XII PRÉFACE
piées textuellement dans mon livre, et le reste est mi abrégé de mes introductions historiques. Or, mon nom n'est pas mentionné une seule ftris dans ces 801 pages, qui me sont empruntées de la première à la dernière ligne ^
n y a là im fait si audacieux, si injustifiable que j'avais dû prendre deux résolutions. ,
C'était d'abord de demander à la Justice la constatation de cette atteinte portée à la propriété littéraire,et de montrer à cet annexioniste d'un nouveau genre que s'il n'y a plus de juges à Berlin, il y en a encore à Paris. Mais on verra dans l'JÉ/wtegue de ce volume, les circonstances qui m'ont fait renoncer à cette première résolution.
La seconde, ce fîit de publier une nouvelle édition de mes Mémoires sur le chevalier d'Éon, ramenés à la stricte vérité historique et expurgés de leur partie romanesque, puisqu'il s'est trouvé deux écrivains assez candides pour croire que cda était arrivé, le réimprimer et l'affirmer.
D'ailleurs, en relisant les papiers du chevalier d'Eon de plus près, et la loupe à la main y comme dit Y Hermaphrodite f et en compulsant des documents mis au jour récemment siu* son compte, le mystère de sa vie s'est révélé à moi sous une face nouvelle. Je suis arrivé à cette conclusion que ffl le chevalier d'Éon n'était pas femme^ comme il l'a téH
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croire sur la fin de sa carrière, il était à peu près, sinon tout à fait vierge.
Cette nouvelle étrangeté de la vie d'un capitaine de dragons, résulte d'une série de lettres du mar^ qais de FHospital, émaillées de plaisanteries gauloises sur la chasteté scandaleuse de son secrétaire d'ambassade, et des aveux répétés du chevalier d'Éon lui-même qui écrit, en 1763, à son ami Sainte-Foix a qu'il a toujours vécu sans chevaux, sans cabriolet, sans chien, sans chat, sans perroquet et sans maîtresse, m et qui, en 1771, écrit au comte de Broglie, son protecteur intime, à propos des premiers doutes répandus en Angleterre sur son sexe :
« Je suis assez mortifié (Têtre encore tel que la nature m* a fait y et que le cakne de ^non tempérament naturel ne m'ayant jamais porté aux plaisirs, cela a donné lieu à l'innocence de mes amis d'imaginer, tant en France qu'en Russie et en Angleterre, que j'étais du genre féminin; la malice de mes ennemis a fortifié le tout. »
Le chevalier d'Éon faisait cet aveu à l'âge de quarante-trois ans, quatre ans avant qu'il ne se dédarât femme par contrat authentique.
Dana sa volumineuse correspondance, quelques lettres signées d'une dame de Gourcelles portent seules les traces d'une haison amoureuse, ou tout
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au moins d'une intimité plus grande que ne le soupçonnait le mari de la dame.
L*liomme dans lequel j'avais cru trouver le type de Faublas, était donc quelque chose de tout diffé^ rent, mais de non moins extraordinaire, car c'était rêtre le plus bouillant, le plus courageux et le plus batailleur qu'on pût voir. Je ne dois pas moins faire réparation à la mémoire des femmes de tout rang que j'avais crues coupables de faiblesses pour lui, et casser, après plus ample informé, le jugement téméraire que j'avais porté sur elles.
Cette amende honorable, et les remaniements nombreux qu'elle a nécessités dans ce livre, ne suffiront pas « pour qu'une mère puisse en permettre la lecture à sa fille. » Je dois répéter à ce sujet ce que j'ai dit dans la préface des éditions de 1836 : « Nous venons écrire la vie d'un individu dont le sexe a été l'objet d'une longue controverse. Nous devons donc apporter dans le débat tout ce qui doit l'éclairer... Notre mission est non de baisser les voiles, mais de les lever. Il suit de là que tout écrit, même le plus égrillard, a sa justification dans la cause que nous instruisons ; toute pièce , même la plus indiscrète, son mérite, et ce mérite est en raison de son indiscrétion même. »
Les douze lettes inédites de Beaumarchais, qui se trouvent à la fin de ce volume, sont étrangères,
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pour la plupart, à ses rapports bizarres avec la chevalière d^Éon, mais elles offrentun vif intérêt comme preuves historiques du rôle important joué par Tauteur du Mariage de Figaro dans l'alliance de la France monarchique avec les colonies anglo-américaines insurgées. -
FRénéiuc Gaillardbt.