‹ Mémoires sur l'Indoustan, ou Empire MogolChapitre 6 sur 51 · A LA--"-- MÉMOIRE · texte numérisé non relu

A LA--"-- MÉMOIRE

CHOUDJÀ-A-ED-DOCLAH.

Népal à Gonrak pour soubab d'À?ad , et à Fatna dans le Bear.

On peut dire que le gouvernement était monajv chique sous ses premiers row qu on nommait Radjah*, parce que ces princes regardaient leurs peuples plutôt comme leurs enfants, que comme leurs sujets. Us ne s'appliquaient qu'à faire fleurir leurs états. Ce fiât à la sagesse de leur administration que lés villes de Bear, d'Àvad, de Canoudje, de Beifadehe, de Béna» rès, cTOudjene, de Delhi, etc., durent leur fondation et leur splendeur.

Les Perses furent les premiers qui firent des incursions dans cet empire , et à leur exemple , les Arabes sous les premiers caftes (1), y vinrent faire des conquêtes , et enfin s'y établirent solidement en $87 de l'hégire. (1191 - 92 de J.-C.) Jusqu'à ce temps, ce ne fitt que guerre et persécutions causées par l'ambition et le zèle outré des Arabes pour leur religion. L'ido

(1) Ce fut en 649 de l'ère chrétienne, l'an 28 de l'hégire, qu'Osman, troisième successeur de Mohammed, envoya Malet» pour faire des conquêtes dans ftndoustan ; mais les efforts des Musulmans n'eurent de sucrés que quinse ans après , en 664 , que Mahavie conquit le Kaboul. Le Tatta fut aussi conquis dans la suite par les Arabes. Mais ils en furent chassés par un Zamindar , de famille Soumera , qui y établit le mahométisrae. Un autre Zamindar , de famille Samès , eu chassa les Souroeras cent ans après. Cette famille en fut chassera son tour, «u 96a, par Nasseroudin-Sabouitéguin, général d'AUabguin, roi de Corrassan en Perse* Tatta, Kaboul et Moultan furent ses premières conquêtes» Dans la suite il fit celle de Lahor.

ïB HfTllODUCTÏO!r>

latrie eut alors ses martyr». Cette persécution ne cessa que peu à peu. La douceur du climat et du caractère des Indous lassa la férocité des conquérants , et fit perdre dans la suite aux successeurs des Arabes et aux Mogols l'espèce de fanatisme que leurs prédécesseurs y avaient apporté. Ils firent des lois très-sages. Plusieurs des empereurs firent même des codes, et Alemguri I er (Aurengzeb), contemporain de Louis XIV, les fit tous recueillir sous le nom indien de Fetwa Àlemgimi. C'est sur ce code que les juges se réglaient dans leurs décisions. C'est à tort que plusieurs écrivains ont appelé despotes les souverains, de l'Indoustan. On voit, dans leur histoire, des traits de justice et de bienfaisance , qui feraient honneur aux plus vertueux souverains de l'Europe. Ils n'étaient point maîtres de toutes les terres de l'empire, ni des biens de leurs sujets, à moins qu'ils ne fussent à leur service et qu'ils n'eussent des terres du domaine de l'empire, qui, à leur mort, revenaient au fisc.

Chaque particulier pouvait disposer de ses biens , meubles et immeubles ; et, à défaut de testament , la loi en réglait le partage entre les parents , comme on peut le voir dans la Législation orientale (i) , ouvrage

(i) Législation orientale par M. Anquetil-Duperron, i vol. publié en 1778; ouvrage dans lequel en montrant quels sont en Turquie , en Perse et dans l'Indoustan , les principes fondamentaux du gouvernement, on prouve, i° que la manière dont jusqu'ici on a représenté le despotisme qui passe pour être absolu dans ces trois états, ne

qui réfute celui de M. Âihed, historien anglais, qui prétendait que toutes les terres de l'empire appartenait à l'empereur. C est sur cet ouvrage que les Anglais appuyaient le prétendu droit de Tendre toutes les terres des soubahs de Béar et du Bengale qu'ils forcèrent Chah-Alem de leur céder à titre de gouvernement.

