A LOUIS XVI
SUR l'kmplagbmbnt de ia bastille
Dans le fond, on aperçoit l'horloge seandi^ leuse décrite page ll^ de ces Mémoire»^ le ca*
MÉMOIIIBS fUil LABASTILLK. )
Iran est frappé et ent&mé p«r la foudre, qid au lien de l'iiiscrlptioii insolente rappelée k )9 mâme page, a gravé sur le mur ces mots pr^ deux, tiiéa de la Dtelaration -lu 30 août 1780, sur les nouvelles prisons :
■ Ces souffrances inconnues et ces peines obscures, du moment qu'elles ne contribuent point au maintien de l'ordre par la publicité rt par rexem[de, deviennent inutiles à notre justice. *
Phrase qnl emporta seule la léinobatîon de* Batlillet, puisque, comme on va le voir, leur
et d'infliger artiitrairement, et d'Infliger bien plus souvent k dcB Innocenta qu'à des coup»
Ues. dSB MV^^Vonew incomnMtttUtptineiobieu-
MfiMOIRES
•T hà. DiTIITIOM ]>« L'AffIfl •Ait CI GEAIlAf KtTAL
topoli le n septembre ITIO JtuMja^aii if mai tTH
LondreSfOeS déeembre iTti.
Je suis en Angleterre. Il faut prouver quo Je n'ai pas pu me dispenser d*y rev^r. Je ne suis plus dans la Bastille : il faut prouver que je n'ai jamais mérité d'y être.
Il faut faire plus : il faut démontrer que Jamais personne ne Ta mérité; les innocents, parce qu'ils sont innocents; les coupables, parce qu'ils ne doivent être convaincus, jugés, punis, que suivant les lois, et qu'on n'en suit aucune ou plutôt qu'on les viole toutes à la
^ (*) J*«i été obligé de faire beauooep de notes, et pin* •teme sont un peu longaes. J'ai pris le parti de les r^etfir à la fin, en marquant exactement les renvois qui les indiquent. Cette méthode distrait moins le lecteur, et elle rappellera un entre ouviege oà je me soie bien trouvé de revoir employées.
ButlUe ; parce que, si ce n'est en enfer peM- Ëtre, U ay a ptis de supplices qui approchent de ceux de la Bastille, et que s'il est possible de Justifier l'institution de la Bastille en âlemême, dans de certains cas, il ne l'est dans aueim cas d'an justifier le régime : il faut faire voir que ce régime, aussi lionteux que cruel, répugne également h. tous les principes de U justice et de l'humanité, aux mœurs de la na< tlon, à la douceur qui caractérise la maisoa royale de France , et surtout à la bonté, & l'équité du souverain qui en occupe ai^Jourd'hui le trOne.
C'est par cette dlscuMon que Je rais consacrer U reprise de mon tntTal], et ma rentrée dans ma pénible carrière.
Les denz prânlers articles semblent m'être
C rement personnels et n'Intéresser que moi.
verra qu'ils sont liés Inséparablement avec le troisième et qu'ils en sont une partie essentielle. Ils forment ensemble un cours d'oppressions, un enchaînement d'iniquités et de douleurs dont assurément il 7 a bien pea d'exemples depuis l'histoire de iob.
])'aillenrs, serals-Je digne de traiter le dérider, d Je ne commençais par éclalrcir les deux autresT Si Je n'étais qu'un transfuge afl'amé de vengeance ou un coupable Rétrl du pvrtcn, quel iioids auraient mes l'éclamatlons 7
Mais après avoir vu Ids preuves de mon Innocence, on sera plus vivement frappé du tableau des horreurs dont ellen'apu me préserver 1 l'iniérêt augmentera encore si l'on paise que, ces horreurs, il n'y a point de Kran-
f rance, qui puisse s'assurer de ne les éprouver jamais. Les Bastilles françaises ont d^ voré, elles dévorent journellement des hommes de tous les ranges et de toutes les nations t on pourrait graver sur les avenues de ces gouftres (1) ravis adressé aux passants, sur la porle éd quelques cimetières : Hodie mihi^ cras lihi.
Qui peut en effet se promettre d*évîter un sort dont la qualité d'héritier présomptif de la couronne n'a pu garantir un Louis XII, ni des lauriers accumulés un Coudé (2), un Luxembourg; ni les vertus ou la science un Sacy, et tant d'autres; ni la morgue des compagnies de Robe un Pucelle, ni les plus importants services un La Bourdonnais; ni le droit des gens tant d'Anglais, d'Allemands, d'Italiens, etc. dont les noms sculptés par la rage de Tennemi sur ces funestes murs, y forme de toutes parts une espèce de géographie aussi variée qu'effrayante? etc. C'est donc, pour ainsi dire, le caractère d'une épidémie redoutable à tout le genre humain que je vais déterminer ici.
Malgré la prodigieuse quantité de témoins qui ont Involontairement visité ces abtmes, les détails intérieurs en sont très-peu connus : les mémoires de La Porte , de Gourville, de madame de Staal, n'en apprennent presque rien ; du moins de ce qu'ils disent, il ne résulte que la preuve d'un fait inconcevable ; c'est que de leur temps ce Tartare était une espèce de Champs-Elysées auprès de ce qu'il est aujourd'hui.
▲lors les orisonniers recevaient des Tisitea
Ils se voyaient entre eux familièrement : lis ae promenaient ensemble, les officiers de l'EUHtaJor parlaient, mangeaient ayec eax :
Ils étaient pour eux {les consolateurs autant que des gardiens. La Porte parle en propros termes des libertés de la Bastille; il donneœ nom à tous les adoncisawients que l'on vient de voir, dont jouissaient lui et tous sea compagnons d'infortune.
Et La Porte parle dn règne du cardinal de Richelieu : La Porte était un des hommes dn royaume qui devait être le moins ménagé : le despotisme de l'impltojable ministre était persiKineUâment intSrerâé à lui arracher on secrat précieux dont il était te confident, ou ea vengeance à le tourmenter : la Bastille
qu'il n'ait dû anbir. Que l'on compare sa description avec UmlenuefS}.
Comment s'est opéré cet acarolssement de barbaries? Je l'ignore : mais une bien douloureuse expérience ne m'en a. que trop appris la réalité. Tandis que tout paraît tendre dans les oiœurs générales k la mollease, plutôt qu'à, la rj^eur : tandis que le prince qui règne aitjourd'liui sur la France ne manifeste que des Intentions bienfaisantes ; tandis que des moilificalions humaines ont .issiiré par
;-uulagPm3nta, mfime aux criminfls convaîn- . '.lis, 01' na s'nccuonii la n:i>ti'!. i;u;i riiiiUi- I,-3ier lus s\:n>lices pom riiiii(iT:t(icc. Ses ca- .;liot,s ont acquis plus d'atracitCs que les
Réivéier cette incroyable dépraTation, c^eet, un prince équitable, en nécessiter la ré^ forme; ainsi mes derniers adteux à ma patrie sont encore an service que je lui rendrai :
flWB dernier hommage au roi vertueux qui la gOBveme sera pour lui une occasion de ploi^ défaire le bien qu'il aime et qu*il cherchCb
Mais cette révélation, n'y a-t-il rien qui me rinterdise? Tous les objets que Je traite id, pni»^'e les traiter sans scrupule 7 Puis-Je en conseience mettre le pubUe dans le secret des terribles mystères auxquels le 27 septembre 1780 m*a initié 7 Les gardiens de la BastiUe n*oat pas à la vérité à leur disposition les eanxdu Léthé, pour détruire dans la mémoire de leurs victimes le souvenir de leurs cruauté : mais ils essayent d'y suppléer. Le despo- Msnie qui fait du silence un des tourments de la Bastille quand on y est^ t&che d'en faire un denroir religieux quand on en sort ; on force les Jonas qu'elle revomit à jurer ^'t^ ne révékront jamais rien^ ni directement^ ni indirectement, de ce qu'ils ont pu y apprendre^ ou y souffrir.
C est un magistrat dans le costume consacré en apparence à la Justice (4) ; ce sont des militaires décorés du gage apparent d'un service pur (5), et d'une vie dévouée à la défense des citoyens, qui président à ce dernier acte d'une oppression dont ils ont été les instruments. Oo montre au demi-ressuscité la porte qui seule peut le rendre à la vie, à demi-ouverte, et prête à se refermer s'il hésite : on veut ne lui laisser de choix qu'^entre le silenca, le parjure» ou la mort.
Bommea satfbles de toutes 1« natloiia, easQtBtes ligldea qui savei ce que l'honneur et 1» délicatesse. prescrlTent, pronoDcei. Ma plume doit-elle être liée, pirce que mes malne Tout été I^Iustement7 Non huis doute, vous me crleE d\iQe rolx unanime que l'infractioi) ie cet engagement Ignominieux n'est pis un parjure; que ie crime est de l'exiger, et non pu de le rompre.
Vous avez absous le célèbre Deilo d'avoir brisé ce trein fabriqué par une InquisitiOD rell^euse, qui ayant précisément les mêmes principes que celle-ci, emploie les mêmes ressources pour en ensevelir la honte et le scandale. Vous vous réunissez tous pour renouveler et consacrer à Jamais cet axiome précieux & la société, cet axiome dont l'oubli donnerait trop d'avantage aux méchants armés du pouvoir, que le serment a été institué pour garantir les conventions légitimes, pour assurer l'observation des lois, et non pour défendre, pour aider h perpétuer les abus qui les
L — On m'a fait une néceasllé de r
Après ce oui s'était passé en iT77 entre M. te comte oe Vergennes et moi (6) ce ministre étilt de tous les politiques de l'Europe, celui avec lequel je devais avoir le moins de relations. Cependant à l'approche de la rupture entre la France et l'Aiigîeterre , en ■mara t77S. iTomntsnt sur la rènutation de HA-
iicatesse personnelle et de probité privée qu'il s'est faite, j'ai cru pouvoir hasarder de lui écrire, pour lui communiquer ma répu« gnance à rester dans un pays qui allait devenir ennemi du mien : je lui demandais si. en changeant de séjour par un principe aussi patriotique, je n'aurais pas à craindre de nouvelles persécutions de la part du ministère de France : je finissais par ces mots :
« Je sens bien que les circonstances ne me permettent pas d'espérer pour le présent des réparations : mais mon cœur se contenterait de celle que le public me fait, si en me transplantant je pouvais compter sur du repos, et j'y compterais si j'avais votre parole pour gage.
» Je vous demande pardon si, malgré mon innocence bien et peut-être trop bien prouvée, je crois devoir prendre des sûretés ; mais tel est le malheur de ma position; et j'ose croire que vous ne m'en saurez pas mauvais gré. Si je me défie du ministère , vous voyez combien Tai de confiance dans le ministre. »
Le 20 au même mois, M. le comte de Vergennes m'a répondu en ces termes : « Vous me faites part, monsieur, etc. M. le comte de Blaurepas, auquel j'en ai fait part, approuve fort cette résolution ; et il m'AUTORisi à vous mander que vous pouvez bannir toute inquiétude de ce côté-cù... Je crois, monsieur, qu'avec cette assurance, vous pouvez prendre le parti que vous jugerez le plus convenable. Je ne vous la donnerais pas^ si Je ne devais la regarder mai-même comme très certaine*»
Le 7 avril suivant, l'ai demandé à AL le
comte deVei^nnes de nouveaux ôdalrdaseK ffients : j*al fait un nouveau Etaeiiilce, plus pénible peut-être, et j*ose le dire, plus noble encore que celui de mon séjour. (7) IL le comte de Vergennes m'a répondu le 23 :
« rai reçu, monsieur, votre lettre, sur la* quelle je ne puis que v^us confirmer ce que je vous ai marqué par ma précédente. Elle vous annonce tant de la part de M. le comte de Maurepas que de la mienne, une suret&
ENTIÈRE POUR VOTRE PERSONNE, daUS lo UOU-
veau domicile que vous vous proposez de prendre. Je vous en renouvelle bien volontiers Tassurance, et celle de vous laisser le maître de contimier vos travaux littéraires^ étant bien persuadé que le roi, la religion, ni TEtat n'y seront point attaqués. »
Sur cette sauvegarde bien solennelle, comme on le voit, bien authentique, et sans conditions, J*ai quitté TAngleterre. Je me suis fixé à Bruxelles. Tai fait plusieurs voyages en France en 1778, en 1779 : j'ai vu les minls* très : les annales ont continué d'avoir un eours aussi libre qu'honorable; la littérature,
('ose le dire, n'a point produit d'ouvrage où e roi, la religion, l'État, aient été plus scrupuleusement respectés.
Cependant, le 27 septembre 1780, ayant été attiré à Paris par une suite de trahisons dont j'indîqueraf ailleurs quelques-unes. Je me suis vu arrêté en plein jour, avec un opprobre réfléchi, et combiné, (8) plongé dans Jes cachots llestinés uniquement, en appaj^ce^ »ux ennemis du roi, de la religion, ou ^ J'Etat, et livré dans ma personne, ôaia
mon honneur, dans ma fortune» à tout ce que des geôliers barbares, des calomniateurs sans freiHf des suppôts avides, et des agents infidèles peuvent ae permettre d'indignités.
Après vingt mous passés sans aucune sorte d'adoucissement, ni d'ea^pHcation^ ma captivité a paru finir le 19 mai 1782; et ^e n'a fait réellement que changer de forme. Le lieutenant général de police de Paris venu en grand appareil pour m'anxK>ncer que je n'étais plus prisonnier, m*a notifié que j'étais exilé. Il m'a remis un ordre qui me reléguait dans un petit bourg à 40 lieues de Paris, avec défense d'en désemparer à peine de désobéissance.
