COUTUMES
Je dois, en commençant ce cahier, rappeler plus que jamais que je n'ai point prétendu tout dire sur la Chine ; que je n'ai pu m'aider que de notes prises à la hâte, souvent sans ensemble et sans liaison; que j'ai voulu faire un travail nouveau qui complétât des travaux plus anciens ; que je n'ai point cherché dans ces travaux les éléments dune compilation déguisée, qui malheureusement m'eût fait honneur auprès de lecteurs faciles à surprendre, mais qui n'eut été ni utile, ni honnête.
On regrettera peut-être, en Europe, que je n'aie parlé avec détails ni de l'opium, ni du thé, ni de la porcelaine, ni des petits pieds, ni de la médecine, ni des sciences des Chinois. Tout nouveau livre doit-il donc être une réédition d'autres livres? Que dirais-je sur la porcelaine, que je n'ai point vu fabriquer, après le père d'Entrecolles, après tant de missionnaires qui ont vu ce que je n'ai pas vu, après M. Stanislas Julien, qui a traduit sur ce sujet tout ce qu'il y avait à traduire pour en expliquer les der- ' niers secrets ?
La médecine chinoise n'est-elle pas assez connue par les travaux de tant de médecins anglais et américains, savants en leur art et sinologues distingués, établis depuis longues années en Chine et vivant parmi les Chinois? L'étude des sciences chinoises, enfin, peut-elle être abordée avant ces profondes et patientes études que Gaubil a pu faire, que d'autres ont faites aussi, que je poursuivrais avec bonheur moi-même si l'occasion m'en était donnée?
VIE SOCIALE
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Villes. — Boutiques. — Éluves. — Jardins publics. — Jeux. — Musique. — Hospic
es.
J'ai parlé des murailles des villes chinoises, de leurs temples, de leurs édifices publics. Des villes elles-mêmes, il y a peu à dire : les rues en sont d'ordinaire étroites, sales, encombrées, bordées de boutiques ouvertes, de maisons bruyantes, ou de murs derrière lesquels se cachent les cours et les maisons. A Pékin, quelques rues sont larges comme des grands chemins; de grandes baraques de bois rouge, des maisons éparses, les limitent de distance en distance: une poussièrenoire et fétide soulevée par le vent, une boue épaisse coupée d'ornières profondes, en rendent le parcours insupportable. On rencontre souvent dans l'enceinte des villes de grands cimetières qui ne nuisent pas plus à la santé publique en Chine qu'à Londres, quoiqu'ils y soient moins bien tenus: d'autres cimetières anciens et abandonnés, de vastes espaces déblayés par l'incendie ou délaissés par un peuple décroissant; on y rencontre jusqu'à des champs et des métairies. Les boutiques sont quelquefois très-élégantes : il y en a à Pékin de magnifiques: elles sont couvertes d'éciïteaux indiquant la marchandise, le nom du marchand, ou portant des invitations plaisantes, telles que : « Seule maison honnête: Se métier de la boutique eu face » ; etc.
Il y a beaucoup d'étuves dans les villes chinoises. Les Chinois sont propres; cependant ils n'aiment pas l'eau froide : on ne peut pas même dire qu'ils aiment beaucoup l'eau chaude, et ils font peu d'usage de savon, même de savon chinois. Pour se laver chez eux et dans leurs étuves, ils ont coutume de tremper un linge dans l'eau bouil-