‹ Mémoires sur la chevalière d'ÉonChapitre 9 sur 102 · A MONSIEUR LE COMTE DE VERGENNES, MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES · texte numérisé non relu

A MONSIEUR LE COMTE DE VERGENNES, MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

a Londres, le 28 mai 1776.

€ Monseigneur,

« Lors de la signature de la transaction entre M. de Beaumarchais et moi, le 4 novembre demirr, je lui ai confié un volume in-4*' du livre de V Esprit des Lois, pour vous être remis en mains propres, afin que la couverture soit décollée devant vous et que vous puissiez prendre les papiers en chiffres et en clairs qui y étaient renfermés. J'ai montré à M. de Beaumarchais le secret dA cette couverture qui consiste en deux cartons. Entre ces deux cartons on met des papiers secrets, puis quand les bordures de la peau de veau sont repliées et la feuille de papier marbré du livre collée par-dessus, en le mettant un jour sous la presse, la couverture prend une telle consistance qu il serait impossible même à un relieur de deviner le secret. Ce livre est celui même qui m*a été remis par feu M. Tercier lors de mes premiers voyages en Russie, pour y porter à l'impératrice Elisabeth les lettres secrètes du feu roi, avec un chiffre, pour que cette princesse et son confident, le grand chancelier Woronzow, pussent correspondre avec Sa Majesté et M. Tercier, à Tinsu des ministres et des ambassadeurs. Ce livre contenait aussi mon chiffre avec le roi et M. Tercier, et un autre avec pionseigneur le prince de Conti, M. Tercier et M. Monîn. Mais le prince de Conti

étant venu à se brouiller avec M"' de Pompadour et le feu roi, j*eus Tordre de ne plus suivre que lentement la négociation secrète de ce prince. Je reçus un nouveau chiffre pour correspondre uniquement avec le roi, M. Tercier et M. le comte de Broglie, à Versailles; et à Saint-Pétersbourg uniquement avec Timpératrice Elisabeth et son chancelier Woronzow , avec Tordre positif du roi pour que ni les ministres de Versailles, ni même le marquis de TFospilo/, qui fut nommé en 1757 ambassadeur en Russie et moi secrétair^e d'ambassade, ne puissent soupçonner cette intelligence secrète.

€ J'avais de plus Tordre du roi pour lui envoyer toutes les dépêches du ministre des affaires étrangères avec les réponses de l'ambassadeur et mon avis particulier sur tout; ce que j'ai exécuté fidèlement, tant en Russie qu'en Angleterre. Je me servais de ce même livre à mes différents retours en France, pour rapporter les papiers les plus secrets que Timpératrice et son chancelier WoroiTzov^ me confiaient pour Sa Majesté, M. le prince de CoutietM. Tercier.

« Jamais personne autre que les parties intéressées n'a été informé de toute cette intrigue politique qui a commencé en 1755, par le prince deConti et M. Tercier, et qui a été exécutée par le chevalier Douglass et moi seulement; M. le comte de Broglie lui-même et M. le baron de Breteuil n'ont attrapé cette affaire que par la queue, ils n'en connaissaient pas encore la tête.

c II serait important pour moi de savoir si la couverture de ce livre a été défaite devant vous ou votre secrétaire de confiance.

« Dans la couverture, à gauche, du côté du commencetnent du livre, il y avait une copie exacte en chiffres d'un ordre secret du roi, en date du 3 juin 1763, à moi adressé sur un carré de vélin : dans la couverture à droite, qui fait la fin du livre, il y avait un carré de parchemin qui contenait un mémento de Tordre secret du roi, une noie secrète pour ma famille après ma mort, etc. etc.

« Le chevalier d'ÉON. >

Bien des événements avaient eu lieu depuis Tépoque oîi fut fait le premier voyage que nous relatons jusqu'à celle où fut écrite cette lettre.

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