‹ Mémoires sur l'Indoustan, ou Empire MogolChapitre 32 sur 51 · Ô2 MÉMOIRES · texte numérisé non relu

Ô2 MÉMOIRES

ce temps , qtie Sef-derd- Jenk vint dans l'Inde , qu'il épousa la fille de son onde, et qu'il fut nommé lieutenant du vice-roi cfAoude.

M. Dow, dans son histoire de llndoustan 9 prétendait que Choudja-a-ed-Doulah , était le fils d'un brocanteur persan. On voit que cet historien a une plume trempée de fiel lorsqu'il parle de ce prince, et que le ressentiment, plutôt que la vérité , le dirige dans le récit qulï en fait (2).

Nous avons vu les détails sur la guerre de Choudja a-ed-Doulah avec les Anglais , et la paix <fui suivit. Peu de temps après la négociation dont je fus chargé auprès du général Carbat , jouissant auprès du prince indien du cré- &fr fondé sur la confiance que je lui avais inspirée par mes services , je fus assez heureux pour le faire revenir sur la mauvaise opinion qu'on lui avait donnée de la nation française. Je parlais assez correctement llndoustan pour n'avoir pas besoin d'interprète; de sotte que mes

rougha-kass , était celle de grand-maître de la maison de l'empereur.

(1) Eorster dit , page <*6g de son précis sur les Rohiïabs : « Quand Choudja - a-ed-Doulah eut su en quels termçs «< injurieux M. Do^ s'exprimait sur son compte, et sur « l'histoire de sa maison, ce prince attribua cette mauvaise k 'humeur au ress^ritnèM que' M.' Dow conservait de c* « qu'il rai avait refusé la f er m e dn salpêtre des districts « d'E-léabad. »■ ' ■ ; ■ «

sua L'ifBotstii. srfSS

pensées étaient rendues telle»

pouvait les désirer.

En me témoignant oo tu bsrn il de toit près de kii un Ffrança il me fit des questions qui désir qu'il avait de prendre il corps de quatre ocnts Fruurni présente ne me permît pas de le suite; mais je fan fis entre s » 1 b réussir dans des

ratais formé un projet qui n'a pu éfnr Cependant la fortune me soun cette circonstance, puisqu'elle l'heureuse position de aciumu drus cubés é* met compatriotes, qm t pnuoumcrs ue* depuis la perte de nos du nombre de ceux qui, par ée tcments, avaient été forcés de p n tu d W dans les t r u a pes anglaises, et de succès de nos ennemis contre nabab do Bengale.

Retiré * Eléafaad , ches Mmdi-.%MJfeau , p»

verneurdéfrtnah, dont f ai déjà parié . j'appris qde de l'autre côté du Ganta des Européen» qui se disaient Français, et le gouverneur d*E3éabad, rtfmêkt de les passer et entre* en vile. B# avaient le service des Anglais,

J'envoyai aopife dfa» mon écrivant*

2$4 MÉMOIB.ES

con&rma la *vérité; le me rendis de suite chez le gouverneur , et je l'invitai à les laisser passer. L$ , pçr«n&sion ayant été accordée , Madec , sergQntnwajor, vint me.taottver. Je me chargeai de lq présenter t k CbPH^ja^ared-DQulahl , à qui je fis: part de d'arrivée des Français. • Ce prince^ chargé. deœttç (Couverte , écrivit sur-le-champ au gouverneur d'Eléabad ,de se conformer à tout ce que je lui dirais;. et après trois jours de.marche, je le* présentai au. nabab, «dans son camp, liseur nombre y par. la suite , passa.six cents hommtâ* etJaur paie* non compris le traitement dâftiprjnoipftjux officiers , s'élevait à près de quatre- vingt mille francs ^par mois. ; i , . Obtfudja-a-ed-DouJah , fixa . sa idemeure à Faîzabâd après cette! pais , «1 l'enapereur fixa la sienne à Eléabad. ; , •• • » » .

Le vézyr invita, Ghah-Alâm à venir passa* quelques jours dans, sa nouvelle demeure de Faizabad, où- il lui donna des fêtes. J'eus l'honneur d'être présenté à l' empereur plusieurs fois; il jeût même la bonté de faire araét& son trône dftvapt mon habitation, et le nabab m'ayant tait avertir de cette marque de bienveillance de sa majesté, je me rendis auprès, de ce prince qui t^çut'mon nazer javfec beaucoup de bontés, ep m'invitent à l'accompagner dans sa promenade, i •

Çbpudja-a^d-Dftulfrh; procura souvent à i'em-

SUR LINDOUSTilN. 265

pereur Je plaisir de la chasse du cerf et autres animaux. Ce prince était sur un éléphant, ayant le nabab vézyr assis derrière lui. Je les accompagnais à cheval (i).

De tout temps les Indiens ont regardé la chasse comme le plus noble des exercices. Il n'est point de pays dans l'univers où elle soit plus variée. On y trouve toutes sortes d'animaux. Plusieurs empereurs mogols s'y, sont livrés avec passion, et avec un luxe qu'on n'imagine pas ailleurs. Chaque gouverneur en faisait autant dans sa province , ainsi que les gens aisés parmi les mahométans , suivant leurs moyens ; car les idolâtres qui ne vivent que de végétaux , stricts observateurs des birds, s'en abstiennent par le principe , qu'une créature ne doit jamais ôter la vie à une autre quelque vile qu'elle soit. Tels sont les brahmes, les banians , etc. Les radjahs, cependant, les baisses et les tchouders, WMus zélés , s'en donnent quelquefois le plaisir, usant de certaines viandes , surtout de celle du sanglier. On voit par là qu'il y a peu de- chasseur^; ce qui fait que le gibier y est par tout en abondance.

(i) Voyez le récit que j'ai fait sur les chasses du nabab Salabet- Jangue, deuxième partie du chapitre premier,* pour, ne pas répéter ici les mêmes détails, la chasse de l'empereur ne présentant aucune différence.

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On* trouve des sangliers , des cors , des tigres , des buffles et bœufs sauvages, des rhinocéros, des éléphant*, etc., dans les forêts des monte Kouraahouns, qui séparent l'indoustan du grand et du petit Tiribet. On y trouve pareillement des perdrix rouges, des coqs et poules sauvages , des faisans etc. , et dans toutes les plaines, des perdrix grises et noires , ainsi que toutes sortes d'autre gibier, k l'exception an lièvre C'est de ces mêmes monts Kouroahouns , qu'on tire les faucons, gerfauts, sacres, émerillons, tiercelets elc ; les chats-tigres, les oreilles-noire^ et des chiens monstrueux pour les chasses.

La chasse des éléphants se fait par ruse , et toujours avec l'intention de conserver ceux que l'on prend; malgré toutes les précautions, cette? chasse est fort dangereuse , et il y arrive presque toujours des accidents fâcheux.

Les uns font un parc avec 4es troncs d'a#bttes* auquel on ne laisse qu'une seule issue. O* attache au milieu de ce pure une femelle , dans le tempe que les éléphants sont en chaleur : le gardien a k soin de s'éloigner et de se cacher de manière à n'être point aperçu de l'éléphant; car autrement il n'approcherait point de Ja femelle , vu que cet animal cache ses amours avec soin. Lorsque l'éléphant est entré dans le parc, le gardien barricade l'entrée. Ensuite on lait jeûner le prisonnier; et lorsque cela ne suffit pas,

sur l'ikdoustaiï. 2167

on le fait battre par d'autres éléphants privés, et on le met ensuite sous le joug.