Les langues les plus connues sont, celle de Delhi ou l'indoustan , la plus usitée , la plus répandue et la plus douce ; celles de Moultan , de Marvar, de Gouzeratte; la maratte, la talenga, la bengali, la malabarre, le liti, le challe, le betotehe, le cachera ir; celle des montagnes, lepisto ou patane, le persan. Le plus grand nombre des livres est écrit en cette dernière langue, ainsi qu'en arabe qui est oeUade* savants dans la religion mahométane. , )

Les Indous sont divisés en quatre castes, les Brahmes, les Katteris, les Baésses et les Tchandenù De ces castes dérivent toutes les' autres qui sont trèsnombreuses (1).

peut qu'en donner une idée absolument fausse; i° qu'en Turquie , en Perse et dans l'indoustan , il y a un code de lois écrites, qui oblige le prince ainsi que les sujets; 3° que dans ces trois états, les particuliers ont des propriétés en biens meubles et immeubles dont ils jouissent librement.

(1) Les Indous ont trois divinités du premier ordre/ savoir: Brahmah, créateur et législateur, Bicheu on Visehnou, conservateur, etMahadeou, destructeur.

Brahmah divisa les Indous en quatre castes : la première 11 ,

Anciennement il y avait quatre religions: là pi** mière celle des adorateurs du fou; la accoude, de» adorateurs du soleil ; la troisième , des adorateurs de la lune j et la quatrième, qui était la plus nombreuse et la plus étendue, l'idolâtrie. Elle prit naissance aous le règne de Bfaharadje , fib et successeur de Kichen. Mani, le premier peintre qui parut, ayant tiré les portraits de Kichen et de Brahmah, Maharactyc en fut si satisfait qu'il le combla d'honneurs, et comme ees princes avaient été les bienfaiteurs de leurs peu* pies, la vénération qu'on leur portait fit rendre par la suite à cas images des honneurs divins.

. Du temps de l'empereur Aikbar , qui en fit faire la recherche, on comptait jusqu'à soixantotreize sectes aaahométanes , dont les plus célèbres sont: cette des Chias y qui regardent Aly cooune le plua grand des prophètes j celle des Kardji* , qui prétendent qm Aly était eut homme comme un autre ; celle des Stm/vùs, qui regardent comme saints les quatre successeurs de

cette des Br ahm e s sortis de sa bottene; la s econ d e , celle des &attçris, d'une de ses épaules ; les Baèsses, qui forment la troisième, d'une de ses cuisses; et la quatrième, celle des Tchouders, d'un de ses pieds.

Les diverses formes que Dieu a prises pour se montrer aux hommes, soû pour les. récompenser, soit pour les punir 1 ils ont frit de ces nombreuses incarnations autant de divinités qui ont toutes cependant po w principe Dieu même qu'elles représentent.

On appelle aussi Malitches, le» hommes qui n'appartiennent à, aucune des quatre castes.

IUTKODVJCTIO

Mohammed} Ajwméct,

disent queW Kornm a

livres; celle des DjaUba

punira les crimes, et

des mêmes bôHMs, et que il a'

il ne serait pas jttste;cdk

que tout est dieu ; celle des

tWHIMPnt pas Jfohummed

que dieu n'en * jamais envoyé;

(xmcheS) qui, regardant fii

infamie , s'assemblent ui

île leurs femmes du»

ensuite au hasard, et reviennent se placer

cette dont l'habit leur est échu ; après quoi la

s'éteint, et chacun prend k tourne dont 1 tient les

véteuaente*

Il y a aussi des Jmfc à Lahsr ctà M h f «àmi font le commerce»

Akbar favorisa les chrétiens qui étaient venus de Gôa. O 4e fit instruire de leur refigioo , oaaune de l'idolâtrie, dout il fit traduire tau* les livres par le fameux Famqui, de couemtamc Ahoul fi nistre de l'empereur, vint à Banarè*, et % ctie* un Brahme qui, le croyant de sa caste, T'adopta et l'initia dans tous les mystères de sa religion , en lui apprenant la langue Sanscrite. Pleinement instruit, il revînt à kooir et y traduisit les fnaue Beds.

