‹ Memoires sur la Bastille (volume 2)Chapitre 52 sur 69 · L'ŒUVRE · texte numérisé non relu

L'ŒUVRE

OU

NOTICE

Tirée démon journal, de plusieurs autres journaux, et surtout des procès -verbaux de MM, les électeurs de la ville de Paris, depuis le 11 juillet 1 789 jusqu'au 18 du même mois inclusivement (1).

Avant de passer aux grands jours de notre insurrection , il convient de jeler un coup-d'œil sur ceux qui les ont préparés.

Les électeurs de la ville de Paris , rassemblés à l'Archevêché des le 26 avril 1789, eurent la pru-

(1) Les électeurs réunis à Paris pour nommer les députés du tiers aux états-généraux , avaient arrêté, dans leurs séances , que, pendant la durée des états, ils s'assembleraient pour donner à leurs deputésdes instructions nouvelles. Cette résolution des électeurs a eu la plus puissante influence sur les événemens de la révolution. Dès que la lutte fut engagée entre le pouvoir royal et l'Assemblée constituante, les électeurs se réunirent en effet. Ils établirent bientôt après le lieu de leurs séances à l'Hôtcl-de-Ville. Dès ce moment , toute autorité céda dans Paris , comme on va le voir dans les Mémoires de Dusaulx, comme on le verra plus tard encore dans ceux de Bailly, à l'autorité soudaine, mais toute puissante de l'as-

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dence , le 10 mai de la même année, d'arrêter avant de se séparer que leurs séances continueraient à volonté pendant la tenue de ce Jju'ou appelait alors les états-généraux , et que l'on appelle maintenant X Assemblée nationale. C'est à cet arrêté que la France entière doit peut-être son salut.

Nous ne perdîmes point de vue les députés que nous venions de nommer : ceux-ci , de leur côté , nous instruisirent des diiîérens conflits des trois ordres discorda ns , et des vicissitudes de cette Assemblée , qui se perfectionnait en se simplifiant, et devenait insensiblement nationale.

Après un mois de discussions , de prétentions, d'oppositions, tant de la part du clergé et de la noblesse, qui faisaient cause commune , que de la

$emb}ée des électeurs. Tout fut de son ressort, tout obéit à se» ordres. L'Hôteï-de-Yille devint le théâtre des plus importans évenemens ; l'assemblée des électeurs , qui servit souvent à son insu d'instrument am factions , fut le l centre ph\tiH que .l'aine des mpuverpens qui s'exécutaient. Le peuple,, qui la rendait si puissante,, la faisait frémir à squ tour: elle courut de grands dangers ^ellé ne put empêcher de bien déplorables excès, mais elle prévint aussi d'incalculables désastres. .

Ce règne aune assemblée que les circonstances avaient armée, a un pouvoir arbitraire et san^ borne, dura appuis Je i a juillet 'jusqu'au 5p du même mois. Les électeurs avaieut confié à des sc-

sant de cette epoqu,c, nous y aurons souvent recours pour cciair* tir des faits rapportés par Dusnulx. ^

( Noie des nom . )

part du ministère , qui ne cherchait qu'a profiter des dissensions , nous apprenons ce qui s'était passé à Versailles, du 17 au 23 juin. Sous prétexte d'une séance royale, la salle des états-généraux , occupée par des gens armés, y avait été scandaleusement fermée aux représentais de la nation : les députés , cherchant un asile , n'en avaient pas trouvé d'autre que dans un jeu de paume. Enfin , nous apprîmes que le pouvoir arbitraire était prêt à dissoudre cette auguste Assemblée. Nous sentîmes dès lors que tout était perdu, si nous n'avions pas le couraqe de nous dévouer et de voler au secours de la chose publique. *

On prétendit que nos pouvoirs étaient finis : nous n en crûmes rien , et nous agîmes en conséquence , bien persuadés que de vrais citoyens ont toujours le droit de sauver la patrie. Mais où nous

épart de nos députés , les salles de l'Archevêché et celles de l'Hotel-de- Ville nous étaient également interdites.

Craignant de perdre le fruit de nos premiers

travaux, nous osâmes, le s5 juin de celte même

année , sous l'œil vigilant des fauteurs du despolisme, plus inquiets que de coutume; nous osâmes - au nombre de deux ou trois cents, nous réunir en plein jour dans la salle du Musée de la rue Dauphine, espèce de cabaret (1) , qui, tel que

gens dç

traiteur.

Noos la trouvâmes remplie par une noce de quatre-vingts convirea.

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!e jeu de paume de Versailles , servit de berceau à noire naissante liberté.

Un électeur, M. Thuriot de la Rosière , y prouva que nous avions le droit de nous faire ouvrir surle-champ les portes de i'Hôtel-de- Ville , et d'y tenir nos séances. « Levez-vous , dit-il , marchez, et suivez-moi. »

On le suivait, lorsqu'un aulre électeur s'écria : « Citoyens! où courez-vous ? Le peuple, qui vous aime et vous respecte , le peuple, qui attend avec impatience , autour de celte enceinte , le résultat de vos Jélibérations, vous précédera. Indignés des refus qui ont été faits à leurs représenlans , quarante mille hommes enfonceront les portes de votre ancien asile , et détruiront peut-être le palais delà commune. D'ailleurs, ne voyez-vous pas que la moindre violence , dans de pareille ; conjonctures , exposerait la ville, et compromettrait l'Assemblée nationale ? La nuit s'approche , ajoutat-il ; restez donc, restez ici , pour y mûrir vos généreux projets , et je vous réponds , sur ma tète , que ce que l'on vous refusait hier, vous l'obtiendrez demain. »

Cet avis l'emporta; et tout depuis nous a prospéré , quoique nous ayons eu bien des obstacles à surmonter. Dès lors notre correspondance fut établie sans interruption avec l'auguste Assemblée ,

Us ne surent pas plutôt ce qui nous y amenait, que les hommes , les femmes, et jusqu'aux enfans, disparurent ^ après nous avoir embrassés et félicités* D.

aux décrets de laquelle nous nous empressâmes d'adhérer , et surtout à la fameuse délibération du 17 juin.

Le reste de la séance fut employé à se prémunir contre les manœuvres des ennemis du bien public. Un jeune homme , M. de Bonneville , qui s'était à cet égard exprimé avec beaucoup de sagesse et de I maturité , s'enflammant tout-à-coup, et prévoyant ce qui devait bientôt nous arriver , s écria : Aux armes ! aux armes ! Les uns en frémirent d'horreur , les autres lui sourirent , et l'un de nous lui répondit : « Jeune homme , il n'est pas encore temps ; remettons celte motion a la quinzaine. »

C'est à partir de ce jour que nous commençâmes à nous connaître , et à désigner ceux à qui nous pouvions confier avec sécurité l'honneur de gouverner notre vaisseau dans la tourmente : aux de La Vigne, aux Moreau de Saint-Merry , Blondel , Oudard , Bertholio , Piira ; à cinquante autres de même trempe , et qui avaient tous l'accent de la liberté.

Une fois installés à l'Hotel-de-Ville , où nous fûmes assez tranquilles pendant près de quinze jours , nous eûmes d'inlimes rapports avec tous nos concitoyens, avec toutes les provinces du royaume ; et déjà se formait cette coalition , en présence de laquelle les troupes ministérielles et ceux qui les faisaient mouvoir, comme pétrifiés par la tête de Méduse , ont laissé tomber la Bastille , et, avec elle , tous les pouvoirs tyranniques.

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