DB CES MEMOIRES. J
bienfaits honorifiques et pécuniaires. Dana cette position agréable il lui eût été facile d'amasser des trésors; mais il préféra se servir des richesses dont il jouissait pour des usages qui satisfaisaient mieux son cœur. Le généreux Gentil consacra un revenu annuel de quatre*vingt mille francs à soulager les malheureux Français errants dans l'Inde, après la perte de tous nos établissements. Par la suite, il enrôla même six cents d'entre eux qui formèrent un corps soldé par le nabab. Sa bourse et sa maison étaient ouvertes à tous ceux qui se présentaient ; il employa aussi des sommes considérables à acheter des objets d'histoire naturelle , des armes, des médailles de l'Inde, et cent trente- trois manuscrits arabes, persans, bengales, malabars et samscrits, ainsi qu'une nombreuse collection de dessins indiens. A son retour en France, il déposa généreusement à la Bibliothèque du Roi et au Cabinet d'Histoire naturelle la plus grande partie de ces précieuses acquisitions, dont les Anglais lui avaient offert iao,ooo roupies (3oo,ooo fr.) La bataille de Bakhchar, livrée le a3 oo
PRECIS SUB L'AtTTKOR
tobre 1764, par le vezyr contre le* Anglais, qtii> d'abofd battue, finirent par êtr« victorieux/ rétablit la paix entre les deux puissances belligérants Décoré du titre de résident français auprès de la cour d'Aoude (charge dont il ne voulut jamais toucher les émoluments). Gentil contribua beaucftup à cette pacification qui eut lieu au mois d'août 176*5. Il fut encore plus utile au prince qui se - livra alors tout entier à l'adiftiriistratiôn de ses états, et s'pccupa de foritaer à la discipline européenne les troupes que les Anglais lui avaient laissées. Ces améliorations qui devenaient tous les jours plus sensibles , inspirèrent au nabab l'àinbi* tion d'augmenter sa puissance, mais en même temps excitèrent la jalousie des An* glais qui employèrent toute leur influence pour écarter le chevalier Gentil de la cour d'Aoude. Tant que ce prince vécut leurs efforts furent inutiles ; mais Choudja-a mourut le û6 janvier 1775, M le 17 février suivant, son fils Assef-ed*Doulah invita Gentil à prendre son congé puisque les Anglais l'exigeaient impérieusement , et qu'il ne -pouvait se passer de leur appui. Cet offi-
DE CBS MÉMOIBXS. g
cier quitta alors cette cour pour se rendre à Chandernagor , et revint ensuite dans m patrie en 1778* La même année le roi loi donna le grade de colonel. Il avait reçu la croix de Saint-Louis en 1771. Ces récompenses, toutes honorables qu'elles sont, n'ont pas paru excessives aux hommes capables d'apprécier le chevalier Gentil.
Outre les objets précieux dont nous avons parlé ci -dessus, et qu'il a généreusement déposé dans les établissements publics , il avait formé le projet de nous enrichir des moutons du Thibet qui procurent cçs précieuses laines dont se fabriquent les beaux acballs de Kachmyr. H le réalisa en partie en faisant paeser à Vile de France par l'entremise de M. Chevalier , commandant finançait à Chandernagor, les douze brebis et six béliers qu'il s'était procurés (1). Le porte-musc qu'il avait aussi expédié pour la métropole , est le seul qui soit arrivé vivant à la ménagerie de Versailles.
Ces actes d'un vrai patriotisme , et a5 ans de services militaires loin de sa patrie, ne
(x) Voyez la note B à la fin de l'ouvrage.
IO PRÉCIS SUR l'àTJTETJR
le préservèrent pas des tristes effets de la révolution. Il perdit sa pension militaire qui était presque son unique moyen d'existence.
Il mourut à Bagnols dans sa soixante-treizième année,, le i5 février 1799, des suites d'une attaque de paralysie, après avoir reçu de son frère Antoine-Thibaut Gentil, an* cien directeur -général de la congrégation des missionnaires de St.-Joseph de Lyon , tous les secours de la religion (1), ne lais* sant à son fils d'autre fortune que des services trop oubliés , et l'impuissante reconnaissance des administrateurs et des savants qui ont fréquemment sous les yeux de nombreux monuments des connaissances et de la générosité de son père.
Indépendamment de ces Mémoires, le chevalier Gentil a composé , i° une Histoire numismatique de l'Inde, renfermant les dessins de toutes les monnaies depuis
(1) L'abbé Gentil était venu se fixer à Bagnols en 1796, au retour de sa déportation comme ecclésiastique fidèle à son Dieu et à son roi. Il y mourut le 4 mars i8o3, dans sa 85* année. Tous ceux qui ont connu ce respectable ecclésiastique conviennent qu'il avait un mérite supérieur , surtout pour la prédication.