partie des chambres est voûtée; les autres ont des planchers doubles
Quand on juge à propos de faire descendre on captif, soit pour un interrogatoire, ihl est assez heureux pour en subir, soit pour voir le médecin, s*il n est pas assez malade pour être obligé de l'attendre dans sa caverne, soit pour la prétendue promenade dont Je parlerai tout à Thlbure, soit par un simple caprice du gouverneur, il ne trouve partout que le silence des déserts et Tobscurité. Un croassement funèbre du porte-clefs qui le guide fait di»paraître tout ce qui peut le voir ou être vu de lui. Les fenêtres du corps de logis où se recèle Tétat-migor, où sont les cuisines, où sont admis les étrangers, se cuirassent à Tinch tant de rideaux, de volets, de jalousies, et Ton a la cruauté de ne procéder à cette opération que quand il est à portée de s'en appercevoir. Ainsi tout lui rappelle qu'à deux pieds de lui il y a des hommes, et des hommes qu'il aurait peut-être un très grand intérêt de voir, puisqu'on apporte un sigraïad soin à les lui cacher, ce qui midtiplie ses angoisses en raison de ses attachement^:.
J'ai cru longtemps que j'avais pour commensale une personne dont la conservation pouvait seule me consoler de mes autres pertes, et par les fers de laquelle on y aurait en effet mis le comble si l'on avait pu trom* per savigilanca Les réponses qu*attiraient mes questions à ce sujet n*étaient propres qu'à confirmer mes aU^xaûfts» \ ^"W: ^5iÇia»&.^«s^
hommes rafflnéa ^aïka \«c\. ^^ ^«^'^^^^^'^^^x^ Simes trouvent VoccaaXwi d^ xd»» '^^^^^^
babituel qui tourmente une franctalâe simulée qui puisse désespérer, ils ne la manquent pas : qu'ils parlent ou quMls se taisent, ils ùut grand soin que leur activité soit cruello comme leur inaction.
(Test par ces manœuvres qu^un père et un fils, un mari et une femme, des parentés entières peuvent peupler à la fois la Bastille, sans se douter qu'ils aient auprès d'eux des otijetssi chers; on y languit dans une persuasion qu'une détresse commune enveloppe '} .^1 toute la famille, quoiqu'une partie s'y soit ■^ !l\ soustraite. Quand un gouverneur de Saint- Domingue jugea à propos, il y a quelques années, de se défaire un matin de toute la Justice d'une de ses villes, et d^emballer un tribunal entier pour le renvoyer en France sur le même vaisseau, on mit, tout en arrivant, ce Parlement américain à la Bastille.
Les pauvres gens y trouvèrent une bien autre servitude que celle de leurs nègres : ils y I furent huit mois sans savoir ce qu'était de-
venu chacun d'eux; et cependant on leur faisait leur procès I et en définitive ils ont été
i'i reconnus innocents! et ils n'ont eu d'autre
; i^ Indemnité que la permission d'aller repren-
/ij! dre leurs places 1
il Mais si Ton est si soigneux d'empêcher les captife, soit de correspondre entre eux , soit même de se reconnattre, on ne songe point an tout à leur dissimuler qu'ils ne sont pas neuls. Ces planchers doubles, ces voûtes impénétrables aux consolations, rendent fidèlement les indices par lesquels un infortuné ^^y souffïre est averti qu'il a au-dessus ou au«
dessous de lui an autre infortuné non moini à plaindre : les portes, les clefs, ne sont pas plus muettes, ainsi que les verroux. Le fracas des unes, le cliquetis, des. autres, le lourd cour lement des troisièmes retentissent an loin dans les volutes de pierre qui forment les escaliers, et m propagent d'une manière effrayante âam<le vkle immense des tours. Il m'était facile par là de supputer combien j'avais de voisins, et c^était une nouvelle source de ooovubioiis.
Sentir que Tcm il sur «a tôte ou sous ses pieds un être malheureux à qui l'on pourrait donner, ou de qui ron pourrait recevoir du soulagement; Tenteodre Hiarcher , soupirer ; penser qu'on n^en est éloigné que d'une demi-toise; combiner sans cesse Le plaisir de franchir cet espacent rimpossibllité d'y réusdr; avoir égalemeot. à s'afflige, et du fracas qui annonce un nouveau venu condamné!
partager voafers sans les alléger, 6t du silence de œs cachots, qui vous avertit quhin des compagnons de votre nrîsère a été plus for»
tuné que vous» c'est un supplice dont on ne peut pas se former d'idée. Ce sont ceux de Tantale, dTIxion, de StsyphCf réunis.
Et il en occasionne quelquefois un plus horrible encore. Je ne puis douter que le camarade qui occupait la chambre au-dessous de moi ne soit mort, naturellement ou non, pendant mon s^our. Une ni^t, vers deux heures du matin, J'entendis dans l'escalier un grand tumulte : on montait en grand nombre, et avec fracas, on s'arrêtait & cette porte; il ^ eut des* débats, db^ coutel3B^^lû»^Qa^ ^ft& ^^^iSk»^
des venues : J^entendis très distinctement des efforts, des gémissements.
Etait-ce une visite secourable, ou une exécution ? Introduisait-on un médecin, ou un bourreau? Je IMgnore : mais trois jours après, à la même heure. J'entendis à la même porte un bruif moins violent; je crus distinguer qu'on montait, qu'on posait, qu'on remplis^ sait, qu'on accommodait une bière : à ces formalités succéda une forte odeur de genièvre.
Ailleurs ce serait un événement tout simple : mais à la Bastille, et à une pareille heure; et à deux pas de soi I
Si le régime de la Bastille met ainsi à la discrétion de ses gardiens, par cette voie, et par une autre dont je parlerai bientôt, la via de quiconque y est précipité, ils veulent aussi qu'elle ne dépende absolument que d'eux; ils savent, et c'est une de leurs plus précieuses jouissances 1 que leur régime doit produire le désespoir : ils savent qu'il y a mille moments où celles surtout de leurs victimes, dont aucune action répréhensible n'a flétri le courage, ni l'habitude servile de l'obéissance énervé la sensibilité, seraient tentées de se soustraire par un effort passager à cette longue suite d'agonies : et c'est précisément ce qu'ils ne veulent pas; ils craignent encore
Elus qu'un de leurs captifs ne se dérobe aux erreurs dont ils le nourrissent, par la mort, que par la fuite. Ces Phalaris redoutent surfûut ça*on ne sente pas assez longtemps le ^ea de leur taureau : et, par uxa ^xl o^si ta peut se trouver qu'à la Bastm^ \w ^^fe^^vxaaas mémea qu'ils multipUeut lîOBto^ ç»v^^
tendus accidents sont aussi humiliantes que douloureuses, aussi propres à entretenir ie désir de la catastroplie qu*elles préviennent qn*à en empêcher l'exécution.
Tai dit qu'on ne laissait à un prisonnier ni ciseaux, ni couteaux, ni rasoirs. Ainsi, quand on lui sert les aliments que ses larmes arrosent ou que ses soupirs repoussent, il faut que le porte-clefs lui coupe chaque fois ses morceaux : et il se sert d'un couteau arrondi par le bout, qu'il a soin chaque fois de remettre dans sa poche, après la dissection.
On ne peut pas empêcher ses ongles de crottre, ni ses cheveux de pousser ; mais il ne lui est pas permis de se débarrasser de ces progrès Incommodes sans en arracher la faculté par une humiliation; il faut qu'il prie qu'on lui prête des ciseaux, le porte-clefs doit rester présent tant qu'il en fait usage, et les remporter sur-le-champ.
Quant à la barbe, le chirurgien de la maison est chargé de la raser; c'est un office dont il s'acquitte deux fois la semaine : lui et le porte-clefs, agent ou sur-intendant général de tout ce qui se passe dans les tours, veillent soigneusement à ce que la main du captif n'approche pas de l'étui où sont renfermés les iormidables instruments : on ne les déve loppe, comme la hache du bourreau qui décapite, qu^au moment de s'en servir : on se souvient encore à la Bastille du fracas qu'y occasionna la témérité de M. de Lally^ c^uaio^A. dans un temps od W T\ft ^t^h^^'^iX ^8^:^^^^
destinée : il s'empara \ui i^^x ^"^^^^"^^ refusa en ria»t. da \e tea^^e^ v:^^\k%2wa»
çalt pas des àeestins bien fbriear; le tocsin n'en HOima pas moins dam tout le cb&teau.