D'autres font des trappes auprès des champs de blé. L'éléphant qui vient pâturer, ne voyant pas d'autre chemin que celui de la trappe, donne dessus, et aussitôt qu'il y est tombé, on fait venir d'autres éléphants; et, peu à peu, on le dompte en le caressant et en le faisant battre par des éléphants privés. Pour l'emmener, on lui met une chaîne de fer aux denx pieds de derrière avec un gros boules , une autre chaîne sans boulet à un pied de devant, et un homme le monte alors, ayant dans les mains le bout de la chaîne attachée au pied de devant. Avec ces précautions , on le conduit en triomphe avec cinq autres éléphants privés , dont trois marchent devant le prisonnier et deux derrière. Peu de temps après il s'accoutume au joug.

Les tigres se prennent aussi de différentes manières. Dès que le paysan -à connu le chemin par où passe le tigre , il sème de la paille hachée sur laquelle il met de la glu, qu'il tire du manguier et du pipai * en donnant des coups de hache sur le tronc de ces arbres. Le tigre , venant à passer , met ïe pied dessus ; la glu se prenant à son pied , il s'en frotte la gueule , se roule dessus , et enfin s'en met par tout le corps • et jusque sur les yeux. Cest alors que les paysans qui l'observent , sortent de leur cachette , et

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lassoiçraent à coups de massues. D'autres font un trou en terre , s'y mettent à couvert; et de là , ils attendent le tigre , et le percent avec des lances lorsqu'il touche à l'appas, ou le tuent à coups de fusil. D'autres font des cages, y mettent un chevreau; le tigre arrive et entre pour dévorer le chevreau ; on ferme la cage et on le perce. D'autres encore se mettent dans la cage qu'ils ont soin de fermer, et, par leur bruit, attirent le tigre , qu'ils percent avec beaucoup d'adresse et de promptitude , lorsqu'il vient auprès.

Mais la chasse de cet animal féroce, que Von attaque alors en campagne., est très-dangereuse. Il faut être très-riche pour se procurer cet amusement. J'assistai à plusieurs de ces chasses fajtes par le nabab, et j'étais sur le même éléphant que lui. Elle se fait avec beaucoup de pompe. Il avait toujours au moins, treize, éléphanfs, avec un corps de cavalerie et d'infanterie. A une de ces chasses, le capitaine Harper, anglais, faillit être dévoré par un tigre qui se précipita sur l'éléphant qu'il montait. Le nabab, qui était derrière lui sur un éléphant avec moi, à une certaine distance, tira sur le tigre si à propos et avec tant d'adresse , qu'il le tua au moment même où il s'élançait sur le capitaine anglais.

Quand à la chasse du vol, rien de si amusant , de si agréable et de moins fatigant pour

sur l'indousta». 26g

les seigneurs mogols. Aussi point de dépenses qu'ils ne fassent pour se procurer ce plaisir. J'ai assisté souvent à celles du nabab-vézyr. Il entretenait pour cette chasse plus de deux cents faucons. Sitôt après la saison des pluies, il se mettait en campagne pour parcourir ses provinces , en tirer les contributions , tantôt dans une partie, tantôt dans une autre. C'était ordinairement depuis la fin de novembre, jusqu'à la fin de juin. Chaque jour de marche était une chasse. Après le départ de l'armée que conduisait son fils aîné, Myrza-Mani, à la tète de la cavalerie, suivie de l'infanterie et de l'artillerie, les équipages , vivandiers et bagages , sur la droite et sur la gauche , le nabab , monté sur un éléphant, accompagné seulement de ceux qu'il avait amenés la veille, passait à drbite ou à gauche de l'armée , suivant l'avis des guides , qui, le jour auparavant, avaient examiné lès endroits où l'on pourrait trouver le plus de gibier. Le prince éloigné de l'armée, les fauconniers placés à sa droite et à sa gauche lui lâchaient , sur le priqué gantelé qu'il tendait , un faucon , que le nabab lançait sur perdrix ou sur canard, ou sur tout autre gibier qu'il rencontrait. Toute sa suite était alors derrière son éléphant, cent pas en arrière. Dès que le faucon était lâché, un ou deux cavaliers le suivaient des yeux, pour lui arracher sa proie et la rapporter. Sur per-

ajQ MÉMOIRES

drix ou sur canard, c'était l'affaire de quelques minutes. Il n'en était pas de même sur le héron; l'attaque et la défense duraient quelquefois plus d'une demi-heure. Le nabab et sa suite les suivaient des yeux, avec le plus vif intérêt, le héron s'élevant tout droit à perte de vue , et le faucon le suivant toujours en planant autour de la ligne qu'il suivait, en montant jusqu'à ce qu'il fût au-dessus du héron , sur lequel il fondait comme un trait. Si le héron avait l'adresse d'éviter cette première attaque , le faucon recommençait la même manoeuvre, jusqu'à ce qji'il eût repris le dessus. S'il l'atteignait, on les voyait tomber tous les deux en tournoyant jus-» qu'à terre , où un cavalier , en lui offrant une cuisse de perdrix, lui arrachait le héron. C'est la chasse où les seigneurs mogols prennent le plus de plaisir. C'est toujours en éléphant ou à cheval qu'ils la font. Ils y attachent un intérêt audessus de toute expression; les ruses du faucon, l'attention et la vivacité du héron à éviter toute surprise , occupent tous les spectateurs. On les suit des yeux ,' et au moindre avantage du faucon , on applaudit et des mains et de la voix ; mais la joie se manifeste partout, lorsque le faucon a saisi le héron, et qu'ils tombent tous les deux en faisant la roue.

Le nabab prenait ensuite un autre faucon , et chassait tout le long du chemin. On prenait or-

SUE I> 1NDOUSTAW. HJl

dinaïrement beaucoup de perdrix, de» canards et des oies , lorsqu'ils quittent leurs étangs; quelquefois des lapins , mais rarement.

Mais revenons aux affaires politiques. La concorde qui paraissait régner entre l'empereur et le vézyr donna de l'inquiétude au général Smith, dont le caractère était aussi bouillant qu'ombrageux, et qui avait été témoin de leur union.

Aussi , à son retour k Éléabad , il écrivit au conseil de Calcutta contre le nabab , et fit tous les préparatifs pour transporter le théâtre de la guerre à Faizabad.

Instruit des mouvements de ce général, j'en écrivis à un ami que j'avais dans l'armée anglaise , en déclarant que si l'on voulait foire la guerre à Choudja-a-ed-Doulah, ce prince, loin de se défendre, irait, à Calcutta, se mettre entre les mains du conseil avec ses femmes et ses enviants, et de la , demauderait justice au roi d'Angleterre. Mon ami envoya une lettre à M. Werelst , gouverneur de cette place , connu généralement par son humanité et sa probité. M. Werelst la communiqua au conseil , qui jugea convenable d'envoyer deux conseillers au-devant de Choudjasi-ed-Doulah, pour vérifier les faits. Le général Smith, qui était avec ces envoyés , ainsi que Mounir-Doulah, leur disait que le nabab ne viendrait au-devant fl'eux qu'à la tête de son armée, dont l'infanterie nombreuse et l'artil-

lerie avaient été disciplinées et montées par mes soins.

Lorsqu'ils furent arrivés à Béoarès , le prince indien fut cependant à leur rencontre sans escorte. MM. Roussel et Certier ( les deux envoyés) ouvrirent les yeux, persuadés alors que les faits étaient colomnieux. Il firent un nouveau traité avec le nabab-vézyr, par lequel ils fixèrent le nombre de troupes qu'ils devaient garder (i).

