‹ Mémoires sur l'Indoustan, ou Empire MogolChapitre 33 sur 51 · H02 MÉMOIRES · texte numérisé non relu

H02 MÉMOIRES

« fort opposé à ses vues, il refusa de prendre « à son service quiconque était employé dans « Tannée anglaise. J'ai la certitude que Cbo*dja~ « a-ed-Poulah , vers la fin dç sa vie, travaillait « fortement k se rendre indépendant, et voulait « même prendre des mesures pour anéantir la

* puissance anglaise dans l'Inde.

« Les officiers français qui servaient dans son

* armée, avaient soin d'entretenir et d'augmenter «r sa haine contre le gouvernement anglais. IisJ'as- « suraient même , qu'une alliance avec la France « lui procurerait les moyens d'affranchir sou « pays du joug anglais, et d'exécuter les conte quêtes qu'il méditait. lie vézyr écoutait tous «t ces propos avec avidité , et se disposait même « k ouvrir des négociations. Mais l'ardeur avec <t laquelle il les entama , l'empêcha de prévoir les « difficultés qu'il aurait éprouvées. Il fut stipulé, « par des commissaires arrivés à Oude, qu'un « corps de troupes françaises aborderait à la « côte de Cambaye, et traverserait la portion su- « périeure de la péninsule, pour entrer sur les « frontières occidentales d'Àoude (i). Si le vézyr

(i ) Le corps de troupes françaises au service de Choudjaa-ed-Doulah, en 1775, montait à plus de sept cents hommes. Son intérêt, alors, n'était point de l'augmenter, et encore moins d'avoir auprès de lui un corps de dix mille français, dont la présence eût mis ses projets à découvert , et donné réveil à ses ennemis", avant l'époque de la rupture entre U

sur l'ïndoustàti. 3o3

a eut seulement fait la tentative d'exécuter ce « projet , il eu aurait vu l'impossibilité , et se « serait convaincu que les propositions de ces « a van tuners français (i) n'étaient que de vaines « chimères. Il est aussi à présumer que le mi- « nistère français aurait rejeté cette mesure , et

France et l'Angleterre. Choudja-a-ed-Doulah «levait y joindre alors un corps jàe vingt -cinq mille homme* de ses meilleures troupes, avec un train d'artillerie proportionné, et attaquer le Bengale et le Bear pour anéantir la puissance des Anglais dans ces deux riches provinces.

Les événements arrivés en 1778, époque où l'Angleterre fut en guerre avec la France, l'Espagne et la Hollande, les succès d'Heyder-Ali-Khan,la gloire dont se couvrit le bailli de Suftren, en 178a, par la dispersion de la flotte anglaise, l'histoire de cette époque, forcent les ennemis de Choudja-a~ ed-Doulah de convenir que ce projet, loin d'être chimérique, devait contribuer à- anéantir la puissance anglaise au Ben* gale , tandis que les succès d'Heyder-Ali et les victoires navales de Suftren devaient anéantir les établissements de cette puissance à la côte de Coromandel , et à celle d'Orixa. Le colonel Gentil , résident du roi à Faizabad , devait, suivant le projet , avoir le commandement de l'armée du prince. Mais la mort du nahab empêcha de donner suite au traité qui n'était que proposé; et ce fut par l'intermédiaire de cet officier français , et de M. Chevalier, commandant français à Chandernagor, que les négociations commencèrent , et non par la voie des commissaires français , envoyés à Aoude. (1) S'il s'est trouvé quelques Français qui ont pu justifier les injures de Fors ter, il s'en faut de beaucoup que tous les aient mérité. La généralité, au contraire, a toujours justifié la bonne opinion que ce prince avait conçue d'une nation aussi brave et aussi loyale.