La garde était d^àmandée : vingt txrïonnettes marchaient ; on [véparalt peat-dtre les oanona, quand lieoreusement la révolte Suit par la Télotégratlon dn tcrrllde oatil dans sod étui. C'est une dérision que de prétendre, comme on le fait, que cette vigilance a autant pour . objet la sûreté des gardiens que celle du caiv df ld-mem& Qne) attentat redoute-t-on d'un homme charge de chaînes appesanties avec tant d'art, pressé par tant de murs, entouré de tant do gardes. Isolé avec tant de scnipnle? Mais quel que soit le motif qui fait craindre de laisser de si faibles ressources à sa portée, il est évident que c'est son désespoir que l'on redoute; or, on sait que ce désespoir n'est le fruit qne des tortures réQéchies dont on l'accable; et ce n'estque parce qu'on veut déchirer impunément son cœur, qu'on veut aussi que sa main soit impuissante.
J'ai beaucoup parlé jusqu'ici des portCKilefs, sans en indiquer l'emploi. Ce sont des subalttfnes chargés de ce qu'on appdie le service des tours, c'est-â-dire des prisonniers, et 11 est bref : il se réduit à distribuer les alimeoT.>; dans chacune des mues dont le district leu," est confié, ils y entrent trois fois par jour, f s^ heures du matin, k onze, et & six du soir. Ce sont là les heures du déjeuner, du dîner et do souper. Ou les veille pour s'iii^surf'iqu'ils ne ri'-tenl que le temps a peu pvln il:; déposer k'ur fardeau ; ainsi sur Iw vinirtquatre sii''cies qui composent une joumr'c, on plulùt une nuit à U Bastille, un iiri?on-
aler D^a que ces trois courtes dfstr&ctloni.
Les porta-clefa sont dispensés ntëiBe de foire les lits, de balayer les chambres. On preud encore peur prétexte que, nimad 11»
y seraient occupés, on pourrait les m<ral* 1er, les assassiner, etc. On appréciera la jus* tesse du motifi mais ta dispense est constante. Ainsi le vieillard, l'Infirme, la femme délicate, rbomme de lettres, étranger à ce;.
manipulations du ménage, l'homme opulent, qui ne les connaît pas mieux, sont tous soumis à ta même étiquette.
A la vérité, tes porte-clefs ue s'y assu^tUsseut pas toujours: ils Tout des exceptions, et rendent quelquefois des services qu'on n'a pas droit d'exiger d'euz; mais il faut qu'ils B'en cachent comme d'une correspondance illicite : la furie déguisée en gouverneur, qui prend l'alarme dès que, en passant devant un de ces cachots, elle n'y entend pas gémir, les punirait bien vite des consolations qu'ils y auraient portées.
C'est dans ce silence absolu, dans ce dénflment général. Il faut le répéter, dans ce néant plus cruel que celui de ta mort, puisqu'il n'exclut point la douleur, ou plutôt qu'il engendre toutes les espèces de douleurs ; c'est dans cette abstraction universelle, il faut ne point se lasser de le redire, que ce qu'on appelle un prisonnier d'Etat à la Bastille, c'està-dirii un homme qui a déplu à un ministre, à un commis, à un de leurs valets, est livré sans ressource d'aucun genre, sans autre distraction que ses pensées et ses alarmes, au Gentiment le ploa amer quV 9\ùsafe %^%r.1£s "qs^
eœor que le crime n'a point dégradé, à celui de rionocence accablée qui se voit périr sans pouvoir se manifester ; c est de là quMl s'épuise à réclamer sans fhiit le secours des \o\a^ la communication de ce qu'on lui impute» et Tassistance de ses amis: non-seulement ses prières, ses gémissements, son désespoir ne servent à rien, mais il sait, on lui répète, qu*ils sont inutiles ; c'est la seule connaissance qu'on lui donne. Abandonné à toute l'horreur du désœuvrement, de l'ennui, augmentée par l'incertitude de l'avenir, il sent Journellement son existence s'éteinch*e, et il sent en même temps qu'on ne la lui conserve que pour prolonger son supplice; la dérision et l'insulte se joignant à la cruauté, pour redoubler l'amertume des privations dont on le nourrit
Par exemple, au bout de huit mois, l'idée me vint d'éluder un peu ma nullité en me rappelant mon ancienne géométrie : Je demandai un étui de mathématiques : J'avais eu soin d'en fixer la grandeur à trois pouces, afin de prévenir même le prétexte d'un refus, n fallut solliciter cette gr&ce pendant deux mois; il fallut peut-être tenir un conseil d'Etat Enfin aie est accordée: Tétui arrive... sans 3ompas. Je me récrie: on me répond froide* ment que les armes sont défendues à la BastiUe.
Il fallut solliciter de nouveau, supplier, envoyer de longs mémoires: discuter sérieusement s'il y a quelque différence entre un étui de matbématiqxke&f et un canon. Après uo Mtiùv moîsu£nràcQ â ia charité* à l'imaviiiaj^ioii
du commissaire du château, les compas sont venus, mais comment? garnis en os. On avait fait faire, à mes dépens, de cette matière, tout ce qui, dans un étui de mathématiques, doit être d*acier.
Je conserve précieusement cette garniture géométrique d*un genre nouveau. Après en avoir pendant ma vie orné mon cabinet. J'aurai soin, en mourant, qu'elle soit consignée dans un dépôt où elle puisse trouver des spectateurs : elle y figurera avec honneur au milieu des monuments de Tindustrie des peuples barbares, dont nos voyageurs nous rapportent quelquefois des échantillons. Nulle part on ne trouvera d'invention de sauvage qui mérite autant la curiosité publique.
Par une suite de ce principe, qu*un homme ainsi mis sous la main du roi^ ou plutôt du ministère, doit devenir invisible, sans exception, pour ne pas déroger à cet escamotage atroce, on a voulu que Texistence des prisonniers dépendit exclusivement des mains qui sont employées à la cacher. Le gouverneur en entreprend la nourriture à forfait, et cette gargote royale est lucrative.
Le ministère a fondé à la Bastille quinse placesqui sont payées, occupées ou non, sur le piedde dix livres de France, ou à peu près cinq florins de Brabant, ou huit shillings d'Angleterre, par jour , ce qui fait au gouverneur un revenu de près de 2,M)0 louis d'or par an.
Ce. n'est pas tout : en fabriquant une lettre de cachet qui lui donne un commensal , on ajoute à la fondation primitive une somme
par tdte, proportionnée & sa qualité. Ainsi u» colporteur, un liomme du bas étage, apporte à la marmite commune, outr^ la pistole fondée, un écu (*) d'extraordinaire par jour ; un bourgeois, un légiste de la classe inférieure, cent sols (**); un prêtre, un financier, un juge ordinaire, iO liv. t J***) ; un conseiller au parlement, 15 liv. t (****) ; un lieutenant génial des armées, 24 liv. t. (***♦*) ; un maréchal de France, 36 liv. t (♦**<^). J'ignore quel est dans ce cadastre ministériel, le taux d*un prince du sang.
Enfin, de plus, on a accordé au goovemeor le .privilège de faire entrer dans ses caves près de cent pièces de vin, franches de tous droits ; oe qui fait ^core un objet considérable, qui devrait sans doute faciliter et assurer le service de ses tables.
Que fait-il? Il vend son droit d^entrée à un sabareti^ de Paris nommé JoUy, qui lui en rend deux mille écus : il lui prend en échange du vin au plus bas prix pour l'usage des prisonniers ; et ce vin, comme on s'en doute bien, n'est que du vinaigre. Il regarde la fondation annuelle des dix francs par jour, comme un revenu fixe de sa place, duquel il ne doit aucun compte, et qui n'a rien de commun avec ses écots; il n'y emploie que cet excédant, cet extraordinaire que U
f) Une demi-coQrcnme.
**) Quatre shillings.
^) liait shiUiJi^s.
V Doaze shillings.
Un loars o'or.
V Un kmia et
libéralité du p^rince a*a destiné qu*4 les ai» mentor; el cet excédant même il se regarde bien de le consommer en entier. Les détails i œ sillet ne sont pas nobles; mais ils n^^m méritent pas moins d^ètre connus. Il y a de»
prisonniers» à la Bastille à qui l'on ne sert que quatre onces de viande par repas. Les portions ont été pesées plus d'une fois. Cest un fait oonnu de tous les subalternes, qui en gémissenl-.(26}. Rien de plua facile à vérifier dès qu'on voudra garantir du ressentiment du chef les inférieurs qui peuvent démasquer sa sordide avarice.
11 y a des tables moins^énuées, je ravoue; la mienne était du nombre^ EstK^ un mal, est-ce uu bien que cette abondance pour ceux à qui on raccorde? Je n'ose le décider. Si elle a quelque chose de moins bumiliaDt, eUa peut aussi cacher des pièges bien redouta* oies. Tai connu des gens qui , daiis tout leui Eéjour à la Bastille, n'ènt.véicu que de lait; d'autres, tels que M. de la Bourdonnais, ont sollicité et obtenu la permission de se faire apporter des aliments de chez eux. Elle m'a été constamment refusée^ et môme, pendant huit mois, celle de.me faire acheter quoi que ce soit, sans exception, comme je l'ai dit»
quoique j'eusse de l'argent déposé dans les mains des officiers du château.