Le général Smith, informé de ce qui avait donné lieu à l'ambassade qui détruisait tous ses moyens de fortune, adressa dès-lors des plaintes contre moi en Europe. C'est depuis ce temps que la compagnie anglaise écrivit de Londres au gouvernement général du Bengale, pour demander au vézyr mon renvoi, à quelque prix que ce fût. C'était leur expression. Mais ce prince trouva toujours moyen d'éluder leurs demandes. Lassé un jour de leur inportunité , il ■ ' ' ' ^ ■■^^■■■•"■■■— — — — — — — ^— i^^^^

(i) La conférence eut lieu à Bénarès au mois de novembre 1768. Le vézyr consentît avec beaucoup de chagrin et de répugnance à ne porter ses forces militaires qu'à dix mille hommes de cavalerie et vingt-cinq mille d'infanterie. Cette mesure parut au vézyr aussi injurieuse qu'injuste. Mais, il s'y soumit, n'ayant point la force nécessaire, pour refuser ouvertement de se rendre aux invitations impératives d'un allié puissant et jaloux. Georges-lorster, précis sur les Rohilahs, tom. III, pages aï8-ai<), de la traduction de M. Langlès.

sur l'iwdoust a.5. a^3

leur répondit : J'ai de grandes obligations à M. Gentil; sans lui je ne vous aurais point connu; je n'aurais point fait de paix avec vous: il m'est trop attaché, et je serais fâché de le perdre. Voilà pourquoi je prends à mon service des Français; si je refusais les siens, il me quitterait: aussi je préférerais plutôt rompre avec vous que de le renvoyer. Ce prince continua de me donner des marques de sa bienveillance , et même , dès ce moment, il augmenta le traitement qu'il me faisait, en le portant à trente-deux mille roupies par an , au lieu de vingt-cinq mille qu'il m'avait accordées lors du traité d'Éléabad , en 1765 (1).

Ce fut après cette nouvelle convention que l'empereur, toujours inquiété par les Anglais, prit Je parti de retourner à Delhi. Ceux-ci , qui

(1) Ceci est indépendant des présents que ce prince faisait à cet officier, qu'on peut évaluer à plus de dix mille roupies par an. Il s'est défait de la plupart pour soulager les Français malheureux , qui trouvaient toujours chez lut un asile et des ressources qui leur permettaient d'attendre le moment où il pourrait améliorer leur sort. Ces derniers n'étaient pas les seuls qui avaient part à ses bienfaits. Tous les chrétiens malheureux recevaient des secours , sans connaître la. main qui les soulageait; et il faisait enterrer à ses frais ceux qui mouraient dans l'indigence. Le père Xavier Tiastentaler , jésuite, était chargé de ces œuvres pies e dépositaire des fonds que le colonel Gentil destinait à cet usage.

voyaient son éLoignetnent avec satisfaction , lui donnèrent deux bataillons de cypayes, qui le conduisirent jusqu'aux frontières du soubah «FÉléabad* Chazed-dm-Kbaii, qui gouvernait en despote, se retira à Djenagar, à son approche de la capitale.

Chah-Àlem passa ensuite dans le gouverne ment de Faroukabad. Ahmad-Khan, qui en était gouverneur, mourut au moment où l'empereur se proposait de lui demander du secours. Les Marattes l'ayant joint, lui offrirent de l'accompagner k Delhi, et de le replacer sur le trône ; ce qu'il accepta.

Ce prince, de retour à Delhi, s'aperçut, mais

trop tard, qu'il avait abandonné une belle pro-

yince pour une ville où il n'existait que des

masures.

M ounir-Doulah , qu'il avait laissé à Eléabad

pour lui faire passer les sommes levées sur le Soubah , les lui passait eu dépenses pour les affaires de la province. Ce malheureux prince, désespéré de ne pouvoir subvenir à celles de sa maison, se lia avec les Marattes, et marcha contre Zabet-a-Khan, qui venait de succéder à son père Nagib-Khan. Un transfuge les ayant informés de sa position avantageuse, ils renoncèrent à l'attaquer dans ses retranchements, passèrent le Gange > et se portèrent sur Nagibgar, qu'ils prirent par ruse. Ils en enlevèrent toutes

SUR LIUDOUSTAN. aj5

les richesses et la famille de Zabet- a-Khan. Tous le pays se soumit aux Marattes.

L'empereur se retire à Delhi , très-méconteat d'eux, parce qu'ils refusent de lui remettre une partie des prises qu'ils devaient partager avec lui. Sur ces entrefaites , Nadjef-Khaa demande à l'empereur la solde de ses troupes. Ce prince lui donne un nantissement sur le pays de Fourouk-Nagar, qui appartenait au Djattes, alliés des Marattes.

Nadjef- Khan voulut en aller prendre pottes*sien : nouveau sujet de querelle. Les Marattes soutiennent les Djattes, et se brouillent avec l'empereur. Cette querelle les engagea à cou* dure la paix avec Zabet-a-Khan. Ils marchèrent ensuite tous ensemble contre INadjef-Khan , qu'ils forcèrent k s'enferqier dans Delhi, dont il formèrent le blocus , après en avoir ravagé les environs. Nadjrf-Rban ayant fait une sortie, ils le repoussèrent et te poursuivirent si vivement , qu'ils entrèrent péle-mele dans la ville , dont ils pillèrent une partie.

L'empereur , épouvanté , envoya demander aux Marattes un accommodement , qu'ils n'acceptèrent qu'à des conditions très-dures pour iui, savoir : i° que Zabet-a-Kan sera fait myr-bakci* (généralissime); que tout ce qui lui avait été enlevé l'année dernière , lui sera restitué, à l'exception du pays de Karnal et Pan îpat, jusqu'aux

a „6 MEMOIRES

frontières du soubah de Lahor; que les autres pays, depuis Saranguepour jusqu'aux monts Koumahouns , lui seront donnés pour le soutien de sa charge , qui est la seconde de l'empire ; a ° Que l'empereur n'inquiétera point les Djattes, et les laissera jouir de tour les pays qu'ils possèdent dans les soubahs d'Agra et de Delhi; 3° Que l'empereur donnera aux Marattes le pays de Koré, en payement de ce qu'il leur doit; 4° Qu'il accordera aux Marattes le tchantai (quart du revenu) sur toutes les possessions de l'empire ; 5° Qu'il donnera aux Marattes la moitié des contributions du Bengale, qu'Us s'obligent à aller

lever à leurs dépens.

Madouro , l'un des chefs marattes , mourut à Pona. Privés des secours qu'ils attendaient du Dékhan, les Marattes ne se pressèrent pas d'exécuter le traité, vu la forte partie à laquelle ils avaient à faire. Cependant ils sortent de Delhi, et viennent à Anoupchar , pour de là prendre possession de Koré , si personne n'y met opposition.

Naraimzaé , ayant succédé à Madouro , rappela auprès de lui tous les chefs marattes qui étaient aux environs de Delhi, tant pour maintenir ses voisins dans la soumission , que pour leur faire rendre compte.

Chah- Alem , ne sachant plus de quel côté se retourner, écrivit à Teymour-Chah , qui venait

SUR LINDOUSTAX. 277

de succéder à son père Abdalli-Ahmid-Chah , et lui proposa vingt millions de roupies (environ cinquante millions de livres ) , s'il voulait lui envoyer des forces suffisantes pour chasser les Anglais de Flndoustan. Ces derniers, instruits du traité fait avec les Marattes et de la demande de Chah-Alem à Teymour-Chah , saisirent cette occasion pour cesser le paiement de la pension qu'ils faisaient à ce prince pour la cession des soubahs de Béar et du Bengale.

