilier à donner à votre empire , de dynastie à fonder! Mais avec qui formez-Vous alliance?
avec l'ennemie naturelle de la France , cette insidieuse maison d'Autriche, qui déteste notre pays par sentiment, par système, par nécessité. Croyez-vous que cette haine , dont elle nous a donné tant de preuves , surtout depuis cinquante ans, elle ne l'ait pas transmise du royaume à l'empire? et que lesenfansde Marie* Thérèse , cette habile souveraine , qui acheta de madame de Pompadour ce fatal traité de 1756, dont vous ne parlez qu'aviec horreur,
hktaoïKES
penses-vous, dis- je, que sa postérité , en héritant de sa puissance» n ait pas hérité de son esprit? Je ne fais que vous répéter ce que tous m avez dit mille fois ; mais alors votre ambition se bornait à buiuiiier une puissance qu'il vous convient de relever aujourd'hui Croyez-moi:
tant que vousserez maître de l'Europe, elle vous sera soumise ; mais n'ayez jamais de revers.
» Quant au besoin d'un héritier, dût une mère vous paraître prévenue , en vous parlant d'un fils 9 puis-je et dois-je me taire sur celui qui fait toute ma joie , et qui faisait vos espérances ? C'était donc encore un mensonge politique que cette adoption du lâ janvier 1806 1 Mais ce qui n'est point une illusion, ce sont les talenSf ce sont les vertus de mou Eugène. Combien de fois en fîtes-voos l'éloge ! Que dis-je ? c'est par la possession d'un trône que vous avez cru devoir les récompenser; etsouvent vous avez dit qu'il méritait davantage. £h bien ! la France l'a souvent répété après TOUS ; mais que vous sont les vœux de la France ?
> Je ne vous parle point ici de la personne
destinée à me succéder, et vous n'attendez pas que je vous en parie* Ce que j'en dirais
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•TOUS paraîtrait sospect. Ce qui ne peut jamais l'être pour vous, ce sont les vœux que je forme pour votre bonheur. Qu'il me dédommage au moins de mes peines I Ah ! qull sera grand s il leur est proportionné ! »
Le vice-roi et la reine Hortence voulaient tous deux quitter la France sans retour, et .suivre leur mère en Italie , où elle devait aller. Ce fut elle qui leur dit que l'empereur était leur .bienfaiteur , leur père; qu'ils leur devaient une obéissance sans, bornes , et que ce serait ajouter à ses inaifx que de donner des sujets de mécontentement à leur souverain. Enfin , elle leur parla avec tant de force , qu'ils consentirent à rester , et plus tard à être témoins d'un mariage qui devait leur être si odieux. Tout le monde sait qu'elle noble conduite le vice-roi déploya lors de la cassation .de celui de sa mère. Personne n'en fut surpris ; tout ce qui était héroïque et ^rand lui était naturel.
Je n'écris que des souvenirs , et il n'entre pas dans mon plan de rendre compte d evénemens trop importans» pour être écrits par une femme. Il faudrait, pour en parler , une force , une énergie que je n'ai pas; je dois me borner
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à peindre de petits tableaux de genre, dont le principal morite est la ressemblance des personnages, et la parfaite vérité de l'action. Je ne puis cependant m'empècher de relever une erreur grave «jue M. le duc de Rovigo répète plnsieors fois dans ses mémoires.
Il prétend que l'impératrice Joséphine n'avait épousé l'enipereur que civilement. Je puis assurer qu'elle et le vice-roi ont plusieurs fois dit le contraire devant moi, et les personnes de l'intimité de JNavarre.
L'impératrice nous conta qne trois jours ayant le sacre, le cardinal Fesch, d'après la demande formelle du pape , donna la bénédiction nuptiale aux époux, à minuit, dans la chapelle des Tuileries ; un très-petit nombre de témoins assistèrent à cette cérémonie.
Je crois me souvenir qne le maréchal Duroc et le prince Ëugène étaient au nombre des témoins. Je n'ensuis pas assez sûre pour l'affirmer.
Le pape affectionnait beaucoup l'impératrice^ dont il connaissait Tâme généreuse; elle lui écrivit souvent. Voici une de ces lettres, écrite peu de temps avant le sacre.
SUH JOSÉPHINE.
A sa Sainteté Pie VU.