Quoiqu'on ne daignât pas plus s'expliquer sur le motif de l'exil que sur celui de la prison ; quoique j'eusse les plus fortes raisons de croire que ce nouveau coup partait du ministère, et non pas du roi, je n'ai pas refusé de me soumettra J*ai demandé seulement deux grâces bien simples : l'une, la permission de rester à Paris, au moins jusqu'à ce que j'eusse recouvré les forces nécessaires pour m*en éloigner, et tiré des mains plusqUe suspectes, qui se trouvaient par de bien étrann.es manœuvres nanties de presque tous mes fonds, ce. qu'il fallait pour y vivre; Vautre, d'aller à Bruxelles passer quelques jours, pour y mettre Ifin à la confusion qui depuis deux ans consu- ~mait le reste de ma fortune.
Je devais d'autant plus espérer de la condescendance sur ces deux articles, que le désordre auquel je devais remédier était émané du ministère dâ ¥ta&K.^ ^^R>\sxfissaSr
n avait fait requérir mlnistârfellement à Bruxelles, au nom du roi de France, par \<?i chargé d'affaires de France (9), secondé d'un exempt de la police de Paris (iO), et d'un substitut que Je nommerai ailleurs (il), le transport non-seulement de mes papiers, mais de mon argent : et ce qu'on n'avait pas emporté, on l'avait dissipé. On avait payé à mes frais les courses du sous-ministre (12), de l'exempt en chef, de l'exempt en second ; on avait payé une garde dont le service consistait à piller sous prétexte de conserver; oi? avait payé les officiers du pays empressés de disputer ma dépouille aux officiers étrangers. L'injustice française avait été prodigue de mes espèces envers la justice Brabançonne.
De plus, n'ayant recouvré l'existence qu'avec un nouveau présent à faire à ma patrie; ayant à constater par l'expérience une invention très précieuse, à réaliser pour l'utilité publique un nouvel usage de la lumière, imaginé dans un temps où je ne la voyais pas ; la confiance qui me faisait espérer la modification, et même la révocation de mon exil, était assurément fondée.
La curiosité m*a obtenu un court délai sur le premier point, et le ne l'ai pas trompée.
J'ai faii l'expérience, elle a réussi (13). Le jour même, on m'a dit : Partez pour Rethel, et n'en désemparez pas; quoique, pour o'btenir la permission d'aller à Bruxelles, je donnasse verbalement et par écrit ma parole de J'evenir sur-le-champ; quoique, depuis un wo/s, je D*eusse cessé de renouveler la pro»
taeese déjà offerte du fond de mon Vim\iQa.\x^
non pas, comme quelques gazettes ont en la bêtise ou la malignité de le dire, de ne plus écrire que d'après le$ vues du ministère de France^ mais de ne plus écrire du tout, ta on l'exigeait ; de me renfermer dans un silence absolu, pourvu qu'en échange de ce sacrifice on me rendit au moins les droits ordinaires de citoyen (14); pourvu qu'en me résignant, puisqu'on le voulait, à cesser d'être utile à la société, on cessât de me traiter plus rigoureusement que tant d'hommes qui lui sont à charge. Je mettais même dans ces Instancea et ces offres une douceur, une soumission qui scandalisaient presque les témoins Impartiaux et ont persuadé à quelques-uns qu'enfin mon cœur avait fléchi, ou ma tête cédé, sous l'excès de l'infortune.
Ils se trompaient : ma conduite en ce mo* ment n'était pas différente de celle que J'ai tenue dans toutes les autres occasions de ma vie; je n'ai Jamais pris un parti d'éclat sans avoir épuisé tous les moyens imaginables de l'éviter.
Ici, ce n'est que quand il ne m'a plus été possible de douter qu'il n'y eût un plan formé de m'anéantir le reste de mes Jours, d'achever de me faire perdre ce qui me restait de ressources en tout genre, en m'éloignant également de mes amis et de mes affaires, que Jf me suis enfin déterminé à une démarche de« venue indispensable.
Alors même J'ai encore écouté les scrupules d'un sujet soumis, qui respecte le nom de son prince Jusque dûis l'abus que ses ministres osent se permettre d'^oi tak^. Bi^spc^xul 1
BruieUefl) Je a'ai point songé d*abord à ébat»' cher nne autre retraite. Quoique eOHnjé de la dévastation de ma maison ; quoique inolgné des bassesses, des infidélités sans ncMnbre commises par les agents ministériel qui avalent couru y traiter mes effets, comme on traitait ma personne à Paris ; Je me bornais è^ regretter mes pertes, & rassembler mes débris. Je ne voulais cha*cher que des distractions;
Je méditais un voyage ae plusieurs années; après avoir porté mon hommage aux pieds d^un prince qui donne & tous les princes de si nobles leçons par son exemple, et qui rend au trône des Césars un éclat qu'aucun trône n'a eu depuis longtemps» mon dessein était de passer en Italie, et d'aller tâcher d'oublier dans rétude des monuments des siècles passés ce que J'ai souffert dans celui-ci*
Ce moyen indirect de me conformer encore aux vues du ministère de France ne m'a pas été laissé. Des amis fidèles m'ont averti qu'il ne me pardonnait pas de ne m'ôtre point piqué d'une obéissance parfaitement littérale; et que, par les embûches dressées sur la route, le chemin de l'Italie redeviendrait iuMliblement pour moi celui de la Bastille.
Gomme cet avis me venait de la même main qui m'avait prévenu de la première lettre de cachet (car ren avais été prévenu, mais J'avais refusé d'y croire). Je n'ai pas pensé qu'il fût sage d'en braver une seconde. J'ai mis entre ces largesses du ministère de France et /D&/ ane dJstance qu'elles ne franchissent point. Mes vraiM protecteurs^ ceux quV oxvt
contribué à mon salut, ne seront pas fâefafe sans doute que J*aie pris des précautions sttahes pour conserver le fruit de leur amitié. Si les autres en marquaient du ressentiment, ils achèveraient de prouver comMen elles étaient nécessaires.
Maintenant, je le demande à tous leshommes honnêtes et impartiaux: Qu*ai-Je pu faire que Je n^aîe pas fait? Qu^ai-je fait que Je n'aie pas été obligé de faire?
Qu'on daigne réfléchir un moment sur les circonstances qui ont accompagné et suivi la restitution de ma liberté. Quoi ! à Tordre de sortir de Paris où j'avais les affaires les plus pressantes, on joint la défense de me rendre à Bruxelles où des intérêts non moins précieux m'appelaient? L'unique réponse à mes prières, & mes offres, à mes humiliations même, pour obtenir la dispense d'une de ces deux injonctions, c'^ est une troisième, qui me condamne, après une inaction, une mort de deux années, à continuer de végéter av fond d'un boui^ inconnu, dans une oisiveté aussi ruineuse que fatigante 1 de sont 1& lei faveurs, les grâces, qui succèdent à une op« pression sans exemple dans toutes les parties 1
Quel pouTait en être l'objet? De me punir I Eh, de quoi! Quel était mon crime? Me Tarait-on dit? me le disait-on ? La tardive justice que Ton venait enfin de me rendre prouvait assez mon innocence. Qui croinr. que, si l'on avait pu fabriquer Tombre d'un prétexte pour motiver des chaînes étemelles, on i^t brisé celles dont on m'avait chargé sans motif 7 Un coupable convaincu» condamné peut
bien recevoir comme une faveur la dirainit* don de son supplice : aiais un ianccent I
Devala-Je regarder ce caprice du ministère comme une attention pateroellel Sans douta Il ne prétendait pas me traiter comme on traite ces affaméa qui ont longtemps soutTcrt de la disette. Un médecin sage ne leur rend que peu à peu les aliments dont une trop grande quantité risquerait d'abord de le.s étouffer. Maiâ probablement on ne craignait pas de même pour moi l'effet subit du grand air ; on n'avait pas la délicatesse de ne me remettre au régime de la liberté qu'insensiblement afin qu'il me fût plus salutaire.
Si cette diète politique avait un objet, ce n'est pas à mol qu'on voulait qu'elle épargnât lies dangers. Ce qu'elle était destinée à prévenir, c'est l'explosion de ces soupirs accumulés pendant deux ans de désespoir; ce sont les premières aspirations d'un cœur déchiré pendant cet espace avec un sang-rrold si barbare et une injustice si tranquille; ce sont mes réclamations contre une violence
aul a retranché deux ans de ma vie; contre es attentats dont les suites en abrégeront la reste ; contre des traitements qui n'ont jamais eu d'exemple, qui n'en auront jamais peut-être, mËme à la Bastille (IS). Voili ce que l'on redoutait.
Miis pour que cette précaution ne fût pas un nouvf:\ outrage et une Iniquité de plus, au moins fallait-il la concilier avec l'arrangeoent de mes arfatres personnelles et le soin ie mes intérêts domestiques : je ne demandais
sollicitais que la permissiOD de réunir les lambeaux de mes propriétés indignement attaquées et dissipées plus indignement encore. Sans cela, pillé par les substituts du ministère français, de la police française ; ruiné par un agent infidèle ; ne pouvant ni faire mes recouvrements arriérés ni remédier aux déprédations passées, ni prévenir les futures, comment aurais-je vécu à Réthel-Mazarln?
Les lettres de cachet soutnalles donc des lettres de change ?
On a insinué dans le public qu'en exigeant de moi cette dernière épreuve, on m'avait annoncé des récompenses ; qu'on me préparait des couronnes, si j'avais subi avec r^ignation ce dernier acte de mon martyre ; mais que j*avais tout dédaigné et préféré l'espoir aveugle de la vengeance à la jouissance paisible des bienfaits qui m'auraient dédomma^ de mon infortune.
Rien n'est plus faux*
L'unique recompense que l'on m'ait présentée, c'est l'espoir d^apvrendre un jour^ si fêtais longtemps bien obéissant^ le véritable MOTIF DE MA DÉTENTION; c'cst uu hommo en faveur qui m'a offert cet appât. Un homme en place s'est borné à me dire : Si vous voulez vivre ici^ tachez de vous faire oublier.
J'ai cru qu'il était plus facile, plus sûr, plus nécessaire de t&cher de m'échapper. Mais, Je le répète, docile encore dans nu. désobéissante apparence, révérant, chérissant encore des liens dont ceux de la Bastille ne m'avaient cependant que trop affranchi, c'est dans le voisinage de ma patrie» c'est dans un pays
iliii en est pour ainsi dire la conttntiatloii, (p/b Je me serais contenté de chercher une retraite, si elle avait pu être assurée : il a fallu fexcès de la prévarication et du danger pour me repousser dans Tasile inaccessible où Je suis, et que je n^aurais Jamais dû quitter.
Ceux que ma retraite et mon indépendance actuelle alarment, peut-être avec raison, ne manqueront pas de s'armer du seul prétexte apparent qui puisse servir leur malignité. ïïs m'accuseront d'ingratitude et de révolte. Ils diront que si ma conduite passée n'oflOre point de crime d'Ëtat, le choix de mon asile présent en est un. L'effort qu'ils ont rendu indispensable, ils le peindront comme une évasion criminelle. Ils produiront comme une preuve de la Justesse des pressentiments qu'ils opposaient à la restitution de ma liberté, l'usage qu'ils m'ont forcé d'en faire; et l'emploi d'une faculté qu'on aurait pu^ diront-ils, se dispenser de me rendre.
Qu'on eût pu s'en dispenser, il n'y a pas de doute : quand on a la force en main, ce qu'on ravit sans droit on est maître de le garder to^]ours: rien de plus clair. Mais ce n'est pas là de quoi il s'agit
Il est question seulement de savoir, d'un côté, si, parce qu'une captivité sans cause n*a pas été sans terme. J'ai dû me soumettre aveuglément à la continuation d'une rigueur constanmient inique de son principe ; et de l'autre, si, ayant apprécié ce que valait une prohibition révoltante, à laquelle il est imposs/àJe de supposer que le roi ait eu part. J'ai pu me croire en sûreté ailleurs qu'VcV contre
Bn despotisme ministériel» qui n*aTait pu reopectô une sauvegarde solennelle émanée de loi-même*
U ne faut pas oublier cette promesse bien inutne» mais bien authentique, signée au nom du comte de Maurepas» qui n'existe plus, par IL le comte de Vergennes, qui existe encore : elle me garantissait, comme on Ta vu, la iûreté de ma personne^ non paa, comme on Fa dit, pour un temps limité^ mais pour toujours, et sans aucune restriction, ou du moins sans antre restriction, môme présumée, que celle à laquelle assurément je n*ai pas manqué, de continuer à respecter le roi^ la relu gian et PEtaU
A-t-on laissé ignorer au roi ce motif de ma sécurité dans ses Ëtats ? ou bien, en me calomniant auprès de lui, pour détruire Testlme dont il m'honorait, pour le déterminer à une rigueur que la vérité n'aurait certainement
Sas motivée, lui a-t-on persuadé que cette arrière ne devait pas l'arrêter? Je n'en sais rien.