Lorsqu'on examine sans partialité la position de Chah-Alem, successivement le jouet de l'ambition de ses sujets rebelles, des Anglais ses vassaux, et des Marattes, on voit que tous ne cherchaient qu'un prétexte pour dépouiller ce prince, et que la politique anglaise profita de ses malheurs pour cesser le payement d'une pension qui lui appartenait si légitimement , en trouvant des titres à leur refus dans les infortunes mêmes de l'empereur.

Choudja-a-ed-Doulah se mit en marche pour s'opposer à la cession de Koré aux Marattes.

Ce prince, après les avoir battu à Ramgat, les obligea, par un nouveau traité, de se retirer auprès de leur nouveau maître, moyennant vingt laks de roupies ( cinq millions de livres ) , qu'on promit de leur payer à Pona , en leur laissant toutes leurs nouvelles conquêtes.

Après cette expédition , Choudja-a-ed-Doulah et les Anglais rentrèrent dans leurs quartiers ,

les Djàttes, clans la province d'Agra, Zabet*a~ Khan, à Saranguepour, et Nadjef-Khan, auprès de i'eibpereur à Delhi.

Choudja~a-ed-Doulah, peu de temps après t partit pour Bénarès , où il s'aboucha avec M. Hastings, nouveau gouverneur-général de Calcutta. M. Hastings blâppa hautement le traité fait à l'occasion des manœuvres du général Smith , rassura ce prince sur toutes ses craintes, en lui disant que les intentions de la compagnie anglaise étaient de le laisser maître de son pays, ainsi que de la quantité de troupes qu'il voudrait avoir; et qu'on ne le mêlerait nullement de ses affaires, tant quelles n'anraient point de rapport avec celles de la compagnie.

Quelques jours après cette entrevue, M. Hastings convint avec le prince de lui laisser prendre possession de Koré , Kourah et ÉléaJbad , qui lui avaient été enlevés pour être remis en lp possession de l'empereur lors du traité du 16 août 1765 , moyennant la soxbme d'environ douze millions de francs qu'il payerait à la compagnie. Dans le nouvel arrangement dont on vient de parler , il est dit : « que le traité conclu à « Éléabad, le 16 août 1765, entre son altesse « le vézyr , et la compagnie anglaise , porte que « les districts de Koré et d'Éléabad seront don- « nés à l'empereur pour ses dépenses ; mais que « sa majesté, ayant abandonné la possession de « ces districts et même concédé Koré et Kourah

SUR LlNDOl'STAN. !2^()

« aux Marattes , au grand préjudice du vézyr et « de la compagnie , et contre le texte formel dû « traité, elle a perdu, par cette concession, tous « ses droits sur ces districts, qui reviennent à « la compagnie de qui elle les a reçus. Il est « donc convenu que le vézir sera mis en pos- « session des susdits districts aux conditions « suivantes ; et que de la même manière dont il «possède la* province d'Aoude et ses autres « domaines , il possédera pour toujours Koré , « Kourah et Éléabad. Ni ia compagnie , ni aucun « officier anglais ne devront , sôus quelque ptfé 1 « texte que ce soit et d'aucune manière , exercer « des réquisitions ou autres vexations dans leséits « pays ; et 1 on ne pourra exiger que la somme « stipulée au présent traité, lequel sera relire gieusement observé par les chefs anglais, les « membres du conseil et la compagnie , sand « qu'on y fasse la moindre infraction.

« Afin de prévenir toutes les contestations qui « pourraient avoir lieu au sujet de la sokle des « troupes que la compagnie enverrait au secours «du vézyr, conformément à l'article a du traité « du 16 août 1^65, il est convenu quelle prêt « d'une brigade sera évalué deux laks dix mille «roupies sicca par mois (1), suivant Je cours

« d'Aoude.

(1) En évaluant la roupie à 2 fr. 5oceat., le» deux Uks représentent 52 5, 000 fr.

« Une brigade est composée de la manière sui- « vante (i) :

« Deux bataillons européens;

« Six bataillons de cy payes;

« Une compagnie d'artillerie.

a Du moment où ces troupes auront mis le « pied dans sa province , le vézyr sera chargé de « les défrayer de tout ; mais on ne lui demandera « rien au-dessus de là somme précédemment « stipulée. Si la compagnie ou les généraux an- « glais ont besoin de requérir les troupes du « vézyr, ils les traiteront de la même manière « que celui-ci s'est engagé à traiter les troupes « anglaises. »

Signé, scellé et juré solennellement par les parties contractantes, le 7 septembre 1773.

L'article 5 du traité du 16 août 1765 stipulait en faveur de Boalowatsing, tenancier du zemiudari de Bénarès; par ce nouveau traité, il fut stipulé que Cheitsingue, son fils et successeur, serait continué dans cette possession. Le vézir n'accorda cette faveur qu'avec beaucoup de répugnance, regardant cette clause comme un obstacle qui pouvait l'empêcher de le déplacer

(1) Chaque brigade est composée de huit cent à mille européens, divises en deux bataillons; de sept mille cipayes, et d'environ deux cents hommes d'artillerie, en tout environ huit mille hommes. *

sun L indoustan. a8i

dans le cas où il ne remplirait pas ses engagements, par les ménagements qu'il devait à des protecteurs puissants (i).

Choudja-a-ed-Doulah fit payer à M. Hastings une partie des sommes dont il était convenu pour la remise de la province d'ÉIéabad. Ce prince partit ensuite pour aller en prendre possession , y placer des garnisons , et affermer les terres de son nouveau domaine. Il dirigea ensuite sa marche vers Etahia, situé sur la rive gauche du Gemna. Il forma le siège de cette place au mois de novembre 177a, et la prit le

(1) « 11 fnt stipulé (dans la conférence de Bénarès) que «« le vézyr confirmerait Cheyt-Sing, fils et successeur de « Belwant-Sing , dans la possession de Bénarès et de ses « dépendances. !Le vézyr n'y consentit qu'avec la plus « grande répugnance; non pas qu'il eût le désir de dé- « pouiller ce chef de ses propriétés, mais il était contrarié « de voir des étrangers , s'intéresser en faveur d'un homme « qu'il regardait comme son vassal immédiat. Il craignait , « avec raison, qu'un si puissant secours n'encourageât Cheyt- « Sing à sortir des limites de la subordination , dans laquelle « ces espèces de tenanciers de terres sont constamment « maintenus par les cours dont ils dépendent. Malgré sa « politique, et surtout l'adresse pour laquelle il n'avait « pas d'égal parmi ses compatriotes , Choudja-a-ed-Doulah « ne put dissimuler combien il était indigné de voir que le « gouvernenr désirât que Cheyt-Sing s'assît en sa présence. « Mais il s'occupait alors de préparatifs d'une telle impor- « tance pour le projet qu'il méditait (la conquête du « Rohilkend), que quand même son ressentiment eut été « plus vif, il l'aurait sacrifié.

28a mémoires

i5 décembre suivant. Il fit démolir cette forteresse au mois de janvier 1774* Les Anglais lui avaient proposé de l'aider à faire cette conquête moyennant quarante-cinq laks de roupies. Ce prince les refusa. Il les appela à son secours la même année, lorsqu'il entreprit la conquête du Rohilkend , dont voici l'origine.

