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favori distingué. Nizam partit aussitôt pour le Gouzerate, où les Indous s'étaient révoltés pour se venger des mahométans qui tuaient des bœufs pour les manger. Les Indous massacrèrent beaucoup de musulmans , firent brûler le Qâsi , et ravagèrent douze paraganès des environs d'Amadabad la capitale. Nizam en punit les habitants.
Depuis Tannée 1626 , jusqu'en 173a , il y eut à Delhi un grand nombre d'intrigues de la part des grands contre Nizam. Ce vézyr , en Payant été instruit , demanda à l'empereur un congé pour aller faire le pèlerinage de 'la Mecque. Le monarque le rassure , et le confirme de nouveau dans tous les emplois dont il était revêtu.
Les Oumrahs , presque tous jeunes et sans expérience , au lieu de s'appliquer aux affaires de l'état , passaient leur temps en fêtes et en débauches avec des bouffons et des femmes publiques. La ville imitait la cour. Les provinces suivaient l'exemple de la capitale. L'empire souffrait. Le faible empereur, plongé dans la mollesse , ne s'apercevait point des malheurs de l'état , et l'indolence lui fermait les yeux sur les désordres publics.
Ce fut en 1 733 , que les Patanes Afghans s'emparèrent de la Perse ; que Chah-Oussein y perdit la vie ; que son fils Chah-Thamas se retira dans les provinces de Mazaaderan , et remonta
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sur le trône par la valeur de Thamas-Kouii- Khan , depuis roi de Perse sous le nom de Nadir-Chah.
Avant de donner l'histoire de l'invasion de Nadir -Chah dans l'Indoustan , nous croyons devoir suspendre cette triste narration pour donner un précis de la vie de ce conquérant.
Les détails sur son origine nous ont été communiqués par Taërbeg compatriote de Nadir- Chah, qui l'avait accompagné dans l'Indoustan. Taërbeg y était resté après la retraite de l'armée persane , et s'était fixé depuis à la cour de Choudja-a-ed-Doulah , qui lui avait donné un emploi supérieur dans ses troupes.
Nadir- Kouli, né en 1688, était de Dérikasse, petite ville de la province de Khorazau. son père appelé Pouchang, de la tribu de Gordgeljr, Mogols Afchars, était marchand de laine. Il n'avait pour tout bien que quelques arpents de terre , vingt chameaux , et environ deux cents moutons à longue queue appelés Bombez. Pou* chang vivait de leur produit à Dérikasse. Nadir- Kouli , n'aimant pas ce genre de vie tranquille , quitta la maison paternelle, et vint à Abivard , petite ville de la province de Méchehed , où il entra en qualité de Djessaval , porteur d'ordre ; au service de Baba-Aly-Bey 9 commandant de cette ville, qui était également Afchar, mais de la tribu Kazak -Gordjely.
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Ce commandant , craignant de perdre son poste , l'envoya à Ispahan , sous le règne de Chah-Oussein. Nadir y plaida si bien la cause de Baba-Aly, que celui-ci fut confirmé dans son gouvernement. Par reconnaissance , ce commandant lui donna à son retour sa fille en mariage. Les Patanes s'étant emparés de la Perse , nommèrent Mahmoud roi. Ce prince fixa sa résidence à Méchehed. Après la mort de Baba-Aly , Nadir se fit nommer commandant au préjudice de rainé des fils de son beau-père. Il eut pour concurrent Assen-Aly-Beg-Khan, Kalitche-Beg- Khan , et d'autres chefs du pays , qui voulaient lui disputer ce poste en prenant les armes.
Mahmoud, informé de cette querelle, ordonna aux habitans d'Abivard, de se rendre auprès de lui , en leur promettant de choisir parmi eux celui qu'ils croiraient le plus digne de les commander. Nadir , avec douze cavaliers , ses deux concurrents et vingt autres , se rendirent à Méchehed. Kalitche-Beg-Khan , fut choisi et envoyé à Abivard. Le roi lui promit de se défaire de Nadir.