Ce que je sais, c'est qu*avec ma sauvegarde et mon innocence, sous un règne équitable et doux, j^ai été traité pendant deux ans, non pas comme un accusé, prévenu de quelque délit (car & un tel homme on lui fait son procès; on Tinstruit du grief qui en est le motif; on lui permet de se défendre) ; mais comme un coupable convaincu de tous les crimes de lèse-majesté possibles. Or, la parole des ministres de France et la pureté de ma conduite, ne m'ayant pas garanti pour le pêaaêf quand leur Yindlcatlve infidélité man-
qoait même de prétexte, que devals-Je espérer pour Tavenir, en restant dans le voisinage de la France, après avoir, par une démarche légitime, nécessaire, mais contraire à leurs volontés, fourni, d'après les règles de leur implacable despotisme, un prétexte apparent pour une nouvelle oppression ? Je ne pouvais pas me flatter d'être plus irrépréhensible:
devais-je m'attendre qu ils deviendraient plus timorés ?
Dans les circonstances où je me trouvais, le choix de ma retraite était-il libre ? Ai-je pu, ai-je dû balancer entre la Bastille et l'Angleterre? Après avoir quitté sans honte, avec gioire peut-être, cette nation généreuse, n'aije pas pu sans remords revenii implorer sa protection (*)?
IL — Que paa détention n'a eu aucun motif
fondé.
Bien justifié sur le reproche d'ingratitude ou de révolte dans l'usage de ma liberté recouvrée, il ne m'est pas permis de laisser subsister le moindre nuage sur les causes qui me l'ont fait perdre, ou plutôt sur le fait précis qu'il n'y en a eu aucune capable de motiver Tabus de pouvoir dont cette perte a été le fruit Je dois cette courte discussion à moimême, à mes amis, à la confiance des hommes honnêtes qui, jugeant démon ftme par la leur,
^^ D Pour apprécier éqnltablement mon retonr. il fant //ii9, après ce<d, la page 521 du tome Ul le& itinal«9
m^ont toijjours défendu, sur la seule convSetion de mon innocence. Il faut leur prouver que ce pressentiment ne les trompait pas.
Ma réputation a été trop longtemps lirrée à la rage de mes ennemis, qui ne craignaient pas de réponse ; à la licence des gazetiers, justifiée, il est vrai, par Tappareil et la rigueur de ma détention. Comment se persuader que, 80US un gouvernement qui n'est point atroce, et surtout sous un roi dont les bonnes intentions sont connues, un traitement si sévère n'eût pas des motifs proportionnés ?
Un ministre étranger, qui s'est intéressé vi' vement pour moi, par sa propre inclination, et par Tordre de son souverain, m'a dit à ma sortie, que jamais il n'y avait eu d'affaire d'Etat plus gravement ti^aitée que la mienne ; et que, malgré son penchant à me croire innocent, il avait conclu, de la manière dont on lui fermait la bouche dans ses sollicitations, que J'étais coupable d'un crime de lèse-majesté dont on me faisait grâce de ne pas précipiter le châtiment
Et tous ceux qui ont fait des démarches en ma faveur ont reçu le même accueil. Tantôt un silence glaçant ; tantôt des marques de regret, et de pitié; quelquefois même des éloges qui semblaient indiquer une bonne volonté devenue impuissante par les raisons les plus terribles : enfin des demi-mots qui laissaient à Timagination la plus vaste, la plus lugubre carrière sur rénormité des délits, et la durée, comme la justice de la punition : voilà ce que trouvaient mes amis chez tous les gens eo place, du moins e.\i^x<^%\£L^^x^\^^^^&
pouv&Ift pas supposer que lea vniB motlb da
ma déteotion fussent cachés.
II est in concevable, je Tavoue, que l'objel d'un semblable manège, non-aeulement se trouve en défiallif absolument iDDOCenC, msfa laÈma qu'il u'ait jamais été inculpé; il est iu- ' concevable qu'en livrant si personne à dea traitementa que les plus grands crimes, les mieux prouvés, auraient à peine justifiés, oc llvrCU de sang-froid eon bonneur k l'indiscrétioD, à la malignité publiques; qu'on aulorisAt cette maliguité à r^arder, & donner comme une preuve de ses attentais la rigueur injuste dont on l'accablait, et que les distributeurs de ces réticences perfides fussent Précisémentceuxqulencounaisfialentle mieux Iitjustice et le danger; qu'enfin ce dauger, cette injustice eintrasseat dans les calculs de leur vengeance, dans le lucre qu'ils prétendaient tirer de leur oppressive imposture.
□ est inconcevable qu'il existe un ministère capable d'une cruauté ainsi soutenue, aussi rafSnëe, d'une bypocrieie aussi profonde : il l'eet que des îiomraes occupés, ou censés occupés dea affaires publiques les plus impor- ' taotee, trouvent le temps de combiner une si honteuse fraude; qu'ils se liguent aind pour en imposer à la fois au prince qui lea honore de sa coiiUnnce et au public témuin de leurs démarches; qu'ils se confédèrent pour perdre par de semblables manœuvres, qui 1 Un simple particulier, un homme irrépj-ochable, dont l'unique faute était d'avoir
dans leurs paroles. Mais ce fait est plus vrai encore qu'étonnant
J'ignore, je le répète, ce que Ton a pu dire au roi ; de quelles calomnies on s'est servi pour faire prévaloir dans son esprit la nécessité apparente de m^écraser par un coup éclatant»
sur le plaisir qu'il paraissait prendre à me lire, et le penchant qu'il avait à me protéger: jamais rien ne m'en a été communiqué ; pen« dant les vingt mois de ma détention, je n*ai pas subi l'ombre d'un interrogatoire, pas l'apparence d'un examen. Je porte aux ministres de France, à la face de l'Europe, le défi solennel de produire un seul acte qui prouve que l'on ait rempli & mon égard la moindre formalité.
Ma sortie, comme on l'a vu, a été accompagnée du même mystère : l'ordre d'exil n'a pas été moins silencieux : ainsi je ne puis me justifier précisément sur rien, puisque j'ignore absolument de quoi l'on a pu m'accuser.
Mais, c'est déjà, sans doute, un grand préjugé que ce silence envers un homme sur qui l'on aggravait d'ailleurs toutes les espèces de cruautés qui supposent une conviction complète et foudroyante. Toutes les lois le proscrivent ; on ne peut se le permettre qu'à la Bastille, et peut-être en ce lieu même n'a-t-on ïamais osé se le permettre qu'envers moi. Il ne faudrait pas d'autres preuves de la nuUité DU de la fausseté des accusations.
Voici plus : voici qui achèvera de lever toute espèce de doute : on n'a cessé de me dire à la Bastille, que ma détention était émanée de la volonté oitectâ e&\mm4^<^tj^ «l^'^^^V^
qae je n^étais pas un homme assez obscur pour qu'on eût hasardé un coup d'autorité contre moi sans son aveu : c^est cette barrière sacrée que Ton n'a cessé d'opposer à mes efforts pour découvrir, pour entrevoir au moins les motifs si soigneusement cachés de ma détention. Cet aveu, cette volonté ont donc eu pour principe des délations quelconques, des griefs articulés et précis.
Eh bien, calomniateurs audacieux, qui auriez réussi à m'enlever Testimedu protecteuft que la nature et la providence m'avaient donné, c'est à ses pieds que je vont cite : je vous dénonce à son àme honnête et franche que vous avez trompée. Si vous lui avez rien dit qui ait pu rendre un instant suspect mon amour pour sa personne, mon dévouement à ses intérêts, mon aversion, mon horreur pour toute espèce de manœuvre en général, et surtout pour celles qui auraient eu un but opposé: je le déclare en termes formels, voui avez dit autant de mensonges que de paroles^ Et ne vous flattez psus d'échapper à mes instances sous ce voîls si souvent profané du respect dû aux secrets de l'Etat : ne vous abusez pas en espérant qu'il cachera les ressorts de votre despotisme frauduleux, comme la Bastille en cache les résultats : Non ; je vous poursuivrai jusque dans cet asile que vous souillez ; je ne cesserai d*y faire retentir ces mots terribles pour vous, et auxquels le monarque équitable & qui je les adresse ne sera peut-être pas insensible : Vous l'avez tromh hé : ma conduite et ma plume ont toujours M purea comme mon cœur* •
Vous avez laissé dire, assurer, Imprimer dans toutes les gaiettes. « Que j'avais tramé des projets dangereux; que j'avais composé, et donné des mémoires capables d'attirer à la France des réclamations embarrassantes, ou du moins d'en réveiller le dt\sir. » C'est là le bruit que j'ai trouvé le plus accrédité, en sortant du tombeau ; c^est là l'opprobre auquel vous aviez dévoué ma cendre, si, malgré vos efforts, une main toute-puissante ne m'en avait pas arraché.
Peut-être l'obstacle que vous avez mis à mon retour à Bruxelles a-t-il eu pour objet de confirmer encore, d'accréditer cette imposture aussi criminelle qu'absurde. Peut* être, après avoir eu l'art de la rendre probable aux yeux que vous vouliez tromper, avez-vous eu celui d'empêcher les éclaircissements entre les deux souverains qu'elle intéressait, et de prévenir une explication qui m'aurait justifié.
Peut-être même, redoutant la protection dont m'honorait l'auguste et vertueuse princesse qui est le lien de leur union, n'avesvous forgé cette calomnie que pour la réduire au silence quand il s'agirait de moi ; épouse de l'un, sœur de l'autre, tant que les faits ne seraient pas éclaircis, elle devait craindre de paraître s'intéresser pour un homme suspect de leur avoir manqué également à tous deux:
et comment éclaircir ces faits, puisque dans ia matière délicate sur laquelle vous portiez les soupçons, il était si facile d'éluder les éclaircissements?
Mais vous n'aurez pas le crédit d'étouffer la
protestation que Je consigne Ici. Benfenn^ ' excliuiTernsnt dans mes traraux littéraires.
Je ne me suis permis d'autres spéculations politiques, su us exception, ({ue celld que j'ai publiées dans les Annales; j'ose Invoquer ici, pour détruire l'imposture que vous avez ou imentée ou toléi^, le souverain auguste dont elle compromettait le nom. Loin de me livrer à la démence folie qui aurait voulu
frésager et justifier le démembrement de la rance, c'est dans son sein que je u'^ cessé de me préparer une retraite (16). C'est de ses pro^rités que i'ai perpétuel temcnt ta.it dépendre la mienue, jusqu'au moment où vous avez pa;é l'attachement la plus tendre par des supplices à pciae réservés h. ses plus implacables ennemis; jusque-là, elle n'a point eu d'enfant p!us soumis, de sujet plus âctèle. Si mon Ame a conçu l'idée d un sentiment différent h ceux que je développe ici, sans doute il en existe quelques traces. Eh bien I diécouvrez-les. produises-les au jour, fouiUex tous les bureaux, mettet eu mouvement les eeptoDs privilégiés dont vous payez si cher l'activité clandestine ; si, en effet, je suis coupabte.Ia hardiesse de ma dénégation donnon kutant d'indignation contre mol, aux dâpOBlIalres des preuves de mes perfidies, que ma traliison primitive leur aurait inspiré de mépris (les le commencement; ils a" empresseront de vous aider à ronfondre un imposteur hypocrite, qui oserait se flatter d'abusiir de leur indulgence, et s'efforcerait de concl- }}er J'apparence de la vertu avec les manœu-
d'Etat qm piiisie s^opposer à ces révéladons
qui TOUS seraient si précieuses.
Mais que je suis ioin de lesoraindre. Ma conduite comme tous mes oun'ages, sans ex* ception, n'a cessé de porter l^empreinte d'un môme sentiment; c'est celui de l'enthousiasme patriotique : c'est celui d'une délicatesse sur cet article poussé jusqu'à l'excès. Voilà sur quoi ma bouche, ma plume, mon oœur, ont toujours invariablement été d'accord. Voilà sur quoi il faut me démentir par des faits, ou reconnaître combien est odieuse et criminelle la machination qui a pu rendre un instant mon innocence problématique.
Mais mes écritures privées ont-elles été aussi intactes que mes actions publiques?
N'ai-je pas commis quelque imprudence intérieure, quelque indiscrétion secrète qui ait pu justifier Tanimadversion du gouvernement?
N'ai-je pas choqué quelque homme puissant, au rang de qui l'on ait cru devoir une réparation? Voilà la dernière ressource de mes pei^uteurs; et c'est aussi le dernier trait de la fatalité qui me destinait à être un modèle d'oppression passive dans tousles genres?
N'est-il pas étrange, après ce que j'ai souffert de la rage des corps, de la prévarication des hommes en place, que je sois obligé de me justifier sur un pareil sujet ; de rendre compte de tous les soupirs que l'indignation a pu m'arracher, de toutes les convulsions que ia douleur a pu me causer 1 Mais il faut bien me prêter à cette énumération, d'abord parce qu'elle est nécessaire, et ensuite parce qu'elle aobèvera de dévoiler toute rhorraar.
toute la lAchelé des mancsuTres dont J'&l étâ la victime.
Le seul grief de l'espèce doot il s'agit tjul m'ait été communiqué, celui qu'on m'a ppé- «eaté comme l'ucique cause de ma détention.
