‹ Mémoires sur la BastilleChapitre 5 sur 5 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Je me lasse de tenir cette palette lugubre* quoique je sois loin de Tavoir épuisée. Je n*ai dit ici que ce qui m'est arrivé à moi-même, ou ce dont j'ai pu parler sans risque de compromettre les sources auxquelles j'en ai dû la connaissance. Que serait-ce donc si je ré* vêlais tout ce que j'ai appris ou par des confidences, ou par des indiscrétions, ou par la sagacité que donne à l'esprit d'un reclus Tinipuissance de se distraire autrement que par ses efforts pour pénétrer les secrets qui l'entourent et qu'on veut lui cacher?

Tandis qu'on imprimait cef Mémoires^ on m^a envoyé un livre sur la même matière, intitulé Des Lettres de cachet^ etc. Je suis ^hé que cet ouvrage soit anonyme, parce qu'il semble par là en avoir moins d'authenticité, n met au jour les mystères du donjon de Vincennes, comme celui-ci dévoile ceux des tours de la Bastille. On pourra les comparer: peut-être avec le temps aurons-nous ainsi des histoires des vingt et tant de Bastilles que la France renferme, ou plutôt qui renferment la FraneSt

Toutes justifieront la t^fL<^ii^'s^ ^^s ^bssgsj^Si^ commence ce trisla \:^\^xi V3ao>^«* "^^^^.^î^ e$-deê$u$)^ ré&e«ioii au<ai Vto. ti%^«^^^^

eouvent rappeler à un gouvernement équl* table, qui n'a ni Fintérêt, ni Tlntention d'être cruel. Quel est l'objet de ce secret, de cette impénétrabilité, de cette barbarie qui caractérisent ces prétendues prisons royales!

N'est-ce pas précisément parce que tout s'y fait au nom immédiat du roi, que tout devrait Y porter une empreinte plus spéciale de clé^ mence ou du moins de justice ? Les rigueurs n'y sont assujetties à aucune formalité préliminaire; les adoucissements n'y devrsdent donc pas être plus restreints.

Qusuid elles ne contiendraient, en eflfèt, que de vrais criminels d'Etat, ou des hommes réellement soupçonnés d'avoir participé à des complots nuisibles, encore faudrait-il, au moins jusqu'à leur conviction , avoir pour eux les égards dus à j'humanité. Ne perdons point de vue l'axiome précieux consigné dans la déclaration du 30 août 1780; n'oublions point cet hommage rendu à la vérité par la bienfaisance : Toute peine infligée dans l'obsjurité, même à des coupables, est au moins inutile, et dans l'idiome de la justice, qu*estce qu'une peine inutile? Et quel nom donner  ces peines inutiles, quand il se trouve qu'elles ne tombent que sur des Innocents ?

Or, encore une fois, rien de plus rare dans ces prisons d'Etat, dans ces tortures d'Etat, dans ces supplices d'Etat, que des criminels d'Etat Si les vingt ou trente geôles qui portent en France cet horrible nom; si la pluie de lettres de cachet qui les peuple, ne servaient en effet jamais qu'à puidr des factieux, a déconcerter des rébellions, il faudrait donc

que la France ne fût remplie que de Catlllnas. Le pays de Tunivers où le joug se porte avec plus de docilité serait donc par essence la patrie des conjurations et un repaire de conspirateurs ; ce qui est aussi absurde que honteux à supposer.

Mais si ce ne sont pas des coupables que Ton entasse dans les Bastilles, de qui donc regorgen f -elles? Contre qui donc est dressé l^appareil qui les rend si formidables? A qui sont réservés ces cachots dont le silence n'est interrompu que par des gémissements, où la terreur veille à écarter tout ce qui pourrait écarter le désespoir? Hélas I faut-il le dire? A des pères de famille paisibles, à des citoyens irréprochables, à des actions honnêtes, auxquelles le gouvernement peutêtre devrait des récompenses.

En veut-on un exemple entre mille? Citons celui du sieur de Bure. Le sieur de Bure était un libraire distingué dans sa profession : sa famille exerce avec honneur, depuis cent ans, de père en fils, ce commerce utile et digne d'encouragement, quand le scrupule s'y joint à rintelligence : il était chef de sa communauté.

Le souverain j'uge à propos d'introduire dans ce corps une police nouvelle ; une loi ordonne que certains livres seront estampillés f c est-à-dire marqués d'un certain signe qui devait leur donner de certains droits. Jusque-là tout allait bien, au moins pour ceux à qui VestampiUaqt d<^M^\^. ^^^^ks. beaucbup d'argeat*

Mais un ordre T)aTt\cu\\er ea\c\siX «^ ^^^^^

de Bare d*appliquer lui-même Veêtampilh^ de ée rendre le ministre manuel, Texécuteur de cette opération : il y voit la ruine infaillible de plusieurs familles, de la communauté entière dont il est le chef ; il croit sa conscience intéressée, ainsi que son honneur à s'excuser ; il offre sa démission afin que remploi qui lui répugne passe sans bruit dam des mains plus dociles.

On ne reçoit point sa démission; on lui répète deux fois, trois fois, Tordre faUd :

Estampillez ou bien Il persiste à se défendre ; on accomplit Talternative ; on le met à. la Bastille. Et voilà un criminel d'Ëtat

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