PRÉFACE
tout, hormis ce que le public désirait savoir. Aussi le problème étaitr-il resté entier et incompréhensible pour tous, même pour Voltaire, qui écrivait en 1777 : « Toute cette aventure me confond, je ne puis concevoir ni d'Éon, ni le ministère de son temps, ni les démarches de Louis XV, ni celles qu'on fait aujourd'hui; je ne connais rien à ce monde. »
Le dernier écrivain qui s'était occupé de cette aventure, comme dit Voltaire, M, de Propiac, écrivait dans la Biographie universelle de Michaud : « Ne faisons pas de vains efforts pour soulever un voile impénétrable. »
Des circonstances particulières m'ont mis à même de soulever ce voile, et de donner enfin le mot de cette énigme.
Enfant du pays qui vit naître le chevalier d'Éon, DÛ se passa une grande partie de sa jeunesse et de son âge mûr, et où se trouvent encore quelques membres de sa famille, j'obtins en 1835, de ces derniers, communication des manuscrits, imprimés et papiers divers qu'ils avaient recueillis à Londres dans la succession de leur mystérieux parent, de son acte de baptême et de son acte de décès, accompagnés de l'enquête dressée sur son cadavre, en présence des plus hautes autorités de TAngleierre.
1 la. i:irr=^ • rn^. fir^Bs :cij«ia ie \l. le doc de Br.triii^. ;*i* r$ mnn^r^ îi» ii^iijres «krai^ères, et
rîâa^à.a ij± ^.«nZi? Les àr:hr^^^ ie:» ai^^iiires étrang^ère:} • j»HiiLi:i!: ]a. jin^me p«i:«ie qu'embrasse la carrjs*re -^^Iziiùza îxl dbf^nlita^ cTEobl Je troorai là des «ii>!Tir:»*Ti^ pr»*dirox* «^ firens mus au jour p«:cr La rr^ïïLj^r»» r'iis par itoa Irrre pablié en
Mais ^e^B a^^rs en lorc qn'ex^Iiqiiem ma jeunesse e( le eenre de IiTieranire dans lequel je m'éiiiià essajé. J^araê vin^ri-cinq ans, et je venais de jfbire j<:»aer le drame de la Tmir ée Nede^ avec AlezaD«ire Dcmas; je ne réTais que péripéties compliquées, amours tragiques et secrets tëné-^ breux.
La vie du cheTaH»' d^Eon, telle que je Tenais de la parcourir, si accidentée qu^elle fut, me parut encore trop simple pour n avoir pas une partie cachée, qui échappait à toutes les recherches, et qui devait être d'autant plus grave qu on en avait anéanti les traces avec plus de soin. Je me disais qu'un homme , — car c'était bien un homme , — qui avait rempli des missions secrètes sous le costume de femme, avaat de prendre^ officiellement ce costume, avait dû nécessairement avoir des aven^ tures, ou piquantes, ou terribles, ayant un rappwt
PKÉFACE V
forcé avec le dénouement de sa carrière. Je crus même de bonne foi avoir trouvé la piste de la plus grave de ces aventures amoureuses dans des lettres d'audiences nocturnes accordées par la jeune reine d'Angleterre au chevalier d'Éon, après la paix de 1763, paix aussi nécessaire que honteuse pour la France, et au sujet de laquelle la presse anglaise accusa le ministère et la cour de s'être laissés corrompre ou séduire par la diplomatie française.
Mon imagination travailla donc, et il résulta de ce travail que mon livre se composa d'une partie authentique et d'ime partie romanesque. Malgré cela, ou peut-être à cause de cela, il se vendit beaucoup ; à tel point que, depuis longtemps, on n'en trouve plus im exemplaire en librairie. Mais les bibliophiles et les antiquaires regrettèrent cette confusion, qui ne permettait plus de distinguer dans mon œuvre la réalité de la fiction, et faisait perdre ainsi à tout le monde et à moi-même, le bénéfice de trouvailles précieuses.
On me sollicita, pendant longtemps, de faire une nouvelle édition réduite à la partie purement histo- * rique et sérieuse.
J'avais résisté à ces sollicitations, parce qu'en relisant l'œuvre de ma jeunesse, je m'étais dit qu'il faudrait faire plus que l'émonder, qu'il faudrait la
YI PHÉFAGë
récrire en entier. D'ailleurs, j'avais vu que la critique ne s'était pas trompée sur le caractère de mémoires hybrides, en quelque sorte, comme le héros qui en était l'objet, et la sévérité même de certains juges compétents avait laissé ma conscience en repos.
Mais un incident inattendu est venu la troubler, en me montrant que j'avais trop compté sur la perspicacité de certains lecteurs.
Il y a peu d'années, je lus dans quelques journaux, qu'il venait de paraître un petit livre de M. Louis Jourdan, rédacteur du Siècle j intitulé : Un Hermaphrodite, et dans lequel il était question du chevalier d'Éon*. Cette pubUcation piqua peu ma curiosité, parce que son titre était à mes yeux une étiquette de pure fantaisie. Cependant, m'étant rencontré un jovr dans les bureaux de la Presse avec M. Jourdan, que je n'avais pas eu l'honneur de connaître jusque-là, je m'approchai de lui, me nommai et lui dis : « J'ai appris que vous aviez publié un ou\Tage dans lequel vous parlez du chevalier d'Éon. Comme j'ai publié moi-même, il y a vingtcmq ans, deux volumes sur ce personnage, je serais curieux de Ure le vôtre. Envoyez-le-moi donc. »
1. On verra dans V Épilogue ^ placé à la fin de ce yolame, que M. Jourdan a répudié, depuis la publication de cette préface, la paternité de V Hermaphrodite, auquel 11 n*aurait fiit que prêter son nom.
PRÉFACE Vi(
M. Jourdan manifesta une surprise et un embarras dont je ne me rendis pas compte. « Je ne vous savais pas revenu des États-Unis, me dit-il, c'est pour cela que je ne vous ai pas envoyé mon volume, mais je vous le ferai remettre, si vous voulez bien me donner votre adresse. » Je lui répondis qu'il pouvait faire tout simplement déposer Touvrage pour moi à la Presse^ où je venais tous 'les jours. Une semaine, un mois se passèrent, et je ne reçus rien. Je me dis alors que mon confrère avait probablement reculé devant ime dépense de trois francs, et je me promis d'acheter ce qu'il ne croyait pas devoir m'oflBrir. Mais je fus obligé par ma santé de m'éloigner de Paris, et j'oubliai M. Jourdan et son livre.
Cependant, me trouvant, il y a quelques semaines, dans un cabinet de lecture, ce souvenir me revint à l'esprit, et je demandai Y Hermaphrodite y qu'on put aussitôt m'apporter. Je lus sur la première page ce début : « En feuilletant les travaux innombrables que le dix-huitième siècle nous a laissés, en observant de préSj la loupe à la maitij les personnages de ce siècle si infâme et si grand, nous nous sommes arrêté avec un très-vif intérêt devant une des plus originales physionomies de cette époque, et à coup sûr une des moins connues... Il nous paraît intéressant de faire connaître, d'éclairer cette figure'