‹ Mémoires sur l'industrie de la soie: éducationsChapitre 8 sur 34 · DEUXIÈMES ÉDUCATIONS · texte numérisé non relu

DEUXIÈMES ÉDUCATIONS

Nous avons fait, en iSig, deux secondes éducations^ l'une à Poitiers, l'autre à la Calaudière. Persuadés que M. Loiseleur-Deslongchamps a posé les vrais principes , en matière d'éducations multiples, dans son mémoire de i832 (2), nous avons suivi la méthode qu'il a indiquée* Nous pensons , comme lui , que la race irei^oltini ou à trois récoltes, dont on a fait quelque bruit dans ces

(i) Nous devons revenir ici sur une remarque que nous avons faite ailleurs : c^est qu'on a fait beaucoup de comparaisons et de raisonnenements sur des éducations de tel et tel pays, de tel et tel magaanier, sans tenir compte des races de vers. Or, comment pourrait on comparer des produits en cocons dont il ne faut que 360 au kilog., comme on assure quHl en existe dans le Midi , avec d'autres rësultals dans lesquels les cocons sont tellement différents , qu'il en faut 600 et mémo 600 pour le même poids ?

(a) Mdriers et versa soie, i832, chez L. Bouchard'-Huzard , où Ton trouve plusieurs autres brochures du même auteur sur ce sujet.

derniers temps , ne saurait remplir convenablement le but qu'on se propose^ nous renverrons à son mémoire ceux qui voudraient de plus amples explications. Ils y verront que la race tra^oltini, que quelques personnes ont pu croire nouvelle, avait déjà été importée par Berihezen^ en 1790. Plus tard, en 1829, elle fut envoyée par Moretti à M. Loiseleur-Deslongchamps; il en fit Fessai et put se convaincre , comme la plupart de ceux qui Tout expérimentée en 1889, que cette race ne présente qu'une partie des avantages qu'on avait cru pouvoir s'en promettre.

Déjà réduits, pour nos deux premières éducations » à des quantités minimes de feuilles, on conçoit que nous avons dû restreindre beaucoup la quantité de vers que nous avons fait éclore pour les deuxièmes -, mais il nous importait beaucoup de pratiquer ces éducations par nousmêmes^ afin d'avoir des données certaines, lorsqu'il nous «era possible de les faire sur une grande échelle.

La deuxième éducation de Poitiers a été faite avec une quantité d'œufs de sina indéterminée^ ceux-ci avaient été conservés dans une glacière.

L'éducation a duré vingt-huit jours, la montée comprise; elle a été faite sans feu, et comme elle était peu importante^ on n'a pas veillé. Les vers n'avaient que trois repas dans la nuit.

Le produit a été de 17,600 kilogrammes de cocons, dont il fallait 670 au kilogramme ; mais, comme ce chiffre n'a été obtenu que dix à douze jours après le déramage, les cocons avaient beaucoup diminué de poids , et il est juste de le rétablir conformément aux calculs de Daadolo : c'est donc 63o cocons qu'il aurait fallu pour i kilo-

(la)

gramme , si on avait fait Tépreuve au moment convenable; ces cocons é(aient faibles et petits.

La deuxième éducation de la Gitaudière a été faite avec i8,5o grammes d'œufs de sina^ le produit a été de 32,5oo kilog. Dans cette proportion, les 3i,25 grammes auraient donné 54,35o kilogrammes, ce qui n'est qu'un médiocre résultat.

Il fallait 65o de ces cocons pour i kilogramme.

L'éducation a duré vingt-neuf jours, la montée comprise. On a entretenu 20 degrés de température, mais on a donné moins de repas qu à Poitiers.

Les cocons de cette éducation^ filés sans être étoufiPés^ ont très-bien marché.

Il résulte^ pour nous, de ces deux essais, que les secondes éducations donneront probablement des produits inférieurs en qualité et en quantité , si on les compare aux résultats des premières éducations -, mais que cependant ces produits seront encore assez beaux pour indemniser le magnanier qui aura provision de feuilles et de zèle.

Nous en conclurons aussi qu'il est très-facile de faire succéder une deuxième éducation à la première.