Les Portugais rai donnèrent h vie de Jésus-Christ

et de saint Pierre. Quelques-uns disent que , touché de tant de prodiges, l'empereur parut pencher du côté du christianisme; mais qu'un Moufâ l'en détourna en lui persuadant qu'il perdrait son empire, dont tous les grands suivaient le mahométisme(i). <: Ce prince avait fait venir des Jésuites de Goa, et leur fit bâtir une maison et une église qu'ils possédaient «mcore en 1790. II. fut pendant un règne long et glorieux le protecteur des sciences, et il fut imité par ses successeurs. Chadjihan voulut surpasser son , aïeul dans une circonstance .011 il était embarrassé par l'arrivée d'un savant, que le roi de Perse lui avait envoyé, Chadjihan fit venir de Sialkot à Delhi Abdout

(1) Les chrétiens de Delhi racontent souvent l'histoire suivante, comme la tenant par tradition des chrétiens venus de Goa à Delhi , sous la protection de la célèbre Jntiana : Àkbar , pour se débarrasser des instances que lui faisaient les Portugais d'embrasser le christianisme, après le leur avoir promis , dit aux deux pères qui étaient à sa cour > qu'il embrasserait la religion que Dieu lui désignerait par l'intermédiaire de son singe, des trois qui étaient dans Tempire, le mahométisme, l'idolâtrie et le christianisme. -Lfcs-pèYes y consentirent. On» fit trois billets égaux qu'on j routa et qu!on mit daus unç bourse. On la présenta ensuite jfti singe qui,, ayant tiré un des billets, l'ouvrit, et le déchira en grognant après l'avoir examiné; c'était celui du mahométisme. Il en tira un second , et se mettant encore plus ' en colère, il s*erf frotta le derrière; c'était celui de l'idolâtrie. Ayant pris le troisième, il se leva et le plaça sur sa tête. Abkar, étonné, ajoute la relation, pour ne pas se faire chrétien, demanda la permission d'avoir plusieurs femmes : on le lui refusa, et il n'y pensa plus.

la-Khan, qui passait pour le plus savant de ses états. Celui-ci répondit très-juste aux questions que lui fit le Persan , et ensuite l'embarrassa si fort par les siennes , que ce dernier avoua ne pouvoir y répondre et demanda du temps. L'empereur, au comble de la joie, fit peser Abdoulla-Khan , la première fois avec des pierreries , la seconde fois avec de For , la troisième fois avec de l'argent, et lui donna le tout en présent, avec cent vingt -cinq mille roupies de revenu en terres. Le Qasi. de Kaboul et Moulla-Mouhhammed- Djouanpouri éprouvèrent aussi les effets de sa magni* ficence : ce prince leur donna à chacun le poids de leur corps en or et en argent, et une pension considérable.

Cette prodigalité n étonne pas de la part d'un prince protecteur des lettres, et qui passe pour le plus magnifique des empereurs Mogols. La fin de son règne est l'époque du commencement de la décadence de l'empire, celle où Aurengzeb, son troisième fils, après avoir détrôné son père , fit périr Dara-Chekouh , son frère aîné , que Chadjihan avait associé à sa puissance (i).

Les revenus de l'empereur sous le règne d'Àurengf zeb , s'élevait à plus de huit cent quatre-vingt-sept millions de francs , non compris les sommes retenues par chaque gouverneur-général des Soubahs pour les dépenses de leurs provinces et de leur cour, où le

(i) Voyez la note sur Dara-Chekouh, à la fin du règne de Mohhammed-Chah.

luxe oriental était, comme à la cour impériale, porté au plus haut degré.