D'est uue lettre 4 M. le maréchal de Duras; ie ne prétends pas Is justifier, et la discussion eu serait fbrt inutile ; mais c'était usa lettre particulière, et qui ne concernait ea lui que le particulier; une lettre provoquée, nécessitée même, par des procédés plus répréhensibles qu'elle n'était viol ente ; uce let- ' tre secrète, que je n'ai jamais montrée ; une lettre que je n'ai pas nié d'avoir écrite, parco que je ne saie pas mentir,mais que H. le mir récha\ de Duras, au moins dans le public, a , toujours nié d'avoir reçue ; une lettre demi I 11 a toiyours affirmé ne s'être pas plaint,dont en eSet il s'est si peu plaint qu'on n'a pas pu m'en représenter roriginal, malgré mes ré- I quisitioDs, et qui par conséquent, dans tous | tes cas, ne pouvait devenir le fondement ni ' d'une procédure, ni d'une punition quelcon- ' que ; une lettre enfin sur laquelle ma réponse, I quaod on m'a demandé si je l'avais écrite, I aurait dû faire rougir la haine, et désarmer 1 la vengeance (17). J
Quelle qu'elle fût, il est évident que l'éclat seul aurait pu la rendre criminelle, et elle n'en avait p^ eu. Quelle qu'elle fût, quand même elle aurait été publiée aiec autant de scandale que ma détention en a produit, ceu'écait pas un crime d'Etat. Quelle qu'elle fét, assurément elle n'aurait pas justifié vingt mois ds 4utf//e. et uaa conduite du trutement le
ptoB atroce dont cette enceinte infernale ait Jamais été le théâtre.
On sera curieux, je le sens bien, de connaître cette pièce, aussi .fatale que mystérieuse; et, si je n'étais sensible qu au désir de la veng^eance, je la publierais. Mais je respecte encore ici même les intentions du roi : dès que ma lettre a pu lui déplaire, je Tabandonne : j*en fais le sacrifice au jugement quMl tn a porté, sans attacher d'autre prix à ce temier hommage que la satisfaction de Tavoir rendu (18).
Mais il en existe une autre dans les bureaux Kiinistériels de France, qui a peut-être plus contribué encore que la précédente à mon infbrtune : celle-là, on s'est bien gardé de la remettre sous les yeux du roi ; et en effet elle m'aurait garanti de tout si elle avait pu y paraître. On ne me Ta jamais rappelée : mais comme je ne doute pas qu'elle n'ait influé beaucoup plus que l'autre sur la résolution du ministère ; comme il est évident qu'en se servant de la première pour aigrir l'esprit du roi» on a eu la discrétion de lui cacher la seconde, qui n'avait pu aigrir et alarmer que ses ministres, je crois qu'il est de mon devoir de la consigner ici.
Elle est du lendemain de celle de M. le maréchal de Duras : elle est adressée à M. Le Noir, lieutenant de police, par les mains de qui passaient les Annales pour se rendre dans celles du distributeur.
Il faut se rappeler qu'en mars 1780, les ifi* LIX f )t LX avaient été arrêtés successiTemeiitt à la sollicitation de M. le maréchal de
us
Duras et du pilrlement de Paris. rayali^K duré patiemment la première suppresnion 1 1 la seconde, j'écrivais, le 7 avril 1780, à BL Iff maréchal de Duras la lettre qu'il ne montr pas, ni moi non plus : et le lendemain, t }L Le Noir, celle que voici :
« Bruxelles, le 8 avril 17S0l
« Monsieur,
# Après avoir donné ma lettre d'hier à uns indignation trop légitime, je vais faire encore quelques efforts au nom de la justice et de U raison, quoique j'aie appris à mes dépeM combien elles ont de pouvoir en France contre les manœuvres et le crédit Voici un court mémoire, que je vous prie de remettre sous les yeux des ministres : on ne manquera pas de dire encore que c'est ma mauvaUe télé ; mais il me semble que ce sont mes bonnes raisons.
» Je ne pui» concevoir que M. le maréchal de Duras veuille encore de l'éclat. Tavoue qu'on ne peut rien ajouter à ce que IL le comte Desgrée lui a dit ; mais c'est quelque chose que de le répéter, et de faire observer au public que M. le Maréchal n'en a pas obtenu satisfaction. Il me semble qu'à sa place c'est surtout le bruit qu'il faudrait éviter : il va en faire plus qu'il n'en a fait dans sa vie.
Quoi qu'il en soit, je ne puis que voiis ré- Déter ce qu6 j'ai déjà ou l'honneur de vous aire plusieurs fois, sur ma répugnance à re*
tomber dans toutes les tracasseries passées»
sur le désir ardent que j*ai de n*y être plus exposé, mais en même temps sur le courage avec lequel je les soutienàraL II m'en coûtera ma fortune», mais je suis accoutumé aux sacrifices.
» On a arrêté à Paris le débit des numéros LIX et LX des Annales : ils sont publiés, distribués en Angleterre» en Hollande, en Allemagne, dans les Pays-Bas : ils le sont en France même par les contre£acteurs. .Prêter à Paris seulement l'édition lé^time, tandi»
qu'on tolère, qu'on fororise toutes les autres, c'est commettre une inji:bstice révoltante, et encore plus inutile : on n'empêchera pas les numéros prohibés d'entrer à Paris; on les y rendra seulement plus remarqués, plus oourus', plus précieux : la sensation en sera plus vive et plus prolongée. Je ne vois pas ce ^u*il y a. à gagner pour les intéressés.
» Ces numéros n ont rien de répréhensible à beaucoup près. Le UX pouvait être infini* ment plus fort Je ne suppose pas que les intérêts du très ridicule neveu de M. de Leyrit (19) entrent pour rien dans cette suppression. Il ne s'agit donc que d'épargner à M. le maréchal de Duras le désagrément d'une réflexion ilfUsheuse sur son affaire : mais n'estelle que dans ce numéro, ou plutôt n'y estelle pas adoucie, du moins à l'avantage du commandant?
» Quand deux hommes faits par leur nom et leur état pour donner l'exemple de la probité dans les actions et de la délicatesse dans les paroles s'accusent réciproquement à la ^bjca
— 6» — de l'Europe, de ^IponDerte, de I&tcIds de toate espèce, en smculaot les mots; qu'ils s'adressent à un tribunal régla pour obtenir réparation, justice, et que ce tribunal l^sse 1& chose indécise, 11 commet au moins une prévarication, et peut-être deux. S'il y a nn coupable, c'est un scandale qu'il ne soit pas puni ; s'il n'y en a pas, c'en est un bien plus fort que l'arrêt étende les soupçons au lieu de les détruire, et flétrisse deux Innocents au lieu de les absondre. Voilà tout ce que J'ai dit : c'est sur les juges que tombe nu remarqne. Le public n'est pas si indulgent :
c'est I écriraln de Castellan qu'il désigne comme le vrai coupable, et la suppression mendiée du numéro LIX ne le réhabilitera pu.
» Quant au numéro LX,ceBontdes<a.Lfli relations des parlements, leurs tyrannies Intérieures, le support que tous les membrei croient se devoir, et se donnent eu effet lei uns aux autres dans les occasions où ils dfr Traient le moins se permettre de confondra leur caractère légal avec leurs Intérêts parti* euliers; la corruption des secrétaires, leur» manèges, leurs infidélités, leur habitude de ee faire payer par les deux parties, etc. , sont des choses constantes. Puisque l'autorité ne veut ni punir ni réprimer ces abus, iifautaa moins que la certitude de ne pouvoir les dérober à la censure publique, y metto une espèce de frein, c'est l'intérêt du gouverne- B/ei2t, c'est celui m'"'me âes tomçaçux^ q,iio
éprouvé atùcune tracasserie (80), et j*ai écrit des choses bien plus fortes. C'est cependant sur le plan conçu, rédigé, exécuté en Angleterre, et bien connu en France, que les con- Tentions ont été formées entre le public de i^'rancey les postes de France et moi. G*est d'après ce plan que les souscriptions ont été ouvertes et reçues, que la distribution de l'ouvrage a été autorisée, que le roi a accepté les exemplaires que je lui ai adressés directement; on n'a pas mis pour condition que je respecterais les lâchetés des maréchaux de France, si quelqu'un d'eux en commettait, ou les prévarications des Tribunaux. On n'en a mis aucune, je n'en aurais pas accepté.
» Je Ki'ai jamais entendu me soumettre à aucune espèce de censure ; au contraire, j'ai protesté hautement, j'ai imprimé plusieurs fois que je n'aurais point d'autre censeur que ma propre délicatesse. Je n'ai pas dit un mot qu'elle puisse désavouer. D'où viennent donc les entraves auxquelles on prétend me soumettre?
» £n repassant la mer, j'ai changé de lieu, mais non pas de cœur ; j'ai fait sans regret le sacrifice de ma fortune; je ne ferais pas celui de mon indépendance, ni des prérogatives auxquelles un accord solennel m'a donné droit. On peut me punir de mon amour pour la France, de ma confiance au ministère de France, de mon dévouement en tous sens pour ma patrie; on peut me détermina, à force de dégoût, à cesser d'écrire, on ne me réduira jamais à écrire en esclave. Da ^>^\^v les indemnités que le so\nesctL<^T^^'^ ^
rrance ne doit, te fruchlBe de ma plume eM, m me semble, ta moias cofiteuse, et J'oae le dire, la plus utile pour loL ■
Vollh, je D'en doute pas, et je n'en al Jam^ douté, quoique Je n'en aie Jamais parlé, la véritable cause de mes infortunes; voilà ce qui a décidé le mlnlEt^re de France à saisir ToccaelMi de se venger : Il n'avait pas pu refbaer it la haoteur, à la netteté de ma conduite, lors de ma sortie d'Angleterre, la parole solennelle dont j'ai parlé; il n'avait pas patrOQver depnia mâme de prétexte pour la vltda*.
D'ailleurs, Je dois a la mànolre de H. le comte de Uanrepaa cette Justice : 11 n'était ni vindicatif , ni Implacable ; occupé nnlquement de perpétuer son repos et r)d o^dlt, 11 ne cherchait point d'autre jouissance. Ce que les Annahê avalent de ga. Il s'ea annualt; te sérieux, il ne s'en Inquiétait guère, Peatetre même trouvalt-ll plaisant que ce tût loi qui eût ratr de me protéger.
Ses agenta dans l'administration ne pensaient pas de même ; les uns se sonvenalent eocore de la lettre à H. le comte de Vergennee et des portraits qu'elle contient; les autrei redoutaient ta franchise peu potitiqne des AntMles. Les filous, a dit un bomme sensé, craignent kt réverbèret. Le succès de cet ouvrage, les suffrages les plus respectables réu- ,\U en BU faveur, l'empressement de tout ce qui ne le redoutait pas, c'est-à-dire de tous les iioirniej" vertueux et Impartlaui, avaient i-nchain^'. la m.mvalsp volonté'.
isentemenc da vieillard la lettre d« S ayfU, que Ton ne montrait qu*à lui, et qn^l f^ aiié de lui faire prendre pour des menaces ; quand on eut pour préyenir l'esprit du jeune roi l'autre lettre du 7, qu'on ne montrait aussi qu'à lui, avec ce qu'on y a Joint sans doute et qui ne se disait égalemoat qu'à lui, il a été facile de fabriquer Tordre qu'on avait désespéré peut-être Jusque-là de se procurer. On ne pourra pas douter que les choses ne se soient ainà passées si l'on songe que la lettre à M. Le Noir est du 8 avril 1780, et la lettre de cachet du 16 du même mois.
Mais cette même date amène une Men autre conséquence : la seule idée en fait Picore tressaillir ma main ; et c'est avec autant d'horreur que de saisissement que je vais la développer.
Le 16 avril 1780, je n'étais pas en France^ rétais le maître de n'y jamais rentrer : si mon aveugle fanatisme pour ma patrie ; si ma confiance, plus folle encore qu'aveugle, dans une promesse de ministres français, jointe à mille trahisons, comme on le verra plus bas, ne m'avait fait négliger des avis trop sûrs, je n'y serais jamais rentré. La lettre de cachet n'aurait donc jamais eu d'exécution. On for* geait donc cette foudre au hasard et sans savoir si jamais elle produirait son effet. Le mi* oistère de France a donc de ces réserves meurtrières ; il a des magasins où 11 dépose ces instruments de sa vengeance ; et il attend paisibl^Doent, eomme un chasseur à l'affût, que la proie vienne s'offrir d'elle-même au coup qu'il veut lui porter.
n r s plus : Il Iinlte le manège cte m chuleur dans ses préliminaires, comme dans son objet. Vingt perfidies plus lËclies les unes que les autres ont été multipliées successivement pour me déguiser lu plége que l'on Tenait de placer sur ma route. Le seul cours rendu à U publicité des Annales, Immédiatement après le 16 avril, n'en est-it pas une de la plus criminelle espèce I
Quoi! l'on continuait & répandre dans le public, sous la garantie de l'autorité royale, un ouvrage dont l'auteur était proscrit secrètement, et dévoué par tes ministres à l'opprobre, aux ngueuj-t! leservdes pour les ennemis du roi et de l'Eiat ! On continuait â le rece- Toir pour 'eremettre auroi , on le lui remettait : on leignait d'applaudir aux marques de satisfaction dont II continuait de l'honorer : on avait soin de m'en informer!
Le même organe par lequel transpiraient l^osqu'à moi les nouvelles d'une approbation si Qatteuse était employé à m'attirer i Paris.