3o4 MÉMOIRES

« aurait* senti l'impossibilité.. de conduire une « année européenne à .travers uk* vaste pays, « habité par des tribus guerrières, très-puis- « santés v généralement jalouses* des Européens. « Choudja-a~ed~Doulah, qui se trouvait toujours « traversé par le pouvoir, des Anglais dans ses « opérations publiques ou secrètes, résolut de « régler sa conduite d'après sa situation , et de « se soustraire à une gène aussi fâcheuse.. S'il eût « vécu phis long temps, jusqu'à celte époque « par exemple , où la nation anglaise se vit tout « à coup en butte à de nombreux assaillante , et « près de succomber sous le poids des calamités « intestines , nous aurions payé bien cher l'indis- « crête politique qui nous avait portés à iqettre « des armes trop puissantes, entre les. mains de « ce prince. Je ne crois pas outrager sa mémoire, « en le plaçant au nombre des ennemis les « plus acharnés . que nous aurions, eu alors à « combattre» On l'aurait vu- déployer tous ses « talents et toutes ses forces pour réparer ses « premières disgrâces, et satisfaire un ressenti- « ment particulier». >

« Choùdja-a-ed«Doftlab avait beaucoup de pé- « nétratioii et d'activité. Toutes les fois qu'il « n'était pas détourné par quelque gr^nçl projet, « le but général de ses actions était le bonheur « de ses sujets. En 1 765 , son revenu ne montait « pas à plus de cent vingt mille livres sterlings,

SUK LINDOUST A.N. 3©5

« et l'échec éprouvé à Bakhchar avaty affaibli son « armée au point qu'elle n'était ■ plus suffisante « pour garder son territoire. Cependant (fa ans « après, c'est-à-dire à l'époque, <<ki sa'mafity il « avait un domaine de trois cent, soixante mille « livres sterlings de révenu (i). • i ~ -.; *

a Choudja-a-ed-Doulah entretenait à son ser- « vice cent mille combattants. Tout en recon-

(i) Le revenu de la province d'Aoudè était de vingt-cinq millions; celui d'Eléabad de vingt-neuf millions, et ce prince retirait des autres districts dix millions, non' compris 'le revenu du Robilkend. Le colonel Gentil prétend que tonte» les possessions de ce prince, bien administrées, pouvaient produire cent cinquante millions de revenus. Ce respectable militaire devait avoir des détails certains sur cet objet puisqu'il était l'ami , le général , le confident intime et l'un des principaux membres du conseil de ce prince.

« Les revenus du Kottaïr (ou Rohilkend) étaient fixés sur « les registres du gouvernement de Delhy à cinq millions « sterlings (environ no millions de francs), et l'aspect du « pays démontre que cette imposition n'était point exagérée. « Dans les beaux temps de l'empire mogol, sous le gouver- « nement même des Robillahs qui donnaient une attention « toute particulière à l'agriculture , la province pouvait ente core fournir cette somme. Lorsque Cboudja-a-ed-Doulah « en eut fait la conquête , on lui offrit deux millions sterlings « du revenu de cette nouvelle acquisition. Depuis cette époque, « différentes causes ont contribué à diminuer de jour en jour .« ce revenu ; et sous le gouvernement actuel ( en 1796) , le « Kottaïr a bien de la peine à fournir 37 laks de roupies , « environ 400 mille livres sterlings ou 9 millions de francs. » Ce dernier article est de M. Langlès. — Voyez le tome III

des Voyages de G. Forster, page* 97 et 98.

3tô îirÉuroîfeÊS

%> eaisfcartt qu& ce {Minée motttm un vasfte génie « dans la manière dont il acquit ce domaine , a dans te ttièe important qu'il joiia , et Soutint i panai les ptaeiUpted* llnde, il faut oottvetùr ¥y aussi que G'efct à son itftfnrité wec te gfeuvtr- « nement du Bengale qu'il d«* safoffce effective, « <et une graadé partie de son iifipottaviee poa Uëque. Je set 1 »» même «enté 4e croire qti'H « fut un temps où Choudja-a-ed-Doulah eut une « influence bien réelle sur les opérations de « notre conseii-g^i^éml de l'Inde.