Anrengmb prend le nom d'Atemguir en montant sur le trône. Il veut faire oublier les crimes- de son usurpation après la mort de ses frères et celle de aon infortuné père. Il fait des conquêtes qui étendent son empire, et se distingue par sa justice et la sagesse de ses lois (i). Il règne cinquante ans , et meurt en 17061 âgé de 90 ans. Croyant son empire trop vaste pour ses successeurs, il le partage, par son testament, entre son fito aîné BatadourthafeChah-Àlem , et Aaem-Cbah , son second fil». L'ambition de ce dernier, qui roulait tout au' rien , oblige Chah-Alem à prendre les armes et vaincre son frère, qui périt en le laissant Maître de Itanpire. Ce prince meurt en 171 1, après un règne Hè cinq ans.

' €hah-Atem , laisse quatre fils, qui arment tous

' (1 ) Le trait suivant prouve qu'Aarengseb cherchait à faire oublier ses oritnes^en rendant justice à ses sujets, de quelque .classe qu'ils fussent.

En i8o5 de l'hégire (1674 de Jésus-Christ), ce prince étant campé à Assanabad , quelqu'un dès siens détourna Yêau &\m moulin qui faisait vivre mie pauvre femme avec sà ; fcmttHe. On l'eu avertit. Aussitôt il ordonne qu'on reinette l'eau dans l'état où elle était , ne voulant pas que pour sa commodité on nuisit à personne. Le jour même il envoie à manger à cette pauvre femme et cinq roupies d'or, ordonne de la saluer de sa part, et de lui demander par d on de là peine que devait lui avoir causée l'injustice

Îu'on lui avait faite. Le lendemain , il l'envoya chercher ans un palanquin , et l'ayant fait venir en sa présence , il lui demanda quelle était sa situation. La vieille lui répondit

INTRODUCTION. a5

pour régner. La fortune seconde d'abord Djibauder* Chah, l'aîné, qui monte sur le* trône; il est détrôné la même année par Faionksiar , son neveu , qui lui fait trancher la tête. Après un règne orageux de cinq ans, Farouksiar est détrôné et enfermé par deux ministres ambitieux qui placent sur le trône Tafioudaulah, qui ne fait que s'y asseoir, étant mort de maladie, et n'ayant régné que trois mois et quelques jours*

Les mêmes ministres y font monter en 1717 Moh«animed» Chah 1 qui se délivre de leur tutelle pour tomber sous celle d'autres ambitieux qui le trahissent, et achèvent ainsi la décadence de l'empire, soit en J attirant les troupes persanes , soit en profitant de la faiblesse du monarque pour se Tendre indépendants. Ce prince meurt en 1749? aptes un règne de trente ans.

Ahmed-Chah son fils lui succède et monte Sur ce

qu'elle avait un mari, deux filles et deux garçons à marier; ce qui l'inquiétait fort Aureogteb lui 'fit donner deux cents roupies d'or, et l'envoya dans le sérail où ses femmes lui donnèrent deux cents autres réunies d'or, des bijoux et des habits. Ses filles vinrent ensuite. Ce prince leur fit donner mille roupies ; les femmes du sérail leur donnèrent quantité d'étoffes, et les femmes des princes en firent autant. Le 'village où était le meulin lui fin douné, ainsi que ses dépendances. Enfin Anrengaeb envoya ses enfants visiter cette femme , et y fut ensuite lui-même.

Ceci est tiré de l'histoire manuscrite de llndoustan faite par le colonel Gentil. M. Ànquetil-Duperron, en le citant dans sa Législation orientale, ajoute: De pareils traits font honneur à l'humanité ; malheureusement ils sont rares chez les gens en place.

aG INTRODUCTION.

trône chancelant pour devenir aussi la victime d'un ministre ambitieux qui le fait enfermer à Silemgar, en 1753,. et place sur le trône Alemguir II , qui , après avoir été comme ses faibles prédécesseurs le jouet de l'ambition des grands , tombe sous le poignard de deux Mogolseo 1760, et laisse un trône précaire à son fils Chah-Alem II , qui faisant aux Anglais la cession des provinces du Béar et du Bengale , abandonne à une compagnie de. marchands le pouvoir et la fortune de sa. .maison ; concession qui, dans l'espace d'un demirsièole, les rend maîtres des deux tiers de ce puis* sant empire.