J'y suppléais par une attention scrupuleuse à ne manger jamais que très peu de chaque plat, à laver dans plusieurs eausLCA. <^V\s^ paraissait suspect; et. \ç^ \3L^^'a&^ssi.^^«^^\ ces précautions, évitée cfi^ «32^ \^ ^"^r^^ wec trop de raiaoïu \A^to:^^^fi^sû&^'^'^ ^ ^
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mon entrée, fai eu des coliques et des tomissements de sang qui ne m*ont presque plus quitté et dont les accès redoublés de temps en temps décelaient un renouvellement de causes.
Je ne me suis ni mépris ni tu sur ces causes. Pbï écrit cent fois au lieutenant général de police que Ton m'empoisonnait; je Tai dit verbalement à son substitut ; ie Tai dit au médecin, au chirurgien, aux ofnciers de la maison eux-mêmes : un rire insultant est la seule réponse que J'aie Jamais reçue.
« Si Ton avait voulu vous empoisonner, eiisteriez-vous ? » m'ont déjà dit plusieurs personnes à qui J'ai parlé de cette étrange anecdote ; et la même objection sera peutêtre répétée par d'autres qui la liront ici; mais ce n*est que faute de réflexion qu'elle peut paraître spécieuse. Non, sans doute. Je n'aurais pas échappé à cette volonté meur* trière si elle avait été celle du gouvernement ; mais mon existence, TopiniAtreté vivace de ma constitution ne Justifient que lui. Les mains qui ne lui refuseraient pas une lâcheté de cette nature, s'il était capable de l^exiger, le sont-elles de résister à des sollicitations lucratives qui peuvent venir d'ailleurs?
Par Hnconcevable régime dont il est question ici, rien de ce qui servirait à distraire ou à consoler un prisonnier ne peut arriver Jusqu'à lui ; mais tout ce qui est propre à porter à son àme ou à sa santé des atteintes Irréparables n'éprouve aucune difficulté.
fêtat-maioT supérieur est composé de quatre (Mci&rs, rinfékeur de quatre T>oTtA>clef«« la
raUite de quatre minnitoiis. Ces douse hommei uveot toas qnl lia Bervent, mstgré les rldlooles mliuoderfes ata lesquelles on fflint de vouloir leur en âfirober le secret. Tous sorteot, Bfc répandent JoumeUemeDl dam Pulsi Ils j ont teun nuisons, leura femmes, leurs anus, leurs connaissances. Eat-U donc si dUflclle de tronrer on scélérat parmi cette troupe, dont l'état même n'est qu'une suite de fonctions crimlnellesT L'est-il davantage, pour celui qu'on aura une fols gagné.
On ne peut pas présumer de pareilles horreurs 1 mais toutai celles dont il s'agit ici, les présumerait on T
Le danger est si peu imaginaire, qu'autrofols Q y avait toi)]ours dans la cuisine, auprès de la marmite et des fourneaux, une senti' nelle chargée de tenir un conmte exact de tous ceux qui en approchaient Cette précaution salutaire encore plus qu'injurieuse a été supprimée H 7 s quelques années ; les attentats dont elle Indiquait évidemment la po^billté en sont Us devenus plus difBclles & cornmettrel
Celui dont J'étais l'ot^Jet n'a pas été cod- ■ommé ; mais l'éclat de mes plaintes a pu déconcerter la main qui l'avait promis, et mes nlns rendre en partie ses efforts Inutiles. Je ne prétends pas que tous ceux qui ont reçu mes tristes conSdences & ce sujet fussent complices du crime qui les occasionnait : le vrai coupable a pu craindre, en vérifiant avec trop âe riLDldUâ 10.^ vt^sawSk
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fluenls, qii*il n'en. résultât des recherchM. La langueur habituelle où j'étais ; mon. péril îm-«minent à la fin de 1781; ma mort r^ardéa alors conmie îné?itable, ont pu faire croire que d'autres tentatives étaient inutiles.
^ Et quand J'aurais pu me tromper sur. des accidents aussi marqués, qui ne sont pas encore cessés à beaucoup près ; quand ces appréhensions et ces symptômes n'auraient été le fruit que d'une Imagination trop vivement frappée, n'«st-ce pas d^'à un véritable crime pour la Bastille que d'occasionner de semblables craintes, et de produire une im« puissance absolue de.^sie soustraire aux mani« pulations secrètes^ui pourraient les justifier? De plus, n'est-ce pas, dans tous les cas, une vraie dispute de mots? Je veux bien supposer que, dans un lieu où ritailen Exili tenait, il y a un siècle, école de poison (27), l'on n'ait pas conservé quelques-unes de ses recettes et qu'un crime de plus puisse répugner à des hommes dont, encore une fois, la mission spéciale est d'en commettre; mais un séjour de vingt mois, avec tous, ses accessoires dans un lieu où la vie n'est qu'une succession de morts, n*en attaque- 1- il pas essentiellement la source? Près de deux ans passés dans ces cachots, sans air, sans exercice, dans les angoisses de l'ennui, dans les convulsions de l'attente , ou plutôt du désespoir, font-ils moins d'impression sur les organes que le venin le plus actif? Elle peut être plus lente; est^lle moins sûre? Entre ces deux expédients destructeurs^ y a-t^l ii'juUiie différence que le temp&t
Mais est-on absolument privé d^air et d'exercice? diront ceux qui ont lu les anciennes relations de la Bastille, et ceux mêmes qui s'y sont promenés par curiosité, car on y aùdmet les curieux : le gouverneur, quoique logé au dehors, s^y rend sourent pour recevoir ses visites; tous ses collègues, depuis le lieutenant de roi, jusqu'au dernier marmiton, y reçoivent les leurs; dans les Jours de réjouissance, de feux d^tifices, d'illuminations, on reçoit sur les tours, et môme en foule, le public qui s'y rend pour Jouir du coup d'œlil
Dans ces occasions, ^es n'offin^ que Tlmage du calme et de la paix; tous ces spéculateurs étnmgers ignorent ce qui se passe, ce qui est renfermé sous ces voûtes impénétrables dont ils admirent les dehors ; tel d'entre eux foule anx pieds le sépulcre de son ami, de son paraît, de son père, qui le croit à deux cents lieues de lui, bien tranquille, occupé de ses affaires, ou UvFé à ses plaisirs.
Mais enfin tous ceux à qui Tom permet cette inspection extérieure, voyant un jardin assez vaste, des plates-formes très élevées, où par conséquent Tair est pur et la vue pittoresque et entendant assurer que tout cela est, dan les jours ordinaires, à l'usage des prisonnien sortent persuadés que si la vie n'est pas doue à la Bastille, ces adoucissements peuvent c pendant la rendre supportable. Gela pouv fttre autrefois; voici ce qui est arrivé dep peu*
Le gtmvemeur actuel, nonuné de Laur est un homme ingénieux, qui tire part tout : il a réfléchi que le jardin pouvait
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pour lai im objet d'économie intôressant; il Ta loué à un jardinier qui vend les légumes et les fhiits, et lui en paye une somme fixe par an; mais, pour n'être pas gêné dans son marché, il a cru qu*il fallait en exclure les prisonniers; en conséquence, il est venu une lettre signée Amelot qui défend le Jardin aux prisonniers.
Quant à la plate-forme des tours, quoique, à Félévation où elles sont, 11 soit à peu près impossible d'être reconnu ou de reconnaître, cependant, comme elles donnent sur la rue Saint-Antoine, dont on n'a pas encore chassé le public, on ne permettait ci-devant aux prisonniers de s'y promener que sous Tescorte d^un des geôliers de la maison, soit porte»
clefs, soit officier. Ils ont trouvé dans ces deniers temps, c'est-à-dire depuii environ trois ans, que ces corvées les gênaient; d'ailleurs, il en résultait des conversations avec le factionnaire ; la vigilance de IL de Launay en a pris l'alarme. En partie par condescendance pour la paresse de ses collèges, en partie par égard pour ses soupçons, il est venu une lettre signée Amelot qui interdit les plates-formes comme le Jardin.
Reste donc pour la promenade la cour du ehftteau : c'est un carré long de seize toiseï sur dix. Les murailles qui la ferment ont plus de cent pieds de haut, sans aucune fenêtre :
de sorte que, dans la réalité, c'est un large puits, où le froid est insupportable Thiven parce que la bise s'y engouffre ; Tété, le chaud ne l'est pas moins, parce que, l'air n'y circo» /anùpas, le soleil en fait un vrai four. C'est
là le Lycée unique où ceux des prisonniers à qui Ton en accorde la faculté (car tous ne Font pas) peuvent, chacun à leur tour, se dégorger pendant quelques moments de la journée de rair infect de leur habitation*
Mais il ne faut pas croire que Fart de mar»
tyriser qui les rend si douloureuses se rel^ che même pendant ces courtes absences. DV bord on conçoit quelle promenade ce peut être qu'un semblable espace, sans abri quand il pleut; où Ton n*éprouye des éléments extérieurs que ce qu'ils ont de fftcheux ; où dam Tapparence d^une ombre de liberté, les sentinelles dont on est entouré, le silence universel, et Taspectde l'horloge à laquelle seule il est permis de le rompre, ne rappellent que trop la servitude.