«Quelque habitude que la connaissance de notre religion ait donnée à votre Sainteté des ▼tcissitudes humaines,'* sans doute qi'i'elle ne voit pas sans étonnement une femme obscure»
prête à recevoir de ses mains la première couronne de l'Europe. Dans un événement aussi extraordinaire , elle sent la main de Dieu , et
la bénit » sans loi demander compte de ses desseins. Mais moi, Saint Père, je serais encore ingrate 9 même en la glori&ant, si je n épanchais dans le sein paternel de celui qu*e1lé a choisi pour représenter sa Providence , si je ne loi confiais mes sentîmens secrets. Le premier, celui (jiii domine les autres, est la conviction de ma faiblesse et de mon incapacité : par moimême je suis peu, ou pour mieux dire , je ne vaux un peu que par l'homme extraordinaire auquel je suis unie. Ce retour sur moi-même , qui m'humilie quelquefois, parvient à m'encourager par un examen plus réfléchi. Je me dis que le bras sous lequel tremble la tërire peut bien me soutenir et doit me fortifier. Mais que d'autres écueils environnent le poste élevé
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auquel il me fait monter! Je ne parle pas def la corruption qui, pailni les grandeurs 9 atteint
les âmes les plus saines; je présume assez bien de la mienne pour ne la pas redouter. Hais de ce faîte d'où les autres dignités doivent paraître misérables, comment distinguer les véritables misères? Ah ! je sens pourtant qu'en devenant impératrice des Français» j'en dois aussi devenir la mère; toutefois, que serait-ce que les porter dans mon cœur , si je ne leur prou- V vais ma tendresse que par mes intentions? Ce sont des faits que les nations ont droit de demander à ceux qui les gouvernent, et votre Sainteté, .qui répond si bien au respectueux amour de ses sujets par des actes continuels de justice et surtout de bienveillance , est mieux qu'aucun autre souverain càpabie de me démontrer, par son exemple, l'eflicacité de cette doctrine. Puisse-t-elle donc , avec les onctions saintes qu'elle fera couler sur ma tète , non pas seulement me pénétrer de la vérité de ces préceptes, dont mon cœur est persuadé, mais me communiquer la facilité de les mettre en pratique I »
L'impératrice voulut avoir sou extrait de ma-
riage qui lui fut délivré. Elle le remit au viceroi, qui l'emporta en Italie, dans la crainte qu'il ne fût ou ëgaré ou soustrait.
Lorsqu'il fut question du mariage de Marie- Louise 9 elle fit demander à Joséphine si elle avait été mariée à l'église ; qu'alors elle ne pourrait se décider à une union qu elle regarderait comme sacrilège. L'impératrice lui fit répondre de s'en rapporter au Moniteur. C'était éluder la vérité sans la trahir» car elle savait parfaitement que Napoléon n'avait pas voulu que le journal officiel publiât une si tardive cérémonie. Voilà 9 du moins , ce que j'ai entendu sieurs fois de la bouche de Sa Majesté. IN estil pas possible que M. de Kovigo ignore tous ces détails, et parce qu'ils lui sont inconnus doivent-ils être faux?
Le caractère du vice-roiétaittrop éminemment franc et loyal ^ pour qu'il soit permis de douter de la vérité de ce qu'il assurait; ainsi, je reste persuadée de l'exactitude de ce que je viens de dire , et tous ceux qui comme moi, étaient près de Joséphine , en seront de même convaincus.
D'ailleurs le simple raisonnement porterait à cette conviction , puisqu'il paraît impossible d'admettre que le pape, chef de l'église, eût
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consenti à sacrer une femme , qu'il n'eût pu regarder comme mariée. Dans tous les temps la politique des sooTerains a consacré le cruel usage de répudier leurs épouses, lorsque le besoin de l'État semblait l'exiger ; mais du moins on ne leur contestait pas leur titre perdu !
J ai cru devoir donner ces détails comme je les ai recueillis ; mais je m'empresse de quitter un ton qui ne peut convenir qn*à des écrivains dignes d'écrire l'histoire; j'abandonne un sujet qui affigea la France entière, et vais de nouveau me transporter à Navarre , où le calme ëtait rétabli » après de si longs tourmens.
Chaque semaine l'emp^ereur écrivait à Joséphine des billets courts , mais aimables. Ils étaient reçus avec reconnaissance; et souvent elle nous en lisait quelques passages remplis d'une affection vraiç. Ils étaient si couverts de taches appelées pdtéi, que je crus, avec ma vue basse, que Napoléon se servait de papier à vignettes. Je le dis à madame d'Arberg, qui rit beaucoup de cette croyance, et me désabusa en m 'apprenant que tout simplement Napoléon écrivait vite , secouait sa plume souvent avec violence, ce qui occasionnait ces jolis dessins , dont l'avais été si étonnée.
