XXXVIII NOTICE
» Déjà on avait entendu, dans l'affaire de M. Bombelles , M. l'avocatgénéral Vaucresson exhorter les jeunes orateurs à ne pas prendre Linguet pour modèle : « Soit dans son peu de délicatesse à présenter comme » vrais des faits faux, soit dans son art dangereux de couvrir tout de » sarcasmes, et de travestir en satires des plaidoyers faits pour défendre » l innocence ou atténuer le crime ; soit enfin dans son audace effrénée a » faire des apostrophes indécentes au public comme pour s'en faire un » rempart, et forcer les suffrages des juges. »
y> Une sortie aussi ouverte ne pouvait qu'indisposer beaucoup M. Linguet, qui ne manqua pas de saisir les occasions de s'en venger, en lançant quelques sarcasmes , en plein parquet , contre MM. de Vaucresson et de berges à la fois. Un jour ce dernier avocat- général s'en plaignit à M. Linguet qui s'en défendit; mais comme M. de berges insistait en disant que personne ne s'y était trompé : Tant mieux , reprit Linguet , c'est une marque de la vérité de mes portraits. M. l'avocat -général lui ayant demandé s'il savait à qui il parlait? Oui, monsieur, lui répliqua M. Linguet, a maître Jacques de J^crges, avocat-général du parlement a mon refus.
» Le ressentiment de ce magistrat, vivement piqué, fut si profond, qu'on s'attendit qu'il ne manquerait pas un jour d'éclater par la radiation de M. Linguet. »
(6) Dans le passage suivant d'un de ses plaidoyers, Linguet avait soutenu mieux que personne la noble indépendance qui sied à sa profession : « Adversaires-nés de l'injustice , ennemis forcés de la fraude, » obligés par état à la suivre , à la démasquer , il est impossible , » Messieurs, disait-il, qu'en remplissant nos devoirs nous n'excitions w pas quelquefois des plaintes des parties que notre zèle importune. La » reconnaissance qu'il excite d'une part n'est que trop souvent rachetée » par la haine à laquelle il nous expose de l'autre; et, si nous n'écou- » rions que nos intérêts , les momens où nous avons le plus besoin de » vigueur sont précisément ceux où nous nous monti crions avec le plus » de mollesse. Cest pour soutenir notre courage dans ces occasions » périlleuses , que chez tous les peuples on a mis dans notre profession , » à côté du danger , la gloire , qui le compense , et la liberté , qui en » efface l idée.
» La gloire est duc à tout citoyen vertueux qui consacre sa vie à m l'utilité de ses compatriotes : la liberté est inséparable d'un état qui » sans elle n'aurait point d'objet, ou plutôt en aurait un contraire à v son institution. Sans la liberté, au lieu d'être les appuis de la vérité,