Nous aurions bien désiré faire une troisième éducation , et cela nous eut été facile avec nos multicaules ^ mais, sur la quantité d'œufs qui avaient été réservés dans cette intention , un petit nombre seulement a fourni des vers, et nous avons dû renoncer à les élever, en raison du peu d'importance qu'aurait eu l'expérience.

Nous avons cru remarquer, pendant la seconde éducation , que les vers étaient moins égaux que ceux de la première. Pour obtenir des claies bien uniformes, il a

( i5) fallu Faire un plus grand nombre de dédoublements; mais cet inconvénient, auquel il est si facile de remédier, n'a point atteint un degré de gravité capable de nuire à la marche des opérations.

Filature,

Nous pouvons dire que la filature a fait de grands progrès chez nous celle année; notre expérience s'était accrue, tant de nos propres observations que de celles qu'a publiées M. Robinet, dans son Mémoire surla fila^ ture. Le tour qu'il avait placé à l'exposition des produits de l'industrie a été transporté à la Cataudière, et a fonctionné, sans interruption, pendant les deux mois qu'a duré le tirage de nos cocons.

La nouvelle machine n'a point manqué aux espérances qu'avaient données les nombreux essais faits en public,à Paris; toutes ses parties, le compteur, le brise-mariage, le va-et-vient ont marché sans accidents, sans réparations, sans qu'il se soit manifesté la nécessité d'un changement quelconque.

La soie produite , achetée par une des premières maisons de Paris, a été reconnue d'excellente qualité; on a surtout distingué la soie jaune provenant de la race de Turin, en écheveaux de 3o grammes, tous parfaitement pareils sous tous les rapports ; poids, croisure, croisade et tirre.

Nous n'en dirons pas davantage sur cet objet, M. Robinet se réservant de continuer «on travail sur la filature.

Canevas,

Notre système de châssis à caneTas roulants a main^ tenant subi l'épreuve de sept éducations. Chacune d'elles a augmenté notre confiance et conquis de nouveaux partisans à cet appareil aussi commode qu'économique. Désintéressés dans sa propagation, qui ne peut avoir pour nous d'autres résultats qu'une satisfaction bien naturelle , nous pouvons en faire l'éloge sans crainte. Nous dirons donc que nous ne saurions trop engager les magnaniers soigneux et jaloux d avoir dans leurs ateliers des appareils remplissant toutes les conditions qu'on recherche dans ce genre d'objets , i visiter les nôtres et à les faire fonctionner eux-mêmes* Nous savons qu'il est des choses qu'il faut voir et manier pour en bien connaître les avantages ou les défauts, et nous concevons qu'on y regarde à deux fois, avant de se décider entre les diJFérenls systèmes qui ont été proposés depuis quelque temps. Bien que nous tenions pour bons et d'une grande valeur les témoignages qui viennent à l'appui de notre opinion, nous concevons très-bien aussi que l'on ne s'en rapporte pas absolument à eux et qu'on veuille vérifier par soi-même.

Nous considérons donc comme un devoir, dans l'intérêt de l'industrie de la soie , qui nous est si chère, de mettre à la disposition de tous ceux qui s'en occupent, tous les renseignements qu'ils pourraient désirer j de leur ouvrir, soit pendant l'éducation, soit à toute autre époque de l'année, les deux magnaneries de Poitiers et de la Cataudièrc ; enfin de leur fournir les moyens d'arriver à une exécution aussi satisfaisante que

( 15) celle que nous avons obtenue, el avec les mêmes dvpenses.

Une légère addition que nous avons Tuite, cette année, à nos châssis, et qui consiste en une simple tringle de bois , qui forme coulisse pour les baguettes du canevas, quand celui-ci chemine à Tenvers, a complété l'appareil qui nous parait ne plus rien laisser à désirer (i).

Les canevas de la Cataudière ont déjà supporté quatre éducations et sont demeurés tellement propres, tellement intacts , que le besoin de les porter à la lessive ne se fait nullement sentir ; ils serviront probablement encore plusieurs années, avant qu'on soit obligé d'avoir recours à un nettoyage. Ceux de Poitiers sont dans le même état, après trois éducations.

Nous avons découvert, depuis peu, d'autres espèces de tissus qui pourront peut-être remplacer le canevas avec quelques avantages,- nous les essayerons l'année prochaine, et nous rendrons compte de nos observations»

Délitements .

