‹ Mémoires sur la campagne de LithuanieChapitre 4 sur 14 · Chapitre troisième · texte numérisé non relu

Chapitre troisième

Réiraiie de Wilna. Séjour à WUkomirz. Raison-' nerheni sur les fouies de Gielgud. Combat à Wilkomirz , Kowno et Becza. Combat de Poniewierz. Marche sur Szawle. Réflexions sur la Courlande et la Russie. Attaque de Szawle.

Marche à Kurszany.

Malgré le non-succès de lattaque sur Wilna une foule joyeuse et grand nombre de propriétaires des environs nous reçurent en libérateurs, triomphateurs et surtout en frères. Je trouvai à mon grand étonnement que depuis dix jours , que nos troupes occupaient Wilkomirz , (un détachement de la brigade Soltan de 3o chevaux) le nouveau gouvernement n'avait encore rien fait pour l'armement. Loin de là , le comité qui devait s'en occuper n'était pas organisé , négligence impardonnable ; mais cela ne pouvait pas en être autrement , avec les nominations qu'avait faites Gielgud , et surtout avec sa manie de représentation pompeuse ou la crainte des membres du gouvernement , qui n'osant s'exposer à être pris, suivaient son quartiergénéral , et qui , étant toute la journée en marche , et le soir à se reposer , ne faisaient rien. — On fait plus de soldats avec une

pluipe , qu'avec les plus beaux mouvemens d'armées, ceux-ci peuvent exciter Tenthousiasme et donner quelques beaux volontaires , mais c'est la plume , c'est-à-<lire la répartition générale et l'exécution ferme des ordres une fois donnés, qui nous aurait créé une armée , j'en fis l'expérience dans le Palatinat de Cracovie que j'organisai , et dans la Lithuanie pendant les neuf jours que je passai à Wilkomirz. Il ne faut pas réprimer l'enthousiasme, mais il faut dvant tout de l'ordre qui épargne tout, en créant l'abondance là où elle est nécessaire , et amène les résultats. La bataille est un hasard , qu'il nous fallait éviter autant que possible, tant que nous n'aurions eu la certitude de vaincre , au lieu que la plume nous eût créé la force , qui avec le tems nous donnait l'assurance de la supériorité , car à couvert par la ligne que j'ai décrite plus haut, nous avions le temps de recruter les gens qu'on habillait en cachette dans chaque village; c'étaient des gens de bonne volonté , qui avaient pourtant besoin d'être appelés pour plusieurs raisons , mais surtout pour la crainte de l'avenir , au lieu que la Russie avait cessé tout recrutement dans les provinces» Je -ne sais comment Chlapowski se soit laisser entraîner par la flatteuse idée de

prendre Wilna, qui serait tombé plus tard de lui-même dans nos mains, pour ne plus nous échapper ; au lieu que , si même nous y fussions entrés , quand i^ous Tattaqu&mes , il eût été impossible de nous maintenir, sans munitions , qui ne pouvaient nous venir que de Polangen ou même de la Prusse , dont les ^particuliers nous en fournissaient , malgré la défense du gouvernement. En outre , ce qui pouvait marcher avait déjà quitté Wilnâ ; que pouvait donc nous aider cette ville , la renommée en Europe , l'enthousiasme en Lithuanie ; mais tout cela tombait quand nous Taurions quittée , ce qui était cependant indispensable , puisque ce n'était que la présence d'un corps assez considérable , qui pouvait .libérer la Samogitie où étaient les plus grandes ressources , vu la braroure et le patriotisme de la population , qui ne le cédait qu^à la Courlande , pays encore moitié à nou par ce mouvement. Mais si de Wilna on y envoyait ce corps , alors on s affîdblissait , et à ta première attaque il fallait quitter cette ville* Si nous avions suivi ce qui avait été décide près de Marianpol , de passer le Niémen à Kol^no , après que mon rapport fut venu qu'il n'y avait pas de forces autres que Sacken , alors nous pouvions l'abîmer de même que la gar-

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nison de Wilna ; (quoiqu'ils pussent toujours gagner Dunaburg ,) pour lors nous pouvions marcher à la rencontre de Knoring et le battre , mais encore Tolstoy avec la division de Sovoiny , venant de Moskou attaquait ce qui restait à Wilna ; ainsi même alors le plan d'attaquer Wilna était moins bon et était toutà-fait défectueux quand nous l'entreprîmes. Le plan d'organiser la Samogitie était le seul à suivre , d'autant plus , qu'en même tems nous avions de grandes ressources à tirer de notre plus riche Palatinat d'Augustow , qui , coupé de la Pologne , n'avait fourni qu'une pçtite partie de ce qu'avait donné tout le pays , tant en hommes qu'en chevaux. On pouvait alors,.

si l'on voulait , avoir un pont avec deux têtes de pont sur le Niémen; quoique j'eusse préféré une dixaine de bateaux à un pont; d'abord , parce que celui-ci aurait découragé les Lithuaniens par la crainte d'être quitté par nous , et parce que les bateaux permettaient de passer où Ton voulait ,. depuis Kov^no jusqu'à Jurborg. Ce ne fut donc que le lendemain.de mon arrivée, que fut rassemblée la Diétme,.

qui devait procéder à l'élection des membres du comité du district de Wilkomirz. Plusieurs des citoyens vinrent me demander d'user de l'autorité que. me donnait ma position, p^"^

ienir main forte à ce que les choix fussent votés tout de suite , sans sortir Ae Féglise •, autrement , me dirent-ils , il est à craindre que les partis ne s'en mêlent et que cela ne traîne huit jours. Je lins un discours en conséquence, et tout s'y passa avec la meilleure concorde possible ; il y eut des rivalités , mais elles cessèi'ent à mon instante demande , de songer èombieii leè momens étaient précieux ; une heure après , j'adressai de ma chancellerie une demande officielle , pour savoir quels étaient les ordres du gouvernemient donnés pour l'armement ^ et combien je pourrais espérei* avoir de recrues et da chevaux de remonte. Je n'acceptai pas de réponse verbale , pour forcer par là les membres à entrer tout de suite en fonction ; malheureusement la plus riche moitié du district été gardée par les Russes , qui avaient lin bataillon et deux pie-' ces à Birzé, deux bataillons et trois pièces à Rakiski , autant à leziorossy , et tout cela était tant bien que mal fortifié , ou au moins placé dans des positions très-avantageuses , vu les lacs , qui abondent dans ce beau pays. Chacun de ces postes avait plus ou moins de cavalerie mauvaise et même méprisable, mais suffisante pour contenir le pays, quand elle se trouvait appuyée par l'infanterie, d'autant

plus que le pay$ était dégarni de p jan&.

Malgré cela , au bout de quelques jours les re^ crues commençaient à arriver , de même que les chevaux.

Je reçus alors Tayis, que Gielgud marchait vers Szawle , d'où Szymanowski a\'ait été chassé, par des forces supérieures; on. me faisait te-^ nir la ligne étendue de la S^"" Rzeka et Wilia ^ depuis Wilkomirz jusqu'à Kowno , c'est*À-dire tfois marches de distance; on me prévenait, que la brigade Soltan gardait Becza et Wieprze, que le lieutenant-colonel Piwecki avec trois^ compagnies du 4""^ léger et un escadron de la bri^ gade Soltan occupait Janow , que le oolonel Kiekirnicki avec le 25"**^ régiment nouvellement formé en lithuanie et le détachement du plus vail* lant partisan Prosor tenait Kowno. On m'envoya le 26"** régiment nouvellement formé , commandé par un homme des plus distingués et excellent soldat , le colonel Radziszewski et le bataillon du partis^an Matusewicz ; ces deux dé^ tachemens étaient en désordre , car i]$ avaient été présens à l'attaque de Wilna et , même, sans combattre , avaient perdu le tiers de leur monde ; le 26*^* avait vu se disperser plus àfi 4oo hommes et en avait un peu plus de 70a quand il me rejoignit ; le bataillon Matusewicz était encore moins organisé et aya^t à-peu-

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près ï^ 'Vhomines, Qui à pu engag^er Gielgud à changer encore ici sa détermination ? je ne saurai me Texpliquer » (ayant jusqu'aujourd'hui Topinion, que Chlapo wski entendait la guerre.) Au lieu de rester avec le gros de ses forr ces pour être à portée de soutenir la ligne aussi étendue , que nous avions à garder , il marche avec 27 canons vers Szawlé^ quand xu>us avions si peu de munitions , que nous aurions dû toujours attaquer à larme blanchç et conserver les munitions pour la dé{iense.

Nous avons vu à Keydany , que Chlappwsk) ^t Gielgud avaient décidé qu'un faible régiment et deux pièces devaient sous Szymanowski suffire à nettoyer la Samogitie ; à présent qu'on avait la conviction , qu'à Wilna étaient les principales forces de l'ennemi, qu'on avait enhardi par cet essai d'attaque, pu marche vers la Samogitie avec 27 canons e;t on me laisse 3o lieues de front à défendre avec six pièces; je ne sais ce qui a pu faire abandonner le plan, que Gielgud avait déjà accepté, comme on peut le voir dans sa letr tre lithographiée que je joins ici. Serait-ce en* core le général Chlapowski ? Ce serait une nou-*velle preuve qu'un seul doit commander et non des conseils de guerre. Certes , n'est pas général qui veut, mais mieux vaut un gé-

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néral médiocre que les a\is de plusieurs. Les funestes résultats de ce simulacre d attaque de Wilna se faisaient sentir , des troupes de fuyards , de nouvelles levées couraient le pays commettant des excès sans nombre , repandant la nouvelle, que tout était perdu, que Tarmée était dissoute ; je les fis arrêter partout où je pus les atteindre , et les villages reçurent ordre de les traiter en déserteurs, ce qui souvent était très-difficile , vu que ces gens , bien armés , se défendaient sans aucun ménagement ; enfin , au bout de quelques jours, cela cessa et le pays se rassura petit-à-petit, voyant surtout ma tranquillité et mon activité pour l'armement. J'écrivis encore à Gielgud de Szynyinty , combien la faute d'avoir retiré les partisans était grande, qu'il fallait abso* lument les rendre à leur premier métier et cerner Wilna par une chaîne de partisans, qui tiendraient toutes les grandes routes , dans les endroits convenables , plus ou moins près de la ville , ce qui aurait caché nos mouvemens à l'ennemi et facilité les renseigtiemens sur ses forces. Je demandai , qu'on employât Zaliwski à commander ceux sur la rive gauche de la Wilia ; on me répondit , que j'avais raison et qu'on m'autorisait à le faire ; maii que , quant à Zaliwski , il avait reçu d'autres or*

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dres. Le fait est qu'on l'avait oublié , jet. qu'on ne savait où le chercher.

