‹ Mémoires sur l'Indoustan, ou Empire MogolChapitre 30 sur 51 · B MÉMOIRES · texte numérisé non relu

B MÉMOIRES

voir citer ici, de lui, tin grand nombre de traits pareils.

Lord Clive et le général Carnac ont signé la paix à Eléabad, le 16 août 1765. Mais Mourir» Doulah et Citabraë empêchèrent les Anglais de tenir la parole, que. le général Carnac avait donnée à Choudja-a-ed-Doulah , de lui rendre ces deux provinces , ayant fait accorder une partie de celle d'Eléabad à l'empereur Chah- Àlem. Ils eurent un double but, i° celui de satisfaire ce prince , qui ne pouvait avoir un pouce de terrain dans son vaste empire, et lui donner en même temps les moyens de soutenir les dépenses de sa maison; a° celui de diminuer les forces et la puissance de Choudja-a-ed-Doulah , qu'ils dépeignirent aux Anglais comme leur plus grand ennemi (1).

D'après ce traité , Kassem- Ali-Khan , ne pou-

(1) Les Anglais ont accusé ce prince de mauvaise foi. On a vu que le général Carnac lut avait promis de le remettre en possession des deux soubahs d'Aoude et d'Eléabad. Lord Clive à son arrivée lui fit la même promesse, mais , lors de la conclusion du traité, Clive ne restitua que celui d'Aoude.

Ce manque de parole fut cause que Choudja-a-ed-Doulah, ne regardant plus les Anglais que comme des hommes qui ne tenaient pas leur promesse, régla sa conduite sur celle de ces insulaires , d'après l'exemple qu'ils venaient de lui donner , se persuadant que les Anglais n'observaient leurs promesses qu'autant qu'elles s'accordaient avec leurs intérêts.

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vant se réfugier dans les états de Choudja-a-ed- Doulah, se rendit chez les Rohillahs, et passa ensuite successivement chez le radjah de God et à Marvar.

Par un traité précédent, du 1 1 juin 1763, les Anglais avaient réinstallé Mir-Djaffer, nabab du Bebgale.

Firman du roi Chah- Aient II , qui accorde le divani du Bengale , Béhar et Orixa , à la compagnie des Indes d* Angleterre y daté du ia août 1765.

Dans cet heureux temps, notre firman royal, qui requiert une obéissance indispensable, est donné, portant qu'en considération de l'attachement et des services de la haute et puissante , la plus noble des nobles élevée, le chef des illustres guerriers , nos fidèles serviteurs , désirant sincèrement notre bien , digne de notre royale faveur , la compagnie anglaise , nous lui avons accordé le divani des provinces du Bengale x Béhar et Orixa, depuis le commencement de Fussul-Rubby (la première saison ) , de s l'année du Bengale 117a (1765)*, en don gratuit et ultum gaw (destiné à son entretien), sans y associer aucune autre personne , et avec exemp*

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don do paiement des droits du ttivani, qui ont coutume d'être payé» à la oour. Il est requis que ladite compagnie s'engage d'être sûreté (de répondre) pour la somme de vingt-six kks de roupies par an , pour notre revenu royal , laquelle somme a été réglée à recevoir du nabab Noudjoum-ed-Doulah Bahadour, et de la remettre régulièrement au sircar (gouvernement) royal. Et dans ce cas , comme ladite compagnie est obligée d'avoir sur pied une armée nombreuse pour la protection des provinces da

Bengale, Béhar, etc. , nous lui avons accordé tout ce qui peut rester du revenu desdttes provinces , après avoir remis la somme ' de vingt-six laks au sircar royal , et pourvu aux dépenses du nizamet (de la nababie). Les personnes chargées des affaires de l'empire , les jaguirdars (ayant des terres en fief), et les croorics ( collecteurs des revenus , droits dans chaque paraganahs), futurs comme présents, faisant constamment leurs efforts pour établir notre présent royal, commandement, laissant ledit office dans la possession de ladite compagnie , de génération en génération , pour toujours. Considérant qu'elle est assurée de ne pas être renvoyée ni éloignée ; 3 fout qu'ils ne lui fassent éprouver sous quelque prétexte que ce soit aucune interruption, et ils doivent la regarder comme dispensée et exertiptée du paée-

SUR L INDOVâTAN. aftf

m«W de tous les droits qui «e retirent du dhwam et demandes royale. Sachant que nos ordres sur ce sujet sont très-stricts et positifs, qu'ils ne s'en écartent point. Écrit te 2 4 du mets de saftr , Tan six de notre règne. (Lé 1* août 1765).