Ce dernier , instruit du sort qu'on lui préparait , monte aussitôt à cheval , et s'enfuit avec ses douze cavaliers. Il rencontre le nouveau commandant avec ses partisans, au moment où ils fusaient leurs prières. Ils étaient au nombre de vingt et sans armes. Nadir fond sur eux , les
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tue , et s'empare d'Àbivard , où il a l'audace de prendre les armes pour se venger de Mahmoud.
Pour ne pas donner le temps à ses ennemis de se reconnaître et de se réunir, il attaque trois petits forts où étaient les femmes et les enfans de Kalitche-Beg-Khan, les enlève , et fait tout passer au fil de l'épée. Il gagne ensuite Djelaer gouverneur de Kélat, en obtient cinq cents hommes , qu'il mène aussitôt à Marke , ville où il y avait deux factions qui s'en disputaient le gouvernement, celle des Ta tara et celle des Godjers qu'il soutenait. 11 bat les premiers, et donne le gouvernement aux seconds. En reconnaissance , ces derniers lui offrent cinq cents cavaliers qu'il conduit à Abivard avec leurs femmes et leurs enfants. Il distribue dix cavaliers dans chaque village pour les défendre , et en même temps pour les faire subsister avec leurs familles..
Après avoir doublé le nombre de- ses cavaliers , et réuni quinze cents soldats , il ose , avec cette petite armée partir d'Abivard , et venir à Méchehed contre Mahmoud , qui , à la première rencontre , le bat et l'oblige de retourner sur ses pas. Loin de se décourager, Nadir lève de nouvelles troupes, écrit à Chah-Thamas que s'il voulait le venir joindre , il ferait conjointement avec lui, la guerre à l'usurpateur de son trône.
Chah-Thamas , étonné de tout ce que Nadir
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venait de faire pour se maintenir dans Abivard , accepte ses offres , et vint à Kéiat , où Nadir se rendit. Ils partent de là pour Abivard , d'où ils marchent ensemble contre Mahmoud. Celui-ci , sorti de Méchehed , s'était avancé à deux cosses pour leur livrer bataille. Thamas et Nadir l'attaquent si brusquement, que les troupes de Mahmoud prennent la fuite au premier choc.
Ce revers obligea le Patane à s'enfermer dans sa capitale, où ils l'assiégèrent.
Deux traîtres , officiers de Mahmoud , commandant chacun mille cavaliers , Pir-Mattre-Mat-Beg et Mohhammed-Aly-Khan , s'offrent de leur ouvrir les portes , si Nadir voulait leur conserver le commandement de leurs troupes. Sur la promesse qui leur en fut donnée , ils exécutèrent leur trahison le jour suivant , de sorte que Chah- Thamas et Nadir entrèrent dans la place sans coup férir. Le malheureux Mahmoud , pris , fut ensuite enfermé et mis à mort.
D'après ce succès inespéré , Chah-Thamas donna toute sa confiance à Nadir. Celui-ci , jaloux du grand crédit que Fategodger , commandant de deux mille chevaux, avait sur l'esprit du roi , se rend chez cet officiers , et l'engage à sortir , sous prétexte que le prince le demande. Comme Fategodger se rendait à la prétendue invitation du roi , Nadir profite de la sécurité de ce commandant, le tue, lui tranche la tète,
SUR LINDOOSTAN. l{l
et la porte de suite aux pieds de Chah-Thamas en lui disant : Voilà le plus ingrat de vos sujets, puni par le plus fidèle de vas serviteurs. Sans attendre la réponse du roi, Nadir envoya dire aux deux mille cavaliers de Fategodger , qu'il les prenait à son service , menaçant de punir ceux qui refuseraient de servir sous son commande* ment. Soit crainte , soit gagnés par argent , ils acceptèrent son offre.
Chah-Thamas , indigné de cette conduite barbare, prit la fuite la nuit suivante avec deux cents cavaliers et se retira à Kodjan ( ou Vodjan), ville du Khorazan. Nadir , prévoyant les suites de cet événement, suivit ce prince. Il engagea, les habitants sortis pour le combattre , à lui servir de médiateurs pour le faire rentrer en grâce auprès du roi.