J'écrivais sans cesse au gouvernement , qui suivait le quartier-général de Gielgud , demandant qu'on s'occupât de la confection de lances , et d'autres objets d'équipement et d'armement. J'écrivis à Chiapowski d'activer ks opérations du gouvernement dit central , il me répondit : ^^Le gouçernement ne fait rien , <i absolument rien du tout.y^ J'écrivis à Gielgud une lettre privée dans laquelle je le conjurai au nom de la patrie , de sortir de son apathie , et lui dis , que sa position demandait un travail assidu , tandis qu'il passait le jour à dormir aussi bien que la nuit ; tout cela fut inutile.

Quant à ce qui concerne Wilkoitiirz , cela allait assez bien; j'y étais venu avec 25oo hommes et après neuf jours, j'en sortis, avec 43oo. Il est vrai , que le 26™* et le bataillon de Mat usewîcz y étaient compris , mais ils me joignirent sans ordre , et dans neuf jours ils sortirent, tant bien que mal exercés mais accoutumés à obéir, et après quelques jours de marches , ils soutenaient le feu de l'ennemi admirablement , comme j'en fis l'essai à Poniewîerz. J'envoyai le colonel Soltan à Keydany , pour y accélérer la formation de la ca va-

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ierie<, et isurtout la confection des lances et des harnac^mens ; car , par une ignorance al>isolue éa bien de la chose , le gouvernement central avait donné Tordre de livrer les che^ vaux et les hommes séparément , et une somme, qui n'était pas même fixée pour réqui*- ^ment du cheval. On travaillait le cuir des bêtes de somme pour en faire des courroies; .enfin rien n'était perdu » ni le tems , ni le matériel 9 et par cela même le moral y gagnait, J'avais nommé le major Janowicz pour la formation de la cavalerie à Wilkomirz ; tous les volontaires nobles » qui arrivaient équipés à leur frais , étaient incorporés aux escadrons de Posen. Les formations nouvelles avec les chevaux fournis, étaient partagés entre le i3"* d'Uhlans , auquel j'avais incorporé Tescadron du 3™' que formait et commandait Janowicz et le 1 4"*' , ci-devant cavalerie de Plock , lieutenant-colonel Izewski ; le premier prenait les cheviaux. à taille de remonte , le second les per tits chevaux ; les citoyens furent de même qoe moi très-contens de la manière de faire de Janowicz intègre , économe ^ et connaissant à fond tout ce qui concerne la cavalerie ; il savait combiner le" bien du service avec les moyens du contribuable; avec quelqu'argent que je pus lui donner ^ il fit faire des shakos

dUhlans et d'autres^ objets d equipeineqt , gi4 donnaient à la iK)UYellè formation une fprmg réguliëFe, qui en imposa souvent 2^ Teniiiemi. C est encore , une grande étude pour ceiui qui jamais fera la guerre en Pologne , de ûe pas former de Tinf anterie , mais de mettre autant due possible tout à cheval. J'en fis ici Texpérience ; le cavalier , aujourd'hui daiis les rangs , soutenait le . lendemain le feu , et arrivé en lithuanie avec moins de 4oo chevaux parmi lesquels 1 5o étaient seulement anciens soldats , j'en sortis avec 11 00 chevaux , qui avaient soutenu bien, des çon^bats , avaient résisté au ca-^ non et à la plus belle cavalerie russe toujours supérieure en nombre à la mienne*

Je donnai des instructeurs au 26"**régimetit^ et je joignis le bataillon de Matusewicz au 3™*^ 1er ger pour en faire un régiment , de sorte , que j'eus bientôt trois régimens d'infanterie à deux bataillons. Mes espions m'avaient rapporté , que l'ennemi avait débouché de Wilna sur trois colonnes ; celle qui s'était dirigé vere mqi , était , suivant leur rapport , de 10,000 homnies; celle vers Kowno, beaucoup plus forte ; une troisième vers Grodno , était composée^ principalement de cavalerie. Le^ fpv^^es.de l'ennemi à Wilna» suivant les rap-

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-ports de différens émissaires , étaient portées à 29,000 hommes, savoir: •

Le reste du corps de Sacken 36oo hommes.

La brigade de Malinowski . 2400 —

• La garnison de Wilna . . 3ooo —

Le corps de Knoring . . 5ooo —

Tolstoy avait amené . . • 8000 — La division Savoini et celle

de HilkofF . . . ; . 7000 —

Le 29 Juin je fus attaqué (après avoir été alarmé plusieurs fois par Tennemi , qui s'était avancé vers moi par Meyszagota) à la pointe d'un jour nébuleux ; les Czerkass ouvrirent Tattaque par une charge à fond sur mes avant-postes , où ils sabrèrent quelques hommes , sans pourtant faire de prisonniers et' arrivèrent ventre à terre jusque sur le pont de la S**.Rzeka; mais., au milieu du pont, javais fait construire une barrière ; mes sapeurs, commandés par un jeune officier très-diligent et brave , (Siekierski) construisaient continuellement des espèces de chevaux de frise, qo^ je faisais noyer dans les endroits guéables , aussi étais-je parfaitement tranquille. Une compagnie d'infanterie placée sur la rive àe Tennemi , gardait le pont et y avait creusé des

fossés des deux côtés , où elle était bien à couvert et d'où elle reçut les Czerkass par un feu croisé à boutrportant , qui tua quelques-uns de leurs superbes chevaux jusque sur le pont. Mon artillerie placée sur les hauteurs , au milieu de la ville , qui est très-élevée , était tellement à son devoir , que , quoique la cavalerie se retirât au galop et que l'attaque fût si^ma-' tinale , elle eut le tems de lui envoyer quelques coups de mitraille ; ce fut la grosse artillerie de Bochenek , qui était à portée de ce point; les autres pièces envoyèrent quelques boulets dans les colonnes de la cavalerie régulière , qui suivait les Czerkass. L'infanterie ennemie ne sortit pas du bois; qui était à trois portées de canon de la ville , et tout se retira sans profit aucun. Cette échauffourée f>tiiit le plus grand honneur à mes officiers, qui se trouvèrent tous à leur poste , comme s'ils avaient été prévenus, quoique nous ne .nous y attendions pas le moins du monde; J'étais justement à me lever , ce que je faisais toujours avant le jour , pour écrire ; une fois les postes placés , je les. visitais rarement; car je savais, qu'on était toujours prêt et qu'on le. faisait par conviction.

Les Lithuaniens , qui étaient près de njtoi , voulurent reconnaître le général Hilkoff dans

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celui qui attaquait ; je n*ai pu savoir si c'était Vrai , mais qui que ce fût « il faut lui rendre justice ; il attaqua hardiment « et sa cavalerie était tellement à portée , que si le pont avait été enlevé , elle le passait au galop , et une fois en ville, elle m'aurait fait un mam^aîs parti , vu que la ville est très-étendue et que j'étais obligé de garder les routes de Kowarsk, de Wilnaet de Keydany ou Becza , à cause des gués que la rivière a vers ce point. Malheureusement Tattaque de Tennemi , qui assaillit eii même tems Becza , Janow et Kowno , ne fut pas également repoussée partout ; à Kowno Kiekiernicki , renommé par sa bravoure snr fe champ de bataille , n'était rien , quand il était abandonné à lui-même. Sitôt que j'eus reçuk commandement de cette ligne , j'avais envoyé le colonel Sieralowski pour la parcourir avec une instruction détaillée , et surtout avec Tinstruction de fixer l'attention de chaque commandant , sur ce que les localités commandaient de faire en cas d'attaque ; j*aî son rapport et mon instruction , on peut y voir comme il s'acquitta de son message ; en outre l'instruction pour Kowno était des plus simples» elle portait d'évacuer Kov^no , sitôt que Tennemi s'approcherait et de brûler au de détruire le pont sûr la Wilia , en se retirant à Slob-

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udka. Kiekiernicki se voyant attaqué pardit la tête , laissa prendre le pont , et après cela se rendit prisonnier. La cavalerie passa le pont au galop et sabra ou prit tout ce qui ne s'é-i chappa pas par la fuite ; la Wilia n a pas dp gués depuis Wilna , d'autant moins là près de son embouchure. Ce fut une des plus grande^ fautes , surtout par ses funestes conséquences. Toute notre ligne était rompue et notre armement arrêté , de même que tous les mouve-* mens de Gielgud , qui revint à Keydany.

Sitôt que j'appris la déroute de Kowno j'envoyai à Janow au lieutenant-colonel Piweckî l'ordre de se retirer à Keydany , et d'y tenir à toute force ; j'envoyai aussi à Keydany mê* me , Totdre à Brochocki , qui y organisait un régiment d'infanterie , de ne quitter Keydany que dans la dernière extrémité, et j'envoyai Tordre à la brigade Soltan lo™* et ii*"* régi-* tnentf de venir me rejoindre* à Wilkomirz, car je sentais bien que l'ennemi voudrait me couper du corps de Gielgud-, je voulus donc me renforcer; mais les comniandans de ce^ régimens me regardèrent comme perdu et au lieu de m'obéir ils se rendirent à Keydany, ayant aussi été attaqués à Becza et Wieprze et y ayant un peu souffert* (Le colonel Soltan , comme je l'ai dit plus haut s'était rendu

depuid quelques jours à Keydany, par nies ordres.)

J^écrivis de Wilkomirz à Chlapowski, qui faisait fonction de chef d'état-niajor depuis l'attaque sur Wilna , que je voyais , que nous agissions au hasard, ^sans aucun plan fixe, que cet état- de choses ne pouvait durer. Je demandai , qu'il fût procédé à un conseil de guerre , où le plan de nos opérations fût définitivement arrêté e% que le général Gielgud, puisque on ne voulait pas le changer , fût tenu de le suivre; j'ajoutai que, comme la distance ne me permettait pas d'y assister, je donnais mon avis par écrit, qui était, (vu les forces de l'ennemi, que je lui énumerai et qui se montaient à 3o,ooo hommes,) de couvrir autant de pays que nous pourrions, et de refuser autant que possible les batailks; de n'accepter de combats que dans des positions avantageuses ; de se retirer devant des forces supérieures , en couvrant toujours la retraite par les vieilles troupes , pour accoutumer les nouvelles levées à savoir se retirer en ordre ; d'aétiver l'organisation derrière soi et de suivre ainsi la direction vers le nord (Courlande) et ensuite , trompant l'ennemi i de longer la Dwina , en traversant toute la Courlande et tournant Wilna (sur une plus. vaste

échelle que celle que je suivis plus tard,) d'arriver sur Brzesc où nous arriverions pour sûr avec 5o,ooo hommes au moins.