«Si <5houdjft-ft-ed-I>ottlati eèt rompu avec «nous, le saltit de son pays et Texécution de « ses projets auraient dépendu de la force de m son armée et de l'habileté de «es officiers. H « n'avait pas cette valeur, ce courage du mo- « ment, qui ne doit jamais abandonner un guer- « rier. Mais lorsqu'il ne fallait pas payer de sa «. personne , et que le combat n'eftigeafc pas de « sa part, 4e la bravoure ou des connaissances «de tactique, Choudja~a-ed-t>oulah avait peu <c d'égaux (j). Il ne craignait pas de rootiter le * cheval le ptas indomptable, tri d'attaquer l'ani- « mari le plus féroce avec Tépée, le fusil ou. la « flèche , [armes doot il se servait avec une adresse « admirable. Je crois qu'il devait cette espèce « de cotfrage à son adresse , à sa force et à son

(i) Le colonel Gentil 4h que ce çt'rnûc avait tme taille

sur l'inpojtst an. 307

« activité. Mais on Fa tu souvent manquer de a fermeté dans des situations critiques, telles

« qu'en un jour de bataille

a II était, comme tous les Asiatiques de dis- « tmction, courtois et affable. Il avait beaucoup a d'adresse , des manières insinuantes et polies. « Ce* qualités, jouîtes à une taille avantageuse et a biepvprôe, lui donnaient de grands avantages « dans ses igJatiops avec des agents étranges, « et dans ladminUtration de ses propres #at$. « Doué d'une grande facilité de parler, et d'un « organe très-doux , il lui était facile d'apaiper « les plus violentes clameurs. Quoiqu'on sût

avantageuse ; une belle figure , et qu'il était doué d'une force et d'une adresse peu commune*.

Je l'ai vu, dk-41 , abattre av«c une Mte de Mangue dais la mapn, d#* paWs oiseaux aur \m arbre, Ajejpdre une chandelle avec une flèche, tirer étant sur un éléphant un paon à la volée et le percer avec une flèche d'outre en outre. Je l'ai vu , campé sur les bords du Gange , tirer sur le côté appelé «ne tortue <|u'il tua avec sa flèche. }e l'ai vq, en présanae des AAglajs, étant eurm balcon, prendre unfusjl iado u a t a n d'une gaule main , «t casser avec une fea])e 4e plomb , un vase de terre une le courant de la rivière entraînait.

le l'ai vu prendre un carf par les cornes et |ui fendre la têtu 4e manière à faire couler le sang; couper le* jarrets à un buffle d'un c+np de sabre, le faîne tomber à lerne, et d'us autre coup de sabre lui aouper Je cou .è jnjtytk'. & l'ai vupareëie»iejit«w*per un ours à moitié d'un «coup de sabre, ainsi qu'un oê rf presque» «niier d'un pareil coup.

ao.

3û3 MÉMOIRES

« bien à quoi s'en tenir sur la solidité de ses « promesses, il était rare qu'on résistât au plaisir « momentané de l'entendre. Profondément versé a dans tous les genres de tromperies, il prenait « aisément le ton' et le caractère convenables « pour réussir dans les fourberies et dans les « trahisons qu'il méditait. Malgré cette grande « facilité à se plier à tous les genres d'intrigues , « il était sujet à des accès de colère qui alté- « raient Visiblement ses traits et sa contenance , « dans des moments où ces émotions étaient a loin de seconder ses vues. A. l'égard de sa fa- « mille , il se montra toujours parent doux , in- « dulgent et bon maître. Quand la politique « exigeait des distributions pécuniaires , on le « voyait répandre l'argent à pleines mains; ce- « pendant la générosité n'était pas sa qualité « favorite. Avide de richesses , il poussait l'éco- « nomie jusqu'à l'avarice (i) »

(i) Nous ne pouvons partager tous les sentiments de Forster sur Choudja-a-ed-Doulah. Un Anglais , naturellement l'ennemi de ce prince, a dû le représenter sous quelques points de vue défavorables. Nous n'ayons pas non plus la prétention <de vouloir en faire un prince parfait Nous ne croyons pas à son avarice; nous pensons au contraire qu'il avait beaucoup de générosité, vertu qui s'accorde bien avec l'économie, base d'une bonne administration, qui le mit à même d'augmenter son territoire en répandant ses trésors à propos dans les mains des auxiliaires dont il avait besoin pour parvenir au but de son ambition , celle de devenir une puissance formidable et indépendante.

