A son père et à son oncle
2. Que son sexe a été piouvé par témoins, médecins, chirurgiens, matronnes et pièces juriiliques. {Phrase qjoulée en marge par le chevalier ^Éim^ puis raifée par Beaumarchais.)
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et d'y rester sous la sauvegarde spéciale et immédiate de Sa Majesté, laquelle veut bien lui accorder, non-seukment protection etsûreté sous sa promesse royale, mais qui a la bonté de changer la pension annuelle de 12,000 livres, que le feu roi lui avait accordée en 17<6, et qui lui a été payée exactement jusqu'à ce jour, em un contrat de rente viagère de pareille somme; avec reconnaissance que les fonds dudit contrat ont été fournis et avancés par ledit chevalier d*Éon pour les affaires du feu roi, aimi ^ue de plus fortes sommes^ dawi le mentant lui sera remis par moi pour VacquittemefU de ses dettes en Angleterre, avec Texpédition en parchemin et en bonne forme du contrat de ladite rente de 12,000 livres tournois, en date du 28 septembre 1775.
« Et moi, Gharles-Geneviëve-Louise-Auguste-André* Timothée d'Éon de Beaumont, fille majeure, connue jusqu'à ce jour sous le nom du chevalier d'Éon et qua* lités susdites, je me soumets à toutes les conditions imposées ci-dessus au nom du roi, uniquement pour donner à Sa Majesté les plus grandes preuves possibles de mon respect et de ma soumission , quoiqu'il m'eut été bien plus doux qu'elle eût daigné m'emplo;^ d» nouveau dans ses armées ou dans la politique, selon mes vives sollicitations et suivant mon rang d'anden-' neté. Et puisqu'à quelques vivacités près, qu'une défense légitime et naturelle, et le plus juste ressentiment, rendaient en quelque façon excusables. Sa Majestéveot bien reconnaître que je me suis toujours comporté en brave homme comme officier, et en sujet laborieux, iatelligent et discret, comme agent politique.
« Je me soumets à déclarer publiquement mon sexe,
à laisser mon état hors de toute équivoque, à reprendre et porter jusqu'à la mort mes habits de fille S à moins qu en faveur de la longue habitude oh je suis d'être revêtue de mon habit militaire, et par tolérance seule* ment, Sa Majesté ne consente à me laisser reprendre ceux des hommes, s'il m'est impossible de soutenir la gène des autres, après avoir essayé de m'y habituer à Tabbaye royale des dames bernardines de Saint^Antoine* des-Champs, à Paris, ou à tel autre couvent de filles que je voudrai choisir, et où je désire me retirer peu-* dant quelques mois en arrivant en France.
« Je donne mon entier désistement à toutes pour-r suites juridiques ou personnelles contre la mémoire du feu comte de Guerchy et ses ayant-cause, promettant de ne jamais les renouveler, à moins que je n'y sois fbrcée par une provocation juridique, ainsi qu'il est dit ei*dessus.
« Je donne de plus ma parole d'honneur que je re^ mettrai à M. Garon de Beaumarchais tous les papiers publics e^ secrets, tant de l'ambassade que de la corres^ pondance secrète désignée ci-dessus, sans en réserver ni retenir un seul, aux conditions suivantes, auxquelles je supplie Sa Majesté de vouloir bien permettre qu'on souscrive en son nom.
« 1* Qu'en reconnaissant que la lettre du feu roi, mon très*honoré seigneur et maître, en date de Yiarsailles, du 1^ avril 1766, par laquelle il m'assurait 12,000 livres de pension annuelle, en attendant qu'il me plaçât