C'est dans l'opération du délitement surtout , que ressortent les principaux avantages des canevas roulants.

Et d'abord , nous devons insister de nouveau sur la réduction du nombre des délitements que permet le canevas par sa propre nature. Les litières s'y dessèchent si promptement et si complètement, qu'elles n'offrent

(i) Voir le mémoire, avec figures, sur les éducations de i838 ; chez L. Bouchard- Huzard, rue de rEperon, 7 ; et la figure ci-jointe , dans laquelle on distingue les baguettes en question axi-dessous du rouleau.

( ï6) plus aucun des inconvénients qui en font, en général ^ rennemi le plus redoutable des vers » soie. Aussi affirmons - nous que les délitements peuvent être réduits à quatre ou cinq , dans la grande magnanerie , sans aucun inconvénient pour la santé du précieux jnsecle.

Mais, si Ton tenait à les multiplier^ ce serait une raison de plus pour adopter notre système -, car aucun de ceux qui nous sont connus n offre le moyen de les faire avec autant de promptitude et d'économie.

Nos châssis en canevas ofiFrent chacun une superRcie de 5 mètres et demi. Les filets ont la même dimension, à moins qu'on préfère les mettre en deux parties; c'est donc 5 mètres et demi carrés que nous délitons à la

fois et d'un seul coup!

Si nous ne craignions pas d'être trop longs, nous transcririons ici le procès-verbal dressé à Poitiers le jour où des essais de délitement ont été faits en présence de la commission de la Société d'agriculture.

Il a été constaté , montre à la main, et avec la plus rigoureuse exactitude^ que deux personnes poui^aient aisément opérer j en quatre minutes ^ le délitement d^un châssis.

Il est bien entendu qu'on avait placé le filet quelque temps à l'avance, afin que les vers aient pu recevoir deux ou trois repas légers avant le délitement. Si l'on suppose que cette opération a exigé une minute, et c'est beaucoup, il en résulte que le délitement complet d*un châssis de 5 mètres et demi se fait aisément en cinq minutes par deux travailleurs.

En opérant comme nous venons de le recommander,

( »7) c^est-à-dire en donnani deux à trois repas légers sur le nouveau filet, il ne reste pas un seul ver bon sur la litière, et Ton peut la jeter sans hésiter.

Les magnaniers qui auraient réduit le nombre des repas de manière à être forcés de les donner copieux pourront déliter après un seul repas; ils auront soin , avant de procédera cette opération, de soulever le filet dans quelques parties, pour s^assurer si tous les vers bons sont montés sur la nouvelle feuille.

Nous pensons que de tels faits, parfaitement constantes» sont de nature à fixer Taltenlion des magnaniers.

Litières.

Nou^ nous sommes avisé», cette année, d'un stratagème pour diminuer la quantité de litière : l'essayera qui voudra ! Ayant reçu quelquefois , surtout pendant les secondes éducations, de la feuille épaisse et dure , nous avons remarqué que les vers^ après en avoir mangé une petite portion , montaient sur le reste et le dédaignaient, quoique aussi bon que la partie consom* mée. Alors, en opérant avec précaution, nous avons remué, soulevé, rafraîchi en quelque sorte cette litière que les vers avaient aplatie et aiFaissée, et , à notre grande satisfaction , nous les avons vus se remettre à la manger comme de ia feuille fraîche. Par ce procédé si simple, nous avons épargné quelques repas en profitant traîtreusement de la cécité de nos crédules élèves.

Boisementou encabana^e.

Les essais de boisement que ndiks aVbn^ faifs, eélte année, ortt été nombrètix et sefohr ()tk)foàbleihen( les dè^rttîérè.

Qtkatii aux ratheàux à ëTi^(Sl6yer, rtous atôn^ i^eeôHna défifnilitement qu'on pduVaît ëgalèihërtf t\tét tm bort patti dû colza, du bouléaà, de lat bi*ûfyèrfe^ dû cfed/idrilla juncea^ âoin hi hMeixts eri gràn^gô f6n( leurs batah, ëi dé fouie autire plante ahalogoe; seùléitient, pour ttH ôbàssis, il faut que les i^meâûj^ aient uhef cei^taine longueur : 5o centimètres à peu près.

