‹ Mémoires sur la chevalière d'ÉonChapitre 88 sur 102 · Yoid le texte de ce document · texte numérisé non relu

Yoid le texte de ce document

DÉCLARATIOFI SICt^TB DE H. I>*iOFI POOII LE ROI

« Je, soussigné, déclare sur mon honneur, que f ai plusieurs articles très^ecrets et très imporUnU à confier à Sa Majesté, et qu'ils iont d'une telle nature que je ne les déclarerai qu*à Sa Moiesté seule.

«c Je déclare de plus à Sa Majesté, sur mon honneur et sur tout ce

3u*il y a de plus sacré dans ce monde et dans Tautre, que M. le comte e Guerch^ m'a véritahlement fait empoisonner à sa table, le 28 octobre 1763 ; qu*il a payé le nommé Treyssac de Vergy, et d*aatres personnes 4)ue je nommerai, pour m'assassiner, et ensuite pour enlever ma personne et mes papiers; que je suis en état de démontrer ces faits dans la plus grande évidence, non-seulement au conseil du roi, mids dans le tribunal qu'il plaira à Sa Majesté de nommer. m A Londres, le 14 juillet 1775.

« Le chevalier d'Éoii. »

An bas de cette pièce, le chevalier d'Éon a écrit en note : « Sur la parole d'honneur que M. de Beaumarchais m'avait donnée de faire psr- Teiiir sûrement cette déclaration entre les mains de Sa Majesté, je la lui avais confiée ; mais M. de Beaumarchais n'en a rien fait, ce qui m'a causé autant de chagrin que d'inquiétude. Alors, le 5 décembre 1775, j'ai profité d'une occasion sûre pour écrire et envoyer cette môme déclaration à un seigneur français, qui occupe une place de confiance près la personne du roi, et qui, par sa lettre du 30 décembre dernier, qu'il m'a fait parvenir par une autre occssion sûre, me marquait qu'il n'osait remettre ma déclaration et ma lettre au roi, ni se mêler dans les affaires politiques ; de sorte que je suis toujours dans le môme eut d'incertitude et d'inquiétude. »

d'opprobre et qui creusez sous mes pas un abtme d'autant plus malbeureux pour moi, que vous en dérobez à mes yeux la pro> fondeur. Par quelle fatalité m'avez-vous cboisie pour la malheureuse victime du délire de v«itre esprit et de vos mœurs? Abl sans doute, jp n'ai que trop mérité le mépris que vous fûtes de moi, puisque je vous ai laissé connaUre la faiblesse de mm état^ que J'aurais au me cacher à mai-wiême. Que j'en suis bien puDÎe I Mais était-ce vous qui deviez vous charger de mon châtiment? Quoique re ne soit point suivant votre opinion et la mienne que le public nous jug('M, si vous avies voulu conserver ma réputation, vous auriez ménu^é ce public, qui ne peut savoir par lui-même la vérité, et qui ne peut juger que snr l'apparence. Déjà il soupçonne ma vertu, parce que je suis fille et capitaine de dragons; mais quelle est la profession exercée par des femmes qui ne soit pas en butte à la malignité des hommes?

« Le trav( stisseroent sous lequel j'ai vécu, pendant plus de quarante-cinq ans, sans m*étre tait connaître par les bommeti est la preuve la plus certaine de ma bagesse.

« 3* pourquoi, avant votre dernier départ pour Paris, vous ayant prié et fait prier avec inslance par voire ami Gvdiii, d'ôter de votre tête et de votre cœur le projet de gagner de l'argent sur mon sexe, projet qui me désolait et m'arrachait des larmes de douleur et ae confusion, avez-vous persisté, malgré wun, dm» ce projet injuste, déshonnête, auquel je n'ai voulu et ne veux jamois avoir aucune part ?