1. Que j*ai déjà portés en diverses occasions connues de Sa Majesté. {Bétranehé pwr Beaumarchah.)
plus avantageusement, ne peut plus me servir de titre pour toucher ladite pension, qui se trouve changée très-avantageusement pour moi par le roi» son successeur, en un contrat viager de pareille somme, Toriginal de ladite lettre restera en ma possession, comme témoignage honorable que le feu roi a daigné rendre à ma fidélité, à mon innocence et à ma conduite irréprochable dans tous mes malheurs, et dans toutes les affaires qu'il a daigné me confier» tant en Russie, qu'& Tannée et en Angleterre;
« 2"" Que Toriginal de la reconnaissance que M. Durand, ministre plénipotentiaire en Angleterre, m'a donnée à Londres, le 11 juillet 1766, de la remise volontaire, fidèle et intacte, faite par moi entre ses mains, de Tordre secret du feu roi, en date de Versailles le 3 juin 1763, restera dans mes mains, comme un témoignage authentique de la soumission entière avec laquelle je me suis dessaisie d'un ordre secret de la main de mon maître, qui faisait seul la justification de ma conduite en Angleterre, que mes ennemis ont tant nommée opiniâtre, et que, dans leur ignorance de ma position extraordinaire vis-à-vis le feu roi, ils ont même osé qualifier de traître à TÉtat;
« 3** Que Sa Majesté, par une grâce particulière, daignera, ainsi que faisait le feu roi, se faire informer, tous les six mois, du lieu que j'habite et de mon existence, afin que mes ennemis ne soient jamais tentés de rien entreprendre de nouveau contre mon honneur, ma liberté, ma personne et ma vie;
« 4" Que la croix de Saint-Louis, que j'ai acquise au péril de ma vie dans les combats, sièges et batailles où
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j'ai assisté, ou j'ai été blessée et employée, tant comme aide de camp du général, que comme capitaine de dragons et des volontaires de Tarmée de Broglie, avec un courage attesté par tous les généraux sous lesquels j'ai servi, ne me sera jamais enlevée, et que le droit de la porter, sur quelque habit que j'adopte, me sera conservé jusqu*à ma, mort.
« Et s'il m'était ]>ermis de joindre une demande respectueuse à ces conditions, j'oserais observer qu'à l'instant où j'obéis à Sa Majesté, en me soumettant à quitter pour toujours mes habits d'homme, je vais me trouver dénuée de tout, linge, habits, ajustements convenables à mon sexe ; et que je n'ai pas d'argent pour me procurer seulement les plus nécessaires, M. de Beaumarchais sachant bien à qui doit passer tout celui qu'il destine au paiement de partie de mes dettes, dont je ne veux pas toucher un sou moi-même. En conséquence, et quoique je n'aie pas droit à de nouvelles bontés de Sa Majesté, je ne laisserai pas de solliciter auprès d'elle la gratification d'une somme quelconque pour acheter mon trousseau de fille; cette dépense soudaine, extraordinaire et forcée ne venant point de mon fait, mais uniquement de mon obéissance à ses ordres.
« Et moi, Garon de Beaumarchais, toujours en la qualité ci-dessus spécifiée, je laisse à ladite demoiselle d'Éon de Beaumont l'original de la lettre si honorable que le feu roi lui a écrite de Versailles, le 1" avril 1766, en lui accordant une pension de douze mille livres^ en reconnaissance de sa fidélité et de ses services.
« Je lui laisse de plus l'original de M. Durand, lesquelles pièces ne pourraient lui être enlevées, de ma
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put, taas uœ darelé qui répondrait mtl aux inteations pleines de bonté et de justice qœ Sa llqesté montre aajonrd'hm pour la personne de ladite demoisette Charles, etc., ^c.,diondeBeaamoDt. Qoant à la crok 4e Saint-Loois, «pi'elle désire conserver avec le droit de la porter sur ses babits de fille, j'avoue que, nmlgré Texcès de bonté avec lequel Sa Majesté a daigné s'en rapports à ma prudence, à mon zèle et à mes lomiëres ponr tontes les conditions à imposer en cette afbire, je ciÛK d^ontrepasser les bornes de mes pouvoirs, en mnehant une question aussi délicate.
« D'autre part, considérant que la croix de Tordis tçjél et militaire de Saint-Louis a toujours été regardée uniquement comme la preuve et la récompense de k valeur guerrière, et qu^ plusieurs officiers, après avoir été décorés, ayant quitté Fbabit et Tétat militaire poor .prandre ceux de prêtre ou de magistrat, ont conservé sur les vêtements de leur nouvel état, cette preuve honorable qu'ils avaient dignement fait leur devoir dans tm métier plus dangereux, je ne crois pas qu'il y ait d'inconvénient à laisser la même liberté à une fille va- Inrease qui, ayant été élevée par ses parents sous des habits virils, et ayant bravement rempli tous les devoirs périlleux que le métier des armes impose» a pu ne coonattre Thabit et Tétat abusifs sous lesquels on Tavak fturcée à vivre, que lorsqu'il était trop tard pour en -^vanger, et n'est point coupable pour ne l'avoir pcmt fcit jusqu'à ce jour.
« Réfléchissant encore que le rare exemple de cette iile extraordinaire sera peu imité par les p^psonnes de •son sexe, et ne peut tirer & aucune conséquence ; que m
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Jeanne d'Arc, qui sauva le trône et les États de Charles VU, en combattant sous des habits d'homme, «ût, poa&Bt la guerre, obtenu, comme ladite demoi- «elle d'Éon de Beaumont, quelques gr&oes ou ornements militaires, tels que la croix de Saint-*Louis, il n'y apas d'apparence que, ses travaux finis, le roi, en l'invitant à reprendre les habits de son sexe, l'eût dépouillée et privée de l'honorable prix de sa valeur, ni qu'aucun galant chevalier français eût cru cet ornement profané, parce qu'il ornait le sein et la parure d'une femme qui, dans le champ d'honneur, s'était toujours montrée digne .d'être un homme.