La disposiiion adoptée pai* lâadame Mille(, ma sœur, et décrite dans la note de i838, nous a paru la plus simple, la plu«' ëoonoimqAie et la plus eypéditiVe^ elle consiste en bataiisi d^nn» iroluiae aufibstni^ i^ngës sur les châssis, laf tétB ioelidëe vers le centre dé cieui^'^et, et se soutenant ainsp mùtnellefiieni. Les ocpi^desqui tendent tes canevas peuvent au«si servir de points d'appui. Les pîeds des bakis repoeneiKt^de obaque xiàié eu châssis*, dans 1 ongh forcàé pars» bdrdyre (voir la planche)^ Cest là que les vers iroiiTènt le moyen de monter Au. bois. Aôs^itàt qu'ils y sont tousi, dd BO«)ève les pieds des ba» Uts eion les pose doucement feuff la planchette q«ii forme la bordure du ohâssis. Le cahevas.se trditvt^alors'coittplétéiheiit libre , ainsi i\ne le dernier filet ftoeé s«r. lut. En ttrèint ce filet par une de ses extrénités, on l'cMft'traine avec toute la litière. Il: ne reete plus sur le canevas que les crottes dont la largeur des mailles du filet n'a pas permis l'enlèvement : rien de plus facile que de les faire disparaître avec une raclette quelconque.

( >9) Parmi les rameaux que nou» avoiiii miis en uft;igc, le colza est le seul qui ne peut pas servir plusieurs fois. Tous les ami, il faut renouveler les balais \ mais leur confection est si facile el si prompte, que nous le pré féreroos à toute autre plante quand nous en aurons à notre disposition.

Les balais de bouleau, de chicorée sauvage, de chondjilla jvncea^i même de bruyère peuvent être flambés. JNotis Tavovis faiu Débarrasèét ainsi de la bourre qui restait attachée aut rameaux, ils peuvent servir une seconde et même une troisième fois. Ces détails ne pa« raitront pas superflus aux praticiens qu'arrête quelquefois un obstacle de peu d'importance.

Nous avions entendu parler d*un système d'encaba**

nage dit américain, et dont les filets sont la base ^ nous

avons pu en faire Tessai ^n profitant des ingénieux

cadres grillagés en rotin de M. Davril. En efiet, deux

de ces cadres supei*posés laissent entre eux précisément

la distance la plus favorable à la formation des cocons.

Mais voici ce qui est arrivé et ce qui arrivera toujours

probablement. Les premiers vers qui sont montés sur

cei appareil ont, couvert de soie la plus grande partie des

mailles formées par les brins de rotin» et sans pénétrer

même entre les deux plans de grillage. Il en est résulté

que les autres fileurs, quand bien même ils auraient eu

rinstinct de pénétrer dans les intervalles qu'on leur

avait préparés, en auraient été empêchés par la bourre

des premiers vers. Nous pensons que le système améri-*

cdin ne présente aucun avantage , et qu'il aurait Tincon-

vénieét decoiiter fort cher \ nous ne nous en occuperons

plus.

Feuilles,

NouK rapporterons 9 dans ce paragraphe, toates les observations auxquelles ont pu donner lieu les feuilles de mûrier que nous avons récoltées et employées en 1839.

L'année dernière, notre consommation avait été considérable, en apparence au moins. Il nous avait été. facile de nous expliquer ce fait , en mondant une partie de feuilles venant des champs. La perte avait été énorme, puisqu'elle s'était élevée à 5opour 100.

En 1839 nos résultats ont été plus satisfaisants. Les mûriers avaient été taillés en partie; une quantité assez importante de feuilles a été cueillie sur des multicaules et sur des sauvageons de trois et quatre ans; aussi Tépreuve du mondage n'a-t-elle fourni qu'un déchet de a5 pour 100.

Il nous parait inutile d'entrer ici dans tous les détails i^latifs à la consommation de la feuille ;' nous. dirons seulement qu il en a été employé i']^'] kilog. dans la première éducation de Poitiers. Nous avions fait éclore 5i grammes d'œufs-, c'est donc io58 kilog. qui ont été consommés pour l'éducation de 3i,a5 grammes d'œufs.