Traité entre le nabab Choudja-a-ed-Doulah , le nabab Noudjoum-ed-Doulah , et la compagnie anglaise , passé à Elèabad , fc 16 août 1765. (Scellé et approuvé par le roi J.

D'autant que le très (right) honorable Robert lord Clive , baron Clive de Piagrey (1), o^evaUer compagnon du très-honoraWs ordre du Bain , roajor-général et coaaetfaandaot *ïea forces , fréâdetit du conseil , *t gouverneur du for* William, et de tous tes établis$€«rtflts t ^p*r tenant 4 la compagnie unie des morrbâ»d* d! Angleterre , commerçant aux lutta* orientait* , dan» les provinces -de Bengale > Bétor et Oriata , et Jcfea Garoae, écuyor , brigadier-général , otlonel

i « — **. ■ > 1 ijÉ^ n

(1) C'est Palassi sur le Gange, erigê en baronie, satfc donte pour Faflaire de Paltassi, «fol, en juin *?fy, adowar |e Bengale aux Anglais,

On sait que Clive n'obtint la victoire qu'après avoir gagné les chefs du. soubahdar, qui le trahirent au moment «le Yactûm.

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au serviee de ladite compagnie , et officier fiwpmandant de ses forces dans l'établissement 'flu Bengale, sont revêtus* de pleins et amples pouvoirs , de la part de son excelleuce Npudjoumed-Doulah , soubahdar du Bengale , du Béhar et de rOrixa , et de même de la compagnie unie des marchands d'Angleterre, commerçant aux Indes orientales, pour négocier , établir et finalement conclure une paix ferme et durable , avec son altesse le nabab Choudja-a-ed-Doulah, vézyr de l'empire : Qu'il soit connu de tous ceux à qui il peut appartenir , ou appartiendra de quelque manière* que ce soit, que les ci-dessus nommés plénipotentiaires, sont- convenus des articles suivants avec son altesse.

i° Une pair perpétuelle et générale, une amitié sincère et une union solide , seront établies entre son altesse Choudja-a-ed-Doulah , et ses héritiers , d'une part , et son excellence Nbudjoum-ed-Doulah, et la compagnie Anglaise des Indes orientales, d'autre part; de manière que lesdites puissantes contractantes, auront la plus grande attention de maintenir entre elles -marnes, leurs domaines et leurs sujets, cette amitié réciproque, sans permettre qu'au-, cune espèce d'hostilité soit désormais commise d'aucun côté , pour quelque cause , et sous quelque prétexte que se soit, et toute chose qui pourrait dans la suite porter préjudice à Tu*

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nion , maintenant heureusement établie , sera soigneusement écartée.

a°. Dans le cas où les domaines de son altesse Choudja - a - ed - Doulah seraient , en quelque temps que ce soit , à l'avenir , attaqués , son excellence Noudjoum-ed-Doulah , et la compagnie anglaise le secourreront avec une partie ou la totalité de leurs forces, selon que ses affaires le demanderont, et autant que cela pourra s'accorder avec leur propre sûreté : et si les domaines de soit excellence Noudjoumed -Doulah, ou la compagnie Anglaise viennent à être attaqués, son altesse les secourra de la même manière , avec une partie ou la totalité de ses forces. Dans le cas où les forces de la compagnie anglaise seraient employées au service de son altesse c'est à elle, (son altesse), à payer les dépenses extraordinaires que cela causera.