SUR LINDOUSTAN. 3<)9

On a vu que le colonel Gentil avait tout tenté pour empêcher Kassem-ali-Khan de se déshonorer . en ordonnant le massacre de plus de a4° prisonniers anglais; qu'il en sauva quelques-uns en les réclamant comme Français; qu'il fut le négociateur de la pacification entre les Anglais et le nabab- vézyr , qui amena le traité d'Éléabad. Les directeurs de la compagnie anglaise , jaloux du crédit de ce général , n'ont cessé de le persécuter depuis. M. Hastings reçut des ordres en conséquence.

Chouja-a-ed-Doulah éluda toujours leurs demandes de renvoi de cet officier français en temporisant ; mais le gouvernement général profita de la faiblesse , de l'incapacité et de l'embarras de son successeur Assed-ed-Doulah pour l'obtenir, comme on l'a vu ci-dessus. M. Gentil, général de son père, directeur -général de l'artillerie, l'un des membres de son divan, fut obligé de partir dans l'espace de dix jours , sans être payé de ses appointements , dont il lui était du alors près d'une année. M. Hastings promit de les lui faire rembourser ; mais il n'a pas été le maître de tenir sa parole. Le lecteur verra , dans le cours de ces Mémoires , la conduite noble et loyale du colonel Gentil envers M. Has- tings, en 1787 et 1788, lorsque cet administrateur célèbre fut accusé à la chambre des communes. M. Gentil , du fond de sa modeste retraite , prit

3lO MÉMOIRES

sa défense arec autant de force que de chafcur , ëû publiant plusieurs lettre* qu'il fit imêfer dans 1er Journal de Btutetiès et dans le Mercure dé Ftattct* Cette défense d'un enflertâ géftéreu* fie sensation en Angleterre 9 et eofitribaa à déterminé* Fôpinion publique en fitveur de Festinl*b\e M. Hastings. Ce gétrie l'are et supérieur y ftft sensible ec fit témoigner sa re<*n*nateaano* à fauteur.

Je dors finir cet affale par tfft trait qui prouve rattachement que Cbottdjft-a^d-Dotilab portait ail érJtohel Gentil, ainsi que tefc sentiments de cet ôffider français pour te prince; ©'est le colonel Gentil qui parle.

Ce pririce rti'avâit fait présent d'tttt tableau qui le représentait avec son fils Àssed^Douhrb, peint d'après nature patf Kettle, poutre anglais, envoyé par là cour dé Londres. Cet artiste , pendant son séjour à Fayzàbad j avait peint quatre tableau* de ee vé*yr.

Le prertrier est «Ifli dont on vient de. porter. Lé seoofcd le représentait aveu sept de *e& dfifânts , qu'un peitttré indien réduisit en petit , et ddnt j'srf feit hofrtmfrge au roi en «778 « qui le fit placer dans son cabinet & Versailles (1).

(1) Dan» deux audiences particulières que le roi m'accorda en 1778, j'eus l'honneur de lui faire hommage, i° d'une Histoire de tlndoustaii depuis ses premiers souverains jus-

SUR L IMDOU9T \N. ait

X*3 trotsiène représentait le prime avec un général anglais ; et dam fe lointain, - on aperet v ail 1 ejépbaut qu'il «optait, et aa «rite.

Sue le quatrième-, k prince ét*it représenté il cheval nyeq m> habit à k Hwuratte et «ft lanèe à U naêe.

J'&vaia cep quatre tableau chez m&i p&ur ta faire réduire en petit r afin de Je* porter un jour en France.

tiQ prince étant tombé naïade i je vcttrius lui Caire Ycir k copie do premier tableau, qu'il trouva bien fait et si teeaemblaut qu'il le garda ;

qu'à l'empereur Chah-Além II (alors régnant); a* d'une Gêfjgjfnphte de ttt empire avec les cartes dé ai sôubabieé ou gouvernements, éeox vêtants maqastriU qui *è trouvaient dans la bibliothèque particulière de sa majesté à Versailles , et dont elle avait daigné accepter la dédicace; 3° d'un pprtrait de <^u^*^^<jUD<*uJai ATO? ¥0 4$ set e*teft&; 4° du sabre dont ce prince se servais Ces. deux vlernjers objets se trouvaient pareillement à Versailles dans le cabuietduftol.