En i838, la consommation avait été de 1 185 kilogr. DifiFérence en moins, en faveur de iSSg, 127 kilogr. Ce résultat s'explique très-facilement par la meilleure qualité de la feuille.

Si nous comparons maintenant la quantité de feuilles avec celle des cocons obtenus, nous trouvons les chiffres suivants :

Feuilles consommée» 17^17 kil.

Cocons récoltés ii*^>9^9

Ces! bien 65,86 lilogr. de cocons par 1000 kilogr. de feuilles.

En i838, le rapport était de 4^ kilog. de cocons pour 1000 kiiog. de feuilles. Différence en plus, en faveur de 1839, plus de 19 kilog.

Mais ce n'est pas tout : il Faut rappeler à nos lecteurs qu'à Poitiers nous allons chercher la feuille à deux et cinq lieues^ qu'elle arrive , le plus souvent, fonée et meurtrie; que nos cueilleurs^ sans expérience^ en gâtent une bonne partie ; enfin que nos mûriers sont des sauvageons et que leur feuille est chargée de mûres et de rameaux dont la proportion s'élève à aS pour 100. Notre registre fait foi des nombreuses pertes que nous ont occasionnées ces différentes circonstances; mais en voilà assez sur cet objet : notre progrès est déjà grand et évident , c'est l'essentiel.

Nous ne pouvons cependant passer outre, sans insister sur les erreurs auxquelles on serait expoëé, si Ton ne tenait aucun compte de la qualité des feuilles , quand on veut apprécier les résultats d'une éducation. Il est évident que celte qualité peut faire varier beaucoup et modifier singulièrement les proportions relatives de feuilles employées et de cocons obtenus (i).

(i) Déjà nous troiiTons, dans quelques publications, la preuve de ce que nous avançons. Des magnaniers, pour se rendre compte de la quantité de feuille réelle employée dans leur atelier, ont monde une partie de la feuille brute, pour appre'cicr le déchet qu'elle subit dans 80n emploi, (annales de la Société séricicole , no a, p. SaB-jgl ; no i , \>. 116, etc.)

Nous avons dit , plus haut , que nous avious reçu souvent de la feuille fanée et flétrie. Le procédé qui nous a le mieux réussi, pour lui rendre un peu de fraîcheur, a été de l'exposer dehors pendant la nuij, lorsque le temps le permettait. La rosée rend à la feuille plus de fermeté et de fraîcheur que tous les arrosages artificiels. Quant au danger qui pourrait résulter pour les vers de la distribution de cette feuille mouillée, il n'est pas à redouter chez nous, sur nos canevas. La litière y sèche 6i promptement, que nous avons été souvent obligés de faire des arrosages abondants. Dan^ les magnaneries construites sur d'autres principes, on avisera.

Coupe-feuille.

La division des feuilles avant leur distribution, tant recommandée par les Chinois, nous paraît, en eflet, une opération de la plus haute importance, et qui doit être pratiquée, s'il est possible , jusqu'à la fin de l'éducation', elle est indispensable, si on donne les larges feuilles du multicaule. Malheureusement nous n'avons point epcore de bon coupe-feuille, ou, du moins, nous n'en connaissons pas dont l'expérience ait démontré la bonne construction et l'emploi économique (i).

En attendant qu'il s'en présente, nous en avons fait

(i) M. Charrut, nëgociant à Grenoble, avait mis, âla dernière exposition des produits deTindustrie, un coupe-feuillo à oiseauit excentriques. Noas l'avons vu fonctionner, avec des feuilles de ronees, à la Société «ërîcîeèle, où M. Aubert l'avait apporte. Le résultat nous' a paru satisfaisant. Nous avons immédiatement demandé k M. Gtianrat un de ses instruments, et nous rendrons compte , ii k (in des édiMMitions de 1840, du résultat de nos essais.

un noulHméme* d^ la plus grandi» ftinapliciié, el avrc lequel un kofnine, aidé par (in enfîinl, p^ul coMper de 3 à 3oo kilog. de feuillets par jour.