Ici le général Chlapowski est doublement coupable , car il me répondit par une lettre , à laquelle il joignit un papier, que je conserve encore avec le titre :

Le plan de campagne à suivre est etc. etc.

où article par article , il me dit tout ce que j'avais proposé , en disant , qu'on se retirerait par le nord , qu'on tournerait Wilna et reviendrait en Pologne ; il ajoutait seulement deux articles : i** Quon bâtir eut un pont sur h Niémen au-dessous de la rivière.... (l'aidede-camp me dit que c'était la Dubissa) pour faciUter T arrivée des secours attendus de Pologne. 2® quon ne quitterait le pays , qu'après avoir touché 100 fioo francs de Mémel^ qu'on nous Jesait passer de la Pologne. Pourquoi m'ont-ils trompé , quand déjà alors ils avaient concerté Iç plan de mettre bas les armes , comme tous les Lithuaniens me le disent qu'à Cy towiany on semait ce bruit , pour y accoutumer le soldat ? pourquoi ce simulacre de rassemblement dans une direction , comme Kurszany , où Qilapowski écrit : nous nous retirâmes machinalement à Kurszany , où il ne restait pour le raisonnement froid , qu'à-peu-

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près la direction de la Prusse. Car, si je me suis tiré de là , je le dois à la grande incapacité de ceux qui me poursuivaient, et si j'ai osé tenter cette retraite , c'est que la conviction , que je devais périr plutôt que de trahir la patrie , était non sur mes lèvres , mais dans mon cœur et dans mon sang. En général , je ne savais pas jusqu'à quel point Qilapowski voyait les choses en désespéré ; ce ne sont que les jeunes Lithuaniens , qui me le disent aujourd'hui, et l'ouvrage de Chlapowski, qui, luimême en décrivant le banquet quon lui donna à Kowno après la retraite de Wilna , a l'air de chanter un requiem* — Je l'avais vu quatre jours avant , présomptueux jusqu'à l'excès, le faux mouvement sur Wilna avait été une faute , mais qu'il était facile à réparer avec de l'énergie et du calme.

Gîelgud , arrivé à Keydany le 3o Juin , m'envoya l'ordre de venir le lendemain le rejoindre avec tout mon corps ; je lui répondis , que c'était impossible et lui dis mes raisons, qui étaient : que j'avais vis-à-vis de moi un ennemi supérieur en force , qui me suivrait infailliblement ; et , sur ma gauche , si je prenais la direction de Keydony , toutes les forces ennemies , qui avaient passé à Becza , Janow et Kowno. Je ne pouvais donc manquer

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d'être battu. Du reste , je reçus Tordre tout avant le sonr*; il fallait donc dans Tespace de 24 heures , mais , tu lapproche de la nuit pres^ que dans une seule marche , faire 1 8 lieues en parcourant un terrain gras , qu'une averse avait rendu difficile , et d'ailleurs on ne quitte pas un endroit où s'organisaient plusieurs régimens en une heure sans de grandes pertes.

En outre , ce n'était plus couvrir une grande étendue de pays « que de nous agglomérer.

J'avais aussi reçu l'avis , que la brigade Soltan , qui , après sa retraite précipitée était un peu en désarroi , resterait à Szaty ; mais j'appris par mes aides-de-camp , qui avaient porté les dépêches, qu'elle ne s'y trouvait plus et qu'elle avait passé la Niewiarza. Je vis donc le seul point de contact , par lequel je pouvais me rejoindre à Gielgud, Poniewierz menacé.

J'avais écrit à Chlapowski , que le pont sur le Niémen découragerait les Lithuaniens , mais je ne reçus point de réponse. J'appris que Gielgud avait déjà quitté Keydany , je ne pouvais donc rester plus long-tems à Wilkomirz ; j'avais déjà prévenu Chlapowski que je me retirerai vers Poniewierz. Le i*' Juillet je quittai Wilkomirz à 3 heures de l'après-midi et me rendis à Towiany , où une averse nous mouilla jusqu'aux os. Je partis assez tard le

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lendemain et pris position à Leoniszki , en faisant garder la route « qui passe près du ca« baret Lapigrosz, par une compagnie d'infanterie qui était suffisante pour arrêter toute une armée ; car la route passe là entre des forêts marécageuses où Ton . ne peut pas passer même à pied , et le bois est tellement touffu ^ qu'on ne pouvait rien voir à dix pas. Un pont , que je fis détruire et à côté duquel je fis cacher cette compagnie » m'assurait tout-à-fait de ce côté , et ce n'était que par Kowarsk que l'ennemi pouvait venir. La forêt était tellement marécageuse que les soldats furent obligés d'abattre des arbres , et d'en faire une couche , sur laquelle ils purent établir leur bivouac. L'endroit était malsain , d'autant plus que le choléra régnait dans la contrée ; mais comime en tenant ce point, j'étais à couvert sur plus de quatre lieues de largeur, -je fus obligé de passer sur cette considération. Je pris ensuite position à Leoniszki , où le comité se réunit, et l'armement allait son train; mais je ne pus y rester que deux jours, apprenant que l'ennemi avançait par Kowarsk , et recevant surtout nouvelles sur nouvelles . qu'il occupait Pogir et Szaty , et que ses coureurs allaient même jusqu'à Remigota.

Des ofBciers , que j'envoyai avec des dépêches

"7 par ce dernier endroit , revinrent en disant: qu'ils n'avaient pas p\a passer; je crus donc que Tennemi voulait à toute force me couper de Gielgud. Comme Keydany était tout-à-Iait évacué , et que ce n'est qu'à Poniewierz que j'appris que le général Rohland avait été laissé à Datnow, je me décidai à atteindre Poniewierz^ pour être par là en communication avec nos forces à couvert par la rivière Niewiarza. J'étais décidé , si je me trouvais prévenu par l'ennemi à Poniewierz , de marcher à Subocz et de là entrer en Courlande.

J'arrivai à Poniewierz le 4 Juillet à trois heures de l'aprës-midi , des Uhlans ennemis me reconduisirent jusqu'à Rogow.

Près de Poniewierz je fus retenu à dîner par M"** Przeciszeweska , née comtesse Tyskiewicz , femme de celui qui m'accompagnait comme major ; elle quitta la forêt où elle sq cachait , pour venir faire les honneurs de sa maison ; j'admirai deux jolis petits garçons de neuf à dix ans qu'elle paraissait aimer plus que sa vie ; cet attachement fut , comme on me l'a dit en Allemagne , la cause de sa mort. On vint les enlever pour les mener dans l'intérieur de la Russie , en exécution d'un décret » qu'on n'oserait plus promulguer en Turquie , ni chez les sauvages ; elle voulut les dé-

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fendre et périt victime de son amour maternel ; et r empereur , qui a donné ce décret est père j et sa mcdn na pas tremblé en le signant. Je le répète , ce n'est point sur les lieux que je Tai appris , ainsi je ne répond pas de l'authenticité du fait ; mais je le cite , car des tentatifs pareils ont eu lieu jusque dans le royaume où on garde un décorum ; le dé-^cret a été promulgué ; et les cruautés commises , dont j'ai eu les preuves en mains, me donnent tout lieu d'y croire tout-à-fait.

A Poniewierz nous fûmes reçus avec joie; j'y trouvais 80 chevaux livrés par les contribuables , mais sans selles , ni brides , de sorte qu'ils ne servirent qu'à remplacer les chevaux gâtés comptant dans les rangs , et ceux-là furent donnés à l'infanterie , que je commençais à organiser en infanterie à cheval, La on me dit aussi que l'ennemi occupait Remygola. Je postai donc deux canons sur cette route , deux sur celle de Wilkomirz par où j'arrivai , et les deux pièces de 12 étaient en réserve sur la route de &;awle , de même que le gros de mes forces. Le lendemain, à la pointe du jour, mes avant-postes , sur la route de Wilkomirz , furent vivement attaqués; j'arrivai à l'endroit où étaient les pièces , et je vis une farte colonne d'ennemis , qui s'avançaient direc-

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tement par la chaussée , et étaient déjà à une petite portée de canon ; je fis faire feu , et la cavalerie se déploya très en ordre sur ma droite.

11 y avait deux beaux régimens ; renneifti fit avancer quatre pièces de canon , et ne cessa de me canonner. Le brave bataillon du 3™* était là, et quoique j'en fisse retirer la moitié et que le reste fut un peu à Tabri par la position , je perdis cependant du monde considérablement. L'avantage d'avoir de l'artillerie à cheval permit à l'ennemi de placer encore deux pièces de plus à droite , qui , tirant à mitraille , faisaient un feu croisé difficile à soutenir; malgré cela , voulant savoir quelles étaient les forces qui m'attaquaient , je ne voulais pas céder, et avais aussi besoin de tems , pour évacuer la ville sans désordre ; d'autant plus , qu'étant le chef-lieu du district ^ il fallait laisser le tems aux citoyens employés de se mettre à l'abri. J^ntôt l'infanterie ennemie s'avança en une ligne épaisse de tirailleurs et la fusillade s'engagea à gauche de la chaussée où le terrain était fourré , et sur la chaussée même , où un fossé assez profond donnait quelqu'abri à mon infanterie. Ne voulant pas céder si facilement , je fis venir- une compagnie du bataillon Matusewicz ; je la fis passer par

des haies à gauche de la \ille , et , à un signe donné de concert avec une compagnie du 3™* , je les envoyai attaquer Tinfanterie russe à la bayonnette ; mon infanterie fit merveille; les Lithuaniens rivalisèrent avec le 3™*; Tennemi se retira précipitamment en jetant ses armes , de sorte qu'on ramassa plus de 80 fusils. Mais on me fit savoir , que de la cavalerie ennemie , suivie d'infanterie , se montrait sur la route de Remygota , d'où j'avais déjà fajt retirer mes pièces; il n'y avait que mon infanterie à cheval , et Janowicz avec deux escadrons de lanciers ; je courus sur ce point et vis effectivement l'infanterie ennemie à-peuprès 3oo hommes et quelques escadrons de cavalerie. J'avais commis la faute de ne pas envoyer la veille une reconnaissance à Remygota ; mais tant de rapports s'accordaient à dire qu'il y avait un corps ennemi , que je regardai la chose comme avérée. Un émissaire , que j'avais envoyé la veille , me dit avoir été dans leurs mains ; cependant , j'ai tout lieu de croire que c'était faux, ou qu'il y avait tout au plus une patrouille de cosaques. Je crois donc, que le général, qui attaquait Poniewierz, avait profité de la matinée , qui était sombre , et de quelques petits bois , pour envoyer ce détachement faire cette

démonstration. Quoiqu'il en soit , ayant yn cette petite colonne , j'envoyai Tordre à Jablonski , commandant du 3°^ , que j'avais laissé sur la route de Wilkomirz , de renvoyer les pièces , de ne garder que deux compagnies d'infanterie , et que les autres aient à se former sur la place comme réserve. Je fis barricader la route de Remygota , la garnis d'infanterie à cheval et repartis chez Jablonski , qui soutenait le plus bravement un combat inégal. L'ennemi , ayant vu que mes pièces se retiraient , fit avancer les siennes et tirait à mitraille avec des pièces de 12; je fis enlever les blessés et sonner la retraite , qui se fit avec le plus bel ordre ; mais j'eus plus de 70 hommes , et cinq officiers tués ou grièvement blessés, entre autres l'intrépide capitaine Lozinski qui reçut un coup de feu au ventre.