Maîtres des deux tiers de l'Inde, ils influent puissamment dans les affaires de l'autre tiers. L'étendue de leurs possessions actuelles est d'environ a3o milles carrés , et leur revenu peut être évalué à quatre cent millions.

« Deux peuples seuls pouvaient opposer une digue « à l'invasion totale de l'Inde, les Marattes et les Siks; « mais leur réunion est nécessaire. Divisés, ils seraient « trop faibles. Toute la politique anglaise consiste à n désunir ces deux nations de l'Inde , et à leur in- « spirer une défiance réciproque. »

« L'Angleterre offre aujourd'hui à l'univers le phé» « nomèned'un état de onze millions d'habitants, qui « assujettit , à six mille lieues de la métropole , une « région peuplée de cent quatre-vingt millions de « créatures humaines, et que jamais aucun conque- « rant n'avait pu ranger en totalité sous ses lois (1). »

(1) Situation politique de Vin d oust an en 181 4, par yi. Collin de Bar.

IlfTRODTJCTÏOff. 27

• Cette puissance doit ses étonnants succès dans ces régions lointaines , autant à notre insouciance , qu'au génie de son gouvernement qui , sachant apprécier le système d'un Français , M. Dupleix , s'en empara après le rappel impolitique de ce dernier, et le suivit avec cette persévérance qui devait la faire triompher de ses nombreux ennemis , et lui obtenir ce degré de grandeur oà nous la voyons aujourd'hui, qui est peut-être

aussi pour elle le commencement de sa décadence(i).

, (i) Savez-vous , disait lord Shmith , au chevalier Gentil en 1772, à qui nous devons nos succès dans llnde ? A votre bonne conduite, répondit cet officier français. Eh! non, Monsieur, répliqua lord Shmith; c'est aux projets de M. Dupleix tombés entre nos mains, et que nous avons suivis de point en point.

Lord Clive , avant M. Hastings , a si bien suivi ces projets et ces exemples, que la grandeur de la nation anglaise allant toujours en augmentant, elle sera maîtresse de tout l'empire, si nous restons dans l'inaction. Lord Clive proposait à l'Angleterre de payer toutes les dettes de l'état , si on* voulait lui donner huit mille hommes de troupes réglée» et l'y laisser retourner. Il aurait réussi. Si ce riche paya était bien connu, point de particuliers qui ne voulût avoir des actions dans la société qui armerait pour aller en faire la conquête. — Note du colonel Gentil écrite en 1774» Les succès des Anglais n'ont que trop justifié cette opinion, qui prouve qu'avec le génie des Dupleix , La Bourdonnais, Bussy, Suffren, etc. , nous pouvions, non-seulement étendre nos possessions et détruire celle de nos rivaux, mais encore trouver dans nos vastes établissements des ressources inépuisables pour combler le déficit de nos finances , et éviter tous les malheurs de notre révolution.

Telle est l'histoire très - abrégée des révolutions politiques de l'Indoustan t devenu le plus beau fleuron de l'empire Britannique.

« Pauvres Indiens! des loups noirs tous man- « geaient j des loups blancs sont venus ; ils ont dévoré « les loups noirs; maintenant ils vous mangent. Hélas 1 « pauvres Indiens! votre sort a-t-il changé (i)? »

H ne nous appartient pas de juger si les Indiens sont plus heureux sous le joug des Anglais que sous celui des conquérants qui les ont précédés ; mais ceux qui connaissent l'histoire de l'Indoustan , ne peuvent s'empêcher de convenir que ce peuple était heureux sous le gouvernement paternel de ses souverains légitimes 9 et que les usurpations des étrangers avides des richesses de cet empire y ont occasioné ces révolutions sanglantes qui se sont succédées depuis la première invasion des Arabes en 649 de l'ère chrétienne jusqu'aujourd'hui.