L'espion masqué en ami que la police pensionnait, à mes dépens, depuis cinq ans pour pénétrer dans mes secrets, instruit que je n'ipaorais pas celui-là, ne cessait de combattre i'euroi qu'il m avait inspire, par cette considération, qu'on n'aurait pas rendu la liberté aux Annales si on avait voulu l'enlever à l'autecr; et que je pouvais sans crainte venir en France, puisque mes ouvrages étaient si bien accueillis à Versailles. On faisait a mai servir waaoïîiiaci-K à faciliter le succès J une iniquité doat ce même nom devait &t,ve l'iustrament .'
cne ii*a eu lieu qu^au bout de six inols^ mais au bout de six ans, de vingt, la lettre de cachet qui l'ordonnait aurait eu la même efficacité. J'étais donc pour le reste de ma vie dévoué à subir, dans quelque temps que ce fCit, Tatteinte de ce poignard; et dans la dernière vieillesse, lors()ue rassasié de calamités, épuisé de travaux, je serais venu demander à ma patrie, pour prix de tant d*efiorts, de sacrifices, la permission d'y mourir en paix* je n'aurais trouvé de porte pour y rentrer que la Bastille, ni d'autre tombeau que ses cachots!
D'après ces réflexions, quel nom donner, grand Dieu, à la lettre de cachet du 16 avril 17801 Comment qualifier cet empressement à (a fabriquer et cette patience a attendre le moment d'en faire usage t
Maintenant qu'on songe qu'une détention ainsi motivée, ainsi préparée, ainsi consommée, a duré près de deux ans; qu'elle a porté à mes affaires et h ma santé un préjudice presque également irréparable; que si ma ruine absolue au civil, et mon anéantissement entier au physique n'en ont pas été le fruit, j'en suis redevable à une faveur particulière de la Providence, qui, me prédestinant apparemment au ministère que je remplis en ce moment, c'est-à-dire à publier les horreurs de la Bastille, m'a doué d'une organisation expresse pour les supporter.
Si c'étaità M. le maréchal de Duras qu'on eût
eru devoir une satisfaction ausslco«v^V^^>^^
ne pourrait s'empèclost ^^ xfe^^\«t ^^ ^^^5^
dit à cette occasion ua ^«& ^^»^ ^^S^'^^ fiouverains de l'Hurope; ^«^ Ce inf>.Q(^i^>«^^
iktrus êti donc un bien grand seigneur ^ *
Les exemples ne sont rien en oe genre, et dans une matière où tout est caprice et despotisme, les autorités, les comparaisons sont ' bien inutiles ; je ne puis cependant m'empôcher d^en faire une.
Dans le nombre innombrable des embastillementB qui ont eu pour objet une satisfaction due à des personnes puissantes, on peut compter celui de La Beaumdle. Cet écrivain plus qu^ndiscret avait osé, dans ses Mémoiret denuukifne de Maintenon, insérer cette phrase : La Cour de Vienne accusée depuis longtemps (Savoir toujours à ses gages des empoison^ n^urf... CertaincBient l'offense était grave et publicrae: le châtiment pouvait sans injustice être sévère et la réparation éclatante.
dépendant cinq moîs de Bastille parurent suffisants. La Beaumelle trouva même une protection efficace dans la générosité de la cour qu^il avait insultée. C'est à sa sollicitation qu'il devint libre, et point exilé.
Tout homme de guerre qu'est M. le maréchal de Duras; tout homme de lettres qu'est M. le maréchal de Duras; tout homme d'esprit qu'est M. le maréchal de Duras; malgré tous ces titres, il n*est pas probable qu'il ait paru au minist^ français lui tout seui, un personnage plus importaut que la maison d'Autriche entière; quelque violentes qu'on veuille supposer mes six lignes ignorées, à âf. le màrèchsl de Duras, on ne peut pas im&. g'InGT de les comparer à rincuV^«JÛ»ii ^\AL- Çue, et aussi atroce QLue î&ms&q, àxkxoTcoa^ oont 11 s'agit.
Si donc M . le maréchsa de Doras a bien Toulu servir de prôte-nom à la lettre de cachet contre moi, quand on Ta enfeuitée, il est évident que ce n'est pas à loi qne je dois en Imputer la durées il n'aurait pas demandé, on ne lui aurait pas offert un si lon^ sacrifice (31). Il n'a pas tenu à cette indiscrétion^ ou plutôt à cette malignité, qui me cherchaient partout des torts, et au ministère Français des excuses, qu'on ne le crût exigé par une divinité terrestre un peu plus imposante, filles ne sesont pas bornées à compromettre à mon occasion le nom d'un seul souverain. Après avoir donné mes prétendues relations avec l'un comme le motif de l'iniquité du 27 septembre 1780, on a voulu en rendre un autre directement complice. On a publié qu'elle avait été accordée aux instances de sa majesté prussienne. Le bruit s'est répandu, et il subsiste encore, que ce monarque, piqué de l'Epître à M. d'Alembert H, et des détails que j'ai cru devoir publier à l'occasion de la célèbre affaire du Meunier C*) et plus encore aiguillonné par les instances des petits Platons de Paris, avait sollicité à Versailles ma détention ; qu« le ministère de France n'avait pu refuser cette condescendance à un philosophe aussi important, et que les portes de ma geôle n'avaient pas pu s'ouvrir sans l'aveu de celui par l'ordre de qui elles s'étaient fermées.
C) Voyez le tome VU de» AwvoOa» •&o\>.\\<ï'«*> •* t^ge 79, (**} Ibid,, pages 4 «t mi^krvcito»»
Mais quelle apparence qu^on législateur aussi équitable, aussi bienfaisant chez lui, se fût abaissé jusqu^à solliciter une ii^'ustice, nne oppression pour son compte chez autrui?
Quelle apparence qu'ayant fait tout récem* ment à Tauteur des Annales, Thonneur d'en adopter même les expressions dans une de ses lois f), il se fût permis un caprice de cette espèce contre ce même écrivain qui ne rayait jamais offensé? Quelle apparence d'ailleurs que Versailles eût cru devoir un hommage aussi cruel à Potsdam, qu'on eût osé faire au roi de France la proposition de se rendre l'exécuteur des vengeances du roi de Prusse?
Dans des délits publics, qui tendent à flétrir l'honneur d'une couronne, tel que celui de La Beaumelle dont Je viens de parler, les princes peuvent sans doute se rencU*e les uns aux autres le service de les réprimer, quoiqu'ils n'y soient pas personnellement intéressés; mais dans tout le reste ils portent entre eux la jalousie du pouvoir au point de protéger, et quelquefois au préjudice de Tordre commun, même les coupables : comment les soupçonner de se concilier pour la proscription d'un innocent?
Enfin, ce qui achève de justifier le roi de Prusse, et de démontrer que je n'ai pas été le Callisthène de l'Alexandre du nord, c'est la date de la lettre de cachet dont il s'agîL Le 16 avril 1780 est de beaucoup antérieur aux prétendus torts avec lesquels on aurait voulu
ry Voyeg Je tome II dei Annalêê poUiiques, p. «M.
la lier. Il est donc clair que ce prince n'a point souillé sa carrière philosophique en poursuivant avec un pareil acharnement un écrivain qui, à la vérité, n'a point recherché ses faveurs, mais à qui certainement il n'a pas pu refuser son estime.
Le détail des traitements que j'ai essuyés, la longueur même de ma détention, sont encore autant de preuves qu'il n'y a eu aucune />art S'il en avait été le véritable auteur, la perte de la liberté ne lui aurait-elle pas paru une réparation suffisante? Aurait-il exige des ministres de Versailles ces raffinements de vengeance dont je parlerai tout-à-l'heure ; ou ceux-ci Fauraient-ils méconnu, outragé, au point de croire s'en faire un mérite auprès de lui? Loin de se prêter à prolonger ma détresse, sa générosité ne l'aundt-elle pas pressé de suivre l'exemple de la cour de Vienne envers La Beaumelle? infiniment moins fondé à se plaindre, aurait-ii été plus implacable?
Âurait-il prescrit à la Bastille envers un Français des rigueurs qu'un de ses sij^ets vraiment criminel n'aurait pas eu à craindre à Spandawl
Il est bien étonnant que le nom de deur aussi grands princes se trouve ainsi mêlé dans les infortunes d'un simple particulier, de celui peut-être de tous les hommes qui ont cultivé la littérature à qui la simplicité perspuneUe, son éloignement pour toute espèce d'éclat son horreur pour toute espèce d'intrigues, son indifiérence pour la fortune, et tous les objets de l'ambition, auraient ^«viV^xx^ ^fe. X^-^^ca^ épaiigner les dangeni «XX»sf5ûfei V \>oss«»5B5»
d^être coDim des souverains ; mais enfin n est au moins aussi évident que ni l'un ni l'autre de ceux dont je parle ici n'ont pu y contribuer. Ma détention n'a pas plus eu pour cause, dans son principe ou dans sa durée, de prétendues réquisitions parties de Berlin, que de prétendus renseignements envoyés à Vienne.
Mais quâ a donc été Tobjet, le motif de cette du^e? Pour celui-là, on ne me l'a pas caché: c'est la seule confidence que Ion m'ait jamais faite à la Bastille; c'est la seule réponse dont on ait jamais honoré mes sup^' plications.
Au bout de quinze jours, on m'a dit franchement qu'il ne s'agissait plus de M. de Duras: « Et de quoi s'agit-il donc 7 Oh, ils craignent que vous ne cherchiez à vous venger; on vous ouvrirait les portes tout à l'heure s'uLS étaient sûrs que vous n'éclatassiez pas contre eux ; » car en me parlant des dieux de ce Tartare, c'est-à-dire des ministres, on ne se servait jamais avec moi que de ce mot collectif ILS. Voilà ce qu'on n'a cessé de me dire pendant vingt mois et ce que le public sêr fait bien sans que je le lui apprisse.
Qu'on se mette à ma place, et qu'on apprécie de quelle terreur, de quelle accablante indignation ces lâches aveux devaient rem<plir mon \me. Cétait donc un éclat futur et incertain qui déterminait ma servitude préjs^jjte /Après m*avoir immolé à une vengeance ^j/tts^ on en éternisait les effets \]LuVc^<^\£.csi\ £f^/^ tranquillité de mes oppressevasl^xslirÂi^^ '•ituei politique, je devaVs ètt^ e%v- «^^ que ie serais à craindre, ç?e»W^it^
tant que mon &me ne serait pas avilie , ou mes organes dérangés, ou au moins mes faibles talents détruits par les glaces de F&ge et les convulsions du désespoir.
Quelle inconcevable destinée I Quand fi s*étaît agi de m^enlever mon état pour complaire à une troupe d'assassins en robe, un avocat général, leur complice, n'avait pas eu honte de dire en plein tribunal, en pleine audience, qu'on ne pouvait pas me le laisser, h cause des troubles que je ne manquerais pat d* exciter un jour (*) dans Je ne sais quel ordre ; et ici, où il s'agissait de ma personne, on la dévouait froidement à un esclavage sans terme ep considération du ressentiment que je ne manquerais pas d'avoir un jour I
Ainsi, toujours paisible dans le fait, et redoutable en idée ; toijjours irrépréhensible au présent et coupable au futur, c'est de l'avenir qu'on me punit I Mes ennemis n'ont Ja* mais pu excuser leurs iniquités que par une prescience plus inique encore I Ils ont toujours donné pour motif de leurs injustices actuelles mon ressentiment infaillible contre les injustices passées 1 Jamais on n'a voulu essayer si ce n'étaient pas ces prophéties, dictées par une timidité stupide ou une haine adroite, qui manquaient de fondement!
Sans doute, c*en était bien ici l'occasion :
Tftme pure et sensible du roi s'était émue au souvenir de ma détresse. Quand Vtete^SB?»!^ s'agitait pour éblouir aa ^oVXmï^ ^x. ^a- ^"^r lomnie pour l'égarer , éAfe «^^^ ^^^^^«^
n Voyez Vj^el à la Poitérttè .^Wi^ *»-
pour mol : il avait senti que la punition des fautes, quelles qu'elles fussent, dont il me croyait alors coupable, ne devait pas être éternelle» Un pressentiment secret de mon innocence lui avait peut-être, môme avant ceci, déjà rendu suspect Tacharnement de ses conseillers : malgré leurs efforts, il a prononcé le surge et ambula tout-puissant qui a mis fin à mes infortunes.
N'était-ce pas là le moment, si la raison du moins, au défaut de h justice, si une politique éclairée avaient pu quelque chose sur Tesprit des ministres, d'essayer ce que pourrait rindulgence sur le mien, sur cette &me Indomptable, dont ils prétendaient avoir été forcés de punir les écarts avec tant d'éclat? Je n'ai cessé de le répéter, dans les mille et un mémoires que j'ai soupires du fond de la Bastille : je ne connaissais encore ma patrie que par les rigueurs; et je l'avais adorée:
quelle aurait été mon idolâtrie, à l'instant où abjurant une prévention injuste et des caprices cruels, on lui aurait permis de me tendre les bras; où à ce sentiment que ses duretés n'avaient pas altéré, j'aurais pu joindre celui de la reconnaissance pour un premier bienfait f); où rentré dans tous les
(*) Ce mot comporte an éclaircissement que je ne puis renvoyer aux noies : U est trop important pour moi ^a*on ne Je perde pas de yne.
Parmt les aùsaraités et les mensonges ««q& nombre ?%jS^/°^^ /o/orrnne, comme c'est Vosage^xiCab weiôml SSSi ^^ ^^ * ^/fesé une au'il ne m'est paa vwmVs d^ WSHû^^^ ^^^ on a écrit, on a topiYmë cpi^ V»
«M««^ de Fnmoe avait sur mol des dio\t& tf witosA
droits du reste de la familie, j'aurais pu me dire à moi-même : des préjugés f&cheux m'ont nui ; eh bion, travaillons à les détruire : on m'a reproché de la violence, de la fougue; poussons la douceur et la patience jusqu*à l'excès ; tâchons de dissiper les craintes, de désarmer la haine, d'ôter tout prétexte à Tinquiétude.