Une armée Maratte ravagea le Rohilkend en 1772. Les Rohilahs eurent recours à Choudjaa-ed-Doulah pour chasser les Marattes. Ce prince engagea les Anglais à unir leurs forces aux siennes pour les délivrer. Les chefs rohilalis promirent de lui remettre quarante laks de rou-

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« Afin de réussir plus efficacement à expulser de son « pays les marchands anglais et leurs chargés d'affaires , et « à les empêcher même d'y résider ou d'y faire des opéra- « tions commerciales, Choudja-a-cd-Doulah demanda et « obtint la permission d'imposer de gros droits sur les « marchandises d'Europe et du Bengale; il avait vu par « lui-même l'horrible monopole qu'exercent les agents de « la compagnie ( anglaise ) dans le Bengale , et il savait que « la plus grande partie des calamités qui affligent cette belle « province, sont l'effet de l'accaparement du commerce « par les marchands européens. Ils poussaient l'impudence « et la tyrannie au point que tout négociant était obligé « d'acheter un nom européen, à la faveur duquel il put « mettre ses propriétés en sûreté. On raconte que Choudja- « a-ed-Doulah ayant été pressé de recevoir un marchand « anglais dans son pays, lui offrit une somme d'argent, « plutôt que de s'exposer à adopter un système qui parais- « sait destructif de tous les vrais principes du commerce. »

Voyage de G. Forstcr, torn. III, pages 235-236-2*37.

sur LiMi>ous<r an. a83

pies (dix millions de livres). En conséquence de cet accord, les troupes de Choudja-a-ed*- Doulah, et les Anglais commandés par le général Bakher, marchèrent contre les Marattes, les battirent à Ramgat sur les bords du Gange. Par le traité que le nabab fit arec les Marattes, il promit de leur remettre , s'ils abandonnaient; de suite le pays, vingt laks payables dans leur capitale. Ils acceptèrent cette proposition. Cboudja-a-ed-Doulah remit pareillement aux Anglais les sommes convenues. Le traité ayant été exé*cuté de part et d'antre, ce prince exigea, en i774i des chefs rohilahs l'exécution des engagements qu'ils avaient contractés alors avec lui, c'est-à-dire le payement des quarante laks promis. Ces derniers ayant refusé de payer une dette aussi légitime, Choudja~a-ed~Doalah , en vertu des traités, des 1 6 août 1 765 et 7 septembre 1773, invita M. Hastings à lui fournir les secours nécessaires pour obtenir justice , en chassant les Rohilahs, moyennant une somme de quarante-cinq laks, et la paie des troupes an* gjaises qu'il lui confierait pour la conquête du Robilkend. Ce prince n'avait pas assez de confiance dans ses troupes pour attaquer seul les Rohilahs,

L'armée anglaise joignit ielle du nabab à Belgram, le a a avril 1774* EUes vinrent camper sur les bords d'une petite rivière, à cinq cosses

a84 MÉMOIRES

de celle des Rohilahs. Le prince indien, après avoir pris toutes ses mesures avec le général anglais, les fit attaquer le lendemain. Les Anglais partirent à trois heures du matin, ayant avec eux les bataillons de Bassomt, de Letasat et de Saïd-Aly. La cavalerie du nabab était partagée en deux corps , l'un à la droite, l'autre à la gauche. Us auraient pu surprendre les Rohilahs; mais la lenteur de leur marche, pour attendre le nabab, qui ne partit qu'au jour, donna le temps aux Rohilahs de se préparer au combat.

Ce fut avec confusion. Aussitôt qu'ils aperçurent les Anglais, Feyz-ulla-Rhan , chef de la cavalerie rohilah, vint trouver Hafiz - Rabmet- Rhân, et lui conseilla de faire retraite. Celui-ci refusa , en disant qu'il fallait vaincre ou mourir. Feyz-ulla-Kan monte aussitôt à cheval, et va pour reconnaître l'armée anglaise; tandis que Hafiz-Rahmet-Khan se met à la tête de l'infanterie , pour la mener au combat. Il était alors dix heures , temps où la grande chaleur se fait sentir. Les Anglais, en marche depuis trois heures du matin, ne peuvent plus y résister, et aiment mieux mourir que d'aller à l'ennemi , ne pouvant plus supporter l'ardente soif qu'excitait en eux l'eau-de-vie qu'ils avaient bue en chemin.

Dès que la cavalerie Rohilah parut, Létasat et Bassomt la canonnent, ainsi que Saïd-Aly. Elle va se mettre à l'abri dans des villages à portée.

SUR LINDOUST\N. a85

Ijes bataillons de Saïd-Aly l'en chassent. De là, ils retournent à Hafiz-Rahmet-Khan, qu'ils ne peuvent engager à fuir. L'artillerie des Rohilahs, commandée par un Espagnol , canonnait les Anglais et leur tuait beaucoup de monde. Hafiz avance à cheval , à la tête de ses Rohilahs , pour charger , le sabre à la main , le corps de l'armée anglaise , l'orsqu'un boulet à ricochet et presque mort, lui donne dans l'estomac. Ses domestiques le descendent de cheval ; et à peine l'ont-ils mis à terre ^qu'il expire. Tout prend alors la fuite. Les maraudeurs dépouillent Hafiz-Rahmet-Kan. Un chef de cavalerie reconnaît le cadavre, lui coupe la tête et la porte au nabab qui était alors à une cosse des Anglais. A cette vue , il fait battre le naubot , et arrive comme en triomphe dans le camp des ennemis, où le général anglais était entré ; il était si accablé de chaleur , qu'il paraissait avoir perdu connaissance. Il était couché sur un lit , dans une tente de Hafiz-Rahmet- Khan, d'où il avait eu soin de faire enlever deux grands coffres qui n'ont jamais reparu. A son retour à Calcutta, le conseil lui a fait regorger trois laks de roupies.

Cette affaire se passa entre Birpour et Pillibie ou Pipeli. Il y périt à peine deux cents hommes des deux côtés. Les troupes du nabab qui s'y trouvèrent, ne perdirent que trente-six hommes. Le nabab demeura deux jours campé sur les

a86 MÉMOiitKs

bords de la petite rivière. Un fils de Hafiz- Rahmet-KJhan se rendit auprès de lui le *3 avril , et la famille d'Enayet-Khan , frère du précédent , y vint te %t\.

Les Rohilahs ne s'attendaient pas à être attaqués ce jour- là aussi prompt émeut. La prompte marche da nabab , et la vue des troupes anglaises qu'ils ne connaissaient pas, les étonnèrent au point T que la cavalerie prit la faite sans avoir fait la moindre résistance ; l'infanterie en fit autant dès qu'elle sot la mort de son général. Cette action entraîna la ruine des Rohilahs.

M. Midelton, le major Polier et moi, nous ne quittâmes pas le nabab, depuis la pointe du jour jusqu'à* dénouement, et nous parcourûmes avec lui le champ de bataille. Les Rohilahs étaient au nombre de dix mille au plus. Ghoudjo-a-^d-Doulah fit frapper une médaille en l'honneur de cette victoire (i).

Les Rohilahs , après cette défaite , se retranchèrent aux pieds des montagnes de Kou-

(i) Cette médaille, d'un côté porte le sabre d'Ali, nommé le Pourfendant; un autre sabre coupé en deux est placé au bas de la poignée du premier. L'inscription arabe signifie : Nous lui avons fait remporter urne victoire éclatante , dont se réjouissent les habitants de fJndotistan. L'inscription en langue persane, sur le revers, signifie : Le nabab Choudja-a ed-Doulah , grand-vehyr de Vlnde , battit les Rohilahs à Jlahikehirj un samedi i t de seffer y an 1 188 ( de l'hégire % ,

sur l'indoust\n. a#7

rnahouas. Le nabab, en continuant sa marche, prit Bareily , et Pipeli fut pris par un de ses lieutenants.

