‹ Memoires sur la Bastille (volume 2)Chapitre 22 sur 69 · SUR LÀ VIE DE LINGUET. XXXVU · texte numérisé non relu

SUR LÀ VIE DE LINGUET. XXXVU

(4) « Linguet , dit Hérault de Séchelles dans son Voyage à Montbar, » JLinguet n'a pas le débit le plus naturel; mais il est plein de grâce : » il appuie sur certains mots avec affectation peut-être, mais c'est une » affectation qui plaît. Il trouve l'art de tout faire ressortir. »

Voilà pour le débit : Linguet montra, dans une affaire qui lui était personnelle, quel parti redoutable ses soupçons, sa haine et sa présence d'esprit pouvaient tirer des circonstances les plus imprévues. Après avoir défendu le duc d'Aiguillon , il plaidait contre lui pour le paiement de ses honoraires. H se représentait comme en butte à son ingratitude et même à ses persécutions. Le procès occupa plusieurs audiences. Le désir d'entendre Linguet attirait au Palais un immense concours d'auditeurs. « Un jour, l'afflucnce du peuple ferma le passage de la porte » par laquelle Linguet entrait ordinairement. La sentinelle , pour con- » tenir la foule, lève le fusil : un homme, qui sentait qu'il allait être » écrasé, arrache le fusil des mains de la sentinelle et le laisse tomber » au hasard sur la multitude. La crosse de ce fusil frappa sur ta tête >» même de Linguet. Le coup l'étourdit, et il fallut le porter à demi- » mort dans la salle d'audience. Linguet prit sur-le-champ et joua » avec adresse le rôle qui devait intéresser. Revenu ou feignant de » revenir d'un sommeil mortel , il prit une voix conforme à la circons- » tance. Cette voix, modulée sur le ton de la douleur qui presse un j> homme expirant, accusa son adversaire d'avoir dirigé les coups d'un a assassin; car, il faut trancher le mot , s'écria-t-il , à quoi servirait la » mignardise dans les termes, quand il y a tant aV atrocité dans les faits ? » Aussitôt l'intérêt du public redoubla • on le lui témoigna par d'exces- » sifs applaudi ssemens. » Linguet n'en perdit pas moins son procès. ( Essai sur la vie et sur les ouvrages de Linguet , par Gordaz. Paris, 1 809,)

(5) Un ouvrage que nous avons cité plus haut , et qui contient des détails intéressans sur la vie et les écrits de Linguet, raconte de la manière suivante l'origine de ses démêlés avec les magistrats qui composaient le parquet. ,

a Linguet reçut une lettre - de - cachet pour avoir signé un Mémoire dans l'affaire de M. de Bellegarde , soumis à un conseil de guerre *. Cette correction passagère ne fut qu'un châtiment paternel de deux mois. Il allait recevoir de la discipline de son ordre une peine bien autrement rigoureuse.

" Voycx, dans ses Mémoires, la noie de la page 39. Linguet y dit deux mots dt f elU affaire.

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