En sortant du sépulcre, ces dispositions, mon premier mouvement a été de les confirmer : Lazare nouveau, débarrassé du suaire funèbre qui avait, pendant vingt mois, intercepté tous les mouvements de ma bouche et de mon cœur, c'est la sensibilité, c'est l'a-
plas forts, que j'en recevais une pension ée deum mille èeu$, , Je sais oblige de déclarer qn il n'y a jamais en d'im-
Eostore plus impudente. Il est inconcevable qu'on Tait asardée, posténeurement au 27 septembre 1780, après ce que j'avais dit an août précédent, numéro LIX des Ànnalee. p. 996 : « Il n'y en a qu'un seul (des rois de l'Europe) envers qui le respect, l'attachement, la fidélité, soient pour moi des devoirs; un seul de qui j'eusse §u accepter les bienfaits sans rougir et sans scrupule, r, ceiui-là) je ne lui ai jamais demandé, je ne lui demanderai jamais que justice. »
Il ne s'agit pas ici de la réponse que Ton a faite à cette demande : mais il est clair que Thomme qui tenait ce langage publiquement, dans un ouvrage imprimé, n'était pas pensionné.
Les seules marques d'attention que j'aie reçues dans ma vie, du ministère de France, sont trois lettres de cachet; l'une de Bastille, et deux d'exil, dont la première était la punition d'avoir défendu, comme a.^^cat, M. de Beilegarde cou^^mt ^^\««»sS^»»s^S^-^ bord comme coupabVe, eX ^oYwaw'â^^û.^^^ ^'«^^^ innocent trois ans apT^. . . ^v^ oss(si!(s«^'
Les autres affaires qxi<5 ï»^^-^^^'^^\l^is^^«^^^ rtsconsuite, soit aitaplemenX 50^^S^,^5SS^soa -«»»» ne m'ont pas Xo^M^ -valu Oi«* ^\%\vws»s**—
mour de la paix, c*est la reconnaJsinnce qae ]*ai annoncés : pendant cinq semaines entières, je n*ai censé de tendre vers ces despotes pnsillanlmes autant qu'implacables des mains encore menrtries des fers dont ils les avaient si longtemps chargées. Je ne leur demandais que la grâce de m'épronver, et je n*ai pu robtenir 1 ils n'ont osé croire que mes paroles fussent sincères 1 Indignes d'apprécier mon eœor, ils ont cru leurs lettres de cachet un fineln plus sûr que ma délicatesse : et quand la jouissance d'une liberté désormais inalté-
tSQBes : mais il n'y en pas nne dont l'ingratitade d«f clients que je sanyais, les prévarications des tribananx qne je forçais d'être justes, la stapidité ou la cormption des hommes en place qne je démasquais, n'att empoisonné p<nir moi le succès. Il ny a point d'amomv propre à dire que le barreau et la littérature n'ont poiol produit d'hommes dont la vie ait été semée d'aneodotes, pins incroyables en ce genre, depuis la défense de li. le duo d'Aguiillon Jusqu'à mes réflezioiis sur eelle de M. de Ully.
J'oserai dire plus, quand on devait m'aocuser d'amoar- {ffopre, et réveiller les anciens cris à*égoïsme : il n'y a pas en d'écrivain doot le zèle ait été plus pur, l'âme pins inaccessible au manège en tout genre, comme aux considérations personnelles, les faibles talents plus exclusivement dévoués à la défense de la justice, à la manifestation de la vérité : et il y paradt bien, aux fruits qne j'en ai tirés.
Puisque je parle ici de l'exil occasionné par la défense de M. de Beliegarde, je dois rendre hommage à la générosité de M. le maréchal de Biron, en cette occasion. U était chef du conseil de guerre que la lettre de eacÂiel semblait venp;er. Il se donna les plus grands mouvemeolfl pour en précipiter la révocation. A mon retour, l'accueil )M pJas boDDêt^y le plus flatteur, fut l'appareil qu'il mit à ma Jf/eggare.
jDes cberalien français tel est le oartoi^ -.
^^™ oo D'est p*B apiMtremment ceM dea c{^sva2là«ca VWk
'«•«' oi des auLPéobaxaaeadémieienM.
niUe ne ooiutde k peine du pris qu*dle ne «oAtOi Ils s'^pUudisBeat peut-être de 1& wgaclté qui leur îklitlt deriner l'usage infatlUbli que j'en Terala.
Ecartons ces retonn et cm regiets qui n'ont plu d'application ; n'ayint pn être admis à convaincre les mlnEstrea de France de ma résignation, profitons au moins de la faculté qu'ils m'ont forcé de me donner de démasquer aux 7eux du public leurs ii^uistioes, de révéler leurs barbaries. Les unes sont déjà bien constatées : oitrons enfin dans le dMaH des autres ; et al, & la lecture de ces mémcriree, quelques lertetirs sont tentés de dire que jamais oppression n'a été reprochée avec tant d'énergie, forçons-les de convenir également qu'il n'j en a jamais eu d'aussi cruelle.
m. — Du régime d* 1» Bastille.
Je ne touche point ici pour le présant i une question délicate, dont la discussion serait plus pénible que la solution n'en pourrait être utile. Je ne cherche point si les prisons d'Etat sont nécessaires à un gouvernement!
s'il faut à toutes les administratious de cas dépôts soustraits à l'Inspection des lois ; si ce ressort violent, et toujours dangereux, peui être regardé comme Indispensable dans des machines qui, pour se conserver, ont quelquefois besoin d'essu;er des secousses extraavdinafres; si enfin ce qjCo^ ôfeà\Wi& ç^'ètt»!*. par le nom biiarre de \e,\Xte ôa '^^'^'*i^^
oonune la peste à TEgypte, la petite vérole à l'Arabie, les inondations de cendres brûlantes au voisinage des volcans, etc., ce problème est à peu près résolu par les faits; si cette solntion n*est pas celle qu'admettrait une philosophie humaine, elle n'en est pas moins adoptée par une politique universelle.
On ne voit point de nation chez laquelle l'autorité n'ait usé de cette ressource, ou de quelque équivalent. Rome, dans le temps de sa plus pure liberté, avait des dictateurs. Les ordres de ce magistrat suprême valaient bien des lettres de cachot, puisqu'il disposait sans appel, et sans rendre de compte, non-seulement de la liberté, mais de la vie des citoyens.
A Sparte, la raison d'Etat poussait le despotisme encore plus loin, pour ainsi dire. Les rois mêmes, c'est-à-dire les chefs de la nation, y étaient soumis ; les éphores pouvaient les envoyer en prison ; c*était à la vérité le contraire d'une lettre de cachet : mais enfin c'en était une espèce.
Je vois que dans le lieu de l'univers ot l'administration est le plus surveillée^ le plus restreinte, dans celui où Ton a le mieux réussi à garantir les particuliers sans pouvoir des abus arbitraires du pouvoir, à Londres môme, il existe une tour destinée à renfermer les criminels d*État. Le Parlement, ce gardien des libertés privées autant que des franchises publiques, non-seulement ne marque pas d*eftroi à i'aspect d'une citadelle q^l semble menacer les unes et les a.\x\.Tes', laaÀa ^!^ «û. ■^'t quelquefois usage: iV. ne csoVX» v^ \^
ni violer, ni compromettre les privilèges do peuple (22).
A plus forte raison, une semblable institution pourrait -elle paraître excusable en France, où les caractères étant plus impétueux, les prétentions des différents pouvoirs qui ne cessent de s*y choquer moins circonscrites, et Pautorité royale sans bornes comme sans étendue bien constatée, on peut dans de certains moments sMmaginer avoir besoin d*un frein ou d*un épouvantail qui défende les prérogatives du trône si ce ne sont pas celles de la nation. Mais encore une fois je n'entre point ici dans cet examen : ce n*est pas de la légitimité de la Bastille que je m'occupe en ce moment; c'est de son régime. Or ce régime est horrible ; il ne ressemble à rien de ce qui s'est jamais pratiqué ou se pratique aigourd'hui dans le monde (23).
Si dans les relations de ces voyages, qu'une effervescence passagère a tant multipliés ces dernières - années, nous lisons qu'aux terres australes, dans quelques-unes des îles que la nature semblait y avoir cachées au reste du monde, il existe une nation légère, douce, frivole môme par essence, dont le gouvernement n'est point sanguinaire; où les affaires les plus sérieuses prennent toujours une tournure plaisante, et dans la capitale de laquelle cependant on conserve avec soin un abîme où tous les citoyens sans exception peuvent ôtre à cTiaiCsj\^Vû&\»xîX^^^^ cîpîtés; où, en effet, on eu vTfeç^\^^R^Vs^s^'^'; Jement quelques-uns, swt ^«s ^^^'^^:vr?^fe.
n'est possible ni d'é^V\«t \^ eow^,^^^ ^^^
rexamen, ni souTent de pénétrer le motif on le prétexte;
Que l'infortuné ainsi évanoui se trouve alors séparé du monde entier; plus éloigné de ses parents, de ses amis, et surtout de la justice, que s'il était transféré dans une autre planète; que ses réclamations sont étouffées sans ressource, ou du moins n'ont qu'un seul canal pour se produire au dehors, et c'est précisément celui qui est toujours intéressé à les supprimer, en raison de ce que leur motif, c'est-à-dire Toppression qui les nécessite, est plus grave et plus palpable ;
Qu'il est abandonné, au mxAns très longtemps sans livres, sans papiers, sans communication avec qui que ce soit, au tourment d'ignorer ce qui se pssse au dehors, ce que deviennent sa famille, sa fortune, son honneur, et de quoi on l'a accusé , et de quoi on l'accusera, et quel sort on lui réserve ; tourment dont une solitude sans aucune espèce de distraction rend à chaque minute les aiguillons plus vifs et la sensation plus profonde;
Qu'il n'a d'autre caution de la sûreté de sa vie que la délicatesse de ses gardiens; gardiens qui, malgré le signe d'honneur attaché à leur vêtement, étant capables pour de !*«*gent, de s'avilir jusqu'à se rendre, sur un ordre arbitraire, de lâches satellites, ne répagneraient pas sans doute à se charger d'un ministère plus lâche encore et plus barbare, ai on rexîgeaît d'eux au même titre ; qn'idnsi il peut très raisonnablement noVt \8. ifi«jtt ^ns chaque aliment qtfon \oi a«tl\ ^pi^ eùAQue fois qu'on ouvre sa porta. V^ c;i\ \nr
gabre des verroux qui la chargent peut lui paraître le précurseur d'un arrêt de mort et le signal de l'arrivée des muets destinés à l'exécuter; sans que le sentiment de son innocence ou Téquité du prince soi^t pour lui un motif de tranquillité , puisque la première surprise faite à celle-ci peut être suivie d'une seconde ; puisqu'on a sur sa vie le même droit que sur sa liberté; puisque les mêmes mains qui se prêtent à Tassassîner moral^n^t mille fois par jour en vertu d'une lettre de cachet, ne se refuseraient pas sans doute à le tuer pliçfrsiquement une fois, d'après la même autorisation ; et que, dans un lieu où tout est douleur et mystère , il n'y a pas d'attentats qui ne puissent être commis et cachés avec la même facilité;
Que s'il conserve sa santé, elle n'est qu'un supplice de plus, parce que. sa sensibilité est plus vive et ses privations plus douloureuses; si elle succombe, comme il arrive presque toi^gours, le régime de la maison, qui ne change point, le livre sans secours, sans consolation , à l'idée horrible qu'il ne peut échapper; qu'il va laisser sa famille malheureuse, sa mémoire compromise ; que sa cendre sera privée des derniers tributs payés par la tendresse aux objets qu'elle a perdus; que sa fin sera peut-être ignorée , que sa femme, ses enfants abusés, feront encore des vœux et des efforts pour sa délivrance, longtemQ& après que le tombeau ^^ î\ ^ ^Xfe ^sûsefô^^iôîs. vivant ne consenrera p\\3s cça» ^«^ ossK5»Ko&a» déchamétk ^^ a,.*^^
Si un pareil tableaML «e Xtom^w. ^»**^
voyages de Cook ou de Tamira! Anson, quelle impression produirait-il? Ne prendrions-nous pas le peintre pour un imposteur? ou bien, en nous applaudissant de vivre dans des contrées exemptes d'une pareille servitude, ne concevrions-nous pas un mépris mêlé d'horreur pour un gouvernement si barbare et une nation si avilie?
Hélas! c'est celui de la Bastille, et qu'il est encore au-dessous delà vérité 1 Qu'il est loin de rendre ces tortures de T&me , ces convulsions prolongées, cette agonie perpétuelle qui éternise les douleurs de la mort, sans jamais en amener le repos ; enfin tout ce qbe les geôliers de la Bastille peuvent faire souffrir et ce que personne ne peut peindre.
Le premier article de leur code, c'est le mystère impénétrable qui enveloppe toutes leurs opérations; mystère qui s'étend jusqu'à laisser du doute non-seulement sur fa réiidence, mais sur la vie de l'homme disparu entre leurs mains; mystère qui ne se borne pas à interdire sans exception tout accès auprès de lui aux nouvelles qui pourraient, ou le consoler, ou le distraire, mais qui empêche également qu'on ne puisse vérifier ni où il est, ni même s'il est encore.