L'armée établit ses quartiers d'hiver à Bissaûly. Malgré les pluies, on marcha contre Faizoula-Khan, qui s'était retiré vers les monta* gnes de Koumahouns. Le mauvais air, le manque de vivres , et la triste situation des lieux où ils étaient comme enfermés, forcèrent ce chef à venir se jeter aux pieds du général anglais qui fit sa paix. Ce chef, qui n'avait avant la guerre que le Djhaguir de Rampour, dont le revenu était évalué à quatre où cinq laks de roupies, se trouva posséder , après/cet arrangement , ttn canton fertile, dont le revenu était d'environ quinze laks.

L'armée revint à Bis&auly. Le nabab' malade et, de plus, fatigué de cette expédition faite pendant le plus mauvais temps de l'année, pour changer d'air et se faire guérir, se rendit à Laknaau, et de là, à Faizabad, au mois de décembre 1774» Revenu de Bissauly par congé au

1774 de J.-C. Hhafez-Rammetr-Khan , général des Rohilahs y fut tué.

Les Anglais donnent à cette bataille le nom de bataille Saint-George, Elle Fut livrée entre Birpour et Pillîbit. près du village de Kutterah, vers le 28 e degré 5 minutes de lat., suivant la carte do llndotistan du major Renncl, case F-Q.

l88 MEMOIRES

commencement de juin, j'allai le voir; et après plusieurs conférences t je le déterminai à se faire traiter par M. Visage , chirurgien français. Celuici l'aurait infailliblement guéri, s'il n'eût pas quitté son traitement à la sollicitation de ses femmes et de ses beaux-frères , qui l'engagèrent à se mettre entre les mains des médecins du pays, qui , après trois frictions de mercure qu'on n'avait pas eu soin de retirer par des purgations , lui donnèrent des rafraîchissements qui le conduisirent au tombeau dans l'espace de quinze jours. Il mourut le a6 janvier 1775, à six heures du matin , et fut enterré le lendemain à dix heures.

Son fils Myrza-Mani, nommé depuis Assefed-Doulah , fut reconnu de suite pour son successeur et unique héritier, par les Indiens et les Anglais (1).

Dès que sa mort eut été annoncée, toute la

(1) M. Franklin (Hist. of shah Julum , p. 65) observe que c'est la coutume dans l'Inde et dans plusieurs cours d'Asie, de changer le nom d'un prince à son avènement au trône. Le fameux Djihanguir se nommait d'abord Seyml; Chah-Djihan se nommait Khorrem ; Choudja-a-ed-Doulah, Jflyrzai-Djellâl-ed-dyn-Hheïder. — L'observation de M. Franklin n'est pas uniquement applicable aux souverains , mais encore aux grands qui exercent le pouvoir suprême, car Choudja-a-ed-Doulah et Àssef-cd-Doulah n'étaient que des nababs, c'est-à-dire, des lieutenants de l'empereur mogol ; à la vérité ils possédaient réellement l'autorité sou\e-

suit l'isdovjstah. 389

ville fut dans la plus grande consternation. Grands et petits, tous semblaient avoir perdu leur père. Personne ne pensa qu'à la 'perte qu'ils venaient de faire. Les marchands , les ouvriers en tout genre , quittèrent leurs boutiques ; leurs femmes et leurs enfants couraient les rue» en se lamentant , et se demandant Ici uns aux autres : Où trouverons-nous un pareil prince , un sembla* Me père? Nous avons tout perdu 7.... Choudja- <i-edrDoulah est mort 9 s'éeriaient-41sL.. Et es même temps, ils se frappaient la poitrine, s'arrachaient les cheveux, et déchiraient leurs habits. La douleur et le désespoir étaient au comble dans le sérail. On aurait dit que tout était k feu et à sang, et, toute la mut, la même dét solation continua. Le jour qui lui succéda ftit encore pire, et le deuil et le désespoir redou* blèrent , au moment où son corps fut porté au tombeau. H fut enterré à Goullabois, dans l'endroit même où Ton avait déposé' le corps de son père Ssef-der-Bjenk , lorsqu'on réunit sa cendre à celte de ses pères * près de Delhi.

Tous les fidèles serviteurs du père , n'aimant pas le fils , se logèrent autour du tombeau du

raine 9 et ne laissaient qu'un vain titre au véritable souverain.

Note de M. Langlès, page ar?6 du vol. III de sa traduction des voyages de G. Forster. • • . . r r

agO MÉMOIRES

défunt nabab , après avoir pris l'habit de der* riche y soit par amour pour lui , soit par crainte de son successeur. Assef-ed-Doulah les rappelle peu à peu.

Les Beygums ( princesses ) , veuves , mères et femmes T sont restées 4 Faîzabad, inconsola* Mes de la perte qu'elles ont faite. Elles allaient tous les huit jours visiter son tombeau.

Xhoudja-a-ed-Doulah était âgé de quarante* cinq ans , et en avait régné vingt. Il a laissé cinquante-deux en fonts, sur plus de cent qu'il Avait eu de différentes femmes.

Le 29 janvier, trois jours après sa mort, j'allai rendre visite à son fils , qui me reçut avec toute l'affabilité que je pouvais désirer, et comme Un ami -fidèle de son père, qu'il paraissait jaloux de vouloir conserver. Ce prince , pour me convaincre des sentiments qu'il me portait, m'assura qu'il donnerait plutôt dix laks de roupies aux Anglais > que de me permettre de prendre mon oongé de retraite. Huit jours après , cependant , pressé vivement par les Anglais et par leur gouverneur-général M. Hastings, il me fit inviter par son ministre de prendre mqn congé , parce que les Anglais l'exigeaient et ne lui donnaient pas de milieu , ou de me renvoyer , ou de perdre leur amitié, dont il ne pouvait se passer dans les circonstances présentes. Ce prince, dans une entrevue que j'eus avec lui ,

SUE HIIOCSTIH M&

en me témoignant Uns les sait cette séparation , nTajota le menaçaient, en cas de de ses frères sur le trâne à lut donc expédié le 1 7 6s de Faîzabad le 27, mère Luce-Meodeu , t< mes enfants, pour aller triotes à Ghandrroapor.

trourant à Patuah., je vi-Mohhammed-ltaflsé , peieur, qui m invitait prince, de Tenir à sa tement de quarante mille que son maître , instruit de beaucoup me voir fixé près de loi. et qnll rait pour' moi le même lit nlnfl qne portait le prince que je Tenais de pendre L' pereur tournait alors ses legjsds tcts b persuadé qu'une alliance arec les rait le débarrasser de b HitcMr de rebelles et des Anglais. Mais parfaitement sa position, ainsi qne les de la faire changer, ce prince n'; caractère qui donne cette force <T; saire, pour l'exécution d'un projet tant. C'est pourquoi je n acceptai point ses offres , quelque avantageuses qu'elles moi, puisque, loin de remplir ses rue*.,

aga MÉMOIRES

présente devait lui être nuisible, ne pouvant le débarrasser de la tutelle des Anglais.

Telle fut la fin de Chouja-a*ed-Doulah, prince doué d'un génie supérieur, devenu le meilleur ami des Français dans ces contrées lointaines. Peu de jours avant sa mort , ne croyant pas succomber à la maladie qui le fit descendre au tombeau , il me disait : Encore deux ans , M* Gentil, et les Français n'auront pais dcrùnemis dam V Inde. T'aurai encore occasion de parier de lui,, et de citer des traits qui honorent autant le prince que l'homme.