Les services du Nadir remportèrent sur le juste mécontentement du roi. Chah-Thamas croyait avoir le plus grand besoin de lui pour se maintenir sur le trône, et reconquérir les provinces qui n'étaient pas encore rentrées sous sa domination ; c'est pourquoi il lui pardonna, reçut son serment de fidélité, et lui rendit toute sa confiance. Pour preuve de sa sincérité, il lui donna le surnom de Thamas-Kouli-Khan (i).
(i) Le Khan esclave de Thomas. Cétadt le plus grand honneur qu'un roi de Perse put faire à 900 sujet
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Chah-Thamas partit ensuite pour le Rhorazan, afin d'y lever des troupes. Thamas-Kouli-Khan se lia d'amitié avec Sambeg, le plus puissant seigneur du Gourdestan , qui , à la sollicitation du roi , lui donna sa fille en mariage. Peu de jours après, il demanda à son beau-père la permission de lever douze mille cavaliers sur les trente mille familles que l'on comptait sur ses terres , pour chasser les Patanes de la province d'Irak, et remettre Chah-Thamas sur le trône de Perse. Sambeg, charmé du zèle qu'il montrait pour venger la mort de Chah-Oussein, lui accorda sa demande, lui donna de l'argent, et le conduisit chez le roi, en le lui recommandant comme son fils. Le prince l'assura de nouveau de sa bienveillance, très-satisfait du secours qu'il venait de lui accorder à la sollicitation de son gendre. Nadir, peu de temps après, partit pour l'Irak à la tête de cette armée. Il battit les Patanes et fit la paix avec eux. D'Irae, il revient à Méchéhed où il rétablit son armée; il prend ensuite le chemin d'Ispahan.
Les Patanes, venus à sa rencontre , sont de nouveau défaits ; et tout le butin pris sur eux fut brûlé.
Après cet avantage, Nadir entre dans Ispahan, et y rétablit Chah-Thamas. Sans perdre de temps, il répare promptement ses pertes, règle toutes ses affaires , et marche ensuite
SUR L1IDOUBTAN. lfô
contre les Turcs qui s'étaient emparés dUemadan. Il les chasse de cette ville, et revient à Ispahan. II y laissa le roi pour aller chasser les Turcs de Téhriz (Taiiris); dont ils venaient de s'emparer.
Tandis qu'il les battait en, les chassant de cette place , Chah-Thamas sortit d'Ispahan , pour aller contre ces mêmes Turcs, qui avaient repris Hémadan. Ce prince fut battu et obligé de rentrer dans sa capitale. Nadir, irrité de cette imprudente démarche du roi, revient à Ispahan, fait partir ce prince pour Méchehed (en 173a), avec trois chevaux, un trône portatif et quelques chameaux.. Il donne ordre de le garder à vue, et de ne point le laisser sortir de la ville. Il marche ensuite vers Hémadan , attaque et bat les Turcs, qui s'enfuient à Bagdad. Ahmed* Bâcha en était gouverneur. Il les suit, en forme le siège, qu'il est obligé de lever, sur l'avis que Topal-Bacha venait au secours de la ville , dans le dessein de lui livrer bataille. Nadir est défait et perd tous ses bagages. Ce revers , loin de le décourager et de l'abattre , semble au contraire augmenter son courage. Il rétablît son année en quarante jours. Plein de confiance dans sa bonne fortune , il sait l'inspirer à ses troupes pour attaquer et vaincre Topai. Parfaitement instruit de la position du camp ennemi, il y entre du côté où il était le moins gardé ; va
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droit à la tente de Topai, l'y surprend, le tue, et fait mettre sa tête au bout d'une lance.
Cette vue répandit l'épouvante. L'armée ennemie fut entièrement dispersée. Il remporta ainsi la victoire la plus complète. Tous les bagages, l'artillerie , les munitions de guerre et de bouche, tombèrent en son pouvoir. Il dut ce succès à son grand courage , à la vigueur et à la célérité de la cavalerie persane, la plus estimée de l'Asie.
