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PREMIÈRES ÉDUCATIONS

Éducations de printemps.

Noos en avons fait deux presque simultanément, Tune à la magnanerie -modèle départementale de Poitiers, Vautre à la magnanerie de la Gitaudière.

Celle de Poitiers a compris plusieurs races :

I* Le sina;

a*" Une race jaune, trouvée accidentellement dans le sina d^Annonay,

3® La race à trois mues , jaune ;

4^ Quelques échantillons dressais.

Le total des œufs s'est trouvé éire de 5i grammes ; le produit en cocons a été de 1 13 kilog. 989 grammes.

L'éducation de la Cataudière a été faite avec la race jaune de Turin, à petits cocons. Un accident grave, survenu à madame Millet, a fait oublier de peser les toiles chargées d'œufs , après Téclosion •, ce n'est donc qu'approximativement qu'il a été pris note de leur poids : nous supposons qu'il y en avait environ 3o grammes.

Le produit a été de 5i kilogrammes de cocons.

Comparaison des races de vers (i).

Depuis 1887 nous poursuivons avec zèle la comparaison industrielle des races de vers que nous avons pu nous procurer. C'est ici qu'il convient d'en parler, parce que les produits des premières éducations sont ceux qui

(i) Voir les deux notices de i83S, par MM. Millet et Robinet, ches L. Bouchard- H uzard, rue de l'Eperon, n. 7. Prix, ensemble, i fr. 85 c.

doivent servir de base; il est probable que les^ secondes et troisièmes éducations présenteront souvent des anomal! os.

Sina.

Entraînés par les produits séduisants de la race sina, et par l'exemple qui nous avait été donné, nous avons cru longtemps que nous devions nous y attacher et en faire la base de nos éducations. Cette conviction commence à s'ébranler, malgré le nouveau succès que nous avons obtenu cette année. Nous dirons hautement les causes de nos doutes.

Nous avons fait éclore, celte année, 4i>33 grammes d'œufs de sina : ils avaient été obtenus, Tannée dernière , par les procédés les plus perfectionnés. Le produit a été de 92 kilogrammes 4B0 grammes de cocons, ce qui équivaut à près de i4o livres de 5oo grammes, pour une once d'œufs de 3 1,^5 grammes.

L'année dernière , nous n'avions eu que 128 livres, pour la même quantité d'oeufs.

Ce résultat est très-beau et n'a pas été dépassé, à noire connaissance, avec la race sina (1).

(1) Il n'est pas inutile de'dirc ici que les éducations de Poitiers ont été suivies assidûment par de nombreux élèves et surtout par une commission de la Socie'té d'agriculture composée de MM. Mojne, premier pre'sident delà cour royale 5 Boncenne, doyen de la faculté de droit ; Garran de Balzan , de la Fontenelle de Vaudord et Bourgnon de Layre (rapporteur), conseillers à la cour royale; Flandin, avocat général; Babault de Chaumont, juge; Fradin, juge de paix; Bouriaud, adjoint au maire de Poitiers, et Mauduyt, conservateur du cabinet d'histoire naturelle. Ces messieurs sont venus tous les jours, au moins au nombre de deux, et ont signé, jour par jour, les notes inscrites sur le registre des opérations. Aucune pesée, soit d'cenfs, soit de cocons ,

Le poids moyen des cocons s'est (rouTé (el, qu'il en fallait 54^ pour un kilogramme.

L'année dernière, ce nombre n^étaît que de SiSj en 1837, il n'élail que de 5oo.

Ce résultat remarquable semble s'accorder avec quelques-uns de ceux obtenus dans d'autres localités, et dans lesquels le nombre de 5oo cocons au kilogramme, qu'on avait obtenu d'abord, s'est élevé d'année en année jusqu'à 588, et même plus. Qu'on nous permette quelques citations.

En i836, il faut 1S6 cocons à la livre, (Loiseleur- Deslongchamps , Noui^elles considérations sur les "vers à soie. 1839.)

En i838 , il faut 29 J cocons à la livre, (annales de la Société séricicole^ -i* année, page 266.)

Nous savons très-bien que le poids des cocons d'une

n^a ëtë faite qu'en présence de plusieurs d'entre eux; les feuilles même ont souvent éle reçues en leur pre'sence. Nous avons dû solliciter cette surveillance, seule capable de donner à nos re'suluts une authenticité incontestable dans un pays où Tindustrie de la soie est encore peu connue, où elle a été déjà abandonnée une première fois, et dans lequel il est, par conséquent, plus difficile de convaincre les esprits. Nous ajouterons que messieurs les commissaires se sont tous occupés plus ou moins de Tindustrie de la soie ou de plantations de mûriers. Plusieurs d'entre eux sont venus exprés à Paris pour visiter les magnaneries et les plantations nouyellement formées dans ses environs. M. le premier président Moyne a commencé, il y a quelques années, dans •es propriétés de la Côte-d'Or, des plantations immenses, et il dispose d'un local dans lequel il pourra élever plus de cinquante onces d'œuf» à la fois. M. Bourgnon deLayre a fait, près du Poitiers, des plantations importantes dont nous utiliserons les feuilles dés l'année prochaine, etc., etc. Parmi les élèves qui ont coopéré à l'éducation, il s'est trouvé quatre personnes venues exprés de Paris , et qui avaient suivi, l'année dernière, le cours public fait par l'un de nous. Ce sont ^N. Massclot, Guyon, Mon tiers et Dupuy.

