‹ Memoires sur la Bastille (volume 2)Chapitre 41 sur 69 · K>6 ÉCLAIRCISSEMENS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

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dans le temps que Mercourt était allé dans un village pour chercher des chevaux et continuer la route.

» Dans l'étonncment extrême où il fut de voir madame Marchai enlevée par les émissaires qui les suivaient , il prit le parti de se rendre à Avignon , sous la protection du vice-légat , où il se trouva parfaitement en sûreté.

» Ensuite il se retira à Visan , chez le consul , et se maria à une demoiselle que M. le comte de la Tour-Gouvemetluifit connaître.

» 11 perdit son épouse , et , dans ce temps , il fit la connaissance de M. Le Normand , mari de madame de Pompadour , par le moyen de M. le comte de Bacllis ; il obtint un emploi dans les fermes , de huit mille livres de rente , le perdit , et donna dans la flévotion. » ( Mémoires historiques sur la Bastille , tome III, page £7.)

Note (f)t page 5$*

a La. reine , dit La Porte , avait avoué au roi qu'elle avait écrit une lettre au «tarquis de Mirabel, ambassadeur d'Espagne â Bruxelles , et que c 'était moi qui l'avais donnée à M. Ogier , secrétaire de l'ambassadeur d'Angleterre, qui était à Paris, pour la faire tenir. Or , cette lettre avait été interceptée , je ne sais comment , et la reine , qui savait bien qui l'avait trahie , n'a jamais voulu le dire. Je niais tout absolument dans mes interrogatoires; et comme la reine avait avoué cela ; cette contradiction donnait de grands soupçons qu'il y avait encore beaucoup d'autres choses à découvrir. L'unique moyen de détruire tous ces soupçons, était de me faire savoir cet aveu de la reine , afin que je fisse de même.

» Madame de Villareeaux fut ravie de pouvoir contribuer à rendre ce service à la reine ; elle s'offrit de faire ce qu'elle pourrait , et dit à madame d'flautefort qu'elle voyait souvent le commandeur de Jars à la grille du corps-de-garde, et qu'elle l'abou^ cherait avec lui quand il lui plairait , mais qu'il ne fallait pas qu'elle fût connue. Elle eut assez de zèle pour consentir à se déguiser, et prendre l'habit d'une femme de chambre de Villareeaux, et delà suivre en cet équipage à la Bastille, oii toutes deux entretinrent le commandeur du service dont la reine avait besoin.

» Le commandeur en fit d'abord beaucoup de difficulté , se dé-

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fiant de madame d'Hautefort , qu'il ne croyait pas son amie , parce que, voulant un jour entrer dans le cabinet de la reine , où S. M. était seule avec madame de Chevreusc et elle , par ordre de la reine elle lui en ferma la porte , ce qu'il croyait qu'elle avait fait de son propre mouvement ; il avait encore d'autres défiances mal fondées : mais les dangers qu'il avait courus lui étaient une raison plus forte de se défier de tout le monde. Cependant l'occasion de secourir la reine , dès qu'il fut instruit de ses intentions et de l'état de ses affaires, l'emporta sur tout cela, et il se mit aussitôt à en chercher tous les moyens. » [Mémoires de La Porte , page i55.)

Note [g) , page 54-

» Celui qui avait la permission de voir un prisonnier , dit l'auteur de la Bastille dévoilée, ae livraison, page 5o , arrivait muni d'une lettre du lieutenant de police , adressée au gouverneur ou au lieutenant de roi , ou au major , dans laquelle le nombre et la durée des entrevues étaient fixés. Elles se faisaient en présence d'un ou deux témoins qui se tenaient entre le prisonnier et la personne qui venait le voir. Cette personne ne pouvait lui parler d'aucun objet relatif à sa détention , hors le cas d'une procédure entamée, dans lequel on accordait quelquefois au prisonnier un conseil qui pouvait conférer avec lui. Pour n'avoir aucun témoin des visites , il fallait une permission ministérielle envoyée par le canal* du lieutenant de police, et une telle permission s'accordait trèsrarement.

» A l'appui de ce que nous venons d'avancer , voici une lettre de M. de Sartines, dont l'original est entre nos mains, adressée a M. de Guyonnet. Ce M. de Guyonnct était officier de l'état-major de Vincennes j pour cet objet , le régime de la Bastille était le même.

a A Paris, ce 4 décembre 1759.