Mohhammed - Khan - Balouge avait à peine rallié l'armée turque , que Nadir fondit sur lui et le défit. Ce dernier avantage lui valut Chirchas et Phares, qui ouvrirent leurs portes.
Revenu à Ispahan , Nadir lève de nouvelles troupes, les discipline pendant quatre mois, et les mène ensuite faire le siège de Chirvan , qu'il prend. De là il vient faire celui de Randja. La garnison turque lui résiste et l'oblige d'en lever le siège pour aller au devant d'Abdoulla- Bacha, qui commandait une armée de cent mille hommes. Combat sanglant à Karès, qui dura depuis midi jusqu'à la nuit. Nadir se retire dans son camp, et Abdoulla dans la ville. Le lendemain on panse les blessés, et le troisième jour, Nadir vient à Yrivan. Après avoir visité l'église des Arméniens , il campe à Mouradrapa , et envoie ses gros bagages et ses trésors à Danguez. Abdoulla l'y poursuit. Deux cents
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cavaliers turques, qui étaient allés à la découverte , ayant rencontré trois cents cavaliers persans, se battent depuis midi jusqu'à la nuit tombante. Le lendemain le bâcha mit tentes bas et rangea son armée en bataille. On rapporte qu'il avait plus de cent mille combattants, et que le général persan n'en avait que dix-huit mille. Les deux armées s'ébranlent, Nadir fait des prodiges de valeur , et renverse tout ce qui se présente devant lui. Abdoulla épouvanté prend la fuite. Deux des officiers de Nadir le poursuivent, l'atteignent, lui tranchent la tête et l'apportent à leur général. Cette victoire lui soumet toute la Perse.
Nous avons vu qu'en 173a, Nadir, irrité de l'imprudente démarche de Chah-Thamas , contre les Turcs, osa prendre sur lui de faire partir ce prince pour Méchehed , où il le fit garder à vue. Cette audace d'un sujet contre son roi , était le présage de la conduite future de Nadir, qui alors était regardé comme le libérateur de sa patrie. Son ambition n'étant point encore satisfaite , il voulut monter du second rang au premier.
Il y a plusieurs versions , sur la manière dont Thamas-Kouli-Khan (Nadir) s'empara du trône de Perse. Notre impartialité nous engage à en rapporter deux: celle d'un Persan, neveu du médecin de ce conquérant, et celle de Taêrbeg,
né dans le même lieu que ce prince ; et qui ( comme nous l'avons vu ) le suivit dans lindoustan.
* Le roi de Perse, ne sachant comment re- <r connaître les services signalés de Thamas-Kou* à li-Khan(i), lui dit : Quefemi-je pour toi, mon a généreux ami? Comment pourratye reconnaf « tre tes services ?
« Seigneur , répondit KoulMthan , je n'ai fait et que mon devoir en servant mon maître ; je « ne recevrai de vous d'autres grâces que celles « qui me mettront à même de vous être toujours <t utile. Demandes , dit le roi, tu obtiendras tout, a Eh bien ! reprit Kouli-Khan , je supplie votre « majesté, de me laisser la régence de votre « royaume , pendant trois ans : j'emploierai ce « temps à rétablir l'ordre dans vos états , à re- « prendre les villes enlevées à votre domination. « Il ne me restera plus rien à désirer , quand a j'aurais rendu à mon prince tout l'éclat de la « gloire^ quand je lui aurai procuré un règne « tranquille et heureux.
« // est juste , dit Thamas , que tu gouvernes « les sujets que tu nias rendu. C'est ainsi , [que « par gradation, Kouli-Khan, de soldat qu'il « avait été , devint colonel par sa valeur , géné-
(i) Histoire d'Yu-lc-grand et Gonfucius , par M. Le Clerc, pag. 542.
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<* rai par un crime , et régent du royaume par la « ruse. Il ne nous étonnera pas en montant sur « le trôné.