L'auteur de ces Mémoires ne les destinait point à l'impression. Le désir défaire connaître un père vertueux, ua militaire respectable, un bon Français, a déterminé son fils à les publier. Le lecteur n'y trouvera pas le récit de ces traits brillants qui honorent le plus Fart militaire , mais de ceux qui honorent l'homme bienfaisant y l'homme généi eux, l'homme modeste | l'homme désintéressé, dont le cœur allait toujours au-devant des malheureux. Aussi ses amis et sa famille lui reprochent de s'être oublié dans sa haute fortune. Le colonel Gentil croyait que l'état

(l) Anquetil-Duperron.

HfTRODUCTIOV. *)

dédommagerait ses enfants de set sacrifiées, et s'il fut trompé dans ses espérances, il n'en fut pas moins sujet fidèle. Nous en appelons à ceux qui Vont ooonu dans l'Inde comme en France.

On peut dire de ce respectable militaire que sa vie a été parfaitement remplie , puisqu'il l'a entièrement consacrée au service de sa patrie par les sacrifices les phis généreux Persuadé qu'arec 1'hoiumir on pouvait vaincre tous les obstacles, il a toujours fait ses efforts pour répondre dignement à la confiance de son souverain 9 soit en n'épargnant ni soins ni dépenses pour le soutien de la gloire du nom français, soit en pro- ' diguant des secours à ses compatriotes que la perte d# nos vastes établissements avait mis dans k détresse, soit en, Grâant don à sa patrie, lors de son retour en France , du fruit de ses recherches et de ses travaux. C'est ainsi qu'il mérita de jouir dans l'Inde, comme eu Europe, de cette réputation honorable qui ne s'acquiert que par l'estime , et que tous les trésors du monde ne peuvent compenser (i).

Parmi les savants dont les écrits honorent sa mémoire , je dois particulièrement citer avec reconnaissance MM. Anquetil-Duperron et Langlès, tous deux membres de l'Académie Française , et ce dernier , conservateur des manuscrits de la Bibliothèque royale ,

(1) Voyez les notes E et F, à la fin de l'ouvrage, contenant une lettre du ministre de la marine et une autre de M. Chevalier commandant français au Bengale.

3o Ilf TltODUCTIOIT.

qui après lui avoir dédié sa traduction des Voyages de Georges Forster, du Bengale h Saint-Pétersbourg, s'exprime ainsi dans la notice qui suit sa dédicace ;

« Tous les éloges que je rends ici à ce respectable « militaire, ne vaudraient point l'honorable témoignage « que lui rend un de nos plus célèbres orientalistes , « M. Anquetil-Duperron.

« Il est glorieux pour la nation , dit-il , d'avoir des « militaires qui , comme M. Gentil , colonel d'infan- « terie , sachent allier noblement les fonctions de leur « état avec la culture des lettres. Des hommes qui « exposent leur vie , et sacrifient ainsi leur fortune et « leurs veilles au double bien de la patrie, ont droit « à une double reconnaissance de notre part ; Vinco- « gnito dont ils se couvrent est un vol fait à la repu- « tation nationale (i).

* Puisse le faible hommage ( ajoute M. Langlès ) que « je rends ici à la mémoire du modeste et généreux « Gentil , la venger au moins du profond oubli au- « quel elle paraît condamnée ! »

Si la modestie est la pierre de touche du vrai mérite, elle le fait aussi paraître avec plus d'éclat, surtout lorsque l'éloge de l'homme vertueux qui en est

(i) Suppléments aux recherches historiques et géographiques sur l'Inde , tome III, page 65.