L'infanterie ennemie nous suivit à la piste et nous reconduisit jusque sur la place , où était ma réserve ; au moment , où je commandai le feu à ceUe-ci , elle entonna le chant : Non la Pologne n'est pas perdue; quoique cela pût déranger le commandetaent , ce chant m'émut jusqu'aux larmes , vu qu'ils exécutaient les commandemens avec précision et avec le plus grand ordre. Ce fut ainsi que nous traversâmes toute la ville , et voilà comme ces bra- ^

1res recompehsèrent le petit moment de désordre près de la Wilia. Pendant le combat, javais donné ordre à Sierakowski de renvoyer les bagages avec le 26"* régiment jusque derrière la Niewiarza et de prendre , avec le reste du corps, une position à une demi-lieue de la ville , où il y avait un petit village à gauche de la route , et un bois à demi-portée de fusil à droite ; en sortant de la ville, j'envoyai à la cavalerie , qui était avec Sierakowski , Tordre d'avancer vers moi , pour couvrir la retraite de cette brave infanterie. L'ennemi déboucha avec huit pièces de canon et me tua quelques chevaux et quelques hommes. Gomme les pièces du lieutenant Kaczanowski avaient soutenu un feu assez vif, je pris les pièces de Frsehze et me plaçai avec elles, entre le bois et le village , sur la grande route, renvoyant en arrière la colonne sous le commandement de Sierakowski. Le soleil dardait déjà très-fort ; j'eus l'avantage de placer mes pièces à l'ombre d'énormes arbres qui bordaient la route , de sorte que , vu que j'avais le soleil pour moi , l'ennemi ne pouvait ainsi bien voir mes pièces , tandis que les siennes placées sur un champ nu étaient faciles à pointer. Je ne tirais, pour ménager mes munitions, que d'une pièce ; l'ennemi me canonnait continuellement

avec quatre ; mais pendant plus de deux heures de canonnade , 3 ne me fit pas le moindre dommage , et je vis bien , que mes coups amenaient souvent de la confusion dans son artil- Itrie et je sus depuis , étant revenu à Poniewierz , qu'ils se plaignaient tous beaucoup du dommage , que mon excellente artillerie leur avait fait, et ils ne pouvaient assez admirer Tordre , avec lequel la retraite s'était effectuée ; (ce qui faisait la conversation des officiers de ce corps pendant trois jours qu'il passa à Poniewierz.) Le colonel Sierakowski vint, y étant engagé par les officiers , pour me relever à Tarrière-garde , vu que j'étais souffirant ; mais je le renvoyai en le remerciant de sa bonne volonté , et , jugeant que la colonne , que je luî avais ordonné de mener vers le pont sur la Niewîarza , avait eu le tems de faire assez de chemin pour ne pas craindre de désordre , si Tennemi me poussait , je fis cesser le feu , et ensuite retirer 'les pièces. Tout se porta en arrière ; je plaçai Tinfanterie à cheval en tirailleurs , à la place de Tinfanterie que je retirai ; ils avaient leurs chevaux à 3oo pas en arrière , dans un bas-fond ; je donnai deux escadrons , et laissai cette arrière-garde sQus le commandement de Janowitz, A peine m'étais-je éloigné de quelques cents pas , qu'une

\ive fusillade ^e fit entendre ; je revins pour voir d'où cela venait et aussi pour voir monter mon infanterie à cheval, ce qu'elle faisait devant l'ennemi pour la première fois.

L'ennemi me paraissait trop loin pour, avoii^ pu en aussi peu de tems se trouver à portée de fusil , cependant j'aperçus qu'il avait voulu profiter du tems où nous nous canonnions pour me tourner par le bois qui était sur ma droite; mais Janowicz voyant une forte colonne d'infanterie en déboucher , fit mettre l'infanterie à cheval et se retira à tems. La cavalerie ennemie qui attendait ce feu pour charger , accourut au grand galop , mais un pont que j'avais fait abattre et surtout le calme de Janowicz qui fit front l'arrêta; tout court je me retirai ainsi près de deux lieues, et croyais, vu l'excessive chaleur, que l'ennemi ne me suivrait plus ; mais il crut pouvoir me mettre en désordre au passage du pont sur la Niewiarza. Radziszewki avait reçu Tordre de le couvrir de paille pour que je pusse le brûler , sitôt que je l'aurais passé ; je fus encore obligé de faire tirer le canon pour arrêter l'impétuosité de l'ennemi avant le pont ; en attendant mes grosses pièces prenaient po* sition de l'autre côté sur une hauteur, de sorte que l'ennemi fut tenu continuellement en res-

pect ; je passai le pont , et y mis le feu , que Tinfanterie ennemie voulut éteindre , ce qui lyi fut impossible ; d'abord , parce que mon infanterie la gênait par son feu , et que tout avait été bien préparé pour Tincendie ; il se contenta donc de nous tirer nombre de coups de fusil , qui atteignirent plusieurs de ceux qui étaient près de moi ; un jeune officier surtout , (Malhqme) très-brave et beau au feu qui m'accompagnait comme volontaire , en reçut plusieurs dans ses habits. Voulant me débarrasser d'une poursuite fatiguante à cause de la chaleur , et ne voulant pas céder , je fis mettre quatre pièces en batterie et déployai toutes mes forces , même le 26™® , qui en grande partie armé de faulx , était pourtant trèstranquille au feu ; cela fit que mes forces parurent imposantes. La Niewiarza est guéable presque partout , mais profondement encaissée et par conséquent elle était difficile à passer en présence de mon corps. L'ennemi cessa de pous suivre et retira même ses pièces en arrière. Je gardai également seulement les hauteurs , par djes vedettes appuyées par de grandes gardes , pour que Tennemi ne pût voir mon camp , et pris position à quelques portées de canon en arrière.

Ici je reçus une preuve de l'estime et de

l'attachement de mes braves officiers, qui m'envoyèrent une Réputation de toutes les armes en me demandant de ne pas m'exposer toujours , comme je le faisais. Oui , si Ton veut conduire les gens que Ton commande à une entreprise dangereuse , il faut bien mériter leur confiance , et le soldat n'aime que celui qu'il estime.

Le jour même je reçus une dépêche du général Rohland , qui me disait , qu'il serait bon de nous aboucher , pour nous concerter sur le mal , qui , si nous n'y portions remède , pourrait encore devenir pire. Croyant qu'il voulait faire allusion à l'incapacité de Gielgud , je lui répondis dans ce sens. Je restai dans cette position jusqu'au lendemain trois heures de l'après-midi , et reçus une seconde lettre de . Rohland , où il me dit : Je suis observé par quelques centaines de cosaques , ce qui me fait supposer qu'un corps d'armée les suit -, je décampe donc , à minuit. Sans me dire où il allait. Bientôt il m'envoya une lettre du général Gielgud , où on lui disait de me donner l'ordre de me rejoindre à Gielgud en manœuvrant sur Scawle ou Szawlany. Il fallait que Rohland, qui était mon ancien, me dît, ce qu'il voulait que je fisse ; mais il se contenta de m'envoyer l'ordre tout cru. Cet ordre

contenait un a\is &igné du général Chlapowski ; disant que le général Gielgud avait été attaqué à Plenborg par des forces supérieures , mais qu'il voulait y tenir à toute force pour que l'ennemi ne le prévienne pas à Rossienne.

Il faut connaître aussi peu la guerre que Gielgud , pour me donner un ordre comme celuilà ; Szawle est à huit lieues de Szawlany dans une direction tôut-à-fait divergente , quant au point où je me trouvais. Si j'avais marché à Szawlany , Rohland quittant sa position , de même que Gielgud , je venais donner au milieu de toutes les forces russes. Je pris donc la direction que je voyais bien être la seule dans laquelle il fallait que nous nous retrouvions tous, c'est-à-dire vers Szawle. — Je résolus d'enlever cette ville avant l'arrivée de Gielgud et de l'y attendre. Il me fallait avant tout tromper l'ennemi que j'avais vis-à-vis de moi , pour gagner au moins une marche sur lui.

Comme les grandes chaleurs faisaient que le moindre mouvement levait des tourbillons de poussière , je résolus de mettre cette circonstance à profit. Vers les deux heures de l'aprèsmidi , je fis échanger tous les postes avancés et ordonnai que tout ce qui se portait en avant , suivît la grande route ; l'infanterie fut remplacée par de Tinfanterie à cheval , et tout

ce qui retournait au camp avait Tordre de passer à travers champs , avec défense expresse de mettre le pied sur la grande route. — Tout le corps , même les pièces eurent Tordre de passer à travers champs , malgré les difficultés du terrain , quelquefois marécageux ; aucun officier ne pouvait toucher la grande route, ce qui fit que Tennemi ne s'aperçut pas de mon mouvement , et put croire au contraire que je me portais en av^nt. Les citoyens, qui venaient me voir , me dirent : Nous voyons que vous êtes coupé. L*ennemi , tentant de m'entourer , voulut passer la rivière sur ma gauche , et y envoya deux pièces de canon, I de Tinfanterie et de la cavalerie ; mais il s embourba tellement dans les marais qu'il fut heureux que je ne Taie pas appris une heure plutôt y car il perdait ses pièces. Il avait donc Tintention de me suivre , et je ne puis attribuer son inaction qu'au stratagème que j'ai décrit plus haut ; mes avant-postes restèrent jusqu au soir sans bouger.