« Kouli-Khan , gouverna d'abord avec beau- « coup de sagesse et de modération. L'ambition ce se cache souS les dehors séduisants de la vertu. « Au milieu de ses occupations , il donnait des « féted , et procurait à Thamas tous les plaisirs « relatifs à ses goûts ; souvent même il s'enfer- « niait avec lui , et rengageait à boire avec in- « tempérance. Le vin ne tarda pas à devenir « une des passions dominantes du prince : alors a Kouli-Khan donna des repas de cour , ou le « chah ( le roi ) s'enivrait de manière , qu'on « était obligé de le porter dans son appartea ment. Ce perfide paraissait touché de la plus <c vive douleur , quand il voyait le roi dans Cet c oubli de lui-même ; cependant les fêtes renaisa saient , et la crapule du prince , plus connue cr de jour en jour, n'en était que plus dé- « testée.
<c Les courtisans , qui étaient les créatures de « Kouli-Khan , et ceux qui le craignaient , muret muraient en public, d'une conduite si indigne « de la royauté. Quand le murmure fut général , « Kouli-Khan les assembla tous, et leur ayant « bit voir le chah sans sentiments , étendu sur « un tapis , il leur dit les larmes aux yeux : « Vous voyez mon maître et le vôtre plonge
l4# MEMOIRES
a dans l'ivresse. Je ne cherche point à m'attirer « des éloges , en vous rappelant que sans moi , « il n'aurait jamais pensé à vous retirer de l'es- « clavage, où la faiblesse.de son père vous avait « réduits. J'aime ma patrie , elle le sait ; je suis « disposé à tout faire, pour lui épargner les « malheurs que je prévois. Je pense qu'il serait « sage d'enfermer Chah-Thamas , de crainte qu'il « ne perde bientôt un héritage que nous avons a eu tant de peines à recouvrer. Son avis fut « applaudi et suivi. On se saisit du chah , on le « fit voir au peuple , dans l'état ignominieux où a il était. On proposa son exil ; on y consentit , « et ce prince fut enfermé dans un château avec « ses femmes, où Kouli-Khan lui faisait donner « du vin et des liqueurs à volonté.
a Thamas avait un fils âgé d'un an : on pria « Kouli-Khan de gouverner le royaume jusqu'à « la majorité de ce prince : mais le traître opte posa d'abord des refus à cette prière , et finit « par accepter la couronne.
a Le Persan Aly-Akbar , témoin des faits rap- « portés par le neveu du médecin de Thamas- « Kouli-Khan , nous a confirmé ce récit , et ceci lui de M. Otter, de l'Académie des Inscriptions « et Belles-Lettres. Ce voyageur instruit dit : On « m'a raconté que , lorsqu'on eût mis le roi en- « faut dans son berceau , il fit par intervalle trois a k quatre cris ; que Thamas -Kouli-Khan de-
SUR L IffDOTJST\W. l4g
« manda aux assistants ce que voulait le nouveau « roi ; et, que quelques-uns d'entre eux, ayant « répondu qu'apparemment il demandait à téter; « il leur dit la première fois : Vous êtes tous des « ignorants; pour moi qui ai reçu de Dieu le « don â entendre le langage des en/àntey fen* « tends qu il nous redemande les provinces que « les Turcs ont envahies. Oui, mon prince, ajoutac< t-il , en touchant la tête de l'enfant , nous irons « bientôt tirer raison du sultan Mahmoud; et « s'il plaît à Dieu, nous vous ferons manger du « raisin de Scutari, et peut-être de Constantin a nople. Il dit la seconde fois, que le prince « demandait les provinces , dont les Moscovites a s'étaient emparés ; à la troisième , qu'il voulait « qu'on reprit Kandahar ; et à la quatrième'fois, « qu'il demandait une place pour les Persans à « la Mecque : chaque fois, il promit au prince « d'exécuter ses ordres. Dès-lors , on entrevit les « projets qu'il a exécutés depuis (i). »
Nous reprenons le récit de Taè'rbeg.
Toute la Perse étant presque soumise, Thamas- Kouli-Khan voulant profiter de l'enthousiasme , fruit de ses victoires, donna l'ordre à tous les grands de se rendre auprès de lui , et leur proposa l'élection d'un roi.