« 4* Pourquoi, cinq jomfs après votre dernier dép «rt de Londres, en novembre dernier, a-t-il paru dans lo Momin{HPost an parographe sur mon sexe, tendant & rallumer le feu des polices^ lequel paragraphe a été fabriqué dans une maison de votre connaissance particulière : ce qui m'a mis dans la nécessité absolue de f^ire mon avis aupublic dans le Mormmç-Poêt des f 3 et 14 novembre dernier, de façon qu'il ne soit la^^ dupe <<a piège qu'on lui tendait, lui déclatant que le chevalier d'Eau ue manifestrrait son sexe, qu'autant qu'il ne se ferait plus de polices; que si cela était impossible, il serait forcé de quitter furtiwemtnt un pays qu'il regarde comme une seconde pairie, eto.

« 5® Pourquoi, dès le matin du 13 novembre que pirut rnoo avis au public, votre confident Morande courut-il chez mon avocat VigDolles et chez moi, pour déclarer que vous seriez furieux contre moi pour cet avis, qu'il rompait tous les boos projets que voua* aviez sur moi, que Je n'étais l'ami de personne, et que j'étais l'ennemi de moi-même?

«Demandez-lui ma répoi.se, et si je ne lui ai pis dltqot j'avais les plus fortes raisons pour le soupçonner d*ôtre lai* môme l'auteur du premier paragraphe, concerté entre ceoz qui prétendent me vouloir leplus grand bien; et que la chalear qu'il mettait à blâmer mon paragraphe, ne servait qu'à me convaincre dans mes soupçons surluijsur rinteHigcnce secret.^ et surTintérôt commun enti'e lui et vous.

« Mes BOupçoDs tournèrent bientôt en certitude lorsque, vous ayant été féliciter sur votre arrivée, le 30 décembre dernier, vous ne pûtes contenir votre dépit plus d'une demi-heure. Bientôt vous vous levâtes en colère, et, chapeau sur Ja tète, avec une fureur digne de la majesté et du despotisme de nos derniers ducs et ministres, vous me déclarâtes que mon avis a» public était mal écrit, sans esprit, sans tournure, bote, sof et impertinent, depuis le commencement jusqu'à la fin ; que d'ailleurs j'avais manaué à ma parole d'honneur.

« Gomme mes oreilles sont peu accoutumées à de pareils compliments, je me levai aussitôt, mis mon chapeau sur la tète pour vous déclarer en bon français que la négociation et les négociateurs pouvaient aller au diable. En même temps, je me SUIS retiré et ai pris une chaise de poste pour me rendre au château de mon ami milord Ferrera, où je me propose de rester jusqu'à ce que vous ayez mieux compris vos intérôtd et les miens.

« Ainsi, monsieur, je vous prie de regarder ma grande épttre du 7 de ce mois, qu'il vous pialt appeler folle et exlrava' gante, comme mon uUitnatum. Je n'ai rien à y cbanger. Depuis 1763 qu'on m'a attaqué en guet-apens, je me suis déterminé dans mon affaire à vaincre ou à périr; aut vincere aut mori, a toujours été ma devise. En attendant, jouissez de votru uii possidetis, c'est-à-dire de tous les papiers de la cour et de n.a correiipondauce secrète avec le roi , que je vous ai remis. Je conserverai le reste, pour ma propre sûreté, pour ma défense et ma justification devant notre jeune monarque, le meilleur et le plus juste de nos rois, que l'on n'a instruit qu'à demi sur toutes mes affaires.

€ Si on ne m'accorde pas mes justes demandes, si voub ne voulez jpas remplir le quatrième article de notre transaction, je serai forcé de me justifier aux yeux de l'Europe entière, et ne retournerai en France quaprèi rabolUUm de la loi saUque.

m Au lieu de me rendre ma place de ministre plénipoten«tiaire, on me la fait perdre pour toujours; au lieu de me con* server au rane des hommes, on me confine dans une abbaye de vestales 1 La postérité croira que vous avez voulu faire de ma position extraordinaire une affaire de commerce et de carnaval.