Il «onsîftie en un ooujtea^ ^Q,alogue à celui dont 4f servent les sâboiier# au les formitrë. Il est fixé à une table pftf rexirémûé de sa laïue, qui porte un crochet engagé dans uu pitoj^ JUes feuilles vienneat se présenter à raejiipn de ce cput^u , que l'ouvrier soulève et abaisse de la main drioite, au moyeu d'^xie boile longue de 5o centimètres ^ larg^ de 12 à i^. Cette boite a un fond épais de 5 à 6 centimètres; du reste, ni bouts ni couvercle. L'enfant qui aide l'ouvrier remplit la botte de feuilles, ei celui-ci, avec son bras et sa main gau* ohes, mainlieni et pousse les feuilles vers Textrémité de la boite, du côté du couteau. Par un mouvement successif et bien ordonné des deux mains , les feuilles se présentent et sont coupées aussitôt d'unie largeur égale ^ la quantité dont elles dépassent la boite, le couteau effleurant rexirémité de .celle ci dans le mouvement que lui imprime le travailleur.

On peut donc, à volonté, couper les feuilles en lanières larges ou étroites, suivant qu'on les fait plus ou moins avancer par le mouvement du bras gauche. L'entant entrelient le paquet àe feuilles em le bourrant sous Tavant-bras de l'ouvrier. Il va sans dire qu'ils prés de lui une corbeille dans laquelle il puise*

Tel que nous Tenons de le décrire, lie coupe-feuille BOUS avait déjà rendu de nombDeus services , «quand nous avons eu l'idée de le perfeeticmnerjpar une ih4dition qui a féit disparaiure le danger de se couper les doigts de la Main ^^Ujche , qui pousse les {euiUes. A

rextrémité de la boile nous avons placé un rouleau ou cylindre de buis ou de bois dur de 4 centimètres de diamètre. Il est fixé au moyen d'un axe en fer engagé lui-même dans deux rainures faites aux bords verticaux de la boite, de telle façon que le cylindre peut s'élever ou s'abaisser, suivant qu'on pousse au-dessous de lui une plus ou moins grande quantité de feuilles.

Le cylindre maintient donc, par son propre poids, le paquet de feuilles à l'endroit même où agit le couteau , et dispense Pouvrier d'avancer sa main au delà de ce cylindre.

Ainsi disposé , le coupe-feuille peut rendre de grands services, avec une dépense très-légère : bien évidemment, il ne saurait suffire à couper les feuilles d'une éducation un peu importante parvenue au cinquième âge 5 mais, pour les quatre premiers, il atteindra le but très-convenablement.

Nous en avons fait un plus petit, dans lequel on coupe les feuilles pour le premier âge avec un couteau de table bien affilé. Il nous a été fort utile.

Tamis,

Plus d'un éducateur fera l'essai et renoncera au tamis, faute d'avoir eu la patience de s'y accoutumer, ou faute d'avoir su le disposer convenablement.

Le premier soin est de le faire petit, afin qu'il ne fatigue pas la main et ne répande pas des feuilles de tous càtés en dehors des tablettes.

Pour le premier âge on pourra , avec avantage, coller dans son tamis une feuille de papier fort*, elle sera per-

( '^5) cëe, dans sou centre, d'un irou rond de 8 k lo cenlimètres. Cestpar ce trou seulement que la feuille agitëe dans le tamis pourra se répandre sur les vers sans s'éparpiller en pure perte au delà de Tespace qu'ils occupent.

Nous nous sommes très-bien trouvés de cette modification.

Il n'est pas moins important d'avoir, au moins, trois tamis à mailles de différentes grosseurs, depuis lo juS' qu'à 90 millimètres de côté. En agissant autrement^ dans le premier âge, on perdrait beaucoup de feuilles précieuses avec un tamis trop clair; et, dans le cas contraire, on cesserait, plus tôt qu'il ne convient^ T usage du tamis, parce qu'étant trop serré^ il ne donnerait plus passage aux fragments de feuilles dont le volume doit augmenter successivement à mesure que les vers acquièrent de la force.

Calorifère.

Le choix et la construction d'un calorifère seront , longtemps encore, pour les magnaniers, des choses difficiles et qui les entraîneront , quoi qu'ils fassent, dans une dépense assez considérable. Nous avons subi tous ces inconvénients, mais sans qu'ils aient pu nous effrayer.