G*est une remarque curieuse. L*horloge du château donne sur cette cour. On y a pratiqué un beau cadran ; mais devinera-t-on quel en est Tomement, quelle décoration l'on y a Jointe ? Des fers parfaitement sculptés. Il a pour support deux figures enchaînées par le col, par les mains, par les pieds, par le milieu du corps : les deux bouts de ces ingénieuses guirlandes, après avoir couru tout autour du cartel, reviennent sur le devant former un nœud énomn) ; et pour prouver Qu'elles menacent également les deux sexes»
rartiste, guidé par le génie du lieu, ou par des ordres précis, a eu grand soin de modeler un homme et une femme : voilà le spectacle dont les yeux d'un prisonnier qui se promène sont récréés : une grande inscription, gravée en lettres d'or sur uumarl»^ ^Q£^^«V!&l
apprend qu*il en est redevable à M. Kayinoud Gualbert de Sartines, etc. (2S).
Et ne pensez pas qu'il en jouisse autant qu*il le voudrait On mesure avec économie le temps où il lui est permis de venir y lever les yeux vers le ciel , qu'il ne découvre qu'à moitié. Cette mesure dépend du nombre des aspirants. Comme Tun ne descend jamais que l'autre ne soit remonté ; et que , grâce aux lettres signées Âmelot , cet entonnoir commun est le seul qui reste à lenr partager ; si la Bastille est fort peuplée, les portions sont plus petites. Je m'apercevais de l'arrivée d'un nouvel hôte ou d'un nouveau promeneur par le contingent que l'on me Caisait fournir ï ses plaisirs.
Mais gardez-vous d'imaginer encore que la Jouissance de ce soulagement ainsi modifié soit paisible et complète. Cette cour est l'unique chemin de la cuisine, des visites que reçoivent les officiera du château; c'est par là que passent les pourvoyeurs de toute espèce, les ouvriers, etc. Or, comme il faut surtout qu'un prisonnier soit invisible, et qu'il ne voie rien, quand il se présente des étrangers, on l'oblige de s'enfuir dans ce qu'on appelle le cabinet: c'est un boyau de douze pieds de long, sur deux de large, pratiqué dans une ancienne voûte ; c'est là le cabinet, où, À l'approche d'une botte d'herbes, il faut se receler au plus vite , avec le soin d'en fermer scrupuleusement la porte sur soi; car au moindre soupçon de curiosité, la moindre punition serait une clôture absolue; et ces alternatives ^ojQt freguentes j'ai souvent compté que* sur
me heure , la durée de la plus longue prouenade, il y avait trois quarts d'heure cousûmes dans rinaction humiliante et cruelle du cabinet
J'ignore si cette police est Justifiée par use lettre signée Amelot ; mais il est sûr qu*elle est nouvelle. Jusqu'à ces derniers temps, passé neuf heures du matin »icun étranger n'était admis à la cour, sans la plus près?
santé nécessité : les provii^ns étaient faites; les visites se recevaient au ddiors^ et le mar nége du cabinet n'avait li^i que pour les oocasions sérieuses qui semblaient l'excuser.
Enfin, ce n'est pas tout: c^te promenade, même si insuffisante, si cruellement modifiée, devenue, comme le reste > un supplément de soufi'rance, plutôt qu'une consolation, elle est suspendue journellement et arbitrairement* Si un curieux demande à voir la Bastille; s'il y a quelques réparations qui exigent le passage d'un ouvrier; si M. le gouverneur a un dîner ; ce qui nécessite l'entrée et la sortie de ses laquais, attendu que sa maison est dehors, et sa cuisine au dedans ; pour tous ces cas il n'y a point de promenade.
En 1781, dans les chaleurs qui ont rendu mémorable l'été de cette année, accablé de la saison, et d'un vomissement de sang, d'une faiblesse d'estomac qu'elle n'avait pas causée, mais qu'elle entretenait , j'ai passé les mois de juillet et d'août entiers sans sortir de ma chambre; le prétexte était un travail qui se faisait sur les plates-formes : les ouvriers auraient pu y monter par dehors, et ils y montalent : on n'avait besoin de Caire tice-v^c^A»
— ifO —
Ift cour qu^aux pierres quMl fallait leur four* nlr, cette opération aurait pu se faire, comme autrefois, tous les Jours le matin avant neuf heures : M. de Launay avait trouvé que cela serait gênant ; il lui paraissait irtus court de dire : Point de promenade 1 et il n*y a pas eu de promenadot
Pour apprécier cette privation, il faut songer qu*elle vient à la suite de toutes celles par lesquelles il est possible de bourreler les nommes, sans exception ; il faut songer que par là, non-seulement on expose un prisonnier à des périls physiques, on nécessite l'altération de sa santé; mais que le mouvement du corps étant sa seule ressource pour endormir un peu les convulsions de son ftme , en la lui ôtant , on rend celles-ci plus poignantes, que quand il n*a pas une minute dans la journée pour changer au moins d'angoisse, son cœur, toujours grossi par les soupirs, semble heurter plus douloureusement les murs qui le pressent de toutes parts.
Ainsi dans les prisons de la justice ordinaire, cette rigueur est regardée comme la plus f&cheuse de toutes celles qu'il lui soit permis d'employer contre les coupables qu'elle doit convaincre. Le secret, c*est*àdire une réclusion absolue, n'a lieu que dans les courts intervalles où elle craint que des relations extérieures ne portent jusqu'à l'accusé des lumières favorables au crime; n est motivé parla situation des lieux, et plus encore par les égards pouc Y\i\)jxiwi\^ , Çiij, laissant k tous les priôOMûeta xmaASot^ communication entre eux, iie p«txûfiX» ^^ '^^
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niq>aidre anvers un muI, qu'en llmlaot pour le moment, en le ten&nt bore de la portée des autres , tant que dure le motif de la suspension ; il Tant bien Interdire la promenade & celui-là seul, si on ne veut pas t'enlever à tous.
Et encore cette Inaction passagère est bien adoucie pour lui , surtout s'il est Innocent, par les progrès de l'Instruction ; il volt ses juees, ses accusateurs, sea témoins : il uit ce qifon lui objecte. Tant qu'on l'interroge, tant qu'on le confronte, il n'est pas seul : ti quand It sort d'un de ces combats, la sol^tude qui les sépare lui devient précieuse .
nécessaire même, pour se disposer & en sontenir un aecood.
Mais à la Bastille aucun de ces motifs on de ces soulagements ne peut avoir Heu. Le secret y est perpétuel : toutes les promenades sont sollt^res, comme la demeure : elles ne peuvent donc apporter aucun obstacle aux succès de l'instruction, quand il y en a une, & sa facilité, à son impénétrabilité. Dans ce cas même, les prohiber arbitrairement î priver nn prisonnier de la seule minute du jour où il puisse lever ses yeux noyés de larmes vers le soleil qui semble le fuir, ce serait l'excès de l'injustice, comme de ta cruauté.
Qu'est-ce donc quand 11 n'y a pas d'Instruction , encore nue fols ; quand cette prohibition tombe sur des hommes contre qui la haine et la vengeance ne peuvent même trou- »er le prétexte d'une çTOcéô.M.T«\ çqm«iSi. 'âï«. est souleuuedeifi mois ônttet^v <^Mi&.'^'^^ pend des caoricea à'im ««oSi»» «s»sv^**
qae barbare, qui, tout fier de poutoir imimnément outrager dans son fort des hommes honnêtes, ne se croit honoré que quand il Insulte à leurs misères, et puissant que quand il les déchire ?
On dira que ces dernières particularités tiennent au caractère des chefs actuels plutôt qu*à la constitution fondamentale de la maison.
Cela est vrai : elle aurait bien assez de cro^ par elle-même , quand un caprice passager n-y jouterait pas celles-là; mais il les y syoute : aussi ai-je annoncé d*avance que depuis peu d'années les i^arbarîes de la Bastille s'étaient accrues. Autrefois on s'occupait des prisonniers, au^'ourd'hui on s'en joue.