(i) Histoire de la Russie moderne, par M. Le Clerc, tome H , pag. i83 et 184.
i5q mémoires
iie Moullah-Bakçhi , chef de la justice , ayant approuvé son avis , sous la condition que lèlu serait choisi dans la famille des Safwis ( ou Sophis ) ; JCouli-Khan le fit mettre à mort , en présence de l'assemblée , qu'il congédia aussitôt. Le lendemain , il proposa la même chose , mais d'an ton à foire voir qu'il voulait être leur maître. Soit qu'ils fussent gagnés ou saisis de crainte, d'après ce qui s'était passé la teille , un membre de rassemblée répondit : Que celui-là devait être roi 9 qui avait délivré la patrie des tyrans qui V opprimaient, et des ennemis qui voulaient s en emparer. Tous ayant applaudi, il fut reconnu roi d'une voix unanime. Thamas-Kouli-Khan , au comble de ses vœux, ordonna des réjouissances publiques, et prit le nom de Nadir-Chah.
Tandis que ce prince usurpait le trône de Perse f la cour de Delhi était toujours en proie aux factions, qui se disputaient l'autorité du faible Mohhammed-Chah. Le nouveau roi de Perse, voulut profiter de la division et du mécontentement des grands ligués contre Nizam-oul-Moulouk , pour faire la conquête de cet empire.
Mais avant de l'entreprendre , il crut devoir former le siège de Kandahar, qui avait appartenu aux Persans. Il envoya, en 1735, un ambassadeur à l'empereur mogol (1).
(1) Un historien indou dit que cet ambassadeur remit à
SUR i/lJSnOUST^Ïf. i5r
Au retour de cet ambassadeur , Nadir-Chah se mit en marche pour Kandahar, au mois de février 1736, Pendant qu'il l'assiégeai t, il fut informé de tout ce qui se passait à Delhi; du ravage des Maraltes, de la mésintelligence . des grands toujours ligués pour perdre Nizam, et de la faiblesse de l'empereur entièrement adonné à ses plaisirs. Alors il n'hésita plus , et se disposa à foire cette conquête , afin d'enlever lesriohesoea immenses, amassées par les empereurs roogols. Il envoya aussitôt Amardan~Khan en ambassade à Delhi , autant pour examiner l'état dea force*) du pays que pour connaître l'impression que le siège de Kandahar devait y produire. Il fit partir ensuite un second ambassadeur, et six mois après un troisième. Il chargea ce dernier de demander à Mohhammed-Chah la cession à la Perse des provinces de Kaboul , de Moultan et de Tatta , ainsi qu'une somme de quatre kou-
l'empereur une lettre de son maître, qui ne contenait que
deux vers , dont voici le sens : Tai beau souhaiter la paix ,
tout le monde ici veut la guerre : cela m'attriste beaucoup le
cœur. Cet historien ajoute que l'empereur envoya, cette
lettre à Nizam-oul-Moulouk alors dans le Dékhan. Ce vézyr
vépêodit à la lettre de II acmvChah par quatre autres vers
dont voici la signification : la paix est bien loin, tout te
inonde crie guerre. N'ayez pas le cœur triste ; les flèches et
les tempêtes sont toujours ici* Si vous courez à votre perte ,
votre fin n'est pas éloignée. Combien de braves comme vous
sont ici dans les fers.
j52 MEMOIRES
rours de roupies (cent millions de francs) , pour l'indemniser des frais du siège de Kandahar , dont le roi de Perse s'empara (i). Cet ambassadeur devait déclarer , en cas de refus , que son maître marcherait à Delhi , pour exiger de force ce qu'il demandait amicalement.
Les menaces de Nadir-Chah 9 ne firent aucune impression sur l'esprit de l'empereur toujours livré à ses plaisirs : aussi ne répondit-il pas plus au dernier ambassadeur qu'aux deux autres; seulement , il envoya ordre à Nizam-oul-Moulouk 9 qui était dans le Dékhan, de se rendre aussitôt à sa cour, et lui manda qu'il se reposait entièrement sur lui 9 pour répondre à la demande du roi de Perse.