L'homme qu'un officier de la Bastille volt et angarie tous les Jours, il soutient sans rougir, quand on lui en parle dans le monde.
Qu'il ne l'a Jamais ni vu, ni connu. Quand mes vrais amis sollicitaient auprès du ministre chargée du département de ces o\î^\\^X\fô& ^ /» permission de me voir, i\ rèpouA^it coxcofi^ ooliojmme étonné, même au^on^titin^^cToVt^
& la Bastille. Le gouverneur a souvent Juré & plusieurs d'entre eux, 9ur son honneur et foi de gentilhomme^ que je n'y étais plu% que je n'y avais pas été huit jours ; car le scandale de ma détention, le soin que Ton avait eu de ropérer en plein jour, et en pleine rue, ne lui permettaient pas de soutenir, comme il l'aurait fait sans cela, que je n'y étais jamais entré.
Un laquais ment de même à la porte de son mattre quand il en a reçu Tordre : mais ce n'est que pour écarteOr des vîntes importunes : ses faussetés ont un but utile ou un effet agréable : il ne les appuie point par un air pénétré ni par des serments ; et cependant cet emploi l'avilit. Appréciez donc celui d'un ministre et d'un gouverneur de la Bas* tille, qui ne trompent que pour tourmenter, et dont les mensonges ne produisent que des douleurs.
J'ose le demander, quel est l'objet de cette incertitude affectée où on laisse un public entier, des amis, une famille, sur Texistence physique de l'homme qu'on leur a ravi 7 Ce ne peut pas être de faciliter les moyens de le convaincre et d'assurer son ch&timent, car, i^ cette clandestinité n'sjoute rien à ceux que l'on a d'ailleurs, soit pour instruire son procès, soit pour consommer sa punition , s'il y en a une de prononcée ; Sfi mon exemple prouve que la Bastille recèle souvent a<^ hommes à qui non-seuleme$ii\. ^xl ^ûa^^so^'^'w^ faire de procès, mais h, craiYoTLxC^CLT^^o^^ faire; et ce sont préclafetûfetkt ^^^»:^ ^ «art de qui l'on affeclô d^to^^^^t^^^^^
image : dins quel dessein , Je le répète r Le régime de ce château étant expressément institué pour déchirer les âmes, pour rendre lavie dure, commemeTa dit naïvement une fois un des questionnaires à croix de St- Louis qui ne Xrémissent pas de ces fonctions, je conçoisqueTisolement absolu, Tignorance sans exception où Ton tient un prisonnier de ce que Ton a fait, de ce que l'on fait, de ce que Ton fera, pour ou contre lui, est un moyen parfaitement convenable au but que Ton se propose ; rien n*est mieux imaginé pour faire passer un homme par toutes les gradations du désespoir, surtout sMl a le malheur d'avoir une de ces âmes fières et actives que le sentiment de rii^ustice révolte, pour quiToccupation est un oesoin, et Tattenteun supplice : mais pourquoi faut-il associer à ses tourments ses parents, ses amis, que Ton feint de ne pas vouloir associer à ses infortunes?
Au moins, quand il y a un procès établi, on connaît la nature de Taccusation ; on sait Jusqu'où elle doit s'étendre : on suit îes progrès de la procédure ; on ne perd point la victime de vue, jusqu'au sacrifice, ou jusqu'au triomphe. L'inquiétude a des bornes, et la douleur des consolations.
liais ici, tandis que Tinfortuné soustrait à
tous les yeux accuse ses amis, sa famille de
Foublier, ils tremblent qu'on ne leur fasse un
crime de se souvenir de lui : sa captivité dé-
pendant d'un caprice, ses fers pouvant ou
tomber à chaque moment, ou se ^«r^fe\»aT
ff^ ^n, chaque jour est pour ceux q^i\ «sr- ^'^^^ de le revoir. ' "^
conmie i^out \\^ ^Qswa
période complète, où ils épuisent toutes les angoisses de Tattente, et toutes les horreurs de la privation; le matin, on pleure du souvenir de ce que Ton a déjà souffert, et le soir par la certitude d'avoir encore à souffrir, sans qu*ll soit possible même d^entrevoir une fin à ses supplices; ou si Timagination essaye de s*en fixer une, ce n*est que pour se préparer de nouveaux déchirements.
Dans les vues de Tinstituteur primitif du régime de la Bastille, cette effroyable politique avait un objet : c'était de se défaire sans bruit et sans éclat ries hommes pour Tassassinat de qui le bouxreaului aurait refusé son ministère : quand il avait proscrit un innocent, car on ne proscrit que ceux-là, les coupables on les juge; quand il avait proscrit un innocent, il voulait qu'on ignorât Pépoque de sa mort, afin de ne la fixer qu'au moment précis qui convenait à ses intérêts, ou à sa vengeance.
Mais Louis XYI n'est pas Louis XI : l'un est aussi humain que l'autre était barbare : l'un respecte autant la justice et les lois, il en recommande aussi soigneusement l'observation, que l'autre se plaisait à les faire violer, et à donner l'exemple de l'infraction. Comment donc conserve- 1 -on sous Thumanité de Louis XYI le régime inventé par la tyrannie de Louis XI? Commet, sous le prince à qui l'équité est chère et le sang des hommes, ^"s^^
tions étaient uiisp©cte»\<b «*S*^^*^^«ï^lr:^^ lait le bourreau, aou comvifes^»'*^ ^^
Jamais que aoos Tescorte d^un satellite, soc compère aussi, mais plus féroce, plus sanguinaire que tous les bourreaux ensemble?
Encore, si c'était la gravité des délits ou l'espèce des personnes qui déterminassent cet étrange et périlleux incognito; si Ton ne couvrait de ce voile funèbre que des hommes dévoués par Pénormité de leurs forfaits à un supplice prochain, ou des intrigants que leur naissance, ou leurs richesses, ou leurs relations rendissent redoutables, on aurait au moins une excuse ou un prétexte.
Mais la Bastille, comme la mort, égalise tous ceux qu'elle engloutit : le sacrilège qui a médité la ruine de sa patrie, et Thomme courageux qui n'est coupable que d'en avoir défendu les droits avec trop d'ardeur, et le l&che qui a trafiqué des secrets de l'Etat, et celui qui a dit aux ministres des vérités utiles, mais contraires à leurs intérêts, et celui qu'on enchaîne de peur qu'il ne déshonore sa famille par des crimes, et celui dont on ne redoute que les talents, sont tous plongés dans les mêmes ténèbres (*)•
Et qu'on y songe bien, elles sont doubles; elles empêchent de voir comme d'être vu; non-seulement elles ôtent au prisonnier la
(') Gela n'est pas toot à fait ezaet. On verra plus bas
in faTBur de qui et dans onels cas oes ténèbres s'é-
elaircissent. Ainsi, je ne prétends pas au'il ▼ ait ja-
laaia d'exception^ je ne parle qne du réeime général,
de ce qae j'ai eproQTé DersonneWeinenl) d« «a c^a l'on
/n'a dit sauB cesse être le ooslnme \iab\V(M\ «tV Yot^s»
commun de la. maison. On seul bien q^e cfeiX vq3\ax&.
^ l'iaaoceaoe qu'il doit fttre ïuneaio. Data d«a tV^&wosi
connaissance de ce qui peut Tintéresser personnellement, la faculté de régler ses propres affaires, de préyenir, par des arrangements définitifs ou provisoires, sa ruine et celle quelquefois de ses correspondants, celle surtout d'éclairer ses protecteurs, de désarmer ses ennemis; enfin, tout ce qui pourrait l'occuper utilement; mais elles lui dérobent jusqu'à Taspect des affaires publiques qui pourrait le distraire : devenu étranger à Tunivers entier, on ne lui permet pas même de s'informer de ce qui s'y passe, n y a peut-être, dans ces cachots, tel homme qui fatigue Journellement de ses prières Louis XY et le duc de la Vrillière; il se croit encore enchaîné par eux ; il est sans cesse à genoux devant ces deux fantômes dont il n'existe plus que la mémoire, et les officiers du lieu, témoins de son erreur, ont la stupide délicatesse ou le scrupule barbare de ne pas l'en tirer.
De cette ignorance active et passive, il résulte des effets infiniment funestes pour l'infortuné ainsi abusé : s'il n'a été sacrifié, par exemple, qu'à la vengeance personnelle d'un homme en place, il n'est point soulagé par la chute même de ce colosse dont la prospérité l'a écrasé. Il ne peut pas s'en prévaloir par lui-même, puisqu'il n'en est pas
dont le caprice dispose, il n'y a que la protection qai puisse procurer des dispenses; or, dès qu'un homme innocent est à la Bastille, il est bien cloix ^'>\t!^^ \;^ de protecteurs, ou que ses pToVftcXeox^ ^o^ '^^^^^v puissants que ses ennemis. Ceal Aoii^ *^^^^^^y*^/^ qu'est préparé rabomlna^le tè^xû» ^«wA ^ ^ auesiioD,
instruit: s il n*a pas des amis ardents, M sa famifle est timide, ou obscure, ou indllTérente, ou éloignée, l'oppression reste la même, quoique l'oppresseur soit évanoui. Le successeur songe bien plutôt à user de la même ressource qu'à redresser les torts qu'elle a produits. Le prisonnier reste à la Bastille, non pas parce qu'on désire qu'il y soit, mais parce qu'il y est, parce qu'on l'oublie, parce que les bureaux ne sont pas sollicités, et que rien n'égale la difficulté de sortir de ce puits meurtrier, si ce n'est la facilité d'y tomber.
J'en puis citer un exemple, autre que le mien, et sans compromettre personne. De mon temps, la Bastille recelait un genevois, nommé Pélifferi. Son crime unique était d'avoir fait quelques remarques sur les opérations financières de M. Necker. Quand un ha* sard très singulier m*en a instruit, il y était depuis trois ans : il y est peut-être encore, et ne connaît ni la subversion de sa patile, ni celle du ministre qu'il accuse avec raison de la sienne. Il ne sortira que quand un autre hasard, ou peut-être la mention que j'en fais ici rappellera sa mémoire aux cerveaux mobiles qui maîtrisent l'immobilité de la Bastille : peut-être enfin sentira-t-on combien il est affreux d'éterniser ainsi au nom de l'État la vengeance personnelle d'un administrateur passager ; de punir un étranger, un homme nonnête, d'avoir été assez éclairé pour pres- ^ntir ce que le gouvernement ne devait pas tswder k faire lui-même; car eii^ti^(\\i€^restet'il des opérations de ^L ^ecV.erl^\^TH3^\- ^fert a été coupable en \ea cetksojroxùt, ^^
sont done ceux qui les ont détraitos (24).
Peut-on ne pas Arémir d'horreur, en songeant que celles dont je trace le péniUe tableau ont été le prix d'une indiscrétion, qui, quelques mois plus tard, est devenue non-seulement une action prudente, mais une . nécessité ? Le panégyriste de M. Necker aujourd'hui risquerait sans contredit de se trou?er le commensal de son critique : et tandis qu'un despotisme sans pudeur multiplie arbitrairement les victimes de ces terribles inconséquences, leurs réclamations se perdent dans les ténèbres inaccessibles dont je parle.
Encore une fois, qu'on y songe bien, rien n'ai sort, comme rien n'y pénètre : les tentatives mêmes qu'un prisonnier peut hasarder auprès de ses protecteurs, pour les intéresser à obtenir ou une procédure ou un paitlon, on les intercepte, on les ensevelit : avertis même par ces indications indiscrètes des côtés par lesquels il peut se flatter d'être secouru, les limiers de la police se hfttent de fermer les passages aux efforts que l'on pourrait tenter en sa faveur. On ne lui laisse le pouvoir de solliciter ceux qui peui/«Qt solliciter pour lui que quand il a ou jusqu'à la dernière goutte la mesure de fiel que le despotisme et la haine lui ont préparée.
Ses lettres, quand on ne lui enlève pas la faculté d'écrire, passent toutes ouvertes à la police, ou bien elles y sont décachetées. C'est pour les préposés à ce tirage un asa»aî5ss!L^s^que la lecture de ses dwsXoxxi^xia^^^sûK^îîv^ tiens : ils se divertissent \m motûss»^ ^?^^*% sor lequel ehacun de cea e-ac^kSL^^ ^cîoss«^ •
puis on enliasse soigneusement le proc^^^ épistolaire de chaque Jour, non pour en fc%.Xn usage, mais pour Tentenrier dans des déf^^^^ Inconnus, ou le brûler. Ni le prisonnier ^o/ a écrit, ni ceux à qu'. il écrit, n'en entend^sc^ jamais parler.
Dans les premiers temps de ma détention.
J'avais imploré les bontés des princes de la famille royale (25). instruit dès auparavant que Monsieur et monseigneur le comte d'Artois m'honoraient de leur estime, Je m'étais flatté que, dans mon malheur, ils ne me refuseraient pas leur bienveillance. Je leur avais écrit : les lettres étaient cachetées : le lieutenant de police, quelque temps après, me dit ^u'il les avait lues mais non pas rendues : qu'on ne le lui avait pas permis. Et sur ce que je lui observai que, puisqu'il en savait le contenu, il pouvait en informer les princes généreux à qui il les avait soustraites, il me répondit, qu*il n'approchait pas de ces puis^ sances. Et l'homme à qui l'accès de ces puissances était interdit avait celle de décacheter leurs lettres, de les supprimer; de rendre leurs bonnes intentions et celles du roi inu* tiles, enfin d'élever autour de moi des rem* parts plus impénétrables que tous les châteaux magiques dont l'imagination a Jamais peuplô les romans?