» Le sieur Dardet et sa femme , qui sont chargés , Monsieur , des affaires de famille et domestiques du baron de Vennac, détenu , <î« l'ordre du roi , au donjon de Vincennes , m'ayant demandé la permission de le voir pour lui porter des hardes et des pastilles d'Altéa , et lui rendre compte au surplus de ses affaires, je vous

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prie de leur permettre de lui parler , et de lui remettre les effets en question , après toutefois que la visite et l'analyse des pastilles auront été faites exactement, suivant l'usage s le tout en obser-»

Tant les précautions ordinaires. Je suis , etc>

» Signé de Saktines. »

» Le major vendait compte chaque jour au lieutenant de police des visites faites et de leur durée , comme on le verra dans la copie que nous joignons ici d'une autre lettre dont l'original est également entre nos mains. Elle est écrite par M. Chevalier , officier de l'état-major de la Bastille , au lieutenant de police. Nous en pourrions citer cent à l'appui du même fait.

« A la Bastille, le 3t> juillet 1770,

» J'ai l'honneur de vous informer , Monsieur , que le sieur Billard a travaillé hier, après midi , avec le sieur Perrin , depuis six heures après midi jusqu'à plus de neuf heures du soir.

» Ce matin , M. de la Monnoye a vu et parlé au sieur l'abbé Gri— Sel pendant une bonne demi-heure.

» M. l'abbé Taaf de Gaydon a vu ce matin "le sieur Padeloup avec qui il a resté une bonne heure.

» Le sieur Maucarré a vu et parlé cet après-midi à madame sa femme , suivant votre ordre.

» J'ai remis aux sieurs Grisel et Ponce de Léon à chacun une lettre suivant votre ordre du 28.de ce mois.

» Le sieur BUlardi a vu et parlé cet après-midi à madame sa femme , suivant vos ordres.

» Je suis , etc. Signé Chevalier. »

Note (h), page 58.

La lettre entière est rapportée de la manière suivante dans la Bastille dévoilée.

« Monseigneur ,

» Permettez que j'aie l'honneur de vous représenter uès-respectucusement, qu'étant détenu à la Bastille, il m'est impossil4e de vaquer , ni même de faire vaquer à mes aflaires. OseraL-jc , dan& cette triste situation , Monseigneur, espérer que votre grandeur voudra bien permettre que la lettre que j'écris à mon épouse lui

parviendra ? Elle contient le détail des paiemens et de la recette qu'elle a à faire. Si votre grandeur n'a pas la bonté de m 'accorder cette grâce , je me vois à la veille d'être ruiné , attendu que mon papier tombera en discrédit dans toutes les places de commerce; car noire fortune dépend de l'exactitude avec laquelle nous remplis- ' sons nos engage mens envers nos correspondans. Mon épouse étant prévenue des échéances , elle se précautionnera , soit pour y faire honneur , soit pour se faire payer. Si j'osais aussi demander à votre grandeur la permission de renvoyer à mon épouse deux mémoires de marchandises que j*ai fournies , et une paire de boucles d'oreille qui appartiennent à une dame de Saint-Germain. Je les avais sur moi lorsque je fus arrêté; elles sont à la Bastille. Lesdits mémoires sont payables à présent , et cela m'en procurerait le paiement j et je ne cesserai d'offrir mes vœux au ciel pour la santé et prospérité de votre grandeur.

» J'ai l'honneur d'être , Monseigneur , de votre grandeur , le très-humble , le très-obéissant, et le très-respectueux serviteur.

Signé QuÉRET-DiMERY.

t> A la Bastille , le 7 octobre 175*2 .

P. S. « Si , pour ma consolation , monseigneur voulait m'a ccor- » der , au nom de la Sainte-Trinité , la grâce que je puisse savoir » des nouvelles de ma chère femme , seulement son nom sur une » carte , pour me faire voir qu'elle est encore au monde , c'est la » plus grande consolation que je puisse recevoir; et je bénirai à. » jamais la grandeur de monseigneur, tu {Bastille dévoilée} 1" livraison , page 14g.)

Note (/) , page 60.

» Arrêtons un instant nos regards , dit Mirabeau , sur l'entrée d'un prisonnier dans ces lieux que je viens de décrire.

» C'est ordinairement la nuit qu'il y est plongé : car on s'accoutume en France à la méthode espagnole , qui du moins est une sorte d'hommage que le despotisme rend à l'opinion publique et à l'équité : il craint d'exciter trop souvent l'indignation ou la terreur ; il craint que le soleil n'éclaire ses violences. La faible 1 ueur d'une lampe vraiment sépulcrale éclaire les pas du captif. Deux conducteurs , semblables à ces satellites infernaux que les.

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