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Il parlait toujours du roi de Rome dans ses lettres, du plaisir qull aurait à Tamener à Joséphine lorsqu'il serait plus grand. Elle d^irait vivemeat voir cet enfant qui lui coûtait si cher ; mais elle était persuadée que jamais Marie* Louise ne le permettrait. Elle avait fait tant de questions sur cette dernière , qu elle avait une idée juste de son caractère.
On n a jamais cité un mot qui pût donner la mesure de lesprit de cette jeune souTcraine reçue avec tant de bienveillance ; ce qui prouve assez qu'il ne fut pas remarquable. Sa conduite depuis 1814 a donné Tétendue de sa sensi^ bilité.
En arrivant en France elle fut accueillie de tous les partis ; mais en même temps on regret* tait vivement la femme si bonne dont elle pre>nait la place. On eût désiré trouver en elle cette obligeance inaltérable , cette pitié si tendre pour tous les genres de malheurs y cette protection accordée aux arts, enfin cette générosité inépuisable qui soulageait tant de maux. On ne trouva qu'une dignité roide , un sentiment parfait de l'étiquette des cours , une grande douceur, de l'instruction comme en ont toutes les princesses du nord. Les cour-
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tisans avaient bien une impératrice, mais les Français n'avaient plus de mère ! Peu à peu Teilhoiisiasme , excité par l'arrivée de cette nièce de Marie-Antoinette, sappaisa, et l'on s-'empressa de retourner faire sa cour à celle qui savait pardonner à qui l'avait négligée ou offensée, et près de laquelle on se trouvait si bien.
Elle reçut beaucoup de lettres de personnes attachées à l'empereur, qui désiraient passer quelques jours à Navarre. Craignant que ces voyages ne leur fissent tort auprès de TÎTOpératrice régnante, elle refusa toutes celles avec lesquelles elle n'avait pas été en intimité aux Tuileries.
Un matin la belle madame de Ganisy , dame du
palais de Marie-Louise, après avoir été celle de Joséphine , arriva à Navarre pour supplier l'impéralrice de s'iatcresser à une aÛaire de laquelle dépendait le bonheur de sa vie. Elle demandait, depuis long-temps, à l'empereur, de consentir à son union avec M. de Caulaincourt, duc de Viccnce; elle était divorcée avec M. de Canisy. Napoléon répondit qu'il ne souffrirait pli^s ce genrè de scandale; qu'on était libre de iaire ce que. Ion voulait, mais
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qu alors il fallait donaer la démission de toutes ses places 9 et s'éloigner de Paris.
Madame de Canisy , retirée au bout de la galerie avec Sa Majesté» causait avec elle» et pleurait amèrement. Je n'ai rien wu de si beau qu'elle ' dans les larmes ; je ne concevais pas qu'il fût possible de résister à une demande faite par une telle femme. Limpératrice refusa de se mêler de cette affaire, certaine, disait-elle, d'être refusée, t II me serait ftropf'pénible de » lire que l'empereur ne veut pas de divorce à i la cour. M Un seul était donc permis /...
Elle engagea madamedeCanisy à prendre cou* rage, lui témoigna une extrême bienveillance, et larenvoya presque satisfaite, quoiqu'elle n'eû i pas fait ce qui lui était demandé. Je n'ai point oublié la figure admirable de madame de Canisy , qui aussitôt le retour des Bourbons contracta cnfm le mariage qui devait la dédommager de ce que lui avait fait sou£ù:ir le premier. £lte épousa [M. de Gaulaincourt. Sa conduite a prouvé , jusqu'au moment où elle l'a perdu , quelle tendre affection elle avait pour luL
Joséphine adressa quelques questions à M"^ de Canisy sur Marie Louise. « £st-il vrai qu'elle »soit fort sérieuse? demanda-t-elle; ce n'est
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» pas à elle à être roéconlente. Je vondrais la
» savoir gaie, car l'empereur ne serait point
• heoreux si elle était triste. Si elle Teiit voulu »
• nous nous serions vues. Napoléon lui en parla; »elle repoussa cette propositioa avec une telle
• humeur, qu'elle ne fut pas renouvelée. J'en 9 suis fâchée I sa présence n'eut point élé pour linoi un sujet de chagrin; et fe lui aurais con-
• seillé ce qu elle devait faire pour plaire à rem* tpereur; je serais bien à plaindre s'il était » tourmenté dans son intérieur. Lorsque j'étais
• aux Tuileries, je l'ai souvent vu affligé des » petites querelles de famille, qu'il ne réussis-
• sait pas toujours à calmer. J*aî plusieurs fois
• ramené la paix. Dites bien à Marie-Louise i qu'elle agisse de même ; surtout qu'elle tâche
• d'être bien avec la reine de Naples , dont le •caractère est si difficile, t Madame de Ganisy l'assura que l'empereur était fort content de sa nouvelle compagne ^ ce qui parut faire plaisir à celle qu'il avait repoussée.