« J'ose donc prendre sur moi, non en qualité de ministre d'un pouvoir dont je crains d'abuser, mais comme un homme persuadé de la vérité des principes que je ^iens d'établir ; je prends sur moi, dis-je, de laisser la .croix de Saint-Louis et la liberté de la porter-sur ses habits de fille, à demoiselle Gharles^eneviève-Louise- Auguste-André-Timothée d'Éon de Beaumont, sans que j'entende lier Sa Majesté par cet acte, si elle désapprouvait ce point de ma conduite, promettant seulement, en cas de difficulté, à ladite demoiselle d'Ëon, d'être son avocat auprès de Sa Majesté, et d'établir, s'il le faut, son droit à cet égard, que je crois légitime, par une requête oîi je le ferais valoir du plus fort de ma plume et 'du meilleur de mon cœur.
« Quant à la demande , que ladite demoiselle d'Éon de Beaumont fait au roi, d'une somme pour l'acquisition de son trousseau de fille, quoique cet objet ne soit pas entré dans mes instructions, je ne laisserai pas de le prendre en considération, parce qu'en effet cette dé-
pense est une suite nécessaire des ordres que je lui porte de reprendre les habits de son sexe. Je lui alloue donc, pour Tachât de son trousseau de fille, une somme de 2,000 écus, à condition qu'elle n'emportera de Londres aucun de ses habits, armes et nul vêlement d'homme, afin que le désir de les reprendre ne soit pas sans cesse aiguisé par leur présence; consentant seulement qu'elle conserve un habit uniforme complet du régiment oh elle a servi» le casque, le sabre, les pistolets et le fusil avec sa baïonnette, comme un souvenir de sa vie passée, ou comme on conserve les dépouilles chéries d'un objet aimé qui n'existe plus. Tout le reste me sera remis à Londres pour être vendu, et Targent employé selon le désir et les ordres de Sa Majesté.
« Et cet acte a été fait double entre nous Pierre- Augustin-Caron de Beaumarchais, et Charles-Geneviëve- Louise-Auguste-André-Timothée d'Ëon de Beaumont, sous seing-privé, en lui donnant de chaque part toute la force et consentement dont il est susceptible ; et y avons chacun apposé le cachet de nos armes, à Londres, le cinquième jour du mois d'octobre 1775 ^
« Signés : Garon de Beaumarchais.
« d'Éon de Beaumont. »
« La transaction rédigée, dit le chevalier d'Éon, nous fîmes, ou plutôt le paresseux Beaumarchais me laissa
1. Cette franxartion ne Ait réellement lignée que le h norembre^ après le retour de Beaumarchais, qui rapporta de Paris les pièces «t auiorisations nécessaires. Mais M. d*Êon étant né le 5 octobre I738,ei ladite transaction lui donnant une existence confcirme à son Trriuble sexe, M. do Beaumarch ôs voulut f^ire à M"* d'Éun la galanterie de donner à c**tte pièce, qui étnit pour elle une espi*>ce de nouvel acte baptistaire, la date du Jour môme de sa nais;>ance. (Note du chevalier tTÉim,)
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faire moi-même Tinventaire que je voulus de mes papiers ministériaux et secrets ; puis il fît à milord Ferrers partie de son paiement; puis, content de lui-même, il repartit comme un éclair, et pour la quatrième fois, à Versailles.
« Bientôt il revint, pour la cinquième fois, rapportant les pièces suivantes après Texhibition desquelles fat signée, le 4 novembre 1775, notre transaction dont elles étaient le complément indispensable. »
C'étaient : 1« la copie delà coipmission royale et officielle donnée à Beaumarchais, et établissant ses pouvoirs ; 2"* la permission authentique accordée à mademoiselle éCÉon de rentrer en France avec sauf-conduit et garantie solennelle de sûreté promise à sa personne; 3* l'ordre à mademoiselle d*Éon de reprendre les habits de son sexe, avec la permission octroyée et consentie par le roi de porter la croix de Saint-Louis sur ses habits de femme. Nous renvoyons à la fin de ce volume ces documents curieux par le fond et par la forme ^.
Un mois après l'arrivée de toutes ces pièces de sa transmutation sexuelle, destinées à mettre sa métamorphose parfaitement en règle, le chevalier d'Éon écrivit au comte de Broglie, son vieux chef dans la carrière de la politique et des armes :
« A Londres, le 5 décembre 1775.
« Monsieur le comte, « Il est temps de vous désabuser. Vous n'avez eu