3°. Son altesse s'engage solennellement à ne jamais garder ni recevoir Kassem- Ali-Khan , ci-devant soubahdar du Bengale , etc. , Sombro , l'assassin des Anglais (i); ni aucun déserteur Européen, dans l'étendue de ses domaines; i ne leur point donner le moindre appui , sup-

(i) Sombro, c'est Sommer on Somrou, Allemand dont on a parlé , et qui eut la cruelle commission de faire périr les prisonniers anglais. .

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port, tu protection. Il engage, ( Ghoudja-a-ed- Doulah ) , de même solennellement , à livrer aux Anglais tout Européen, qui pourra dans la suite déserter de ches eux dans son pays»

4°* Le roi, Ghah-Alem, restera en pleine possession de Korah ( Koré ) , et de la portion de la province d'Eléabad , qu'il possède actuellement» lesquels sont cédés à Sa Majesté, comme domaine royal, pour soutenir sa dignité et ses dépenses.

5°. Son altesse Choudja-a-ed-Doulah s'engage , de la manière la plus solennelle , à continuer Boulowatsing dans le zémindari de Bénarès, Ghaaipour et tous les autres districts qu'il possédait , dans le temps qu'il s'est soumis au -dernier nabab r Mtr-Djaffer-AUf-Khan , et aux Anglais , à condition qu'il payera le même revenu qu'auparavant.

6°. En considération de la grande .dépense que la dernière guerre a causé à la compagnie anglaise , son altesse consent à lui payer cinquante laks de roupies, ( 12*000,000 livres), de la manière suivante , savoir : douze laks en espèces , avec un dépôt de joyaux , montant à huit laks, en signant ce traité; cinq laks un mois après; et les vingt-cinq laks restants, par des payements de mois en mois , de manière que le tout puisse être acquitté dans treize mois de la date du traité.

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*f. Comme on est fermement jésoki à rtadre à son altesse la contrée de Béoarès , et les antres districts maintenant pris à ferme par Boulowatsîng , nonobstant le dan que te rai en a fait à la compagnie anglaise , il est en conséquence convenu , qu'ils seront cédés k son altesse de la manière suivante , savoir ; ils resteront entre les mains de la compagnie anglaise , avec leurs revenus , jusqu'à l'expiration de l'accord passé entre Boulowatsîng et la compagnie, tombant au 97 novembre prochain; après quoi, son altesse entrera en possession de ces domaines, le fort de Chunar excepté , lequel ne doit pas être évacué , que le sixième article de ce traité n'ait été pleinement exécuté. 8°. Son altesse accordera à la compagnie anglaise la permission de faire le co Amorce, franc de droits dans toute l'étendue de ses domaines.

9 . Tout parent et sujet de son altesse, qui a secouru les Anglais de quelque manière que ce soit , dans le cours de la dernière guerre , il lui sera pardonné , et il ne sera en aucune manière molesté pour ce sujet,

io°. Aussitôt que ce traité sera passé, les forces anglaises videront les domaines de son altesse , à la réserve de ce qui pourra être nécessaire pour la garnison de Chunar , ou pour la défense ou la protection du roi , daqs la vitte

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d'Eléabad, si Sa Majesté demande des forces pour ce sujet.

ii°. Sonaltesse le nabab Choudja-a-ed-Doulah , son excellence le nabab Noudjoum-ed-Doulah , et la compagnie anglaise , promettent d'observer sincèrement et strictement tons les articles contenus dans le présent traité; et ils ne souffriront pas qu'il soit enfreint directement ni «indirectement par leurs sujets respectifs : et lesdites puissances contractantes garantissent, généralement et réciproquement Tune et l'autre, toutes les stipulations du présent traité.

Signé , scellé et juré solennellement , selon leurs croyances (religions) respectives, par les parties contractantes, à Eléabad, le 16 août, l'an de Notre-Seigneur , mil sept cent soixantecinq, en présence de nous f £dmund Maskeline Archibald Swinton , George Vausittart

Signé Clive avec son sceau. Carkac avec son sceau.

Le sceau et la ratification de Choudja-a-ed- Doulah.

Dessous, Mirza-Cossim-Khan , Radjah sect a broy meer musshala.

Au fort William , le 3o septembre 1765.