Voici une lettre que Joséphine adressa à M*"' Murât et une à mère ^ elles donneront l'idée de son esprit conciliant.
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A iiadame Murai.
Vous a êtes poiat une femme ordinaire , ma sœur; c'est donc d'une autre encre qu'aux femmes vulgaires qu'il vous faut écrire. Je vous dirai franchement , et sans précaution ^ que je suis mécontente de tous. Quoi ! tous faites pieu-» rer ce pauvre Murât? Passe encore pour déposer à vos pieds ses armes victorieuses : Hercule filait aux pieds d'Ompale; il y ûlait, mais il n'y pleurait pas. Avec tant de moyens de plaire , pourquoi préféres-vous de commander? Votre époux obéît à la crainte , quand il ne voudrait céder qu'à la séduction. Ën échangeant ainsi les rôles 9 vous faites d'un brave un esclave timide, et de vous 9 un despote exigeant. C'est une honte pour lui ; ce ne peut être un honneur pour vous. Notre gloire , à nous autres femmes , est dans la soumission ; et s'il nous est permis de régner, c'est par la douceur et la bonté.
Votre mari 9 déjà si grand dans l'opinion par sa valeur et ses exploits , croit voir s'abaisser toutes ses palmes , quand il paraît en votre présence. Vous mettez votre orgueil à les humilier devant vos prétentions; et le titre de sœur d'un
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héros est uii motif pour que vous vous croyez une héroïne. Croyez-moi » ma sœur , cette qualification et le caractère qu'elle suppose ne nous convienueot pas. Jouissons modestement de la gloire de nos ëpoax, et mettons la nôtre à adoucir leurs mœurs et à leur faire pardonner leurs exploits. Méritons que le public , qui applaudît à la bravoure des héros, applaudisse aussi à ramcniLc que la Providence dûuue à leurs femmes pour la tempérer*
A Madame Mère.
Usez , Madame , et très-honorée mère , de l'ascendant que vous donnent votre expérience , TOtre dignité, vos vertus et Tamour de l'empereur, pour rendre à sa famille la paix intérieure qui en est bannie. J'ai craint de mêler ma voix à . ces discordes intestines, dans la crainte que la calomnie ne m'accuse de les irriter en m'en mêlant. C'est à vous, Madame, qu'il appartient de les calmer; et pour cela, dites seulement que vous en êtes avertie. Votre prudence aura commencé l'ouvrage en signalant le mal; la leur trouvera le remède.
Je ne nomme personne , et votre sagacité de-
SUE JOSÉPHINE. a8i
viiiera tout le monde. Les passions humaioes ne TOUS sont pas étrangères y et les vices qui ne TOUS ont jamais approchée , vous les découvriront dans ceux qui vous sont chers, par l'intérêt que leurbonheur vous commande* Tous ne serez pas long-temps sans remarquer les .
progrès de l'ambition, peut-être ceux mêmes de la cupidité, dans plus d'une âme ingénue jusqu'alors, mais que les faveurs de la fortune commencent k gâter. Vous Terrez avec crainte les ravages toujours croissans du luxe , et avec plus de peine encore Tinsensibilité arriver à sa suite. Je n'insiste pourtant pas sur ce reproche, parce que peut-être est-il moins fondé que les autres, et qu'il n'est pas impossible que j'aie pris pour dureté de cœur ce qui n'était qu'ennivrement de l'esprit. Quoi qu'il en soit, celte ivresse, manifestée par la vanité, par l'insolence, par d'outrageans refus, produit sur ceux qui en sont témoins de déplorables effets. On rappelle aisément leur origine à ceux qui semblent l'oublier; et le seul moyen de se faire pardonner sa fortune , est d'en partager les dons avec ceux qu'elle n'a pas favorisés.