. . Nous croyons devoir terminer cet article par le portrait de ce prince , tracé de la main d'un de ses ennemis, George Forster, voyageur anglais (i).

* Le$ recherches et les libéralités de mes amis « m'ont procuré une assez grande quantité, de a matériaux , pour pouvoir entreprendre* une a notice historique sur la famille et la personne « de Choudja-a-ed-Doulah. Ce prince , d'une « trempe supérieure, a joué un rôle imposant «sur le théâtre politique de l'Indoustan. Ses « opérations , concurremment avec les Anglais ,

(i) L'éditeur a cru devoir suspendre le récit du colonel Gentil pour donner cette notice sur Choudja-a-ed-Doulah, persuadé qu'elle satisfera le lecteur. Voyez tom. m, page *66 et suivant du voyage de G. Forster.

SUR L1SDOU8TÀN. *€}$

m formeront une époque importante dans les « annales de cette contrée. J'ai mis tant de soins « et de précautions dans le choix des notices «. qui m'ont été fournies, que je ne crains point « d'être accusé de partialité , soit pour dissimu- « 1er les torts de mon héros , soit pour exalter « ses bonnes qualités. Je n'ai d'autre intention , c que de tracer une esquisse rapide des actions « d'un prince bien au-dessus de la médiocrité , « d'après le jugement de ses propres sujets. La « connaissance de leurs sentiments à son égard , « et de son caractère , pourra donner une idée « assez juste des dispositions et du moral des « naturels de l'Indoustan.

« Choudja-a-ed-Doulah, fils de Ssef-der-Djenk, « et d'une fille de Ssadet-Khan , naquît à DeUi , « en 1729. Parmi les princes indiens, le bonté heur et la force des armes sont lès plus sûrs * moyens d'acquérir et de conserver la puissance. « Une longue suite d'ancêtres illustres est d'un « bien faible secours. Cependant, une naissance « distinguée répand encore un nouvel éclat sur « les qualités déjà brillantes d'un chef heurenx ; <c et il se plaît lui-même à en tirer vanité. La « véracité dont je me pique , me permet de rente dre ici à la famille de Choudja-a-ed-Doulah f « la justice qui lui est due , quoique M. Dow , « dans son histoire de lîndoustan , l'ait nommé « l'infâme fils d'un brocanteur persan , plus in-

<r famé encore (i). Les ancêtres de Choudja-a-ed~ « Doulah, étaient établis depuis long-temps à « Nichabour, ville deKhoraçan. Ils y avaient des a possessions territoriales , et tenaient un rang « distingué parmi les principaux habitants de « la province.

« En voyageant dans la Perse , j'ai eu occasion « de m'entretenir avec des habitants de Nicha- « bour 9 qui m'ont attesté l'ancienneté de la fa- «mille de Choudja-a-ed-Doulah. Pour mieux « prouver le fait, je vais raconter comment la fa- <( mille de Myrza-Nasser , arrière-grand-père ma- « teroel de Choudja-a-ed-Doùlah , vint dans lln- « doustan , au commencement du règne de « Bahader-Chah (a) , qui lui donna une place de « confiance à Patnah, où Ton voit encore son « tombeau.

. « Myrza-Nasser eut deux fils. Le second, nommé « Mohhammed-Amyn , n'eut pas plutôt appris la « mort de son père , qu'il quitta la Perse vers « 1708, et se rendit k la cour de Ferakhsir (3).

(1) Voyez ci«devant une note au commencement de cet article , au sujet du récit de M. Dow.

(a) Cot empereur était fils d'Aurengzeb , auquel il succéda en 1707 et mourut en 171a.

(3) Il y a sans doute ici une erreur de date. Bahader-Chah régnait alors, et Ferakhsir ne commença à régner qu'en 174 a, après avoir détrôné son oncle Moniczeoudin-Djihander-Chah , fils de Bahader-Chah.

sue l'ikdousyah. ag&

« Ce prince le nomma gouverneur du fort cTA- « gra. Il oe tarda pas à monter en dignité , el <* devint enfin vice-roi d'Aoude, sous le titre de <t Ssadet-Rhan-Bourhan-Almulk(i), La réduction « de cette province, qui avait été long-temps « en état de rébellion , lui valut la réputation « d'excellent militaire. Il fut promu au grade de « Deroghah-Khass (a) , avec les provisions et les « appointements de sept mille chevaux.

« Yers le même temps, Mokhammed-Aboul- « Maussour, nommé dans la suite Ssef-der-Djenk, ? neveu de Ssadet-Khan , vint dans l'Inde , et a épousa la fille de son oncle. Choudja~a~ed- , « Doulah est , je crois , le seul enfant mâle qui « naquît de ce mariage. Ssef-der-Djenk, qui avait « beaucoup d'activité et de qualités , fut nommé a lieutenant de Ssadet-Khan , dans le gouverne-» « ment d'Aoude (3).

ce Ssef-der-Djenk , qui résidait dans ceUe capi- « taie , à l'époque de la mort de Ssadet-Khan , lui

(x) Voyez la note ci-devant au commencement de cet article, au sujet du titre de Ssadet-Khan.

(a) Voyez la même note.

(3) On voit, par ce récit que Choudja-a-ed-Doulah , descendait par son père et par sa mère de Myna-Nàsser. Le père de Ssef-Der-Djenk étant le premier des ûh de Myrza, et sa nièce fille de Ssadet-Khan, petite-fille de Myrza, ayant épousé Ssef-Der-Djeak son cousin-germain , Choudja-a-ed-Doulab était l'héritier de ces deux branches , puisqu'il était le seul enfant maie qui naquit de ce mariage.

ag6 xs Mot a es

«- socoéda du» son gouvernement. Si Ton en « croit la twdition conservée dans sa famille, ce « fat Nadir-Chah qui loi donna cette place. Mais « la conduite généreuse de celui-ci, envers Tena-

* pereur Mohhammed-Chah , me porte à crabe « que<Sse£der-Djenk, reçut cette investiture des e main* de «on souverain , qui, après la retraite « de l'armée persane de Delhi, le nomma myrte a-tech, grand-maître de l'artillerie -

< « Ssefider-Djenk mourut en 1754» 9ons le ré- «. gne d'Alemguir II. Son 61s Choudja-a-ed-Dou- « lah, âgé alors de vingt-cinq ans, lui succéda «dans la ssoubah-dary d'Aoude. Je ne m'éten- « drai point sur le compte de Ssef-der-Djenk ; je « dirai seulement qu'il avait un caractère dur et « cruel ; sa rapacité. et son avarice rendirent son « gouvernement extrêmement odieux

« Après le traité d' Allah-a-Bad , Choudja-a-ed- «* Doulab montra aussitôt )a plus vigilante assi- « duité à s'occuper de l'administration des affai- « res. IL remit le soin des fria"^** à des hommes u d'un mérite reconjm , et jouissant.. d'un grand « crédit; en peu d'années, il le mirent en état « d'éteindre une dette considérable!, et même « d'amasser des sommes capables dé subvenir « aux besoins du peuple......