Et, ce qui paraîtra peut-être bien étrange, les additions, ou inhumaines, ou honteuses, dont on enrichit ee régime déjà si honteox, ëI inhumain par lui-même , s'étendent jusqu'aux merc^iaires qu'il emploie ; autrefois, comme je l'ai obsenré, les officiers de l'étatma )or jouissaient du droit de voir chacun, seuls, et quand ils le jugeaient à propos, les prisonniers confiés à leur vigilance commune. Etant réputés tous également fidèles, leurs visites particulières n'inspiraient ni soupçons ni alarmes ; et comme ils sont quatre, il s'en trouvait de temps en temps quelqu'un moins impitoyable, qui consacrait quelques moments de sa journée à des conversations toujours préci^ises pour ceux qui les partageaient
Cette condescendance a déplu au ministère présent : il est venu une lettre, toujours si« goée Amelot,qui a défencUi aux officiers d'en-
trer jamai» seuls dans les tours : il fout quitte y aillent au moins deux, non compris le porte-clefë : les visites du médecin sont sujettes à la môme formalité : il n^est ^«s permi5< à ces dogues de marcher qu^acoouplés.
Ce régime monacal a produit reiTet qu^on en attendait, c'est-à-dire la cessation absolue de ces visites. Dans une meute de cette espèce, deux âmes également compatissantes sont difficiles à trouver. D'ailleurs, il faudrait se concerter, se tenir prêts pour la même minute : de plus , ils ne s'aiment pas entre eux ; ils sont jaloux les uns des autres ; ils se défient les uns des autres : flétris , môme à leurs propres yeux, par leur abominable métier, ils tremblent des interprétations que pourrait donner aux choses les plus simples radjoint, ou plutôt l'espion qui doit les .suivre : enfin, cette innovation étant un indice d'augmentation de dureté dans le ministère, rlle est devenue pour eux un motif d'aug- 0ientation d'insensibilité. Ainsi ce léger adoucissement est encore banni de la Bastille, 0I 11 ne l'est que depuis trois ans.
Voilà ce qu'y devient la santé. Peut-être voudra-t-on savoir ce qu'y devient une maladie.
Le lieutenant de police d'Argenson, écrivant au commencement de ce siècle à madame de Maintenon, au sujet des prisons d'Btat , lui disait : « Je puis et je dois vous assurer que les prisonniers n'y ont rien à désirer pour la nourriture et le vêtement (29). Ts^'outerai que les commandants de la Bastille ^ de Vincennes ont pour les le^ii^ 4^^ '«i^r-
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tenttons charitables, qui vont fort an delà dai ce qu'on pourrait leur proposer on leur pre»-> crire; à la moindre maladie, on leur donn^ tous les secours spirituels ou temporels çaS conviennent à leur état ; mais la pritfcUtofw de la liberté les rend insensibles à tout autre bien.., »
Quoiqu'il soit permis de trouver un peu étrange le rapprochement de ces deux mots :
la Charité et la Bastille; quoiqu'on puisse soupçonner par le sang-froid de la dernière phrase que le lieutenant de police d*Argenson, en parlant ainsi, tenait le langage d'un lieutenant de police, c'est-à-dire d'un homme voué par état à ces barbaries, et obligé de donner raison à ceux que leur profession rend ses complices nécessaires, rien n'empêche cependant de supposer qu'il y avait dans ses assertions quelque chose de vrai; mais en ce cas tout est bien changé; ce ne serait qu'une preuve de plus de la dépravation introduite depuis peu dans ces lieux, où dès le commencement on aurait pu la croire à son comble.
D'abord pour les incommodités passagères, ou les attaques subites qui se guérissent avec du soin et des secours prompts , il ne faut plus en avoir, ou il faut y succomber si elles isont sérieuses : il n*y a point de secours à attendre, du moins dans la nuit Chaque chambf*e est fermée de deux portes épaisses, ferrée par dehors et par dedans; et chaque tour en a une plus épaisse, mieux renforcée encore. Les porte-clefs couchent dans une pièce éloignée, absolument Isolée : 11 n'y
a point de yoix qui pût pénétrer jusqu'à eux.
On a la ressource de frapper à la porte ; mais une apoplexie, un coup de sang, en laisseraient-ils la force ? U est douteux môme qu'en frappant on fût entendu, ou que ces gens une fols couchés voulussent entendre.
U y a cependant^ pour ceux à qui le mal aurait laissé l'usage de la ycAx. et des jambes, un moyen d'appeler du secours. Le fossé qui enveloppe le chftteau n'a qu'environ cent cinquante pieds de large ; le revêtement du côté opposé est couronné d'une galerie qu'on appelle le Chemin des rondes, ou sont établies des sentinelles. Les fenêtres donnent sur ce fossé; il n'est pas impossible au ma^ lade de crier à l'aide; et si la grille inténeure qui bouche son soupirail, comme on l'a vu, n'est pas trop avancée en dedans : s'il a la voix forte; s'il ne fait pas de vent; si la sentinelle ne dort pas, il n'est pas impossible qu'il soit entendu.
Alors le soldat crie à son voisin, qui crie plus loin. L'alarme en circulant arrive au corps-de-garde : le caporal de service vient voir ce qu'il y a ; instruit de quelle fenêtre est parti le gémissement, il retourne passer parla porte, ce qui consume du temps : il entre dans l'intérieur ; il va réveiller un porteclefs, 'qui va réveiller le laquais du lieutenant de roi, qui va réveiller son maître, pour avoir la clef; car toutes, sans exception, sont déposées chaque soir chez cet ofûcier. Il n'y a point de place de gvxftrc^ ^^ \^ ^^t<v^».'%sN^
— lae —
plus régulier qu'à la Bastille; et à qui fait-on la guerre?
On cherche la clef : on la trouve. Il faut encore aller éveiller le chirurgien ; il faut éveiller le ft^re Chapeau qui doit compléter l'escorte. Il faut que tous ces gens-là s'habillent :au bout de deux heures la troupe se rend à grand bruit chez le malade.
On le trouve, ou baigné dans son sang* ifil en vomit, et sans connaissance, comme il m'est arrivé ; ou sufibqué par son apoplexie, comme cela est arrivé à d'autres. J'ignore quel parti Ton prend quand il est mort sans ressource : s'il lui reste un peu de respiratien, ou s'il en reprend, on lui tàte le pouls, on lui dit d'avoir patience , qu'on écrira le lendemain au médecin , et on lui souhaite le bon soir.
Or ce médecin , sans Taveu duquel le chirurgien-apothicaire de la maison n'oserait pas donner une pilule, demeure aux Tuileries ; c'est-à-dire à trois milles de la Bastille. H a des pratiques : il a une charge chez le roi, une autre chez Monsieur. 11 est souvent à Versailles pour son service : il faut l'attendre. vient enfin : mais il est payé à l'année, et payé également pour ne rien faire comme pour agir; quelque honnête qu'il soit, II doit être porté naturellement à trouver la maladie légère ^ afin que les visites soient moins exigibles. On est d'autant plus porté à le croire qu'on l'est aussi à soupçonner de Texagération dans les plaintes du prisonnier : que la négligence de sa parure, l'abattement habi- Uiû/ de sa personne» le serrement non moins
habituel de aon cœur ne permettent pas de remarquer d'altération sur son risage, ni dans son pouis ; Tun et Tautre sont toujours ceux d*un malade; ainsi il a la triple douleur : \^ de son mal; Î9 de se voir soupçonné d'imposture, et Tobjet des railleries ou des duretés des officiers, car les monstres, dans ces cas-là, s*en permettent ; a» d'être privé de tout soulagement jusqu'à ce que la maladie devleoiie assee Tiolente pour le mettre en danger.
Alors même, sd on lui donne quelques remèdes, ce n'est pour lui qu'un tourment do plus : il faut songer à la police de la maison ; chaque prisonnier, enfermé à part, seul jour et nuit, malade ou en santé, ne voit, comme je Tai déjà dit, son porte-clefs que trois fois par jour. Lui donne-t-on un médicament :
On le posorsur sa table, et Ton s'en va. C'est à lui à le faire chauffer, à le préparer, à se gouverner quand il opère, heureux si le cuisinier, dérogeant « la. règle, a la générosité de lui réserver un bouillon, le porte-clefs celle de le lui porter, et le gouverneur celle de le permettre. Voilà comme sont traités les ma« lades ordinaires , cenx qui conservent asse; de forces pour se traîner du lit à la cheminée.
Mais quand ils scmt à l'extrémité , accablés au point de ne pouvoir quitter la couche vermoulue où ils giscmt, on leur donne une garde. Et qu'est-ce que cette garde? Un soldat invalide, lourd, grossier, brutal, incapable d'attentions, de soins, de rien de ce qui est nécessaire à un. mal^ade : mais il y a biai pi8«
c*e8t que ce soldat une fois attaehé à tous ne peut plus TOUS quitter ; il devient prisonniw lui-même : ainsi il faut d'abord acheter son consentement, et le déterminer à s*enfermer avec vous tant que durera votre captivité^ et si vous en revenez, il faut vous résoudre à supporter Thumeur, le mécontentement , les reproches, Tennul de ce compagnon, qui sc venge bien sur votre santé des services apparents qu'il a prêtés à votre maladie. Appreciez maintenant la sincérité du lieutenant de police d'Argenson quand il parlait des secours temporels de la Bastille et de la cha^ rite des gouverneurs.