« C'était sans doute pour me montrer à la foire de Saint- Germain, ou plutôt pour me faire mourir, que vous vouliez que moi, malade depuis trois mois, je quittasse promptement mes chers habits d'homme, dans un temps si frt.ud qu un n'en a pas vu dans cette lie de pareil depuis 1740; et qu'en cet état, toute gelée et toute confuse, j'affrontasse les neigea, les glaces et la fureur des vents et des tempêtes?

« Quel service p«;is-je rendre au roi sous mes habits de fille? Sous mon uniforme, au contraire, je puis le servir en guerre et en paix» comme j'ui toujours eu le courage et le bonheur de U

fttire depuis vingt-deux ans. Si cepeodant ministres persistent toujours dans l exécutio

Sa Majesté et ses ^exécution de notre transaction, Je fa remplirai par obéissance ; mais vous êtes tenu de votre cété d'exécuter le quatrième article, et de me faire accorder toutes mes justes demandes contenues dans nia dernière lettre. Alors je rendrai fidèlement tout le restant despa- Îûers. Donnez-moi mon trousseau, payez ma dot et les frais de a noce, alors la bonne harmonie sera entièrement rétablie entre nous ; alors, Quelque malade que je sois, je retoomerai à Londres vous embrasser...

t Le chevalier eichevaUère d*ËO!c. »

LBITHB DU CHEVAUER D*É0N DE BBiLUMONT A M. LB COMTB DE TERGBNNE8

c Londres, le 27 mai 177a.

« Monseigneur,

« Je pense n'avoir pu donner nne plus grande preuve de ma modération et de la reconnaissance dont je me croyais redevable envers M. de Beaumarchais, qu*eQ ayant différé, depuis le mois d'octobre jusqu'à présent, à vous rendre un compte fidèle de la conduite bizarre et déshonnéte que cet envoyé extraordinaire a tenue tant envers moi qu'envers milord Ferrera. Gomme la plupart des faits sont consignés dans la correspondance dont j'ai l'nonneur de vous envoyer copie ci-jointe, et quoiqne le style des lettres de M. de Beaumarchais ne soit que le diounotif de l'insolence de ses discours et de sa conduite, de peur d'aboser de votre patience et d'un temps que vous savez mieux employer aux besoins de TEtat, je me contenterai de vous observer ici, monseigneur, que la véritable raittm $ecrite de la mamaim humeur deM.de Beaumarchaii envert vMi^ dam cette affaire^ jirtvientdurefUs canitant quejeluiai fàU^ ainsi au'à $(m imUme ai M. de Morande^ de le» lamer avec leun asvodés gagner Umt Forgent des polices scandaleuses oui se sont élevées sitr vum sese^ sans qu'ils aient pu nUme n'ébranler par leur promesse de mettre dans

ma poche tept (m huU mille UmiSy $i je voulais avoir pour eux cette infâme CiHnplaisance. Ceux qui ont bien coddu la trempe de mon caractère en France, en Russie^ à l'armée, en Allemagne, et les Anglais qui m^ont vu refuser constamment 45,000 guînéee, en 1771, pour une pareille opération, n'auront pas de peine à ooncevoir qu'en cette circonstance mon indignation a été cent fois plus grande que mon humiliation.

• Si ce refus obstiné de ma part a eu le malheur de m*aliéner le cœur de M. de Beaumarchais, mon esprit s'est encore plus aliéné de lui par les actes d'infidélité, de manque dé parole d*honneur, et d'une impertinence aussi incroyable que son libertinage. Ce sont tous ces faits, contenus dans cette correspondance et les notes qui y sont jointes, oui ont empêclié lacon^ eUuion d'une malheureuse affaire, qui dure depuis tant d^ années; et qui, sous la justice de votre ministère^ devait être heureusement terminée, sans V avarice sordide et la conduile impudique^ malhonnête et insolente du sieur Caron de Beaumarchais.

