ÉDUCATIONS DE VERS A SOIE
fiedtesen i84o, dans le difpartement. de la VieDDe»
PAR MM. MILLET ET ROBINET, ET M«" MILLET (i).
Nous nous proposons de rendre compte , dans ce mémoire, des travaux qui nous ont occupés pendant Vannée 1 840 ; c'est la cinquième depuis que
(i) Comme les années précédentes , une commission nombreuse et éclairée, prise dans la Société d'agriculture de Poitiers , a suivi avec le plus grand zèle toutes les expériences ijEÛtes* dans nos magnaneries et constaté , jour par jour, les résultats obtenus et consignés dans un registre. Le rapport de cette commission , fait par M. le baron Bourgnon de Layre, est imprimé dans le Bulletin de la société académique de Poitiers. Un grand nombre de personnes sont venues de très-loin pour visiter la magnanerie ou pour en suivre les travaux. Nous citerons plus particulièrement MM. Victor Radziejoivski , de Guéret (Creuse); Martin-Perret, de Ghâlons-sur-Saône ; Perris , secrétaire général de la préfecture des Landes ; Costa , ancien âëve de Dandolo et de Verri , de Tours ; de Saint-Aignan (Orne) ; le docteut* Déniau , de Saint- Galais (Sarthe); Mangout, de Niort (Deux-Sèvres); Boireau {idem); Maumet , de Saint-Maixent ( idem) , etc.
( 54 ) nous avons commencé des éducations de vers à soie, et quelques personnes pourraient s'étonner de nous voir, quant à leur importance industrielle, à peu près au même point que celui d'où nods sommes partis. Un mot d'explication nous parait donc in-^ dispensable.
Dès la première année de nos plantations de mûriers y nous avons éprouvé le désir bien naturel d'étudier par nous-mêmes les phases de la vie du ver à soie, pour nous préparer^ en agissant sur une petite échelle, aux éducations importantes que noua not» proposions de faire plus tard. Nos mûriers né pouvant suffire alors, même k des essais très-res^^ trein^,^ nous avons rassemblé avec soin toutes les ressources que pouvait nous offrir la contrée , et, dès la deuxième année , nous avons pu récolter les anciens mûriers qui s'y trouvaient encore. Nous avons donc débuté par des éducations de cent gram* mes ; mais cela ne hâtait en rien la végétation de nos propres plantations. Les anciens mûriers que nous achetions, chaque année^ ne faisaient non plus aucun progrès ; bien plus , les émondages périodiques auxquels ils sont soumis dans le pays nous privaient souvent de leur dépouillé. Il en e^t résulté que nous sommes encore aujourd'hui, pour la quantité de feuilles dont nous^xUsposons, dans la même position que nous nous étions iaite il y a quatre ans^ et nos éducations ne peuvent encore se ressentir des produits de nos propres plantations ; celles-ci ne commenceront à donner que
dans deux ou trois ans. II était importiml pour nous qu'ob ne pût se méprendre sur cette circonstance particulière.
Dans cet état de choses, nous avions à choisir entre des éducations industrielles , aussi insigni-^ âantes pour nous qu'inutiles au public , et des éducations expérimentales dont nous profiterions pour éclairer, autant qu'il serait en notre pouvoir^ quelques points obscurs ou douteux de l'industrie des soies. I^ous avons pris ce dernier parti , on jugera nos travaux ; mais » dès à présent , nous demandons grâce et impartialité aux grands éduca^ teurs, assez heureux pour pouvoir agir sur des masses et donner ainsi le plus utile des exemples, ils ont' assez d'avantages sur nous pour élre indulgents ; et si nous ne leur envions pas l'admiration dont ils sont l'objet , pourraienMls nous refuser leur justice?
Il est encore un point sur lequel noua éprouvons le besoin de nous expliquer. Nos travaux antérieurs et ceux que npus publions en ce moment pourront paraître surchargés de détails et de chiffres. Quant aux détails, nous répondrons pai^ l'exemple que nous a laissé Dandolo. Quelqu'un oserait-tl l'accuser de s'être lancé dans les subtilités ? Ne voyons-nous pas, tous les jours, l'importance qu'acquièrent les curieuses recherches con* tenues dans son livre ? Tel résultat qui n'avait pas d'application directe, au moment où Dandolo le consignait avec une prévoyante sagacité, est devenu
plus tard la base ou la preuve d'une ahiéliora^ tion capitale. Du moment qu'un art cherche dans la science des secours et des lun^ières , rien n'est indifférent ; tout doit être compris et expliqué ; le moindre détail peut ouvrir une voie nouvelle ; la scietice ne connaît pas de faits indifférents. Le pre^ mrier qui s'aperçut qu'un vaisseau arrivant sur l'horizon de la mer montrait d abord le sommet de son mât le plus élevé ne se doutait pas sans doute qu'il y eût dans ce phénomène , inaperçu pendant quarante siècles, la preuve de la rotondité delà terre!
Quant aux chiffres dont nos résultats sont hérissés , nous pensons y sans doute avec la grande majorité des praticiens , qu'ils sont le seul moyen de sortir du vague dans lequel on a été trop longtemps , et des idées plus ou moins aventureuses que le zèle et l'enthousiasme ont quelquefois inspirées. D'ailleurs il est d'usage, parmi les observateurs f de ne jamais rapporter un fait sans l'accompagner de ses preuves , et la meilleure de toutes consiste dans l'exposition complète des éléments de la discussion. Nous y joignons, à l'exemple des expérimentateurs , les échantillons de tous les matériaux qui ont servi de base aux recherches, ou qui en sont résultés. Ils forment déjà une collection importante, que nous tenons à la disposition des amateurs de l'industrie séricicole.
Entrons maintenant dans la carrière des faits et de robservatiou.