L'Histoire dellndoustan et la Géographie, deux Mâilusscrits ornés chacun de vignettes et de peintures indiennes , se * trouvent ajtQeltaneut au ïfehe 44pÔt fta manuscrits de la Bibliothèque royale à Paris. On trouve aussi au Cabinet des estampes ta U mé«e WbUotfièque , un *ufre ouvrage 4" fff lonel Gentil , l'Histoire abrégée 4es radjahs de rindous$ao f manuscrit pareillement orne de peintures indiennes.

Le tableau de Choudja-a-ed-Doniali , et son sabre, ont disparu du cabinet du roi à Versailles. On ipiece té qu'ils sont {UvçiMfs <tyrais i?$i, qU'ib forint optnrés île et cabinet à la suite des malheurs de la famille royale.

3l3 MEMOIRES

le lendemain L'ayant montré au résident anglais, il, le lui donna sur l'éloge que celui-ci en fit.

Informé de cela, je témoignai au prince le dpagrin que j'éprouvais de m'en voir privé , en lui faisant des reproches tels que je peuvaîs les lui adresser; le prince me répondit aussitôt : Q&'avezrvous besoin de ce tableau, mon portrait n'est-il pas gravé dans votre cœur? Oui, répliquai-je^ mais comment vous faire voir à mes amis, n en pouvant jamais sortir; et j'ajoutai . : • Puisque Vous avez donné ma belle copi 6 > J e garderai l'original. C'est ainsi que je possède ce beau tableau.

Le prince étant mort, je n'avais pu faire copier que les deux premiers , lorsque les Anglais ^'obligèrent à quitter, cette cour.

Lettre de ZnrATOumsssAff , dame indoustane , à M. Gewtil, au sujet d'un tableau que cet officier, depuis son retour en France, lui .avait envoyé.

tf

» De Faizabad, le i«Me zelcadt, 1191 de rbégire (1).

Tu me bernes, Gentil , me parlant d'une guerre Qui met en mouvement la moitié de la terre.

(1) Année 1776.

L'auteur suppose l'envoi dans l'Inde d'un tableau repré-

SUR 1/IHÛOUSTAM. 3l3

Qu'importe à nos sérails que l'Anglais furieux Craigne de voir enfin Louis victorieux ?

Ou que les insurgents , libres en Amérique, Triomphent pleinement de l'orgueil britannique ? Nos palais, nos jardins et nos ajustements Font ici, dans la paix, couler tous nos moments. Qu'ai-je dit! Est-il vrai que nous Tirons tranquilles? Un déluge de maux vient foudre sur nos villes, De tous nos habitants les yeux sont étonnés, Et dans tout ce sérail nos cœurs sont consternés. On dit qu'une beauté , brillante, douce et.fière , Va bientôt conquérir la terre toute entière.

Son funeste portrait a soumis nos tyrans.

Depuis qu'il a paru , devenus languissants , Ils préfèrent ses fers à leurs belles captives. Non, jamais l'Indoustan n'eut d'alarmes si vives. Le barbare Mogol, le cruel Tamerlan-, Le sévère Nadir et le fier Gengîs-Khan .

Purent bien asservir ou massacrer nos princes , Mettre en pièces nos Dieux , dépeupler nos provinces j Mais malgré la fureur qui put les animer, Ils portèrent nos fers; et, sachant nous aimer, Devinrent à leur tour notre illustre conquête. Hélas! tout est perdu. Dieux ! quel revers s'apprête ! De l'Europe il arrive un tableau merveilleux , Qui ravit tous les cœurs en charmant tous les yeux.

sentant Madame Victoire de France, tante du roi, princesse aussi recommandable par sa beauté et par les qualités de son cœur que par son rang, et d'autres daines de sa

cour.