€ Croi riez-vous, monseigneur, que depuis près d'un an que le sieur Caron galope de Versailles à Londres et de Londres à Paris, tant pour mon affaire particulière que pour les autres affaires générales et importantes de la cour, dont U se dit luimême et lui seul chargé, tout le temps qu'il m'a accordé pour son travail sérieux et badin avec moi, calculé ensemble, ne peut pas composer l'espace de quatre ou cinq heures ? Il semble qu'il Eoit venu à Londres plutôt pour ses plaisirs que pour ses afTaires, plutôt pour négocier avec Morande qu^aveo moi. Il n'a jamais travaillé une heure de suite chez moi; jamais il n'a rien approfondi : quelques petites phrases, cent bons mots étrangers à notre besogiae; voilà à quoi tout son travail s'est réduit; peut-il appeler cela une beso^e faite?

« La célébrité qu'ont donnée au sieur Caron ses Mémoires contre Goëzmany son Barbier de Séville et sa facilité à être l'instrument ou le jouet de la faction de quelques grands en France; tout cela joint à son impudence naturelle, lui a donné l'insolence d'un laquais parvenu, ou d'un garçon horloger qui, par hasard, aurait ftrouvé le mouvement perpétuel. Déjà il se croit un grand seigneur : il lui faut un lever, un coucher, des oompagnoos de voyage et des complaisants dans ses plaisirs journaliers et nocturnes; l'on doit même imputer à son avarice, si ce sycophante ministériel n'a point encore de table et de parasites

« 11 est bien triste pour moi, dans ma position, d'en voir le maniement dans des mains aussi déshonnêtes et aussi impu-. res. Lorsque vous avez eu la bonté, monseigneur, d'envoyer ici M. de JBeaumarchais, je croyais n^avoir à traiter (]u'aveciui seul. Quel a été mon étonnement lorsque je me suis vu avoir plus à négocier avec son favori Morande, auteur du Gazetier cuirassé^ c^est-à-dire avec un homme qui n'a ni mœurs, ni fortune, ni réputation à perdre, et qui est Tâme de tous les plaisirs et de tous les conseils du sieur Caron ! Mais le sieur Caron

eût-il traita Hireitement avec mai, ni sa position personn^e, Di sa conduite ici n'auraient pu me permettre de continuer avec lui aucune négociation publique.

« Je ne crois pas, en effet, que le sieur Caron, blàmé an Parlement de Pans, blâmable dans tons les tribunaux et dans toutes les sociétés honnêtes, soit fait pour répnrer la réputation d'un seul bomme victime des passions des granns, à plot forte raison d'une fille vertueuse. Morande est encore moins j[Hropre à donner ce qu'il n'a pas. Ce n'est qu'avec répugnance que Je prononce le nom de cet associé. Il est au •dessous de mon mépris.

« Je vous supplie donc, monseigneur, de ne pas prendre comme vn manque de respect envers vous, ni une mauvaise volonté de ma part, la résolution saee et constante où je sait de n'avoir plus aucune négociation a faire avec deux pareils sujets.

« Je ne vous dirai pas que le sieur Caron a communiqué an sieur de Morande ce que j'ai écrit à son sujet au feu roi et à M. le comte de Broglie, en 1774, par rapport à sou ouvrage sur W^* Du Barry; que de pireilles inflaélités et tant d'autres sont bien désagréables dans mon état ; mais Je me plaindrai de ce quMl lui communique presque toutes mes affaires av«e la cour^ et que celui-ci s^n va par la ville, les distribuant de café en café, de maison en maison.

