‹ Mémoires sur l'impératrice JoséphineChapitre 32 sur 47 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Llmpératiioe et ton médecin M. Horeaa.— Plusieurs traits de teDnbilité.— Fi'omeaades entralneanz.— Hadenu^Ue AnîUon se cisie la CDisse. — Llvpéntrice va la voir tons les joofs»

Elle demandait toujours à M. Horeau, son médecin, sll y avait, dans sa maison , des malades en danger. Lorsqu'il répondait affirmativement , elle envoyait de l'argent pour adoucir les inquiétudes que pourrait éprouver le pauvre moribond.

L'homme chargé de distribuer le charbon dans les cuisines fut atteint d'une fièvre ma- ^

ligne qui mit ses jours dans un péril éminent. L'impératrice le sut , et le recommanda spécia-

lement aux soins de M. Horeau , dont le talent

égalait l'humaaité. Songez , moa bon docteur, quil a six enfans, disait Joséphine» ne négligez rien , et dites à l'infirmière de redoubler de zèle pour cet infortune. M. Horeau annonça que la fiè?re maligne avait pris une tournure moins alarmante , et qu'il espérait sauver ce charbonnier. Celui-ci , en effet , était sensiblement mieux. On matin , sous différent prétextes, il éloigne sa garde et rinfirmière, se lève , et se jette par la fenêtre. Sa chambre * était au second, il se tua; il venait d'être pris d'un accès de fièvre chaude. Sa singulière toilette le prouvait; car, croyant s*habiUer, il avait mis son chapeau, et l'avait attaché sous son menton avec un mouchoir rouge. Cet évé* nement fit grand bruit dans le palais; on voulait le cacher à Sa Majesté , mais elle l'apprit* Elle donna une pension à la veuve , et se chargea des six enfans, auxquels elle fit apprendre à lire, à écrire, etc.

Le froid était tellement vif, que toutes les pièces d'eau de Navarre , et même les cascades, étaient prises. L'impératrice , toujours empressée de fournir des amusemens à la jeunesse qui l'entourait « fit venir de Paris deux traî-

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neauz fort élégans, pour être poussés sur la

glace par des patineurs. ISous désirions toutes y monter à la ioisy ce qui n était pas possible. Pour satirfaire tout le monde , on mit des roulettes à de graods fauteuils; je voulus m y asseoir, ma mère s'y opposa, ce qui me contraria fort, puisque j étais obligée d'attendre que les dames qui avaient été les premières dans les traîneaux fussent descendues. Ayant de l'humeur, je rentrai au palais. A peine étais-je assise daos le * salon, que M. Bonpland (i) entre aTec une figure si décomposée, qu'on pouvait deviner qu'il était porteur d'une mauvaise nouvelle.

Dans le même moment des cris perçans se font entendre, et nous apprenons que mademoiselle Avrilion, femme-de-chambre favorite de Joséphine, vient de se casser la jambe, assise dans ce fauteuil qui m'avait fait tant d'envie : une roulette avait manqué, et la secousse l'ayant renverse , mademoiselle Avrilion était

(i) Ami de M. deHumbold , célèbre par ces conuaiasances en botanique ; il était directeur des serres de Sa Majesté. Son caractère doux et modeste le faisait aimer généralement. Il est maintenant au Paraguay ,

sans qu'il soit pussihle de calculer l'époque où il sera rendu à la F rauce^ aux boiciices et ù ses amis.

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SUR JOSÉPHINE. a85

tombée ù faux, et deux affreuses fractures lui arrachaient les cris que nous entendions. L'impératrice fit demander sur-le-champ H. Horeau ; il était déjà près de |a blessée. Il vint dire qu'il fallait, avant tout, remettre sa jambe , mais qu'il prévoyait que cette blessure serait fort grave. L impératrice , désolée , envoya tous ces messieurs 9 les uns après les autres , afin de donner un peu de courage pour cette cruelle opération , et annoncer sa visite sitôt qu'elle, pourrait être faite sanscausertrop d émotion (i ). Elle savait que sa préseoce soulageait tous les maux de ceux qui l'aimait, et que mademoiselle Avrillon , plus que tout autre ^ était digne de son intérêt.

Dès que la jambe fut remise , Sa Majesté monta avec rapidité un petit escalier bien noir pour se rendre près de la malade, qui pleura beaucoup, en disant que ce qui la désolait était detre si long-temps sans voir i 'impéra-

(i) Sa Majesté fit venir de Paris un Ut mécaniqoe.

C'est le premier que j'aye vu ; i! évita des douleurs inouïes , et je suis étonnée que dans les villes de province il n'y en ail pas au moins un dans les hôpitaux. Quand donc voudra«t-on mettre les découvertes utiles  la portée de la classe si nombreuse des indigens?

trice. « Oh si ce n'est que cela , répoodit » celle-ci, calmez-vous, car je viendrai chaque » jour savoir si vous avez tout ce qu'il vous » faut; et quaod vous aurez bieu suivi les or- » donnances du bon docteur, je resterai long- » temps près de vous : la longueur de mes visites » sera proportionnée à votre raison et à votre » patience. » En effet , elle n'y manqua jamais pendant deuxmois que mademoiselle Avrillon fut forcée d'être dans la même position. Cet exemple fut suivi par toutes les personnes de la maison; lorsque le médecin le permettait, on se relayait pour monter auprès de la pauvre patiente, sa chambre était devenue la succursale du salon. Le vice-roi, la reine Hortence y allaient exactement aussi. C'est ainsi qu'on adoucit les souffrances si longues de cette personne , qui méritait ce que Ton &isait pour elle par son dévouemciil à Sa Majesté, son esprit naturel et sa bonté. C'était elle qui m'avait rassurée d^abord'sur mes frayeurs de paraître à la cour; aussi fus-je fort touchée de la voir dans cet état.

Sans la défense de ma mère , qui m'avait tant afiligée, c'est à moi que fût arrivé cet accident.

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M. Spontini neat à Navarre. Opéraa de lai mal csécutét. — Ii'emperear n'aimait pat la mosique fraaçalae. — Un Mcret gardé par dt» comédiens. ~ Sopereheiie iogénienie de Mehid à rempereot.— >Siaoeèii complet de Topéra de Tlrato. — IfeiaieuM Paër., Gimaroaa, PaesieUot Chémbui* Lesoenr.

M. SponlÎDÎ vint passer quelques jours à Navarre (1). Nous avions ses partitions de la Yes-

(1) Il avait dédié l'opéra de la Vestale à T impératrice» qui lui avait dooaé une épingle en diamans d'une grande valeur 9 et lui conCinuait ses bontés dans toutes les occa- SMNis qui pouvaient loi être agréables. Il était pour elle 9

après le divorce, tout aussi empressé que lorsqu'elle était sur le trône 9 et lui consacrait tout le temps dont il pouvait disposer. Elle avait fait tant d'ingrats 9 qu'elle était heureuse de parier de la reconnaissance de H. SpontinI*

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