Pour copié véritable , Signé Alex. Campbfll. S. S* E>

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Nous venons de voir que, par l'article quatre du traité , entre Choudja-a-ed-Doulah et la compagnie anglaise, le roi Chah-Àlem II devait rester en possession de Rorah et d'une portion de la province d'EIéabad , comme domaine royal, pour soutenir sa dignité et ses dépenses.

Ce malheureux prince demeura deux ans à Eléabad'* dans le palais même qu'Akbar y avait fait bâtir. On sait que cette ville fut agrandie et embellie par Âkbar, Y un des plus grands rois du sang Mogol. Si les souverains, par iettr puissance et le bonheur qu'ils nous procurent en gouvernant avec sagesse , excitent en nous ces sentiments d'amour , de reconnaissance et souvent d admiration , les rois que le malheur accable ont toujours droit à nos respects ; et il

y a plus que de lâcheté à augmenter leur infortune par des outrages.

La France, et je le dis avec orgueil, fut toujours l'asile des princes malheureux, jusqu'au moment de la fatale révolution française , où ces principes religieux qui faisaient notre gloire furent oubliés. L'Angleterre , de nos jours, nous a prouvé qu'elle savait aussi honorer le malheur , en lui prodiguant tout l'appui , toutes les consolations qui ont dépendu d'elle. Qu'il me serait doux de pouvoir en dire autant des Anglais qui, dans l'Inde, ont au contraire ajouté aux malheurs de Chah-Alem II, par des affronts

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renouvelés à chaque instant dans ce lieu , dans ce palais mêmç qui lui rappelait la gloire et la puissance 4? U maison de Tymour ; affronts qui l'obligèrent d'abandonner cette faible portion qui lui restait de ce riche héritage , pour retourner vers Delhi , habiter des baraques qu'on fît construira exprès pour le recevoir.

Parmi les outrages qu'il éprouva , nous en citerons trois qui déshonorent et le* agents qui les ont commis, çt l'autorité qui non-seulement les a laissé commettre sans offrir la moindre réparation à l'infortuné monarque , mais qui voulut encore aggraver ses malheurs par le refus de payer les vingt-six laks de roupies, dont les Anglais était convenus par le traité d'Eléa- J>ad 9 du douze août 1765.

Un simple çommaudant de bataillon ayant , de son autorité , fait prendre et mettre en prison un des valets de pied de l'empereur Chah- Atem , ce valet fut réclamé par le prince , qui , en priaut le commandant de le relâcher, l'assura que son domestique serait plus circonspect à revenir , quoique ce serviteur n'eût rien fait qui méritât pareil traitement. Eh bien! le çroira-t»on? ce commandant fit sortir aussitôt de prison ce malheureux, et en présence de l'envoyé de l'empereur, il lui fit donner cent coups d'étrivières , en disant : Voilà comme je oh&Lie ceux qui disent qu'ils ne me commissent point.

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Quelque temps après cet événement , le brigadier Smith, logé dans le palais impérial , défendit aux musiciens de l'empereur, de battre le naubot (musique qui est toujours placée sur la principale porte du palais ) , parce qu'il éveillait de trop bonne heure le brigadier. Les musiciens de l'empereur l'ayant battu malgré sa défense, Smith envoya une garde , avec ordre de jeter du haut en bas les musiciens et les instruments. Heureusement , les musiciens décampèrent , et il n'y eut que les instruments de jetés.

Ce même brigadier , Smith , disait à un officier français, que le nabab avait envoyé vers lui, pour Vehgager à recevoir dans ses bonnes grâces un seigneur qu'il avait maltraité , et cela, devant Akbar-Âli-Khan, oncle de l'empereur, qui s'intéressait aussi à ce seigneur : « Savez-vous , monsieur , qui est le maître ici ? C'est moi , parce que je suis le plus fort. »

Le caractère bouillant de ce général troubla la paix et le repos dont jouissait , à Eléabad , oe malheureux prince; et les avanies qu'il éprouvait journellement l'obligèrent , comme nous l'avons déjà dit, d'abandonner ce palais, pour aller habiter sur les bords du Gemna près de Delhi.

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