Quant au spirituel , si ces hommes de ter^ incapables de pudeur ou de pitié , Tétaient au moins de remords, oseraient-ils même prononcer ce mot 7 Peut-il rappeler autre chose que leurs outrages ^ la religion 7 ils ne la respectent pas plus que l'humanité.
D'abord ne va point qui veut à la messe, à la Bastille ; c'est une grftce spéciale, une faveur exquise, qui n*est accordée qu'à un petit nombre d'élus. J'avoue qu'elle m^a été offerte : le premier jour, on m'invita, on me conduisit aux tribunes, où il faut être caché pour en Jouir : je n'y restai pas longtemps.
Ce que la servitude et les fers ont de plus horrible vous suit, vous accable jusqintù pied de l'autel.
On traite /a Divinité à la Bastille aussi lestement que ses images. La chapelle est le dessous d'un colombier garni de pigeons que nour* rit le lieutenant de roi : elle peut avoir sept à huit pieds en carré. Sur une des îê/m od a
eoBstniit quatre petites cages ou niches, qol ne peuvent contenir Juste qu*une personne ; elles n*ont ni Jour, ni air, que quand la porte est ouverte, ce qui n'arrive qu^au moment où f on y entre, et où Ton en sort. C'est là qu'on serre le malheureux dévot : au moment du sacrifice, on tire un petit rideau qui oouvre une lucarne grillée, par laquelle il peut, comme par le tuyau d'une lunette, découvrir le célébrant Cette manière de participer aux cérémonies de TEglise m'a paru si honteuse et si affligeante, que Je n^ai pas succombé deux fois à la tentation d'en avoir le spec* tacle.
Pour les confessions, etc., JMgnore comment on s'arrange ; et Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de captife , môme dévots , qâ cèdent à l'envie d'user de cette ressource. Le confesseur fait partie de l'état-mi^or : il est officier de la maison. On peut apprécfsr quelle sûreté il y aurait à être sincère avec lui, si l'on avait des reproches sérieux à se faire. Son office n*est donc qu'un piège , o« une dérision. Je ne conçois pas c(»nment on a l'audace de proposer auxt)risonniers de la Bastille d'ouvrir leurs âmes à un lâche prévaricateur, qui prostitue ainsi la dignité de son caractère, ni comment lui-même, soudoyé par le pouvoir terrestre qui les opprime, oserait leur parler au nom du Ciel qui le désa* voue.
Je ne puis pas parler de ce qui arrive
nid on meurt, confessé ou non ; J'ignoie, ce cas, comment on se venge sur le corps de la fuite de l'âme, et dans (\ji<^ d4\^ ^sc^
tette 008 cendres immoljiies,. qiniidoii ait lien sûr de ne pouvoir plus- les tourmenten.
Ce qui est sûr, c'est qu*ôn ne les rend paaàleurs X^illes. Gertain^nent, depuis que kS Bastille existe, elle a vu des funérailles; coa^ naft-on un extrait mortuaire qui en soit daté, hors celui du maréchal de Biron? Ces familles sont donc impitoyablement livrées à la confusion qui résulte de l'absence de leur chef; après en avoir souffert tant qu*il existe» on leur envie jusqu'au triste remède que prot* duirait la certitude de son sort.
Lecteurs, dont cette description n'a que trop souvent serré le cœur, vous croyez ôtra au bout. L'imagination ne vous paraît pas pouvoir aller, da^ l'art de créer des supplioesi au delà des raffinements multipliés que JQ viens de vous dépeindre. Un aréopage de bourreaux s'indignerait en songeant au sang^ froid avec lequel ces dispositions ont été réfléchies» combinées; au calme avec lequel on les exécute. Eh blenl voici quelque chose de plus fort t voici un trait qui m'est personnel, et qui. passe tout ce que vous venez de \»oir. *
Depuis le 27 septembre 1780 , jusqu'en oo^ tobre 1781, c'est-àrdire p«idant doozb mois, j'étais resté non-seulement dans one privation absolue de toute espèce de correspondance au dehors, ou avec une correspondance pire encore que la privation, comme on Je verra plus bas ; mais dans une ignorance non moins absolue de ce qxA. tfy ças- ^«A en général , ou relativement ^ ta<ûV \ w^ ^ m'Av&ît ialMé parvenir quûVMmww^»
propres à augmenter mon désespoir, à m'eiilerer Jusqu'à l'attente d'os avenir molm affreux. Plusleum même, par un raffinement auquel on tremble de donner une épithète, étaient fausses, fabriquées uniquement pour m'Indulre en erreur, et pour rendre cfitte errear plus ambre , ou plus funeste. ( Voya ta noie 7.
Ainsi on me disait i, moi-même Journellement, et en riant, que je ne devais pins m'iDqnléter de ce qui se passait dans le monde, parce qu^on m'v croyait mort ; on poussait It badlnage Jnsqir& me détailler les cIrconstaii> ces qu'une ra^ forcenée ou une horrible Idgèreté ajoutait à ma prétendue fin. On m'a»- Buralt que Je n'avais rien & attendre de l'empressement et de la fidélité de mes amla, moins encore parce qu'ils étalent trompéi comme les autres snr mon existence , que parce qu'ils m'avalent trahi : cette double Imposture avait pour objet, non-Beulemen>: de me tourmenter, mais tout k la fois de m« donner une confiance sans réserve pour le seul traître que J'eusse en ellet à redouter, et qu'on me présentait sans cesse comme le seul fidèle; et de pénétrer par la manière dont Je recevrais ces Insinuations, si J'avais, en eSet, qutiques secrets qui m'exposussem à des trahisons.
En octobre 1781, l'accouchement de la reine m'avsdt donné quelques lueurs d'espérance. Ou n'avait pas pu me cacher cette nouvelle j j'avais sur ma têta le <»ïiaT,.tiiaK>^ delà publier, et bûtis \w.l^?a.^»«';^^^î:
«nces qu'éûB i.rQûxi«!LV Ç» te*».«s«»
éAftnt toi]\]OQra en France réooque de la lémlssioD même des crimes, ridée me vint que œlui-là pourrait être favorable à Tinnoeence. J'écrivis une courte lettre à M. le comte de fiCaurepas : connaissant son caractère, j'eus la force de la faire gaie , et presque plaisante. Il en avait paru touché : il s'était montré disposé à seconder la voix publique, déterminée enfin en ma faveur. Ce changement dans ses dispositions ne me fut pas caché ; mais de peur qu'il n'en résultât des illusions trop consolantes, on eut soin de m'apprendre en même temps qu*U était morty et mort sans avoir rien fait pour moi (1).
Enfin, en décembre 1781, ma constitution cédant à tant de maux et d'épreuves, les manipulations physiques et chimiques qui de-
(t) Note des éditeurs, — Nous n'avons pu trouver trace de la lettre à M. de Maureças: mais un heureux Uasard nons permet de publier ici une autre lettre à M. de la Yrimère, ministre de la maison da roi (S7 octobre 1781) .* « Monseigneur, on m'assure que i)ersonne ne sait où je suis, et je n'ai pas de peine à le croire. Maift le roi, vous et moi , sommes du secret; ainsi vous nt serez pas surpris de la rime de ces vers ; je vous prie de vouloir bien les remettre aux pieds de Sa Majesté, aivec les vœux da plus indiscret peut-être, mais aussi da plus soumis et du plus infortuné de ses sujets. Le moment est favorable pour obtenir une grâce, le reste de ma vie sera employé a la justiâer. Je sais, avec qb profond respect, etc. »
▲0 ftOI.
J^nrends de ees canons qui roulent sur ma tel» £'a éJbranlaat tout mon plancher, ^t^^o^^A niae vient d'accoucher, VB'ma Jféuspbia nonreaa né met le lojMiniawkHM».
puis quinze mois se joignaient aux moraies pour la détruire, ayant produit leur effet; me trouvant attaqué de manière à ne pouvoir plus me flatter même de disputer ma vie davantage ; sentant à chaque minute approcher celle où j'allais perdre , non pas la lumière que je ne voyais point , mais la sensibilité , qui faisait de mon existence le plus cruel des supplices, j'ai désiré de faire un tes* tament. Il fallait pour cela une permission expresse: Je Tai demandée; j'ai supplié les ministres de me permettre de voir Tofficier public qui seul pouvait constater mes dernières volontés, et le dépositaire de qui seul je pouvais tenir les connaissances indispensables pour ne pas faire des dispositions illusoires.
J'ai réitéré journellement, pendant deui mois qu'a duré mon danger, les Instances les plus vives , les plus attendrissantes , j'ose le dire, à ce sujet Le médecin de la Bastille a eu la complaisance de porter luimême au lieutenant de police, organe immédiat du ministère en ce genre, une attestation
Louis I c'est le temps du pardon I Permets, pour te fléchir, que jMmpIore le nom Du gage précieux qui grossit ta famille; De montrer du plaisir mon cœur français pétUie;
Mais, en conscience, peut-on
Se réjouir & la BastiUe?