Dans ma marche , je fus rencontré par plii' sieurs anciens chefs de partisans que Chlapowski renvoyait vers moi pour que je les employasse de nouveau ; c'était se moquer .d'eux, puisqu'ils venaient seuls, en passant a côté de ma colonne pour venir me trouver

à larrière-garde ; ils furent tellement éto^néâ du silence et de Fordre de ma colonne , qu ils ne pouvaient en revenir , Car ils n'avaient eu sous les yeux que cette malheureuse division Gielgud , qui , composée de vieux soldats , avait pourtant Vair tellement délabrée que cela sautait aux yeux. J'arrivai le soir à Szadowo , où j'appris qu'une patrouille de dix Czerkass venait de quitter cette petite ville; qu'ils étaient venus de Biessagola <, ville située sur ma gauche , où l'on me disait qu'un corps d'armée ennemi se trouvait ; (à la description des habitans , il paraissait qu'il y avait entr'autres des cuirassiers) cela me prouva d'autant plus que la direction de SsMiwle par Radziwiliszkî était la seule raisonnable ; je rie fis que trois heures de repos à Szadowo , craignant d'y être attaqué par le corps plus fort que moi aveclequel je m'étais battu à Poniewjesch , et encore par le corps venant par Biessagola ; ce ne fut que dans un bois tout avant Radzi'wiliszki , que je m'arrêtai pour faire manger chevaux et hommes , et mes sapeurs furent occupés à faire des abattis de grands arbres , que je fis mettre en travers de la route , Jes traînant à force de bras pour les mettre les uns sur les autres avec leurs branches , pour pouvoir servir d'abri à i'arrière-garde d'infan-

terie à cheyal, que je comptais y laisser.. .^^ Après quelques heures de repos, je marchai malgré la chaleur étouf&nte , et dépassant Rad2i¥riliszki je m'approchai à une lieue de Szawle, où je fis halte dans un bois; de là j'envoyai une reconnaissance de 20 chevaux avec le plus brave officier de ma cavalerie , le capitaine Ostrowski du 13*^' de lanciers ; il enleva une vedette de cosaques qui m apprit , qu'il y avait à Szawle deux régimens d'infanterie formant 4,000 hommes et i5o chevaux de la plus mauvaise cavalerie. Déjà plusieurs fois j'ai parlé de cette cavalerie , il faut donc que je dise ce qui la rendait telle, (rendant la relation que j'ai prise sur les lieux.) Les seigneurs de Courlande offrirent à l'Empereur de former un corps de quelques mille hommes pour combattre les insurgés de Ldthuanie , et se taxèrent eux-mêmes à huit recrues sur 5oo hommes. L*£mpereur accepta, comme de raison , TofiEre et avança autant que je. me rappelle 3oo,ooo roubles pour les premiers frais d'équipement ; mais les seigneurs avaient compté sans leur hôte , c'est-à-dire , que les paysans courlandaîs , qui , suivant leurs statuts sont libres (ce que même TEmpereur Alexandre avait confirmé^ mais suspendu par un Ukase jusqu'à l'année 2g ou 3o) se ressouvinrent.

que Tannée était venu , où , dé)à suivant les dernières promesses , ils étaient libres et non serfs , et que leurs seigneurs n'avaient pas le droit d'en faire des cadeaux^ On tenta de les y forcer , mais ils firent résistance et menacèrent d'exterminer leurs seigneurs , ce qu'ils oommencërent même, je crois, à exécuter^ Gr^nd fut l'embarras des généreux seigneurs dont plusieurs aTaientdéjà certainement reçu des croix de Wladimir ou de S/* Anne pour prix du sang qui ne voulait pas couler. — • Ils eurent donc recours à la formation d'un corps franc. Comme les paysans courlandais.

sont éclairés et qu'ils regardaient notre cause comime la leur , les habitans ' de la campagne indigènes ne s'enrôlaient pas du tout , malgré les pompeuses promesses d'une paie de deux roubles en papier , c'est-à-dire , de deux francs , par jour. On enrôlait donc ce qu'on pouvait ramasser dans les villes où la population est russe , aussi bien que les Bourlaques paysans , colons russes établis dans les provinces , gens cruels et voleurs, et comme de raison avec ces qualités , les plus grands poltrons du monde ; ils étaient bien montés ; car la race des chevaux samogîtiens et courlandais. est bonne , surtout pour la petite guerre ; mais ce n'était bon qu'à faire peur auk femmes

OU aux habitans désarmes; d'ailleurs on ne les payait pas « et ils étaient très-mécontens , quand ils ne pouvaient piller; je raconte ce que j'ai appris sur les lieux , au sujet de$ détails sur la Gourlande , qui peuvent n'être pas précisément les mêmes. Quoiqu'il en soit de la raison qui avait fait former ces corps francs , toujours est-il sûr , qu'ils existaient comme je le décris ici ; et que l'énorme paie de deux roubles par jour leur avait été promise « Je pris souvent de ces soldats, si Ton peut leur donner ce nom; jamais je n'y rencontrai un Courlandais natif.

Oui, si les ministres allemands et européens étaient aussi peu russes que le sont les provinces dites russes , la Pologne existerait encore , et le désarmement franc et sincère aurait pour résultat le bonheur tranquille , la renaissance d'un commerce libre et durable ; l'homme vivrait et travaillerait pour lui-Aiême et sa famille, au lieu de travailler pour main* tenir à grands efforts , au prix de la misère , un état expectant pire que la guerre.

Qu'on ne s'étonne pas de l'esprit d'opposition entre les peuples et leur gouvernement, ce lie sont point des idées abstraites de lîbéralisnie qui ont donné cette impulsion aux peuples , c'est l'instinct du vrai , du positif

qui ne trompe jamais les masses ; les peupic;» sentent où est le danger et où est le mal : yoca popuU , vox Dei , est un axiome plus juste que jamais dans la sympathie que nous éprouvons partout; les peuples voient qu'un état comme la Russie , pesant sur TEurope et étouffant toute civilisation là où il domine » est un dan-, ger réel qui en outre force toute l'Europe à être armée jusqu'aux dents. Les souverains cèdent à leurs ministres, qui cèdent à des motifs que l'histoire seule de leur vie privée pourra dévoiler un jour. D'autres croient réprimer le libéralisme en aidant un gouvernement despotique et cruel; ils ne veulent pas voir qu'ils s'affaiblissent eux et leurs principes par ce faux raisonnement. J'ai quelque droit d'en parler , puisqu'au risque de ma popularité et cle ma vie , j'ai arrêté une fausse liberté au désespoir , qui déchirait ses propres entrailles et mienaçait de tourner en licence effrénée.

Quel. est le but de ces gens à raisonnement froid , qui par là même devrait porter le timbre du juste et du solide ? Leur but doit être avant tout i® le bonheur de l'humanité ; 2** puisqu'ils le veulent absolument, répression de la liberté ; que chacun à présent , Ja main sur la conscience , se demande : L'humanité a-t-elle gagné au triomphe de la Russie? Je ne parle

pas de nous Polonais , exilés de noire patrie , ni des 80,000 hommes de ht classe éclairée qui gèlent en Sibérie ou gémissent dans des cachots infectes ou sont destinés au sort bien plus cruel de servir quinze ans comme soldais russes ; je ne parle pas de dix millions de Polonais, à qui Ton a repris leurs lois, leur liberté , celle de disposer suivant leur yoloDté de leur personne et de leur fortune ; puisque c'est l'arbitraire qui remplace les lois; mais je parle de Fhumanité en générale. Où est la paix , où est le calme , où est la confiance qui assure toute opération , soit commerciale , soit industrielle ? £st*ce dans les pays qui ne sont pas en guerre ? Mais , pourquoi donc ces mouvemens de troupes, ces essaims d'espions, dont TEurope que je viens de parcourir fourmille , ces bayonnettes , dont la main du frère est armée pour contenir le frère ? Si c'est pour son bien, je crois qu'il rêve un autre bonheur. Le prenjier but , le bonheur de Thumalïité est donc manqué ; voyons quant au second. ♦ Lé libéralisme , les gouvernemens ; par les motifs incompréhensibles de ceux auxquels ils a^^aîent confié le pouvoir, ou par des Kens de famille , ont , sous le prétexte de réprimer le libéralisme , aidé de tout leur pouvoir Tinimcnse Russie contre la petite partie de «

Pologne , située sur la rive gauche de la Vistule ; car , c'est surtout depuis le moment , où la Pologne en était réduite là , que le gouvernement de la Prusse fit sa déclaration de guerre ou plutôt qu'il lui fit la guerre sans l'avoir déclarée ; cette conduite ignoble à laquelle aucune cour n'a mis empêchement , a déconsidéré les souverains à jamais dans les coeurs généreux , c'est-à-dire , dans Ips neuf dixièmes de leurs propres populations ; ils ont laissé écraser la Pologne , qui voulait son indépendance , et ont par là réduit quelques miillions d'hommes au désespoir ; mais saventils ce que c'est que le désespoir? C'est le point où l'homme sort de son état naturel pour se livrer à tous les excès , même jusqu'à se suicider^ est-il prudent de l'y réduire? Certes, nous n'avons voulu que le rétablissement de notre patrie avec ses lois , et celles-là étaient cette constitution du 3, Mai 1791 , où la nation, en appelant toutes les classes à participer aux Ijienfaits des lois , céda une partie de ses libertés au roi , et se désista du droit d'élection au trône afin de lui donner assez de force pour pouvoir réprimer la licence; en un mot, on ne nous a pas permi d'être justes. Le Polonais , on a beau faire , n'oubliera pas sa patrie ; la recouvrer ou périr est pour lui un sentiment de devoir et de

droit divin, puisqu'il naît avec cet attachement ; le long joug , où gémissent les provin* CCS dites russes , a prouvé que sous ce rapport il n'y a pas de prescription ; ainsi il tâchera de redevenir Polonais ; on ne lui a pas permi d'être juste et modéré , il tâchera donc de reprendre ses droits en usant des. moyens même perfides , avec lesquels il a été vaincu ; il sera injuste; on lui a brisé le sabre avec lequel il voulait franchement recouvrer sa liberté; qui peut répondre que le malheureux ne perde point patience et que la vue du tronçon de ce même sabre jointe à son désespoir»

ne le porte à des excès qu'il a eus en horreur jusqu'aujourd'hui.

On craint avec raison le bonnet rouge si terrible , quand il vient d'en bas , mais par là même on ne l'a pas mis, mais on l'a clotié sur des têtes qui n'y songeaient jamais , et ce ne soiit pas les Polonais seuls qui sont à crain* dre. La juste sympathie qu'ils excitent a fait naître entre les cabinets et les peuples un éloîgnement qui provient de l'indignation où ils sont de voir leur gouvernement plier devant une puissance abhorrée et envahissante , contre une nation qui revendiquait son existence , et ses lois , et qui n'a jamais nui à ses voisins , mais leur a souvent porté secours ; cette

i37 sympathie si bien justifiée et si Yivement ressentie peut amener des changemens que Thistoire laisse facilement prévoir et qu'elle sera forcée d'absoudre.

lie second but est donc aussi manqué , et en définitif, si l'on ne veut tôt ou tard un bouleversement social , il faut rendre- à une nation injustement anéantie ses lois et ses limites , qui étaient de tout tepis pour l'Europe les limites de la civilisation contre la barbarie ; autrement, qui ne voit pas que nous sommes à la veille d'une crise terrible et que le torrent va déborder? Les peuples sont trop clairvoyans , et les actes atroces du protecteur de la légitimité ont déchiré le dernier bandeau qui leur couvrait les yeux , ils sont donc trop clair- voyans , pour ne pas voir qu'ils ne sont pas gouvernés dans leur intérêt.

C'est le copur navré de douleur , que j'écris cette immanquable prophétie; j'ai trop vécu et trop vu , pour ne pas voir les maux sans nombre qui peuvent découler sur l'humanité , quand viendra ce bouleversement ; mais on a poussé les peuples à bout, le tems des déceptions est passé , il faut de la franchise , et les peuples n'en voient nulle part. Le premier prince qui voudra sauver l'humanité , n'a qu'à paraître et tout se ralliera avec lui , alors tout se fera sans commotions tterribles; mais qu'il

soit loin de toute ambition personnelle , qu'il donne force à la loi et à la loi seule.

Je désire que ce soit un pouvoir établi qui prenne l'initiative , car alors les passions seront contenues , . tout marchera au but du bien général, sans licence; mais si aucun de ceux qui ont, le pouvoir n'est assez désintéressé pour rallier les cœurs généreux, si la commotion vient d'en bas , , malheur à l'humanité ! quoique peut-être un meilleur ordre de choses sorte encore du chaos.