race quelconque varie d'une année à Taulre, et qu'il ue faudrait pas se bâter de conclure de ces variations que la race dégénère-, mais nous savons aussi que toute race transportée d'un climat dans un autre a besoin de s'acclimater^ et les nombreux renseignemenis qu'on peut déjà réunir sur le sort de la race sina ne permettent pas d'eapérer qu'elle fera exception. (^N^otice sw V éducation (tes 'vers à soie ^ faite par M. Robert y à Sainte-Tulle ^ en 1839. PtHxpagateur de F industrie de la soie^ n^* 16 et 17, 1839, page i58.)

Contentons-nous de faire remarquer qu'à plusieurs reprises, depuis 1786, on a fait en vain de nombreuses distributions d'oeufs de sina, et que les écrits do MM. Rocheblave, Bonnard père, Bardel et autres n'ont pu déterminer les éducateurs du Midi à en faire la base de leurs éducations. (Mémoire sur F amélioration des races hlancheSf et Description élun nouveau procédé pour îé^ touffagedes cocons , par M. BardeL Bulletin de la Société £ encouragement. Février, 1 8 i 5 .)

En se reportant aux faits récents, dans lesquels les éducations ont été pratiquées dans les meilleures conditions, on se demande quelle est la cause qui semble avoir fait dégénérer les sinas. Est-ce la nature des feuilles avec lesquelles ils ont été nourris, soit que ces feuilles aient été produites par des arbres trop jeunes et qui n'avaient pu leur communiquer les qualités nécessaires, soit que le climat de Paris et même celui de Poitiers n'aient pas suffi à une élaboration complète de leurs sucs?

Il faut bien admettre qu'une influence particulière a réagi sur le sina \ car nous connaissons , dans les mêmes lieux , des éducateurs qui entretiennent les mêmes races

depuis quarante années, sans qu'elles aient dégénéré, et Ton verra plus loin que d'autres races se sont conservées et même améliorées chez nous (i).

Ce fait est le premier qui a ébranlé nos convirtions, relativement à la préférence qu'on tend à donner au sina.

En voici d'autres :

Il résulte , des observations et des expérience» de M. Robinet, que le brin de soie des cocons est d'autant plus fin, que le cocon lui-même a un moindre volume, ou provient d'un ver plus petit (a). En effet, nous avons observé que nos cocons sont devenus d'autant plus difficiles à filer qu'ils sont .devenus plus légers. 11 a fallu, pour obtenir de la soie d'un litre égal , augmenter le nombre des cocons filés ensemble, et cette augmentation constitue une difficulté grave.

De plus, la nécessité de filer le sina à un grand nombre de cocons exige des ouvrières beaucoup plus habiles, sous peine de faire des déchets considérable^.

Enfin nous n'avons pu obtenir descocons sinas plus de 8 pour loo, à peu près, de soie grége : d'autres sont peut-être plus habiles 5 mais il s'agit de nous : tandis que la race milanaise ou de Turin, et plusieurs autres, donnent aisément 10 pour 100.

Il y a donc ample matière à réflexion avant d'adopter

(i) Nous ferons, l'année prochaine, une e'ducation avec une race du Poitou. Les cocons sont d'un volume et d'une force remarquables. Madame Tivenet, de Loudun, qui l'ëlève depuis quarante ans, obtient une livre de soie de 1,600 cocons.

(a) Mémoire sur la filature de la soie, iSSg, chez L» Bouchard-ltuzard. 1 Tol. in-8, fig. 4fr. 5o c.

(7) le sina comme base de son éducation. Nous pourrions développer davantage ce sujet, dès à présent^ mais nous nous réservons d'y revenir Tannée prochaine, après nos éducations de i84o.

Sina à trois mues.

Nous avons recueilli, cette année, et élevé séparément quelques sinas à trois mues, qui se distinguent asses facilement des autres. Leurs cocons ont été très-petits ; ils ne pesaient que i,o3 gramme, poids moyen, tandis que les cocons à quatre mues pèsent i,6o.

