‹ Mémoires sur la chevalière d'ÉonChapitre 30 sur 102 · LE CHEVAUBR D*ÉON AC UCC DE PRASLIN · texte numérisé non relu

LE CHEVAUBR D*ÉON AC UCC DE PRASLIN

« Londres, le 25 septembre 1703.

« Monsieur le Duc,

« J ai reçu la lettre ab irato que vous m'avez fait Thonneup de m*écrire, et dans laquelle vous me dites : « Je n'aurais Jamais cru, mon- « ueor, que le titre de ministre plénipotentiaire vous fit si prompte- « ment oublier le point d'où vous êtes parti, etc., etc. » Monsieur le doc, je suis parti fort Jeune du point de Tonnerre, ma patrie, où j*ai mon petit bien et une maison au moins six fois grande comme celle qn*occupait M. le duc de Mvemais à Londres. En 1756, Je suis parti du point de Thôtel Dons-en-Broy, rue de Bourbon, faubourg Saint-Germain. Je suis l'ami du maître de la maison, et Je suis parti, malgré lui, pour faire trois voyages en Russie et autres cours de l'Europe, pour aller à l'armée, pour venir en Angleterre, pour porter quatre ou cinq traités à Versailles, non comme un courrier, mais comme un homme qui y avait travaillé et contribué. J*ai souvent fait ces courses quoique malade à la mort, et une fois avec la Jambe cassée. Malgré tout cela, je suis, si le destin l'ordonne, prêt à retourner au point d*où je suis parti.

m Ty retrouverai mon ancien bonheur; mon nouveau n'est qu'idéal, et je regrette souvent des plaisirs que Je ne goûtais pas lorsque j'en jooiaajda. Enfin, monsieur le duc, tout ce que Je puis assurer, comme géomètre, c'est que tous les points aboutissent à un centre commun, comme ils en sont sortis. Je n'ai qu'un mot à ajouter pour achever la Justification de mon oubli prétendu.

« Les points dont je suis parti sont d'être gentilhomme, militaire et secrétaire d'ambassade, tout autant de points qui mènent à devenir ministre dans les cours étrangères. Le premier donne un titre à cette place, le second confirme les sentiments et donne la fermeté qu'elle exige, le troisième en est l'école. J'avais parcouru cette dernière à votre jugement même, monsieur le duc, de façon à mériter des récompenses. Qu'y a-t-il donc d'étonnant qu'un apprentissage long, dur, mai$ accompli avec éloge, m'ait fait parvenir à la maîtrise ?

« Mais quel qn'ait été le point d^oùje suis partie le roi mon maître m'ayant choisi pour le représenter. J'ai dû avoir tout oublié, et je dois n'avoir devant les yeux que le point où je me trouve, Yoill ma loi, et vous me la rappelleriex, monsieur le duc, si Je l'oubliais.

le pauvre comte fut percé d'outre en outre*. Puis après cette vigoureuse mais fatale sortie, il se retira dans la maison particulière qu'il avait louée, attendant tranquillement dans ce fort l'orage qui ne pouvait tarder à éclater sur sa tête.

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