« Est-ce ainsi que vous prétendiez être servi, monseigneur, dans une affaire sur laquelle vous me faisiez imposer un silence profond ? Cette imprudence «st cependant une des moindres qu'on ait commises.

c A quel risque, en effet, M. de Beaumarchais ne s'est-il pts exposé en faisant à mon insu retirer de l'hôtel du lord Ferrers le coffre de mes papiers ministériels par son ami Morande, qtii, peu de temps après, a témoigné le regret qu'il avait de n't^Niir pas retenu ce coffre pour mettre M. de Beaumarchais ou la cour de France àcontributioni Quel autre risque n'a pas encore coura mon autre cassette {particulière, contenant ma correspondanoe secrète avec feu le roi et M. le comte de Brof^lie, lorsque, la nuit du 9 novembre dernier, M. Caron s'embaiî^ua à Douvres pour Calais! Il était si accablé sous le triste poi^s d'un cruel mal, qu'il oublia à l'aubereeson manteau, et sur un vaisseau voisin ou sien la cassette de la correspondance. I^s matelots anglais, plus attentifs, la Jetèrent d'un bord à l'autre, et elle manc^aa da tomber à la mer. Le sieur Cnron, danf* sa barque, n'avait des yeux que piur une petite cassette, qu'il traîne partout aveclni, contenant les vieux diamants de ses femmes et de ses maîtresses, ainsi que 1,000 ducats, dont il dit que l'impératricereine l'a gratifié pour une mission qui a manqué lui faire couper le cou, à ce qu'A dit, dans la forêt de Nuremberg. Crté&t js* dœus Àpella, nen ego.

« Il est si glorieux d'avoir eu cet emploi, que, semblable à va galérien, il porte à son cou une obatne d'or à laquelle est sas*

pendue une petite botte d'or, contenant une petite commission secrète ^, large tout au plus d*un pouoe ou d'*ux, signée par Louis XVI, en date du 14 juillet 1774. Avec ce taUsman^ qui, par hasard, lui a sauvé la vie, par un miracle aussi étonnant que celui qu'il débite avoir couronné son voyage incroyable ë'Eapagne, il se croit bien supérieur aux ministres des rois, et au-dessus non-seulement du blâme des parlewieiUê andem ei wuh éernei, mais même du jugement intérieur des particuliers, eent foie plus redoutable que les arrêts des parlements ^n foormres. A cela que répondre ? sinon que M. de Beaumarchais a la tôte tournée par les caresses indiscrètes de quelques-uns de nos princes, et qu'iZ est tov^mrs le même; c'est-à-dire plein d'esprit et d'ignorance des affaires de ce monde, rempli d'orgueil et d'impertinence. Il ne voit pas, cet homme qui se croit illuminé» que les grands se servent de lui comme le nage te uH ée la patte du ehat pour tirer les marronê du feu^ et troubler l*eau claire.

• Je vous supplie, monseigneur, d'être bien persuadé oue J'ai la vertu et le courage d'un homme, et de l'bomme le plus vertueux et le plus courageux. Je puis bien, «insi que je l'ai fait, donner par complaisance à quelques femmes et amw jMiriwuUere ', ou, par nécessité, à mes médecins et cbirurgiens, la démonstration de mon sexe; mais je ne le ferai jamais voir pour aucune somme au monde 1

« M. de Beaumarchais pert bien cowèpoèer le$ flmrberiis de Seofnn eî du Barbier de Séville; mais cotiduire une négociation séneuseà une bpureuse fin. non : il n'en eet pas capable: il a trop d'esprit et pas asseï de bon sens, beaucoup de pénélration et nulle application au travail» S( s couibes fréquentes et rapides de Versailles à Londres, auxijuelles il attacne tant d'imrortanoe et si peu de secret, ne sont propres qu'à inquiéter l'administrstion anglaise et les ministres étranger?. On croirait qu'il a sur les bras toutes les négociations de l'Europe ; cependant il n'a nue la mienne, le trafic qu'il médite des polices sur mou aexe et sur le commerce des moidores et des bois pour la marine, bois courbes et tortueux comme son e^rit. 8i vous alou* tez à cela son projet de commerce sur les ofaiffbns, son espionnage et ses malices avec Morande pour inquiéter, avec leur imprimerie secrète, des personnages à Londres, à Paria et à Versailles, vous saurez tout ce que contient sa tête et son portefeuiUe.