Ces vers, dont Texistence est sensiblement plus courte que celle des autres, grossissent plus vite et paraissent des vers égarés, venant de quelque autre claie que celle sur laquelle on les trouve. Nous avons recueilli les œufs qu'ils ont produits, et nous en ferons^ Tannée prochaine, une petite éducation d'essai.

jRoce jaune de Turin ou milanaise,

Lescoconsque nous avions obtenus, Tannée dernière, du petit nombre d'œufs que nous avions pu recueillir, nous avaient donné une haute opinion de cette race : elle a été en partie justifiée.

Nous avons dit plus haut que nous n'avions pu nous assurer, d'une manière positive, de la quantité d'œuCs éclos. Les cocons formaient un poids de 5i kilogrammes; on en a distrait 2 kilogrammes pour la ponte, et quelques échantillons qui n'ont pas été pesés. Le surplus ^ donné 4>75 kilogrammes de soie en 4/5, de la meilleure qualité et dont le tirage s'est opéré avec la plus grande

(8) facilité : c'est un produit de lo pour loo. Il eut été encore plus considérable sans un inconvénient qui s'est présenté. Un certain nombre de cocons, les plus étranglés surtout, après avoir lenu un moment, se détachaient et laissaient apercevoir, dans leur centre, un petit trou dans lequel la soie était coupée , ou trop fine pour se dévider. Voilà donc un défaut que la pratique a fait découvrir -, mais, comme il est possible qu'il ne se présente pas dans d'autres éducations, nous poursuivrons l'essai de cette race, dont les produits nous ont paru si satisfaisants.

Race jaune à trois mues.

Nous avons promis, l'année dernière, de continuer nos essais sur la race à trois mues , tant recommandée par Dandolo^ nous avons tenu parole, et nos résultats sont des plus encourageants.

Nous avions fait éclore 1,46 grammes d'œufs; ils ont produit 2,339 kilogrammes de cocons. L'once ou les 3 1,25 grammes auraient produit^ dans cette proportion, 5o kilogrammes de cocons, ce qui est un résultat trèsbon pour des cocons aussi petits.

Il fallait, pour r kilog. , 610 cocons de trois mues; l'année dernière, le même poids en comprenait 670. C'est un progrès considérable : il est de 9 pour 100 pour une seule année.

Les trois mues de i838 n'ont ofiFert qu'une proportion de 12,7 pour 100 d'enveloppe soyeuse ; ceux de 1839 en donnent i4pour 100.

Ces résultats prouvent, de la manière la plus évidente, (jue toutes les races de vers ne dégénèrent pas dans Içs

condidonft où nous les plaçons, et qae celles de ces conditions qui ont agi sur le sina ont été sans pouvoir sur les trois mues : ceux-ci, au contraire, profitant des bons soins de toute nature qui leur ont été prodigués, ont repris déjà une partie des qualités que la négligence leur ayait fait perdre.

En i838, nous avions perdu une bonne partie de nos trois mues, atteints par la jaunisse; d'autres étaient morts à la montée , sans pouvoir achcTer leur tâcbe.

En 1889 on aurait pu compter facilement les jaunisses, tant elles étaient en petit nombre, et la montée s'est effectuée avec une régularité remarquable^ le dix-buitième et le dix-neuvième jour après la naissance, ce qui fera sans doute réfiécbir les magnaniers dont les éduca* tiens se prolongent pendant trente, trente-cinq et quarante jours.

Les cocons étaient de (rés-bonne qualité-, à la filature, ils se sont comportés Comme les meilleurs cocons que nous ayons encore eus à notre disposition.

Ayant fait une quantité suffisante de graine avec le plus grand soin , nous espérons pouvoir faire , Tannée prochaine, une épreuve régulière de filature; car c'est toujours là qu'il faut en venir.

Race jaune accidentelle du sina d'Annonay.

En i838 , nous avions fait venir d'Annonay, afin de la comparer à celle de Neuilly, la race sina qu'on élève aux environs de cette ville. Parmi les cocons blancs^ il s'était trouvé un certain nombre de bons cocons d'un très-beau jaune; nous avions recueilli les œufs provenant de cetle variété, et nous en avons fait, en 1889,

( lO )

une petite éducalion : le résultat n'a pas été satisfaisant. Il faut 470 de ces cocons au kilogramme. 4) 10 grammes d'œufs ont donné 8,5oo kilogrammes de cocons : les 3 1 ,!25 grammes en auraient donné 65 , ce qui n'est qu'un produit ordinaire pour des cocons aussi volumineux (i).

Ce qui nous a surtout frappés, c*est que cette race s'est constamment trouvée en retard sur les autres^ elle n'est arrivée à la montée que deux jours après les sinas du même jour ^ et ne l'a opérée que lentement et difficilement.

Quant aux cocons, bien qu'ils fussent d'une assez bonne qualité, ils n'ont pu nous déterminer à conserver la race : nous l'avons abandonnée,.

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