J'ajoute ce qui suit ici après les journées du 5 et 6 Juin et je vois qu'une partie de! mes prédictions s'est déjà accomplie dans le pays que j'y aurais cru le dernier exposé. Espérons que du mal surgira le bien, en gémissant sur les victimes qui ont succombé. Je désire , et nous avons tous , c'est-à-dire tous les malheureux , le droit de faire des vœux , que ce soient les dernières victimes qui périssent en troublant le pays , sur lequel s appuie l'espoir de l'humanité. — Le gouvernement de la France a besoin d'être fort et son succès ne l'induira pas en erreur pour lui montrer où est la force. — Oui , le rôle de dictateur de la vraie civilisation , que je souhaite voir prendre à un prince de l'Europe , ce beau rôle est entre les mains de la France et de l'Angleterre réunies. Maisi pour le bien de l'humanité en*général, j'ose rappeler, que la Russie est plus terrible en tems

4e paix , qu'en tems de guerre ; sa force étant surtout dans lastuce de «on cabinet. 7— Le regard de Napoléon perçant dans Tavenir lui montrait que eet ^état avait besoin d'être repoussé du centre de l'Europe et il se perdit par des demi-mesures.

Mais je reviens à mon fécit. Après avoir pris les informations nécessaires sur la force qui ^occupait Szawle et plus ou moins sur la position près de la ville, j'avançais avec ma colpnne jusqu'à une forte portée de canon ; «ne haute montagne, derrière laquelle je fis halte , mettant mon corps à l'abri des coups , je m'avançai avec un escadron et une quarantaine de fantassins par la grande route , vu que les marais me forçaient de la suivre. Sitôt que l'ennemi nous aperçut , il nous envoya quelques boulets et fit marcher des tirailleurs d'infanterie au-devant des miens , mais ils furent repoussés. Après m' être avancé pour reconnaître 3a place», je vis qu'il me serait impossible de la prendre par force , à cause de sa formidable position; à ma gauche était un grand lac , qui s'étendait près de deux lieues vers Szawlany , refoulant ma gauche venait ]a chaussée , qui montait vers la ville , à droite de celle-ci une prairie marécageuse d'environ 2too toises , qui allait en montant vers la ville ,

près de laquelle des groupes d aunes , rendaient cette partie très-facile à défendre pour lennemi ; à droite de cette prairie un lac , d'une lieue d'étendue , touchait le pied de la hauteur sur laquelle la ville est située. Le pla* teau , entre la chaussée et la partie de la ville vis-à-vis ma gauche , était dominé par une haute redoute appuyée aux maisons du faubourg , dont le canon balayait à mitraille le plateau « la chaussée et même le pré menticuoné ci-dessus. Mon principal but était Toccupation de la ville comme point absolu pour la concentration de tous nos corps , et cela à peu de bruit, pour que le canon n attirât pas le corps qui devait me suivre à la piste , et que je craignais de voir paraître d'heure en heure. Je résolus donc de manœuvrer de manière à chasser l'ennemi sans combat ; je donnai à cet effet l'ordre au colonel Brzezanski de marcher à droite avec toute ma cavalerie , à l'exception du i3°** régimeftt , pour faire mine de vouloir tourner le lac et couper l'ennemi de la route de Mittau ; je le fis passer par les montagnes , qui étaient sur ma droite * pour se faire voir à l'ennemi ; je lui donnai Tordre d'avancer ainsi en marchant aussi lentement que possible f jusqu'à la nuit, et de venir me rejoindre , sitôt qu'il ferait sombre.

Gar inquiet dé ne pas rencontif'er ici Gielgud ni Rohland , et craignant qu'ils n'aient besoin de mox , je regrettai de n'avoir pas pris la direction de Szawlany ; j'envoyai donc dans cette direction mes bagages, sous l'escorte du bataillon de Matusewicz , mais en les faisant ar* rêter à quelques portées de c^non de ma position , pour être à même de les rappeler , si je voyais l'ennemi évacuer Szawle. Quant au corps que j'avais laissé derrière moi et que j'attendais par Radziwiliski , il y avait entre le dernier bois où je m'étais arrêté et Szawle une digue entre des marais , où je fis détruire un pont , et y plaçai une pièce de canon , mon infanterie à cheval et 60 chevaux de cavalerie , que soutenait de loin le 26""* régiment d'infanterie.

Après une heure d'attente, pendant laquelle mes tirailleurs avaient approché jusqu'aux maisons qui étaient sur la digue , au point le plus bas , c' est-à-dire , entre les deux montagnes : celle à l'abri de laquelle était mon corps et celle de la ville. Voyant que l'ennemi répoussait vivement chaque approche , mon embarras devint extrême; je n'osai rester en place de crainte d'être pris entre deux fqux ; la direction de Szawlany me paraissait absolument fausse. Cependia^nt l'idée , que peut-être le

corps principal se battait là et que mon secours pourrait y être- nécessaire me tourmentât horriblement. Dans le moment de la plus grande perplexité arriva un aide-de-camp de Gielgud en m'annonçant que ce dernier , Chlapowsld , Rohland et S^ymahowski s'avançaient sur SzawlCf cela me mit de même que tout mon corps dans une vive allégresse ; enfin uo succès immanquable allait relever le courage de tout le monde ; la victoire paraissait certaine, car nous étions alors pour le moins 6000 hommes de troupes venues de Pologne et ati moins 8000 Lithuaniens. Chacun voulait avoir les dépouilles de Tennemi , Tinfanterie lithuanienne les armes , Tartillerie, les munitioos; enfin la proie paraissait assurée.

Bientôt arrive un second officier , le major Nowicki , avec Tannonce que Szymanowski était déjà proche , en venant par la route d^ Szawlany et que Gielgud, Rohland et Cblapowski venaient par celle de Cytowiany et Kurtawiany; il m'apportait Tordre de faire attention aux fusées ; que deux fusées lancées en l'air devaient être le signal de l'attaque,

qui devait avoir lieu à une heure de la nuit;

je m'applaudis d'avoir pris cette direction qui était la seule présumable. Bientôt parut S»ymanowski ; alors j'envoyai l'ordre à Brzezansb

de fermer tôut>à-fait la route de Mittau , pour ne laisser rien échapper et j'envoyai le colonel Sierakowski avec le 1 8™* régiment , pour le soutenir et abîmer Tennemî, en cas qu'il évacuerait la nuit la ville. J'attendis toute la nuit le signal de Tattaque ; je ne fis pas faire de feu pour être prêt à marcher au premier moment et aussi pour mieux voir les fusées* Cependant il était trois heures du matin et rien ne paraissait encore, à trois heures et demie arriva un officier avec un avis écrit au crayon où Gielgud me disait, que vu qu'il n^y avait pas de fusées , deux coups de canon seraient le signal de l'attaque , (je crois tout bonnement qu'on avait dormi et que voyant que le jour paraîtrait avant que l'on fût arrivé , on changea le signal.) — Quoiqu'il en soit , vers les quatre heures , les coups de canon* se firent entendre ; le général Szymanowski ne voulut pas exécuter les dispositions que j'avais prises , disant qu'il était envoyé pour diriger le mouvement, vu qu'il connaissait l'endroit. J'eus beau vouloir lui prouver que les dispositions que je prenais étaient adaptées au terrain et lui dire qu'il fallait qu'un seul; commandât , il s'obstina à faire à sa tête, d'autant plus qu'il avait apporté l'idée de m'avoir sauvé , car on me regardait conmie coupé du corps principal. Ne voulant

pas empirer la chose en présence de nou^elks levées , je résolus avec ma petite troupe de me mettre à même d'exécuter ce que )e projetais pour Tensemble ; je plaçai mes pièces à gauche de la chaussée sur une hauteur , vis-à-vis de la redoute ennemie , et qui la dominait, ou au moins était à son niveau , et je tins le seul bataillon d'infanterie qui me resta , le 4^' ^^ 3"* à portée de soutenir mes pièces , et de marcher à Tattaque par la chaussée , le seul point véritable , en me réglant sur le mouTe^ ment de Szymanowski quant au tems de Texécuter. J'ai oublié de dire , que vis-à-vis notre droite le terrain entre la chaussée et le lac était bordé de maisons murées qui rendaient l'attaque de la ville par ce côté presque impossible. Le général Szymanowski se porta à ma droite qui était une vallée , que la redoute ennemie enfilait avec ses boulets , et commença l'attaque , en mettant en tirailleur»

toute son infanterie , qui pouvait , avec ks lithuaniens , avoir près dé 3ooo hommes, i^ lui envoyai mon aide-de-camp Hirosz pour le conjurer de tenir une bonne partie de son infanterie ensemble , piour l'employer comme réserve en colonne d'attaque , mais comme son infanterie avançait sur toute la ligne et, tirant fréquemment , repoussait quelques cen-

taiaes de tirailleurs que rennemi avait envoyés au-devant de nous , plein de joie il montra , à mon aide-de-camp comme son infanterie avançait, et ne rallia pas une seule compagnie. Sa ligne très-étendue vint donner avec la moitié de son front contre le lac , et la gauche avança sur le pré vers la ville , alors l'ennemi envoya à leur rencontre quelques cents fantassins , et soutint cette attaque menée à grands cris par quelques décharges à mitraille , ce qui fit rétrograder Tinfanterie de Szymanowski plus rapidement qu'elle n'avait avancé. Voyant que l'ennemi enhardi poursuivait son mouvement., j'ordonnai au major Jablonski de prendre deux compagnies du 3°** en colonne d'attaque par demi-compagnies et de marcher en ville , directement par la chaussée; vers laquelle j'avais déjà fait marcher une compagnie de ce même bataillon , à la hauteur des tirailleurs de Szymanowski ; cela fut exécuté avec une bravoure et une précision admirables» Mon artillerie , par un feu vif contre la redoute ennemie , protégeait le mouvement ; mais Tennemi , moins vivement . poussé par Gielgud , amena trois pièces de canon qu'il plaça entre la redoute et la chaussée, et avec un feu de mitraille , dont il fit quelques décharges sur cette brave infanterie qui touchait presqu'à la ville, y fit un