Mais, comme Tavare Achéron, la sombre prison ns lâchait pas sa proie si Isénévolement *. ni ^tq«&^^^ ne purent toucher les em\iïisN:\\\w«%> «v. ^^,^?Sî ment le It mai ilSl auft Ve pfvaûi\xi\« v5&«Mûw.'« la terre étrangère 808Uop\feg5»iD«fct%WBW«^
de mon état et du péril imminent que Je courais : un refus impitoyable a été Tunique réponse ; de sorte que , traité comme mort depuis quinze mois, privé de toutes les facultés des vivants sans exception , hors celle de souffrir, 'je perdais jusqu'à l'espoir de jouir , quand j'aurais , en effet, cessé de vivre, des derniers droits qu'en aucun pays on ne refuse aux morts, du moins à ceux que des arrêts solennels n'ont point dégradés.
C'est ainsi que j'ai passé les mois de décembre 1781 et de janvier 1782 entiers, dans la persuasion, chaque soir, que je ne verrais pas le lendemain; et chaque matin, que je n'entendrais pas annoncer la fin du jour, par l'horloge lugubre qui, dans cette nuit éternelle, marque seule la division des temps ; et« qu'on y songe, cette attente toujours trompée devenait sans cesse de plus en plus don* ioureuse, par le sentiment du caprice qui m'enviait jusqu'à la satisfaction de laisser après moi des traces de bienfaisance et des marques de souvenir aux amis qui pourraient encore chérir le mien.
Voilà un fait : pourra-t-on donner un motif?
On ne peut pas m'objecter le régime de la
maison, les prétendues lois de cet écueil de
toutes les lois : non-seulement le délire op- '
pressif n'y est pas porté jusqu'à l'excès de
faire du refus des actes civils une règle dont
on ne puisse s'écarter : mais il fait quelque-
/b/s à ses victimes une nécessité de ces ac-
J^ : la Bastille a un notaire breveXfe ; W ^«ax
^onc en généraX y exercer aea toncJtoûa".
moi-même on m'avait, daiLS les premle»
temps, non pas permis, mais forcé de l'em-
L'exempt de la cour de France, quoique se^ condé par le ministère plénipotentiaire de la police de Paris, ayant échoué dans la pour* suite de mes papiers, etc., à Bruxelles; un troisième ac^oint envoyé à leur secours n*]^ant pas d'abord mieux réussi, parce qu'il y a des lois dans C8 pays, et qu'elles y sont respectées, on m'a arraché une procuration notariée, qui a enfin produit une partie da ce qu'on désirait : si pour pénétrer dans mes secrets, et me chercher des crimes, ou s^iamparer dames dépouilles, on avait pu, sans blesser le code de la Bastille, emprunter le ministère d'un officier public, il n'y avait pas pkus d'impos' sibilité sans doute, ou de danger, à me le permettre pour régler la disposition de ce qu'on m'avait laissé: un testament a'étalt pas plus illicite qu'une procuration.
Quand il y aurait eu contre moi une accusation, des indices, une procédure commencée, n'y ayant pas de Jugement, le refus du pouvoir de tester, et par conséquent une confiscation anticipée, aurait paru une atrocité scandaleuse autant que criminelle; comment faut-il donc le regarder ou le qualifier dans la position où j'étais; car on ne doit pas l'oublier, n'ayant ni juges, ni procès, ni délits, ni accusateurs? N'est-ce pas là le dernier abus du pouvoir, et une des plus fortes preuves de la baroarie avec la.q\ifiX\ft ^xl ^^ Vs«^^^>w\*. Bastille^ de l'existexice âfi^câtojwia^'V .
fît qu'on ne dise i&aa» i«^ \^ ^^?^^^^^*J^^
Bastille étant exclusivement destinée à renfermer des criminels d'Etat» le régime n'en peut être trop sévère, ni trop mystérieux ; qu'ainsi l'accroissement de rigueur que je lui reproche serait dans son genre une espèce de perfection, puisqu'on ne peut prendre trop de mesures pour convaincre, pour déconcerter des personnages dangereux, dont la liberté pourrait entraîner la subversion de la patrie.
Non; cela n'est pas vrai: ce n'est pas, dans ces derniers temps surtout, aux criminels d'Etat que la Bastille est réservée; la légèreté avec laquelle on l'ouvre s'est redoublée diLOs la même propertion que l'inhumanité avec laquelle on la régit Depuis un petit nombre d'années, elle semble être le préliminaire des affaires civiles les plus communes, les moins BiMJceptibles par leur objet et leur issue, de cet étrange et terrible début EUe est devenue, en quelque sorte, l'antîchanbre de la conciergerie.
Une femme de qualité est soupçonnée d'avoir fabriqué ou commercé de faux biUets :
on la met à la Bastille.
Un fou, revêtu d'une robe de magistrat à t*aris, accuse me marchande de faïence d^.
Lyon d*avoir été la confidente pécuniaire d'une société disparue depuis longtemps : od la met à la Bastille. Rel&chée après l'évanouis* sèment de cette ombre absurde, elle se brouîUef pour des discussions domestiques, avec un premier commis, qui & VntfetèX. ^t- J^^.^^^^^^^t de IsL perdre •. ou \a teaufiX^^i^
Un rabalteme eet locnaé d'avoir eomitiBi
des fiuix d&Ds le manlemeat des affaires d'une
grande m^son; mais des faux d'une espèce
S ni assurément n'Intéressaient pas la monarble : oale met à la Bastille.
Voilà le sort qu'ont eu madame de Saint- Vincent, la dame Roger, le sieur Le BeL CtaîeDt-ce làdes prisonniers d'EtatI Quel était donc l'objet du régime fUnéralre auqu^ on les soumettait 7
Tous ont été renvoyés devant les juges ordinaires : mail & l'Instant du renvoi on n'avait pas ta preuve de leur Innocence; bien loin de là, on doit croire qu'elle paraissait
Elus problématique, puisqu'on les livrait aux mteurs dispendieuses de la Justice régulière, et à une accusation réfléchie, intentée, approfondie dans les formes. II fallait donc que les éclaircissements antérieurs à leur renvoi leur fussent plus contraires que favorables : Us étalent donc, en sortant de C6 gouffre funeste, plus suspects qu'en y entrant, et cependant c'est à leur entrée qu'on les accable du régime de la maison I ce n'est que quand on a plus de droit de les présumei coupables, qu'on les en afihinchlt I On leui rend une demi-liberté quand on les abandonoe & une Instruciion qui semble former an indice contre eux; on la leur avait Atée entière, enjoignant à cette perte tous les accessoires de la Bastille, avant que de procéder aux préliminaires àe \ \'(\ï'ŒMs.'4wi.
H V a plus : les VTa.\a çTSsso'Mitfs» ^™^ ceux ûuf arrivent \ \a. B»afâûft ^o»^^ C^
tMer, et poursuivis par une olamear^que tles fautes précédentes peuvent excuser, j trouvent des douceurs inconnues , des égaurds r&teés à tous les autres.
J'ignore, par exemple, quel était le gri€!f qui y a conduit, quelque temps avant moi, un homme associé clandestinement aux expédiditions de la marine fhmçaise. Je suis fort éloigné d'affirmer qu'il méritât ce sort : mais il n'est pas possible que le titre d'accusation au moins, sur lequel la lettre de cachet a été expédiée contre lui, ne fût grave. H avait eu part à des opérations délicates, et dont le succès n'avait pas répondu à. ses espérances, peut>étre à ses promesses. Le ministre qcd l'employait, accoutumé par son ancien métier à regarder l'espionnage comme le plus b^u champ du génie ministériel et l'arme la plus sûre d'un gouvernement, croyant de mener la marine comme la police, et se flattant de maîtriser les flottes anglaises comme les jeux de Paris, l'avait-il créé son substitut dans ces flétrissantes fonctions? Avait-il, comme on l'a :5ru, commis, pour doubler ses profits, une louble trahison, toujours à craindre de la part ie ces sortes d'agents? Chargé de commission par la France pour acheter les secrets de rAngleterre, avait-il vendu à l'Angleterre ceux de la France ? ou bien son protecteur ayant mal entendu ses avis, ou, comme on Ta dj't aussi, ayant eu des motifs personnels pour Jes négljgeTy araît-il cru, à. la Nxie des suites de son ineptie ou de sa prévaticat^oii, ^^^Vc ea rejeter lo. cause sur le subaltetTiei esti^m^^^ cfe soupçonner rintégrité de c^VaVc^V^^'*
couvrir sa propre incapacité, ou p/s eucoref le n^en sais rien.