m II s'imagine connaître parfaitement l'Angleterre, parce qu'il oonnuU fort bien toutes les pobtes de Douvres loi| les

1. SI j'étais aussi vaine qu^ Plepre^acustin Caran de BeaumaFcIiais, ]ê porterais eomme lui laes commissions du roi pendues à mon cou, et ti yéUà» assez vaine pour vouloir les porter toutes, il me fkudrait un bœuf pour me traîner.

2. Les mots en iulique ont été rayés et retirés après coup par le chevalier d*Eon«

424 PIÈCES JUSFlFlCATlVkS

thé&tres et les b....1a de Londres; déjà il se croit un grand homme d'Etat, parce que, d'un ton emphatique etépigrammatique, i) déclame quelques maximes, paradoxes de poHtiqofl qu\n ne pourrait trouver que dans le supplément de MaMa»el ; parce que, avec le ton naturel de sa modestie orgueilleuse, il fait conQdence nu public qu'i/ ny a que les papiers dim porUfeuille qui l'embarrassent, mais jamais les affaires. Cependant, malgré ce profond savoir, cette dextérité et nos courses légères à Versailles, pour abréger, dit il, la longueur du travail et le faire plus solidement, il m*a apporté un sauf-conduit pour retourner en France comme hamme^ tandis qu'il voulait que je reprisse sur-le-champ à Londres mes habits de fille. Il stipule dans sa transaction que je dois lui remettre tous mes koèHs d^homme, et il ne m'apporte point les vêtements de mon uofÊtem sexe, ni ne me donne 1 argent stipulé pour mon trousseau ; de sorte que, si j'avais excécuté à la lettre cette transacti'n, je me semis troiivé« toute nue k Londres au mois de décembre dernier ; admirable mefjen inventé par le sieur Caron p<mr me faire donner y malgré moi, au public la démonstration de mon sexe, et par là, malgré moi, empocher Vargent des polices que lui et ses associés avaient achetées d'avance.

« Je ne puis, monseigneur, mieux comparer Tambassadenr extraordinaire Garon, qu'à Olivier le Daim, barbier^ non de S^ ville, mais de Louis XL II a sa naissance, toute sa yanité et son insolence; on peut dire des deux qu'un homme de basse extraction élevé à une dignité, ressemble à un mendiant qu'on met à chevtfl : ils courent tous deux au diable, dit le proverbe anglais.

« En 1472, ce barbier favori eut l'effronterie de prendre sur lui la commission de réduire la ville de Gand ; mais les Gantois qui le connaissaient se moquèrent de lui. En 1775, le Eirbier de Séville prend sur lui la commission délicate de tondre et de désarmer à Londres l'indomptable capitaine de dragons, et de vouloir réduire une femmeau silence. Mais le chevalier d'Ëon, qui connaît l'audace Je Beaumarchais, et qui est en état de faire la barbe à tous les barbiers de Séville^ a pitié du sieur Caron ; car cette commission est au-dessus de ses forces.

a Dans la conduite de Beaumarchais on verra partout ie l'esprit et nulle part un jugement solide sur les aifaires politiques, dont il n'a pris connaissance qu'en galopant. Comme il a était mis en tète qu'en m'épousant il deviendfrait bientôt ambaaadeur extraordinaire, et Morande son secrétaire d'ambassade, ils peuvent prendre tous deux, en passant, cette leçon politique de M^i* de Beaumont.

c Quels que soient mon sort et la décision de mon affaire, je vous supplie d'être bien persuadé que je ne cesserai d'être avec une parfaite reconnaissance et un profond respect,

« Monseigneur, Votre dévoué senriteor,

« Le che%'alicr d'Eox. •

PIÈCES JUSTIFICATIVES 4â5

Page 1