« Immédiatement après son arrivée à Oude , « lorsque le traité d'Allah-a-Bad fut conclu, on

* dit qu'il assembla ses principaux officiers , et

SUR t'iIDOUSIAH. »97

tcletit foteaftt» toaaaltra le*, engagements qu'il « tfvafrprî* a*ec* tes- Anglais/ il réclama leurs se* « cours , afin de pourorcles remplir» Quoique ce <r ftooyeri «bit to peu-oséyà -oause du fréquent e'ttâage qu'<u» font les princescde Hudedans les « momeut* critiquas, le >vézyr obtint en effet c quelques secours, bien-insuffisante, à la vérité. < Sa fetattte (1) y voyant l'embarras où il se trou- « vaïf , ge défit volontairement de ses bijoux et « atttrès objets précieux; elle lui en remit la ff valeur v pour servir à f arrangement de ses aflai* « res^Ghmidjam-ed.Doulrfi v fot, dit-on, si vive- « mefiftouehé de cette preuve d'attaohenteut de « ta paH de la princesse > qui le tira, en effet, r d'embarras 1 }* qu'il jura de ne. jamais quitter

* l'apparteoffeut de cette femme y après une ceiv « iàiné heure de la nuity tant . qu'il résiderait

* dans cette tille , et de la regardcrconstamment « comme sa confidente et sa meilleure amie. Il «' il fc paraît* pas avoir manquéù ce serment; car * eèttë princesse fut, depuis ce moment, la dé* « posltaifrede Ses secrets et de tous ses trésors.

tf>La défaite de Bakehar v ayant délivré le «' vézyr 'd'uffe cavalerie turbulente et indisci- « j&ttée i'tt s'occupa dHntroduire dans son armée «tifla système de discipline ^t de paye régulière. « Il avait rcttdfcnu que lagrande supériorité des ■ : '■ -- ■ ■ ' ■'■- - ■■•■ i ■ ■ ■

(i) W Beyfmn 9 prince&e.

398 TtfiMOIRES

« troupes européennes provenait de leur disci- « pline, de la bonté de leurs armes, et de l'ex- « cellente manœuvre de l'artillerie. Il s'occupa « donc, avec la plus grande activité, de la forma- « tion d\m corps d'infanterie, munie de son « artillerie , d'après les principes des Européens. « C'était une entreprise difficile , et telle que « peu dé princes asiatiques étaient en état de « l'exécuter. Mais , par son génie , son activité et « sa persévérance, Choudja-a-ed-Doulah sur- « monta les différents obstacles que lui oppo- « saient des préjugés enracinés , et une habitude « adhérente à la constitution morale et physique « de ce peuple. Des Français, qu'il avait attiré à « son service, furent chargés d'inspecter et de c diriger rétablissement d'un arsenal à Fayz-a- « Bad. On y fabriquait très-bien et avec célérité, « des canons , des fusils et autres munitions de « guerre. .

« Ce nouveau magasin servit à équiper envi- « ron dix bataillons d'infanterie, et un petit train « d'artillerie. Malgré les sommes considérables « et les peines que coûtait la formation de ce « corps de troupes, le vézyr avait mis tant d'or- « dre dans son administration , que non-seule- « ment il trouva tous les fonds nécessaires, mais « même il amassa un trésor richement fourni...

«En 1768, Choudja-a-ed-Doulah possédait « une belle armée , un trésor convenable au poste

SUR LIHDODSTAN. ftgg

« qu'il occupait , et un territoire fertile et bien « cultivé. Ses progrès rapides* et ses efforts pour « rompre l'alliance qu'il avait forcément con- « tractée avec les Anglais et l'espèce de dépen- « dance dans laquelle ils le tenaient , attirèrent « l'attention du colonel Smith i en quartier k

« Allah-a-Bad Le vézyr consentit avec beau*

« coup de répugnance et de chagrin, par le traité « de Bénarès, à restreindre à trente-cinq mille c hommes ses forces militaires.

« Cette mesure lui parut aussi injurieuse qu'in~ « juste ; mais il s'y soumit , n'ayant point la force ' <c nécessaire pour refuser ouvertement de se ren- « dre aux invitations impératives d'un allié puis* « sant et jaloux. 11 résolut donc de mettre plus « d'adresse dans la poursuite de ses projets , sans « s'éloigner essentiellement du but principal au* « quel tendaient toutes ses actions... Il mît la plus « grande circonspection dans toute sa conduite... « Cependant , il vit bien que la jalousie anglaise « contrarierait sans cesse ses vues ambitieuses et « ses projets d'agrandissement. 11 ne nous re-« « garda plus désormais qu'avec haine et mé-* « fiance. Sachant que les Français sont les en*» « nemis nés de notre nation, il ne négligea rien « pour obtenir leur secours.

« Choudja-a-ed-Doulah mourut au moment.

« où son désir infatigable de dominer pouvait « s'alimenter amplement , et où son pouvoir çem-

3oo Hiioius

blait atteindre an pins haut degré. Les

semblaient fort dvposés à eontmner jets d'agrandissement t et témoignaient de l'inimitié pour sa personne. Les desseins que ce prince méditait, et qwil n'aurait pas tardé k mettre k exécution, auraient * entièrement changé 1a face de sa iwlimt ; car, en il serait devenu une puissanee imposante et indépendante, ou bien il senpt tombé dans use situation plus précaire que cette on il a laissé son successeur. Au reste, il se donnait si peu de peines pour déguiser ses projets, ou plutôt il les l aunohçait d'une»- manière 'si positive, que tout h o mme de bon sens ' pouvait deviner son caractère politique) 11 disait ouvertement, qu'après atoir oftnqttisie Rohilkend, son intention était de pé n é t rer 'dans le pays des Marattes , pour tirer raie vengeance exemplaire des ravages que ce -peuple avait exercé dans l'Indoustan. Il témoignait aussi un vif désir d'être à la tête des affaires de Delhi , « et de diriger les restes de puissance militaire « que conservait encore la race .de* Tymour.

« Mais il se vit traversé par Ncëfe-Rhan, ca- « pitaine-général de l'empire , et qui , par ses « succès militaires, avait atquis un «vaste terri - « toire , absolument* indépendant ? de l'autorité « tntpériale. * - » •• • »« »*

fi »; 'i

sur l'ihdoustah. 3oi

« Les Anglais fie doutaient pas qijrç son in- « térêt perswnel ne. leur répoadît de l'attache- « ment de -Çboudja-a^cUDouiah. Ce prince était « bien persuadé qu'il* ne pouvait, points par lui- « même») accroître, ses domaines, ou résister à « ses ennemis ; c'était, donc aux Anglais qu'il « devait avoir recoiras* ..Quoiqu'ils .eussent une « haute opinion de sf farce réelle et de ses reste sources, ce prince en avait encore luwaeme une « plus haute d'eux* sur-tout depuis U conquête « du ; Iiohtfkend> D'après ^a* 1 *^ espérances « de secours, il comptait bien exécuter, des proie jets fort indépendants, de la politique des An- « glais. différentes opérations du gouvernement « du Bengale.. avaient mortifié son orgueil, et « contrarié aes^ .vues ambitieuses. Les restrictions « imposées partes coipi^iss^ir^ d'Allahra,-Bad, « lui parurent etfrêmeiqent mtfpirm» et une « violation ouverte du traité çopelu avec Jord « Clive, Mais* «dissimulant ,son ressentiment avec « une adresse, étonnante , il s'occupa sans re~ « làcbe des t moyens f de. rompre des li^isops qui « le plaçaient dans un état si précaire. H avait « bien senti toute la supériorité de la discipline « européenne * ,<?t & : .jpWP9fl»X..àç l'introduire « dans ses troupes. Outre les Français employés « à son service , ' il avait demandé quelques of~ a ficiers anglais, Maispeu de temps après , voyant « que le gouvernement de Calcutta se montrait

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