i46 grand carnage et loblîgea de se retirer. Jablonski , eut son cheval tué et lui-même fut grièvement blessé au ventre par un coup de mitraille (je le ramenai pourtant à Varsovie où il guérit parfaitement.) Cette attaque qoi avait eu pour résultat de faire avancer les tirailleurs de Szymanowski repoussés , les ramena aussi sans qu'il y eût moyen, soit de les rallier , soit de les faire avancer ; le reste de mon brave bataillon du 3™' s'empara de quelques maisons en bois , qui bordaient la chaussée et que les Russes occupaient avant Tattaque , ce qui au moins tenait en notre pouvoir une partie de la chaussée et le pr^ entre ces maisons et le lac d'à-droite. Nous fîmes alors notre possible avec Szymanowsb pour rallier son infanterie , mais ni prières , ni menaces , ni exemples , ne pouvaient y parvenir. Voyant qu'il fallait à toute force l'encourager par quelque mouvement hardi, je courus en arrière où Janow^icz était avec w cavalerie , pour engager douze hommes "^ bonne volonté avec un sous-officier , auxquels je proposai de faire une charge en ville p^ la chaussée , pour servir d'exemple à un nombreux escadron de cavalerie lithuanienne qû^* vait amené Szymanoyrski , et qui était commandé par Narbutt père , gui y avait trois m»

comme officiers sous ses ordres; au lieu de douze que je démandai , yingt-cinq hommes sortirent des rangs i et Tintrépide capitaine Ostrowski prît la place du sous-officier. Je me retournai pour leur montrer l'escadron , à la tête duquel je voulais les lancer ,^quakid j'aperçus avec étonnement ce brave •escadron déjà près de la ville , y entrant par la chaussée au galop ; on aurait dit des Décius se jetant dans un gouffre; voyant ce mouvement, j'envoyai toute la cavalerie de Janowicz à leur suite , pour décider par la masse la prise de la ville. Mais il était trop tard, l'intrépide capitaine Ostrowski avec les vingt-cinq volontaires parvint seul à suivre l'escadron ; à peine avait-il passé, qu'une colonne d'infanterie ferma l'entrée de la ville , une décharge à mitraille de la redoute sur la cavalerie qui suivait , renversa quelques chevaux de la tête de la colonne et avec eux Janowicz qui les commandait et dont le cheval , atteint à la poitrine fut renversé. L'infanterie , qui suivit ce mouvement , voyant la cavalerie revenir , refusa absolument d'avancer , étant disséminée ; #les restes du 3™® régiment avancèrent encore une fois , mais trop faibles pour agir seuls , quelques coups de mitraille et un feu de mousqueterie les ramena avec perte. Depuis cç mo-.

mentf il fut impossible de faire avancer Tinfanterie ; la mienne n'avait plus que cinq cartouches par homme , et je n'en avais pas du tout f le parc de réserve suivant Gielgud ; une compagnie* du brave 3"* était réduite à dixhuit hommes. Je fis avancer le 26"^^ que je tenais en arrière , (crainte d'attaque , soit par la route de Szawlany , soit par celle de Radziwiliszki ;) mais l'ennemi , qui alors n'était plus attaqué par Gielgud , ramena ses canons vers moi et lui tua beaucoup de monde. Des vingt-cinq hommes , qui entrèrent en ville avec Ostrowski , cinq ou six seulement parvinrent à en sortir , Tescadron de Narbutt périt en entier , vingt-cinq hommes seulement en sortirent par le côté gauche de la ville et allèrent rejoindre Gielgud. Narbutt et ses trois fils y périrent , de même que l'aide-de-camp de Chlapowski , Mielzynsld , qui étant venu pendant que j'étais allé parler aux Uhlans , mena ce vaillant escadron à une mort glorieuse mais inutile ; il auraiit fallu préparer Tinfanterie pour qu'elle fût à portée de suivre la cavalerie > alors l'attaque réussissait ; mais trop de précipitation fit que ce fut un trait de courage qui n'a pas son égal, mais qui fut bien douloureux» D est impossible de voir une attaqne menée plus bravement que l'était la nôtre* I^

«49 général Szymanowsld fit des prodiges de va^ leur personnelle , son manteau fut criblé de balles et de mitraille , mais tout cela ne remédiait pas au décousu de Tattaque. Gielgud , pu plutôt sa troupe attaquait , quand nous étions repoussés ; nous ayancions , quand il reculait, de sorte iq[ue Tennemi avait le tems de se porter là où Tattaque devenait le plus vive. Si notre attaque était brave mais mal ordonnée , la défense de Tennemi était d'un courage superbe et d'une habilité, admirable , se transportant avec ses pièces d'un bout de la ville à l'autre suivant le besoin ; du côté de .Gielgud, un bataillon du 7™* de ligne avait déjà pénétré en ville, conduit par l'intrépide major Jaroma , qui y fit plus de 4oo prison-: niers ; mais n'étant pas soutenu , il les enfermait dans les maisons et avançait , quand le vaillant commandant russe avec sa réserve fondit sur ce bataillon et le refoula hors de la ville. Jaroma tomba et fut laissé pour mort dams les rues de la ville , et les prisonniers furent repris. Le nom du commandant russf mérite d'être cité, c'était le colonel Krukow, il faut lui rendre justice : bravoure , présence d'esprit , il employa tout et le plus à propos ; cette défense lui fait le plus grand honneur. Peu de pous ne furent pas frappés par les

balles; un de mes aides*de-camp » Bysirzanowskî fut grieTement blessé ; moi-même , je fus frappé à la poitrine , mon aide-de-camp Hirosz qui était toujours où le danger était le plus grand eut un cheval tué. Bientôt après la charge de cette cavalerie , arriva un aide-decamp de Gielgud, qui nous apportait par écrit Tordre de cesser l'attaque , vu qu'il l'avait cessée et nous ordonnait , à moi et &ymanowski , de venir le rejoindre personnellement pour nous concerter avec lui , nous prévenant que nous le rencontrerions sur la route de Kurszany , où il se mettait en marche. Szymanowski vint me demander , ce que je comptais faire ; je lui dis , qu'il était impossible que nous puissions quitter tous deux iians un moment où Tennemi pouvait faire une sortie sur nous , quand nous étions tel- , lement abîmés ; que je resterais et que lui , il pouvait aller, s'il le voulait, prendre les ordres. Je ne sais quelles pouvaient être les intentions de Giélgud en nous appelant ainsi à lui ; il savait bien qu'il fallait une heure de tems au trot pour tourner le lac , et il voulait que dans un moment aussi critique, nous quittions tous deux notre troupe pour deux heures et cela tandis qu'elle allait faire le tour de S/^wle , en lui prêtant le flanc. Outre cela,

il cesse son attaque , avant de nous en pré-r i venir et se retire sans attendre nos corps. Son ! aile gauche couvrait la route de Kurszany » ! c'était donc à lui à prendre position sur cette i route , pour tenir Tennemi en respect , jus^ qu'à ce que nous eussions achevé notre mouvement ; au lieu de cela , il se retire le premier dans une direction absolument contraire au plan adopté « d'après lequel c'était la route de Mittau , que nous aurions dû prendre en nous dirigeant sur Mieszkuc , et là , libre à lui d'aller en Prusse ; mais aussi libre à moi et au corps de me jeter , soit sur Poniewierz » comme je T ai fait ^ soit d'entrer en Courlande. Je ne le suppose pas traître , bien loin de là ; je ne t'gccuse que de la plus grande indolence et incapacité. Mais ici je crois réellement qu'il désirait que nos corps fussent détruits , pour avoir une plus grande excuse pour son entrée en Prusse; il avait déjà laissé pour perdus sur les bords du Niémen le colonel Koss avec deux pièces de gros canon , un bataillon de vieilles troupes et une nouvelle brigade de cavalerie. Koss avait été envoyé pour protéger la construction d'un pont sur le Niémen; je ne sais , si l'ennemi s'est présenté de l'autre côté du Niémen , ou sur la rive où était Koss ; mais je sais , qu'on fut obligé de brûler

tous les cordages et autres agrës des sapeurs , qui y perdirent aussi tous leurs ustensils : pourquoi Gielgud a-t-il laissé Koss sans lui donner d^ordre? comment celui-ci a-t*il rejoint plus 'lard Rohland? Ce sont des particularités que je ne puis savoir; mais aVec Tintime conviction qu'il n*a pas trahi de connivence avec Tennemi , je crois avoir la certitude basée sur des faits , qu'il désirait , comme je Tai dit , que les corps fussent détruits , pour prouver que c'était ce qui l'avait forcé d'entrer en Prusse. (Chlapowsld dit dans sa lettre sur les événemens militaires de la Pologne : Nous nous retirâmes machinalement à KurszanyH) — » Szymanowsld partit donc seul , bientôt l'ennemi commença à avancer vers nous ; je n'avais presque plus d'infanterie à lui opposer , je retins deux pièces %ur les hauteurs , qui tiraient tour^à-tour à mitraille « quand l'infanterie ennemie se fut approchée à portée , ce qui la faisait rétrograder , mais poussée par les officiers , elle avançait de nouveau, mouvement qui dura plus d'une heure ; en attendant j'envoyai mes officiers en arrière , pour que tous mes bagages et blessés prissent la direction qu'avaient prise la veille Brzezanski et Sierakowski. Bientôt arriva une foule de fuyards de la route de Szawlany par laquelle Gielgud avait envoyé ses

bagages (à ce qu'on ma assuré , il y en avait mille voitures ; il est vrai que les effets d'habillement et d'équipement y étaient , et la lithuanie avait fait des' efforts inouïs ; tous ces bagages furent pris, comme je Tappris plus tard à Varsovie par le général Dellingshausen , qui commandait lavant-garde de Sacken.) Je courus donc en arrière pour activer le départ des Impedimenta et avoir une arrière-garde capable de pouvoir tenir tête à Tennemi; là je trouvai le général Szymanowsld , qui , s'é-^ tant mis en route pour atteindre Gielgud , avait reconnu que cela lui était impossible et vint rejoindre son corps ; il me fut ici d'un grand aide ; nous fîmes filer les canons et bagages en détruisant sans pitié toutes les voitures inutiles dont j'employai les chevaux pour monter mon infanterie à cheval qui fut portée ce jour-là à i3o chevaux. Je retirai mes pièces de Tarrière-garde que je confiai à Janowicz , et nous nous mimes en marche.

A une petite lieue je reçus un billet écrit au crayon où Gielgud me disait de faire diligence , l'ennemi avançant en force par Kurtowiany. L'officier , qui m'apportait cet avis , me dit , qu'il avait donné au colonel Sierakowski en passant à côté de lui, l'ordre |e la part de Gielgud , de marcher à Kurszany. Crai-

gnant que celui-ci ne Texécutât , je laissai le commandement de la colonne à Szymanowski et courus au galop au corps de Sierakowski , pour le retenir en place , jusqu'à que toute la colonne eût passé. Mais il sentait trop Tîmporlance de la position qu'il tenait , pour la quitter avant mon arrivée.

