FERME DU SEL
Il est à remarquer que. quant au gouvernement, il reçoit toujours tout ce qui lui est dû, sauf lorsque le pays est en rébellion. Les magistrats ne volent que le peuple : le gouvernement n'intervient que si le peuple écorché crie trop fort; et comme il n'aime pas les embarras, il donne alors raison aux émeutes, et frappe toujours sans pitié ceux qui en ont été l'occasion. C'est ce qu'on peut appeler faire de la justice malgré soi.
L'exploitation des salines paraît être l'une des plus anciennes ressources de l'État.
11 me semble que Marco-Polo l'a signalée. Elle existait lors de l'ambassade de lord Macartney, en 1793. Ce monopole paraît avoir été momentanément supprimé pendant les premiers temps de la dynastie actuelle.
La vente du sel est, je crois, affermée pour tout l'empire à un seul personnage. tuiaîi de Tyen-tsin, qualifié de pae maîï kan-tsbîi, qui, en raison de grands services pécuniaires rendus à l'Etat, a reçu le globule rouge, sa qualité de fermier ne comportant qu'un globule moins élevé, indéterminé du reste, à ce qu'il me semble.
Il y a des sous-fermiers pour diverses parties de l'empire.
Il y a quatre directions générales des salines confiées à des yen-yun-sso. ou yenyuan ; elles sont situées : à Tyen-tsin, dans le Tnii-li ; à Yan-tiueb, dans le Kyân-SH : àXaû-tuies, dans le Tmô-kyan, et à Canton. C'est aux yen-yun-sso que les fermages sont payés; ce sont des magistrats du troisième rang (deuxième classe). Au-dessous des yen-yun-sso, il y a des yen-tao ; à Tyen-tsin, le yen-yun-sso est en même temps yen-tao. Le yen-yun-sso est assisté d'un yen-kin-li, d'un ks-ta-mô (trésorier), et d'un yen-tuiu-sso.
Les marchands en gros, jen-iuan, autorisés par le pae uian kan-ts«n, doivent donner au yen-yun-sso, au yen-tao, au tun-fs et au twi-iuyen, environ 2 000 onces d'argent. soit une quinzaine de mille francs à chacun de ces magistrats.
L'achat et la vente en gros du sel exigent une licence, appelée yin-pyao, qui doit suivre la marchandise; les boutiques n'ont pas besoin de licence. Cette licence, qui coûte quelques onces seulement, est valable pour I 000 balles, de 525 livres clans le Nord, et de 555 livres dans le Sud. Le pesage du sel parait donner lieu à de grands abus en faveur des marchands et au détriment des fermiers. Le sel coûte au fermier général de 2 à 5 tsyen la livre, soit de 1 à 2 centimes et demi ; il se vend dans les diverses provinces à des prix très-différents, comme cela avait lieu en France avant la révolution. Il vaut à Pékin de 12 à 15 tsyen; à Chang-hai, 19; dans IeNnan-xwei, iO; et à Xan-kao, m'a-t-on dit, jusqu'à 60 et 70.
Le sel de contrebande, ou, comme on disait chez nous. Te faux sel, appelé sso-yën, se vend à des gens connus : on en consomme beaucoup, à Chang-hai. au prix de H à
12 tsven.
FINANCES DE L'ÉTAT
Le commerce anglais, désireux de s'assurer un fret pour la Chine, voudrait que l'importation du sel y fût autorisée. Le gouvernement chinois, qui retire des salines plus de 30 millions de francs, ne saurait souscrire à celte demande, à moins que, par des droits de douane, il ne fût certain de retrouver le même revenu.
En me basant sur le recueil trimestriel publié par le gouvernement chinois, j'ai dressé les tableaux suivants, qui ont été publiés dans le Moniteur universel du 26 août 1800. Le produit en grains y est donné en tan, pesant 100 livres chinoises (46 kilogrammes, 162 livres troy), et celui des autres contributions en onces d'argent ou Jean, appelés taels par les Européens.
Produit net des cinq premières contributions par province.