Ce qui est sûr, c'est que son ancien protégé n'a connu des supplices de la Bastille que la perte de la liberté : c'est que dès le premier moment il y a eu des livres, des correspondances : c'est que tous les jours, dans le temps où un silence imposteur, autant qu'effrayant, donnait à mes amis de trop justes alarmes, il y recevait des visites; c'est qu'en ayant eu le soupçon, et m'étant permis, pour m'en assurer, d*en hasarder le reproche daris une des rares et courtes entrevues que m'a accordée le lieutenant de police, ami, comme on sait, et créature de M. de Sartines, il m'a répondu en convenant du fait, et rejetant les ménagements dont on usait envers le prisonnier que je lui nommais, sur ce que le mir^istre, auteur de sa détention, était bon ; et sur mon observation toute naturelle, que la différence des traitements aui*ait dû dépendre de la gravité des accusations, et non de la bonté personnelle de chaque ministre, il m'a ajouté ces mots remarquables : Qu*il ne pouvait qu'y faire ; parce que personne ne s'intéressait a moi.
De sorte que les horreurs de ma captivité, la redondance avec laquelle on m'a noyé de toutes les horreurs de la Bastille, ne sont venues que de n'avoir pas eu le bonheur d'être mêlé dans quelque intrigue obscure et honteuse, vraiment relative a\iiL\tL\fet^x&^^^^^^^ï^> de n 'avoir pas été sacrlùfe ^ \iî^ xsv^ûfe^^ "^^^.ia. qui cachât l'indulgence ^om \e.^ «^^v^^^i.
apparents de la sévérité; ôi'eTCwQVt '«^v^
leB ministres qu«des ennemis directs, personnels, et implacables, au lieu d'y avoir des complices ; elles sont venues au malheur de n^avoir eu pour protecteurs que des hommes honnêtes, pour solliciteurs que des amis délicats; enfin, d'avoir eu affaire à une lettre de cachet signée^ Amelot et non pas Sartines.
Qui aurait Jamais cru que de ces deux ministres, M. de Sartines fût le bonhommel
Le régime de la Bastille n'est donc ni inflexible, ni uniforme : même avec cette ri^dité commune, il n'en serait guère moins horrible, puisqu'il exercerait une rigueur égale sur les délits différents ; et ce qui est encore plus afifreux, sur l'innocence et sur le crime. Mais il n'a pas même cette abominable stabilité : et il n'y a dérogé que dans le sens contraire à celui qu'indiquerait la justice.
L'exemple seul que je viens de citer, et le mien, prouvent qu'il est susceptible de modification ; qu'il est subordonné uniquement à la vengeance, au désir qu'ont les cœurs infernaux qui le dirigent de servir le ressentiment ou les nécessités de leurs patrons.
Us prouvent que, de même que le ministre de France a des magasins de lettres de cachet, signées d'avance, qu'il attend sans bruit le moment d'app/iquer, il a aussi 4es réserves de douleur qu' il ne déploie que quand rordk*e /àM s eu son axécution ; ils prouvent qu'il y ^ âJa Bastille an tarif de tortures ^out ^Viaque commensal, comme il y eii «. xisi ^\a ^our pension; et qu'en fixant aul^^^ eKofâr ojer, qu'on charge de leur aubataxic^, \ô ^^
des aliments aestinés à prolonger leur Yie, on détermine aussi la mesure de fiel dont il doit l'empoisonner.
Le régime de la Bastille est donc institué uniquement pour tourmenter; et qui? Des innocents reconnus, puisque des soupçone fondés motivent des égards, ou un renvoi. Au nom de qui? au nom du roi, du magistrat suprême, du protecteur né de Tinnocence, du gardien de la faiblesse; c'est son intervention plus directe qui produit des effets plus cruels : c'est par ses ordres immédiats qu'on se prétend autorisé à soumettre un infortuné qui n'a offensé ni lui, ni les lois, ni rien de ce qu'elles obligent de respecter, k des supplices inconnus dans les prisons ordinaires, peuplées d'hommes coupables, ou du moins accusés de quelques-uns de ces attentats, c'est de par le roi qu'on lui presse la gorge de manière èi ne pas intercepter tout-à-fait sa respiration, mais à ne lui en laisser préei* sèment que ce qu'il faut pour perpétuer son angoisse ; qu'on rit de ses convulsions; qu'on s'applaudit de ses gémissements ; qu'on compte comme autant de victoires les soupirs prolon** gés que la douleur lui arrache : c'est le roi qu'on ne frémit pas de donner pour auteur de ces prévarications barbares qu'il ignore^ de ces vengeances ministérielles que son cœur désavoue.
Oui, vous les ignorez, ô vou& c^^V^'&si^îcis^
m'avait donné pommâtes eX. ^^^^^^^^^^^seo»»
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cence avait autant d'accès vx^^^'s. ^«^
Que la eolonmiel Vo\i» toTi^^i^»»'»'^*^^^^
plTis flatteuse récompense, et le plus puissant encouragement de mon travail I Vous dont r&me ionnôte et franche n*avait été ni effrayée de ma promesse de dire toujours la vérité, ni rebutée de mon exactitude k la remplir.
Vous ne les connaissez pas, ces cachots, qui cependant ne s'ouvrent et ne se ferment qu'à votre nom ; où Ton ne sent que Ton existe que parce que Ton souffire, et dont Tespérance môme souvent est exclue : ils engloutissent journellement des citoyens Irréprochables, des sujets fidèles, qui réclament enûti du fond de ces abîmes les vertus et le nom de leur prince ; ce nom sacré, qui est partout ailleurs le garant de l'exécution des lois, n'est là que le titre en vertu duquel on les enfreint.
En signant un ordre pour enfermer, vous croyez ne faire qu'un usage légitime de votre autorité; un usage consacré par une possession de plusieurs siècles, un usage nécessaire au repos publie, et dont il ne résulte aucun abus; vous supposez que l'exécution de cet ordre n'entraîne que les ef[eta d'une précaution de ce genre.
Bienfaisant jusque dans les rigueurs qu9^ votre rang vous oblige d'autoriser, vous avei donn^ mille preuves de votre penchant à soulager ies maux que le maintien de la Société sécessite. Par vos ordres, les prisons destinées  assurer la conviction et le châ.timent du crime aont devenues plus doucfc^, TCkSrà»
^^e^riérea : elles ont cesaè d'^tt^^ xma \fw^ uc/ozi prélimizudre plus cnxéH^ sottwdX» ^«f»
\e deniier supplice. Vous avez détruit la, pratique barbare qui autorisait les tribunaux à torturer des accusés simplement suspects»
pour essayer si par là on ne réussirait pas à les rendre criminels.
Vous êtes donc l)ien loin de soupçonner que, dans votre royaume, dans votre capitale, sous vos yeux , il existe une place dévouée spécialement à perpétuer surTinnocence une question mille fois plus cruelle que toutes les questions préparatoires proscrites par vous; puisqu'ennn elles ne brisaient que les corps, au lieu que celle de la Bastille ne déchire le corps que pour pénétrer plus fructueusement jusqu'à Tàme. Vous êtes loin de soupçonner que Ton scoute encore arbitrairement à ce régime infernal ; que les agents subalternes, choisis pour le maintenir, trouvent de la satisfaction et du profit à l'outrer; qui, pareils à ces chiens acharnés qui secouent et mordent le gibier en le rapportant, ils se fassent un plaisir d'être barbares, quand on n'exige d'eux que d'être soumis et fidèles.
Mais vous ne l'ignorez plus; le voile est déchiré : portez les ^eux sur ces souterrains funéraires où n'est jamais descendu le jour : pour lui en procurer l'accès, il fallait deux événements aussi singuliers l'un que l'autre, que j'y entrasse et que j'en sortisse. Le second, que je ne dois qu'à vous, m'assure que les connaissances dont je suis redevable au premier ne seront pas inutiles
Il m'en coûtera m?. ^^Xi^l^ Va. ^^^^^^^ cliercher un tombeau àwïà ^es ^^'^'^'^^'^x^^^ géras, hélas l et enueme^,^^^^^^ ^^^^^^
tous iM sacrifices que Je lui ai faits. Celui- e est le dernier. Je serai payé de tous les autres sMl n*est pas infructueux.
Mais non, il ne le sera pas : votre cœui pur et sensible s'émeut : vous jfk*émissez vous rougissez : ce ne sera pas en vain. Dieu quand vous protégez les hommes, tout-puis abnt pour opérer leur salut; donnez à TEu I rope, au monde, le spectacle d'un prodlg<
4ue vous êtes digne d*opérer. Parlez : A votri voix , on verra s'écrouler les murailles d cette moderne Jéricho, plus digne mille foi que Tancienne des foudres du ciel et de Ta Aithème des hommes. Le prix de ce nobl effort sera la gloire de votre règne, unredou Moment d'amour des peuples pour votre pei sonne et votre maison, et la bénédiction uni verselle des siècles les plus reculés, commi du siècle présent.