On a reprpché au colonel Sierakowski de ne point avoir attaqué Szawle ; il eut tort certainement, et je suis même fâché de n'y avoir pas marché moi-même, une fois que Szymanowski était arrivé; et sans l'inquiétude où j'étais par rapport au corps , qui aurait dû me suivre par Radziwiliszki , et le besoin de ma présence en cas pareil , je l'aurais certainement fait. Mais Sierakowski avait une excuse, s'il y en a une à ne pas se battre , quand toute l'armée le fait ; il entendait la guerre , il voyait bien que la direction que nous prendrions était , ou plutôt aurait dû être (telle que fut l'issue de l'attaque) la route de Mittau, sur laquelle il était à cheval , et par là à même de couvrir la retraite de Gielgud venant par sa droite et de mon corps venant par la gauche ; mais comme je l'ai dit , je regrette de ne m'y être porté moi-même. Il y eut cependant quelques centaines de coups de fusil échangés du côté de Sierakowski , de même qu'une

canonnade assez insignifiante , après que Gielgud lui eût envoyé deux pièces pour répondre à une batterie , redoute fermée , que l'ennemi avait sur une hauteur à l'entrée de la ville , sur la droite de Sierakowski ; en outre la ville était entourée d'un mur et d un fossé , ce qui rendait l'approche toujours plus facile que de notre côté, surtout en lohgeant le lac, où il y avait un vide, mais qui cependant présentait encore beaucoup de difficultés. En un mot , Szawle par les deux côtés où je l'ai vu était bien fortifié. On avait mis le tems à profit; car quinze jours auparavant , Szymanowski y avait été, et c'est depuis qu'il en avait été repoussé, que ces ouvrages avaient été exécutés. Arrivé à la position que tenait Sierakowski , j'attendis plus d'une heure pour voir paraître Szymanowski. Comme les marais qui bordaient la route , conduisant de Szawle à Kurszany , obligeaient cette colonne à couper la route de Mittau , sous la portée du canon de Szawle , je ne voulais pas quitter la position , avant qu'il parût. J'envoyai donc un officier à sa rencontre , que j'attendis encore près d'une heure , et ne le voyant pas revenir ,, j'en envoyai un autre avec quelques lanciers , pour le trouver absolument. Celui-ci revint en disant, qu'il avait parcouru la chaussée plu§

d'une lieue sans pouvoir le découvrir; ne pouvant m'exposer à être pris , si la colonne que Gielgud m'annonçait devoir venir par Kurtowiany arrivait , je fis.prendre les armes à la troupe , pour la faire filer vers la route de Kurszany. L'ennemi s apercevant de notre mouvement, nous envoya quelques boulets^ croyant peut-être que nous voulions l'attaquer j mais comme je fis retirer mes pièces sans lui répondre , il cessa son feu. Quand je me fus mis hors de la portée du canon , je pris encore une fois position sur une hauteur , pour attendre Szymanowsld et protéger sa marche de flanc. J'envoyai à un village qui était proche , pour savoir s'il y avait une autre route pour Kurszany sans passer à côté de Szawle; les habitans me dirent qu'il y avait un chemin beaucoup plus court, mais tellement marécageux qu'il était de toute impos-sibilité d'y passer. Pendant ces entrefaîtes arriva mon officier , quartier -maître que j'avais envoyé vers Szymanowski , et me dit que celui-ci avait pris une autre direction ; je me mis donc en marche vers Kurszany; bientôt je rencontrai le général Rohland» qui, de même que le colonel. Pie ntka avait fait halte dans un bois avec tpute la colonne. En me voyant ils me félicitèrent de les avoir rejoints,

me disant qu'ils me regardaient comme perdu ; j'en fus tout étonné , n'en ayant pas même vu le danger. Je leur demandai où étaient Gielgud et Chlapowski ; ils me dirent qu'ils avaient pris les devants en calèche, et qu'ils étaient déjà à Kurszany. Bientôt arriva la colonne de Szymanowski , qui , s'étarit embourbée dans les marais, fut forcée de revenir filer tout auprès de Szawle, sans que l'ennemi l'eût inquiétée )e moins du monde, preuve que Gielgud avait de bien fausses données sur l'approche de l'ennemi , qui , comme on le voit , nous suivait à tâtons. Voilà pourquoi je suis plus que jamais dans la conviction intime que si , au lieu de marcher à Kurszany où Chlapowski dit qu'on se rendit machinalement , mon plan de me retirer pas-à-pas vers la Courlande avait été accepté , et qu'ensuite , en longeant la Duna et même la passant au besoin , pour donner l'alarme aux provinces , (les gués près de Dunabourg le facilitaient et en outre nous avions un très-riche équipage d'instruments de sapeurs , de cordage et ce qui s'en suit , ayant pris presque toute la pontonnerie de l'armée de Skrzynecki avec nous ;) nous arrivions, après avoir pris Mittau , insurgé toute la Courlande et avoir détruit tous . les établissemens militaires de Nieswiesss et Slonim

avec 5o ou 60,000 hommes sur Brzesc-Litewsld, ou au moins sauvions-nous notre corps indubitablement. Si j'ai fait des marches forcées en faisant la même route , celles-ci n aurait pas été nécessaire , car nous n'aurions jamais eu contre nous le double de forces , au lieu que j'en avais le triple à ma piste , et dix fois autant que mon corps répandues sur la route que j'avais à parcourir* La population nous aurait suivi , j'en ai fait l'expérience ; le tems seul qui ne me permettait pas de faire des baltes , m'empêchait d'en profiter et d'ailleurs prenant Mittau, nous aurions trouvé des ressources , et le moral de la troupe et du pays se relevait. C'était un plan d'opération guerrière à exécuter , le plus beau qu'on eût vu , ou plutôt , comme les annales de la guerre n'en présentent pas ; car nous pouvions dans ce pays tellement ami , marcher sur trois colonnes de front , ce que j'avais commencé par ma marche sur Poniewierz avant l'attaque de Szawle. Le pays très-abondapt nous nourrissait au-delà de nos besoins; l'ennemi qui nous suivait ne trouvait rien , puisque nous consommions tout y ce qui arrêtait nécessairement sa marche ; et un pays coupé de lacs , de marais , et de petites rivières permettait d'arrêter dans des positions propices tantôt une

colonne , tantôt Tautre , ce qui aurait permis de pivoter avec les autres sur le point nécessaire, quand nous aurions voulu changer de direction. Je n'accuse pas Gielgud de n'avoir pas compris ce plan ; il en était incapable ; mais Chlapowski , qui avait fait la guerre comme officier d'ordonnance de Napoléon , et qui me répond que le plan est adopté , et fait tout le contraire puis prend l'élite de L'ar-* mée polonaise pour la mener en Prusse , est inexcusable comme militaire , et plus encore comme Polonais.

Je suis intimement convaincu que l'expédition de Lithuanie confiée à un homme capa-^ ble , même malgré les fautes de notre grande armée, qui aurait dû agir pour se mettre en communication avec elle au plutôt , et ne le fit pas , suffisait pour faire crotiler la Russie , ou au moins pour lui faire changer de gouvernement. Les lettres que j'ai interceptées plus tard , en prenant la poste venant de Pétersbourg , m'en donnent l'assurance , et jç suis sûr que plus d'un cœur généreux en Russie souffre de ce que notre cause est tombée. Mais même sans ce secours , la force intrinsèque aurait passé bientôt de notre côté ; cependant tachons d'oublier pour quelque tems ces riantes idées et revenons à notre journal/

Après avoir fait reposer un peu le corps, nous nous mimes en marche pour Kurszany où nous arrivâmes au moment du coucher du soleil. — Le général Chlapowski comme chef d'état-major avait fait la dislocation du can^ pement; mon corps eut ordre de traverser toute la ville , de passer le pont sur la Windawka , (transformée en canal navigable jusque là) , et de camper sur la route qui vient de Kurtowiany , et de donner en même tems un détachement pour couvrir toute larméc sur la route de Sssawle ; j'étais donc partagé en deux , et entre mon corps , qui faisait Tavant-garde et l'arrière garde , étaient sur une demi-lieue d'étendue la ville et tous les corps de Rohiand , Szymanowski et Chlapowski. C'était pourtant mon corps qui avait souffert le plus ; je ne sais donc quelle était l'intention de cette dislocation. En outre on avait pris mon infanterie à cheval au passage par la ville , et l'on en avait fait une garde autour de la maison du curé de l'endroit où étaient logés Gielgud et l'état-major. Je reçus en ville Tordre de me rendre au quartier de Gielgud , pour un conseil de guerre , après avoir pris position avec mon corps , et avoir obtenu du bétail dont je manquais absolument < puisqu'étant à Wilkomirz je recevais les vivres, pour ob-

vîer aux abus, au jour la journée» Je me rendis donc au quartier-général; comme les autres généraux qui devaient faire partie du conseil n'étaient pas encore arrivés, et qu'il était près de neuf heures , j'objectai que nous étions trop exténués pour travailler aujourd'hui; qu'en outre il n'y avait rien de pressé, puisque la troupe était tellement fatiguée , qu'il fallait lui donner le lendemain quelques heures de repos , pendant lesquelles nous aurions à tête reposée le tems de prendre notre détermination. J'eus quelque difficulté à faire consentir Gielgud et Chlapow^ski à mon avis , mais je leur dis que j'étais moi-même tellement abîmé par deux nuits passées sans sommeil , et un combat de quatre jours , que je ne pouvais assister au conseil; il fut donc remis au

leindemain cinq heures du matin. , Je reprochai à Gielgud d'avoir pris cette direction au lieu de celle de Mieszkuc ; il me dit qu'il ne s'agissait pas de ce qu'on aurait dû faire , mais de décider ce qui restait à faire du point où nous nous trouvions. Chlapowski m'engagea à toute force à passer la nuit avec eux ; mais je lui dis que je ne pouvais me séparer de mon corps. A peine étais-je arrivé chez moi et avais- je mis pied à terre > que j'entendis quelques coups de fusils tirés dans là

direction où était la. cavalerie de Chlapowski, et bientôt une foule de voitures , chevaux de main et de fuyards de toute arme , se précipitèrent sur le pont , pour venir sur la rive ou j'étais avec mon corps. On me dit que Tennemi nous attaquait; je pris une compagnie du i8™^ et la plaçai à. côté du pont pour arrêter Tennemi, en cas qu'il voulût le passer. Gomme il commençait à faire sombre , celte compagnie était plus que suffisante. Bientôt m'arriva Tordre de repasser le pont avec tout mon corps pour repousser Tennemi, ce que je n'eus garde d'exécuter; si je lavais fait, j'obstruais le passage du pont , mon corps se perdait dans le désordre des fuyards , et les soldats n'auraient pas mangé , n'ayant sans cela pas fait de soupe depuis quarante heures.

Bientôt arriva aussi Gielgu<) avec son étatmajor , les membres du gouvernement et nfl^ foule de Lithuaniens; là les jeunes officiers de son état-major lui adressèrent des reproches sanglans , qu'il écoutait de sang-froid sans dire mot. L'alerte se montra fausse ; on avait pris une troupe de Lithuaniens pour des cosaques ; chacun rentra chez soi ; quelques jeu* nés officiers du i*' de lanciers, et le jeune prince Czetwertynsld qui commandait l'artillerie à cheval , vinrent chez moi , pour m'en-

^ager de prendre^ le commandement en chef; je les renyoyaî au lendemain , en disant que le conseil de guerre en déciderait.

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