M. Anquetil-Duperron , ancien membre de l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres, ancien camarade de voyage de mon père, et auteur d'un nombre considérable d'ouvrages sur Tlndoustan, marqués tous au coin de la plus profonde érudition. Ce savant voyageur est mort à Paris en i8o5. Voyez la note H, à la fin de l'ouvrage.

i xnovr ctioi.

jugé digne de vivre qui, en publiant norer ses la postérité.

Pour le

divisés suivant F; narration

Le premier partiel abrégé géograpln^ portion commence sa des détails sur sur des expéditions établissements français.

Berions sor le «ppel

La

de M.

d'une campagne qui honore M. de Bussy et les armes françaises. La quatrième partie termine ce chapitre par un précis sur M. de Lally., et par de courtes et tristes réflexions sur la cause de nos malheurs en 1760611761.

Le deuxième chapitre , dans sa première partie , comprend l'histoire du commencement du règne de Bfohhammed-Chah, dont la faiblesse entraîna la ruine de k maison de Timur; elle contient des détails sur la naissance de Thamas Koul*khan , et son élévation au trône de Perse. Dans la seconde partie est l'histoire de la conquête de l'Indoustan par cet usurpateur, suivie des réflexions sur la décadence de l'empire mogol, et la mort de ce conquérant.

Le troisième, divisé en deux parties, contient dans sa première , un précis géographique et historique du Bengale , et des détails sur la conquête de cette riche province par les Anglais en 1757 et en 17649 époque où ils détrônèrent Kassem-Ali-Khan , après lavoir placé sur ce trône quelques années auparavant. Dans la seconde partie est l'histoire de k guerre entre les Anglais et Ghaadja~a-Ed-Doukh, suivie de leur paix avec ce prince , et de la cession à perpétuité que leur fait l'empereur Chah-Alem du Bengale et du Béar.

Le quatrième donne des détails aussi intéressants pour nous que pour l'histoire sur Choudja-a-Ed-Doulah , qui, après avoir accueilli avec distinction le colonel Gentil , et après être revenu sur la mauvaise opinion que les Anglais lui avaient donnée de k nation française, lui voua depuis un attachement qui ne s'est jamais démenti , et devint le meilleur ami et k pro-

tecteur constant de tous les français dans cçs régions lointaines. Nous devions ces détails à la mémoire de ce prince, dont la mort prématurée arrivée an 1775 délivra les anglais d'un ennemi redoutable.

Le cinquième chapitre a rapport à l'ambassade so+

iennelle de Tipon-Sultan au roi de France, en 1788.

Le sixième concerne M. Hastings que de grands

malheurs ont autant illustré que son administration

dans l'Indoustan.

Le septième est divisé en cinq parties contenant l'histoire de cinq femmes célèbres , dont quatre ont honoré leur sexe par leurs vertus et leur courage.

A la fin de l'ouvrage se trouvent des notes historiques sur des souverains de l'Indoustan dont les règnes font époque dans l'histoire de cet empire, et qui donnent au lecteur des notions sur ces souverains cités dans le cours de ces Mémoires , ainsi que sur les princes descendants de Tamerlan. Elles sont suivies d'autres notes que l'éditeur a cru devoir placer à la fin de l'ouvrage pour ne pas le surcharger, ni interrompre la narration.

Nous manquerions aux devoirs que la justice et la reconnaissance nous imposent , si après avoir dit connaître les motifs qui nous ont déterminé à publier ces Mémoires, nous ne déclarions pas que nous nous sommes vus forcés , pour donner suite à des événe- ments racontés par l'auteur, de consulter et de tirer parti des écrits de plusieurs savants et voyageurs qui ont paru avant et depuis la mort du colonel Gentil , tels que MM. Ànquetil-Duperron , Langlès , Le Goux

de Flirfx, Mkhaud , Colin de Bar, et autres, que nous citons dans le cours de l'ouvrage. Cet areu contribuera sans doute à nous mériter l'indulgence du lecteur toujours disposé à applaudir à des noms qui honorent leur patrie.

&vn

LINDOÙSTAN.

LE DÉKHAN.

Page 1