Entrons maintenant dans l'intérieur de ces remparts, voyons comment s'y prennent les Cerbères qui en ont la garde pour compléter leur abominable ministère, pour achever d'y rendre la vie dure.
Le prélude» !)uand on leur amène une proie
nouvelle» c*est la fouille. Leur prise de aession de la personne d'un prisonnier, .
manière de constater la propriété infen dans laquelle il va être compris, c*est d( dépouiller de toutes les siennes. Il est au surpris qu'effrayé de se trouver livré aux i cherches, aux tâtonnements de quatre hoi mes dont l'apparence semble démentir h fonctions, et ne les rend que plus honteuses de quatre hommes décorés d*un uniforme qu autorise à en attendre des égards, et d'un signe d'honneur qui suppose, il faut le répéter, un service «aiM tache*
Ils lui enlèvent son argent, de peur qu'il ne s'en serve pour corrompre quelqu'un d'en* tre eux; ses bijoux, par la même considération; ses papiers f de peur qu'il n'y trouve une ressource contre l'ennui auquel on veut le dévouer; ses ciseaux^ couteaux 9 etc.^ de peur, lui dit-on, qu'il ne se coupe la goi^e, ou qu'il n'assassine ses geôliers : car on lui explique froidement le motif de toutes ces soustractions. Après cette cérémonie, qui est longue, souvent coupée par des plaisanteries et des gloses sur chaque pièce comprise dans l'inventaire, on vous entraine vers la loge qui vous est destinée dans cette ménagerie.
Elles sont toutes pratiquées dans des tours dont les murs ont au moins, comme le l'ai dit, douze pieds d'épaisseur, et dans le bas trente et quarante. Chacune a un seul soupirail pratiqué dans le mur, mais traversé par trois grilles de fer, l'une en dedans^ Tautre au mtlieu de la muraille^ la troisième en dehon.
Les barreaux sont croisés ; ils ont uuqo^m^<^
carré d^épalsseur; et par un raffinement qui «rouTe la supériorité du génie des inventeurs» la partie solide de chacune de ces étranges mailles répond juste au vide d^une autre, ce qui laisse à peine à la vue un passage de deux poucesy quoique les mailles en aient à peu près quatre de large.
Autrefois, chacun de ces caveaux avait trois ou quatre ouvertures» toutes petites, il est vrai, toutes décorées des mêmes réseaux; mais enfin cette multiplicité de lucarnes aidait à la circulation de l'air ; elle prévenait lliumidité, l'infection, etc. ; un gouverneur plein d'humanité les a fait boucher, il n'en reste qu'une ; dans les plus belles journées, le peu de lumière qu'elle laisse transpirer dans la chambre ne peut servir qu*à en faire mieux distinguer Tobscurité.
Ainsi en hiver ces caves funestes sont des glacières, parce qu'elles sont assez élevées pour que le froid y pénètre; en été ce sont des poêles humides, ou Ton étouffe, parce que les murs en sont trop épais pour que la chaleur puisse les sécher.
U y en a une partie, et la mienne était de ce nombre, qui doiment directement sur le fossé où se dégoi^e le grand égoût de la rue Saint-Antoine; de sorte que, quand on le nettoie, ou en été dans les jours de chaleur un peu continuée, ou après chaque inondation, accident asses commun au printemps et en automne dans ces fossés creusés au-dessous du niveau de la rivière, il s'en exhale une infection pestilentielle. Une fois engouffrée dans cee Jbouling que Ton appelle des chambrêit
elle ne se dissipe que très lentement G^est dans cette atmosphère qu'un prisonnier respire; c'est là que, pour ne pas étouffer entièremait, il est obligé de passer les jours, et souvent les nuits, collé entre la grille intérieure, qui Técarte, comme je yiena de le dire, même du trou taillé en forme de fenêtre, par laquelle coule Jusqu'à lui une ombre de jour et d'air. Ses efforts pour en pomper un peu de nouveau par cette sarba^ cane étroite ne servent souvent qu'à épaisEdr autour de lui la fétidité qui le suffoqua
En hiver, malheur à l'infortuné qui ne peut pas se procurer l'argent nécessaire pour suppléer à ce qu'on distribue de bois au nom du roi. Âuti^ois U se délivrait sans compte et sans mesure, en raison de la consommation de chacun. Ou ne chicanait pas des hommes d'ailleurs privés de tout, et réduits à une immobilité si cruelle, sur la quantité de feu qu'ils croyaient nécessaire pour décoaguler leur sang engourdi par Tinaction, ou volatiliser les vapeurs condensées sur leurs murailles. Le prince voulait qu'ils jouissent de ce soulagement, ou de cette distraction, sans en restreindre la dépense.
L'intention est sans doute encore la même:
les procédés sont changés. Le gouverneur actuel a fixé la consommation de chaque reclus à six bûches grosses ou petites. On sait qu'à Paris les bûches d'appartement ne sont que la moitié de celles du commerce, parce qu'elles 80nt sciées par le milieu. Elles n'ont qu'environ dix-huit pouces de longueur. L'économe distributeur a soin de fait^ <i\vSiV^^ ^vos^>s»
eHantiers ce qu'il est possible de trouver de bois plus mîflce, et, ce qui est aussi incroyable que vrai, de plus mauvais. Il fait prendre, par préférence, les fonds des piles, les restes de magasins, dépouillés par le temps et Thumidîté de tous leurs sels, et abandonnés par cette raison à bas prix aux ouvriers tels que les brasseurs, les boulangers, à qui il faut un feu plus clair que substantiel. Six de ces allumettes composent la provision de vingt-quatre heures pour un habitant de la Bastille.
On demandera ce qu'ils font quand elle est disparue : ils font ce que leur conseille en propres termes l'honnête gouverneur : ils souffrent {Voyez ci-après la note 29, p. 187.)
Les meubles sont dignes du jour qui les éclaire, et de Thabitation qu'ils doivent décorer. Ils est bon d'avertir d'abord que, par son forfait avec le ministère, le gouverneur doit les fournir et les entretenir à ses dépens : c'est une des très petites charges attachées à son immense revenu, dont je parlerai bientôt 11 peut s'excuser des incommodité du séjour, parce qu'il ne peut pas changer la situation des lieux : il peut pallier l'odieuse lésinerie dont je viens de parler, qu'il exerce sur la consommation du bois, sous prétexte qu'elle tend à épargner de la dépense au roi. Mais sur l'article des meubles, qui ne regardent que lui, et qui lui sont payes, il n'a ni excuses, ni palliatif. Ses épargnes en ce genre sont nécessairement tout à la fois un vol et ane cruautéi Or, deux matelas rongea dea n«», xs^ fmateuil de canm dont le Àèg^ i^*^ Xfôckaix
qo^arec des ficelles» une table pliante» une cruche pour Teau, deux pots de faïence, dont un pour boire, et deux pavés pour soutenir le feu; YOilà Tinventaire, du moins des miens, le n*ai dû qu'à la commisération du porteclef, après plusieurs mois, une pincette ei une pelle de fer. n ne m'a pas été possible d'obtenir des chenets : et» soit politique» soit inhumanité» ce que le gouverneur ne veut pas fournir» il ne veut pas non plus qu'un prisonnier se le procure à ses propres fk*ai& Ce n^est qu^au bout de huit mois que J'ai pu me faire acheter une théière : pour avoir»
avec mon argent» un fauteuil ordinaire et solide» U en a fallu douze, et quinse pour remplacer par de la faïence commune la crasseuse et dégoûtante vaisselle d'étain qui circule seule dans la maison.
L'unique meuble qu'il m'ait été permis de me faire acheter dûis les premiers Jours»
c'est une couverture de laine : en voici l'occasion.
Le mois de septembre est, comme on sait»
te temps où les œufs des teignes qui rongent ies étones de laine «e changent en papillons-. A l'ouverture de l'autre qui m'était assigné, il s'éleva du lit» non pas un nombre, non pas un nuage de ces insectes, mais une large et épaisse colonne, dont le développement inonda la chambre en un instant Je reculai d'horreur : « Bon, bon, me dit en souriant un des introducteurs, vous n'y aurez pas couché deux nuits, qu'il n'y en auT8k'^\\^ >mi '«js?^^
Le solTf le lieutenant ^^ mWç» V«^-» «»^ vant rusage, me souha\\«t \% XjNs».^^^'^
montralinierépugnaiMe sl^olent&pmir m :; grabat ainsi peiq^, qu'on Tonlut' bien m
laisser parvenir une couverture neuve, « me permettre de faire battre les matelas le tout à mes dépens. Comme les lits d( plume sont interdits à la Bastille, sani doute parce que ces délicatesses ne convien< Dent pas à des hCKmmes à qui le ministèn veut surtout donner des leçons de inortffiea tfon, J'aurais voulu, au moins tous les troî «ois, faire donner à mes misérables matelai Bette espècedenyeunissementLe ^uverneo:
propriétaire s'y opposait tant qu'il pouvait quoiquMl iMdât lui en rien coûter, mais para que cette &çon, disait-il, ias use.
Mademcriselle de Staal raconte qu'elle fi tendre dans sa dliambre une tapisserie. Dut 3lle cette condescendance à sa qualité d< favorite d'iuie grande prinoesse, ou bien à c< que les mœurs du tonps hissaient encon d'humain môme il la Bastille, c(Bame h prouvent les autres détails de sa captivité, j< ne le sais pas. Ge qui est sûr, c'est que le tolérances de ce genre sont un des abus qm la régularité moderne a retraaekés. Mes ins tances pour obtenir à mes dépens ou um toile qui eût aidé à absorber rkumidité de nurs, en cachant leur teinte lugubre, on di papier qui< eût produit le môme effet, en nu procurant de plus la diversion de le collei moi-même, ont été inutiles.
Dans ma chambre, le specta^ de ce
wurs avait quelque chose d'affreux. Un é
^"^ prédéeessearSf peintre apparemment oi
aniMieur, et molaa ezclusivemoflit aeit^ ^
tont «a qui ponvait on DOnrrir mnk Énw oa
oocuptf ses nudns, » obtenu la permladon de tMitoiiÛler ce a^oor i. n manière. C'est un octogone wl a quatre grands oAtés et quali» petits. Cbacnn eet Incnuté d'un tableau très oonvensblfi u lieu : ce sont >ea détaila dft la nualon.
Hais soit par gofit, nlt qu'on n'ait ronln lui passer qn'one oouteor assortie an «ijet et k rappartement, U n'a emplojé que de l'ocre et n'a fait que des camay eux dont on peut Imaginer U nuance. Aprts l'évaporatlon des papillons, quand mes jetn. se portèrent sur ces panneaux dont l'obscurité durciseait on* core la t«inte, où Je ne ToyaiB en gros que des attitudes de douleur, qne des appareils de supplice, sans en distinguer le siyet, ce que l'on raconte des oubliettes , ce que l'on sait des sanbenltos me revint 11 l'Imagination. Je crus fermement que ces cadres étalent autant d'emblèmes du sort qui m'attendait, et qu'on lie m'avait donné cette chambre que pour m'y préparer. Je fis à Dieu le sacrifice de ma vie. Ames sensibles, appréciez ce moment.
Ainsi logés, ainsi meublés, si du moins les captifs conservaient la faculté ou'ils avalent adtreTois, celle dont les coupables même ne sont point privés dans les prisons ordinaires, que la Justice seule dirige, c'est-à-dire celte de converser entre eux, de se voir, de f:^<:i.i.ve.i de ces liaisons que la uteeeAXfe «!».■&.»» *^^^ les autres députa, mfeme en.UftX'^'i^^'V^^,.
ime estime réciproque; sans oublier leur tresse, ils en auraient plus de force pour l. supports. On voit de certaines liqueurs, qi^^ chacune à part blessent le goût, en les m&.
lant, elles acquièrent une saveur moins rebutante; il en est de même de Tinfortune; mais c^est précisément cet amalgame de soupirs que les bastilleurs ont grand soin de prévenir; ce qu'un prisonnier diminuerait de ses amertumes serait autant de retranché sur leurs jouissances. Leur devise est le mot qu'adressait à ses bourreaux Caligula, quand il leur commandait un assassinat : a Frappez de façon qu'il se sente mourir. »
Du moment où un homme leur est livré, il est perdu, comme Je Tai dit, pour runivers entier; il n'existe plus dans le monde que pour eux; ils ne sont pas moins attentifs à prévenir toute sorte de correspondance intérieure entre leurs victimes, qu'à leur inter^ dire toute espèce d'épanchements au dehors.
La Porte et d'autres parlent du commerce qu'ils entretenaient avec leurs voisins par des cheminées, etc.
Encore une fois cela pouvait être de leur temps; aujourd'hui, les tuyaux de cheminées sont traversés, comme les fenêtres, dans leur iongueur, de trois grilles les unes au-dessus des autres, dont la première commence à trois pieds du foyer, et leur embouchure s'élève è plusieurs pieds au-dessus de la terrasse; les privés, soulagement très-rare, car Je crois qu'il n'y a dans tou\i \e çàA.\«»M ^^^ dsux chambres qui en soient âioxife^s^ ^«td^» pourvus de la même gamitwro •• \»» «wïA»