‹ Memoires sur la Bastille (volume 2)Chapitre 40 sur 69 · OBSERVATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION

» Quelques jours après la naissance de M. le duc de Bourgogne, il vint , sur les cinq heures du soir , une sœur-grise qui se dit de la maison des Invalides ; elle avait quelques personnes avec elle. L'huissier de la chambre la refusa d'abord, parce qu'il était tard ; mais madame de Butler, sous-gouvernante , dit qu'il fallait la laisser entrer avec sa compagnie. Madame de Butler les conduisit dans la ruelle où étaient les femmes de garde. Cette sœur-grise parla beaucoup, se mit à genoux , remercia de la faveur qu'on lui avait faite, et s'en alla. A l'instant même, une des femmes de chambre voulant lever M. le duc de Bourgogne, s'apciçut qu'il y avait du papier sur son drap de berceau ; elle le donne à nnd.:mr de Butler. C'étaient des mémoires d'une giâcc que l'on demandait, écrits sur de très-grand papier.

» M. de Saint-Florentin a pensé que ce Mémoire , jeté sur le berceau par la sœur-grise , avait pu donner à la dame Sauvé l'idée d'y jeter le paquet en question.

» La dame Sauvé était intimement liée avec M. le comte de Croy, particulièrement protégée de M. d'Argcnson , et passait pour son espion. « (Mémoires historiques sur la Bastille ; tome II , page 3a3.) ^

194 ÉCLURCJSSEMENS HISTORIQUES

*?65 , 2* mars.

« Le sieur Camille-Constant de Mercourt , écuycr , âgé de 68 «in» environ , natif de Besançon , fut mis h la Bastille en vertu d'un Ordre du roi du 21 mars 1 765 , contre-signe Phelipcaux ; il en sortit le i4 juillet ^766 , en vertu d'un ordre du roi, contre-signé Phelipeaux , pour être transféré au donjon de Vincennes , ou il est mort le 21 décembre 177**»

d'une hydropisie dont il était attaqué depuis trois ou quatre ans.

» C'est lui qui s'est accusé lui-même de son crime 9 ou du crime «(u'il avait dessein de "Commettre.

» Dans une lettre sans date , qu'il a écrite à M. le cardinal de Gèvres , il avoue que le fanatisme avait formé dans son cœur l'exécrable dessein d'immoler à sa* rage l'oint du Seigneur; et que la crainte de n'avoir pas , dans pareille circonstance , la force qu'il avait eue pour repousser cette idée, lui faisait désber une étroite prison qui ne lui laissât aucune facilité d'exécution. Cette lettre ayant été confiée par M. le cardinal à M. de Sartines , le sieur Mercourt fut arrêté et conduit à la Bastille ; là , il a fait un grand Mémoire et une lettre au magistrat , qui conuennentle détail de sa vie.

» Après avoir fait de bonnes études , il vint à Paris , où. il entra au noviciat, chez les petits-pères de la place des Victoires ; mai» au bout d'onze mois , ayant aperçu une jolie fille dans l'église , il demanda ses habits au père , maître des novices, et alla joindre la fille qui le congédia quelques jours après , parce qu'il n'avait plu» d'argent.

» Il prit la résolution de retourner chez son père; mais, avant de sortir de Paris , il vola cinquante-deux louis à son beau-frère „ et partit ensuite pour se rendre à Besançon , où M. l'archevêque , qui était un Grammont , lui donna la tonsure et un bénéfice simple de six cents Uvres,

» Dans ce même temps il fit la connaissance de la fille d'un apo» thicaire de Besançon , qu'il engrossa ; ce qui , avec la poursuite dit vol des cinquante-deux louis , qui était venu à la connaissance de sa famille , lui fit prendre le paru d'abandonner le bénéfice.

» Il s'engagea dans le régiment de Limosin , vint en Bourgogne, dans une terre du marquis de Bissy , frère du cardinal. Il faisait sa cour au marquis et mangeait chez lui.

Et Pièces officielles. ig5

* Il devint bon ami de ln maîtresse de M. de Bissy, qui avait aussi pour amant M. de Volmerange , lieutenant de cavalerie dans le régiment de Bretagne, quoique cet officier fût bâtard de M. de ïiissy ; en sot te que Volmerange , piqué d'avoir Mercourt pour rival , lui chercha querelle , et ils se battirent à l'épée et au pistolet* Volmerange fut blessé dangereusement.

» "Quelque temps après , Mercourt étant revenu à Paris , il perdit son argent à l'hôtel de Gèvres , et , ne sachant plus de quel bois faire flèche , il vendit , pour dix-huit louis , les effets qu'un traiteur avait déposés chez lui : ce traiteur le poursuivit au criminel , et il a été Quatre années en prison pour ce délit. Au bout de ce temps il a trouvé le secret , lui troisième , de s'évader de la prison.

» Il se réfugia chez madame la marquise de Beaufrcmont , où il resta caché un mois , et reçut de l'argent pour se rendre à Seezxur-Saône , chez l'abbé de Beaufrcmont; et là il fut résolu de se débarrasser de Mercourt, en lui faisant passer le Rhin , et en l'envoyant en Prusse. On lui donna pour cela une lettre de recommandation pour le général Valbourg , qui le fit soldat dans le régiment de Gromchaut , quinze jours après caporal , et dans les autres quinze jours bas-officier ,* et au bout de trois mois il fut fait lieutenant.

Comme il pailait mal l'allemand, un officier de cette nation se moquait de lui sur certains mots qu'il disait mal; sur quoi Mercourt alla le trouver , et lui dit : « Je parle très-mal l'allemand , mais je » me bats bien en français. »

» lis se battirent , et Mercourt lui donna un coup d'épée qui le coucha sur le carreau.

» A quelque temps de là Mercourt se fit une affaire pour plaire bu roi de Prusse , perc du feu roi , qui aimait à avoir de grands liommes dans son régiment des gardes ; il enleva , à l'aide de quelques amis , dans les Etals du roi de Pologne , un homme de six pieds et demi dont le roi de Prusse était curieux , et l'amena à 13erlin. Le roi de Prusse le fit conseiller de guerre , et il prêta serment en cette qualité.

» Son industrie le fit entrer dans la confiance de madame Marchai , nièce du chancelier. La dame devint grosse , et ils partirent en poste pour la France , dans l'espérance de faire agréer leur mariage } la demoiselle est enlevée en chemin , et ramenée en Prusse

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