3l4 MÉMOIRES

On y voit «wr un «ha*, rayenaanie et gloifre,

La fille des Boisboa» , favorable Victdmb.

Son sang, ceint des Dieu, lui hfc x&r ruruvers

Soupirait à sas pied», peu digne 4ë de» fer».

Mais à toui mi nom HMntram sa favorite ?

« Voila, 4*41* à unu, t'etp* doftt le mérite

« Ghànuen toi regard» et fiaei* f d* Va*ix ,

« Et yojué ne brftkfe* jaMnia p)fc* d'autres fane. «

Je la vois, j'en frAafc. Pot*r*ris-<je atrCtemem finVe ?

Malgré m* jalouète, etté « Virtr de ttrt plaoe.

Quelle bouche) quête y*ttl f quel sourire enchanteur!

Elle nous rmC tout», etétipté h fatetift».

Non, ce ne sent pas là kto tt*iw Jtitte mortelle :

Tout chandë, tout ravit et totrt enchante cfn> efle.

A sa suite tfet* *0k , Chatëlht*, DcfcinZs&n (t),

Qui fonoenf ârve© elle un groupe dbkmi&altt.

Enfin dans le loififiâin *ne nouvelle Aurore ,

Plus jeune enc«r qu'ltébé, plus beHd enedr <jué

Flort (a), Prouro qu,e pour t aimer on n'aura qu'à k voir, Et par là met le domMe k nette désespoir.

(i) Madame là côirifesée de Chàtellus , dame (Thonnenr de madame Vkfeittf, et madame la marquise de t)ofuns$an, dame d'atours , filles de M. le cktc.cft de madame Itt duebese de Civrac et sœurs de M. fe duc de borgai.

(a) Mademoiselle Victorine de Donnissan qui épousa en première noce le marquis de Lescttre et en seconde te marquis delà Rochejacquelin, noms qui, nous rappelant <te grandes infortunes, nous prouvent que l'héroïsme de 1* vertu, égal dans ces diverses familles parmi les feinn** comme parmi les hommes, ne calcule jamais pour le soifrtien de la cause du Roi qui est celle de Dieu.

* SUR L'iNDOtlStAH. "3l5

Ce magique tableau nous efface et nous tue.

Ta France dompte tout et l'Inde est abattue.

Les farouches Ahglai* , des orgiteffleu* vainqueurs , Enlevaient nos trésors, mais nous laissaient nos cœurs. Nos peuples, consternés de leurs tristes victoires,, Espèrent de placer un jour dans leurs histoires Que ces tyrans* , enflés de leurs brillants succès, Ont , de notfe Indoustan , enfin été chasses. Mais triotnphèï*ôns-noù5 de cette délivrance ? Ah ï Ae plus grântb ttathettf s qu'a préparés ta frttttce , Par de Charmant!* Kend nous dûthptetit sans* retout : Elle va triomphtr prtr là gloire et ftttfrtmr. O trop tnurtux Gwitil! tu voit dans te patrie D«» beauté* dont l'image asservît notre Asie : C'est toi qui produisit ce funeste tableau , Qui mettra pour toujours notre gloire au tombeau. Ingrat ! Quand fugitif, errant de ville en ville , Cherchant , contre l'An£liùs 1 parmi nous un aaile , Tu devins favori de Choudja-ed-Doulah i Tu morguais l'Angleterre et primais dans Àvftd (i); Tu disais que la France j un jour victorieuse, Viendrait briser nos fers et rendrait l'Inde heureuse. Perfide ! Nous t'aimons et croyons tes serments : Detàtis«-tu nous livrer à ces cruels tourments ? Deviûtls«ndtLs éépéffï de ta reconnaissance

Cette funeste! récompense ?

Itmtifes.rtigrefe ! Pourvoi tant discourir .> Tan pomtrt « triomphé. J'enrage. Il font inottrir!

ZINATOONESSAN.

(*) Province d'Avade dont koudé, que l'on nomme aussi Avad , est la capitale.

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