Quant au choix d'un calorifère , la marchandise ne manquait pas : on en a fait, depuis Rnmford, de toutes les formes et de toutes les couleurs ; mais nous n'en avons pu découvrir un qui fût simple, c'est-à-dire bon marché •, d'une construction facile), c'est-à-dire pouvant être exécuté par tous les ouvrière un peu intelligents;

en matériaux communs , c'esl-i-dire auftcepiible d'élre entretenu et répaté en touA lieux.

Nous avons pris le parti , non pas d'inventer un calorifère, car il n'est pas f<<eile de foire du lyou^eau ea ce genre, maïs d*en faire construire un sous nos yeux par un simple maçon et arec les matériaux suivants :

I® Des tuyaux de fonte, de ceux qui servent aux conduits d'eau ou à la descente des eaux des toitures , on en trouve partout;

%'' Des briques *,

3* Une plaque de fonte ;

4* Des tuyaux de poêle ordinaires.

Sur une assise de pierres, nous avons élevé en briques le cendrier d'un fourneau, puis un foyer de 3o centimètres de large, autant de baul et d'une profondeur égale à la longue^ir de nos tuyaux de fonte. lis avaient I mètre ^ leur diamètre était de 1 4 centimètres.

Au-dessus de ce foyer, î^erm^ avec une porte en tôle , nous avons placé une rangée de six tuyaux de fonte sur un plan horizontal.

Après avoir posé à cbaque ex-trémité des tuyaux deux rangs de briques superposées, nous avons placé une seconde rangée de six autres tuyaux de fonte, et ainsi de suite pour une troisièmie rangée. En tout dix-huit tuyaux divisés en trois rangées, espacées entre elles de to eenti mètres environ.

ftien de plus facile que d'élever en briques les parois du fourneau et de ménager des passages pour ia fumée, de manière qn'eHe se répande successivement dans lies espaces vides réservés entre les rangées de tuyaux. On conçoit aussi , sans peine, que toutes les rangées de

(^7 ) tuyaux profitent ainsi du feu allumé dans le foyer, et eo prcporlion de leur proximité avec celui-ci. Le fourneau »e termine pg^r la pose d'une plaque de fonle qui représente e^acterpenl \e marbre d'un poêle ordinaire. Un trou ménagé à dessein sur le côté reçoit des tuyaux de poêle qui conduisent la fumée au dehors, après avoir, par plusieurs coudes et circuits, laissé le plus de chaleur possible dans la chambre à air.

Maintenant, supposez ce fourneau conslroit danstine porte ouverte dans la chambre d'air, de telle façon que la bouche du foyer et les bouches des tuyaux qui sont au-dessus donnent dans la pièce voisine, tandis que le calorifère lui-même et les bouches opposées des tuyaux sont dans la çhan>bre à air. Il est évident que tout Pair qui pénétrera dans celle-ci, devant traverser, pour y parvenir, les tuyanx échauffés du calorifère, devra acquérir à volonté, et en raison du feu qu'ion entretiendra, une température plus ou moins élevée.

L'eî^sai que nous avons fait , celte année, de ce système de chauffage nous a prouvé qu'il était bon , et nous y avons trouvé l'immenseavantage de nous suffire à nousmêmes avec des matériaux très-communs.

Cette description nous parait suffisante pour que tout homme intelligent en fasse autant que nous.

Il est clair qu'il faudra proportionner le nombre et le diamètre des tuyaux à la quantité d'air qui devra le& traverser pour pénétrer dans la mdgnaneiie. Le calcul est facile et a pour base la section des gaines qui distri* huent l'air dans l'atelier. On consultera, à ce sujet, lea plans de M. d'Atcet.

( 28) Tarare,

L'un de nous, M. Robinet, a fait, pendant le cours de l'éducation de Poitiers, un très-grand nombre d'essais sur le tarare -, mais il ne se propose d'en rendre compte qu'après l'expérimentation d'un appareil nouveau qu'on n'a pu achever, faute de temps. Nous dirons seulement que cet appareil promet de remplir les conditions suivantes :

i""!! aura toute la puissance désirable \ 2"* il sera peu coûteux ; 3<» il pourra être exécuté partout ; 4** une trèsfaible force suffira pour le mettre en action ; 5*" enfin on pourra, sans aucun calcul, ^e rendre compte de l'effet produit et le faire varier à volonté.

Page 1