‹ Mémoires sur la ChineChapitre 203 sur 220 · MAISONS · texte numérisé non relu

MAISONS

papier ou sur toile grossièrement imprimées en couleur : ce sont les génies des portes, mon-men. Il y a souvent sur et aux côtés de la porte divers écriteaux : celui qu'on place au-dessus, appelé pyen et xbfi-pi, est en bois ou en papier; il porte une

POBTE DE .MAISON'.

On remarquera les génies des portes, môn-chen; les écriteaux, tui-lyen; et le haut des murs bâti à jour en tuiles, xwa-tsyaù.

devise ou une maxime. Il en est de même du toi-lyen collé aux côtés de la porte. Celte habitude de mettre des devises et des maximes sur les portes se retrouve en Europe; on l'observe surtout en Hollande. Presque toutes les maisons de campagne situées aux environs des grandes villes y sont ornées d'inscriptions latines ou grec-

ques. A côté et en dehors du toi-lyen peut se placer le mon-pay, carré ou oblong suivant les lieux, qui porte le nom du maître de la maison.

D'après un ouvrage sur l'art militaire, qui donne divers modèles de mon-pay tombés en désuétude et qui peut-êlre même n'ont jamais été usités, on peut considérer le mon-pay ordinaire d'un cultivateur comme une feuille divisée en treize

colonnes verticales partant de la droite et portant : * L'espèce de feu, le nom, l'origine, l'âge, la profession du chef de famille, le nom

de sa femme;

Le nom de sa terre, le lieu où elle est située, sa nature (à riz ou à blé, etc.);

Le nom et l'âge de ses ascendants ;

Le nom, l'âge, la profession de ses frères, de leurs femmes et de leurs enfants:

Le nom, l'âge, la profession de ses propres enfants mâles;

Les mêmes renseignements sur ses petits-enfants mâles ;

Les mêmes sur ses filles ;

Les mêmes sur ses petites-filles;

Le nombre de ses domestiques ;

La mention des hôtes logés sous son toit ;

Le nombre total des personnes nommées ;

Le nom de la commune, pao, et celui du commissaire de police ;

La date du document.

Après avoir franchi la porte, on contourne un écran de brique appelé pin-fon, destiné à préserver l'intérieur de l'habitation des regards extérieurs. La porte est rarement, d'ailleurs, en face des pièces habitées, et on la place de préférence à l'une des extrémités du bâtiment ou du mur de la cour. Un grand vase placé au centre de la principale cour s'appelle kin-yu-kan. Si l'habitation est grande, il y a plusieurs cours : chacune d'elles a, surtout dans le Nord, un petit bâtiment détaché sur chacune de ses faces. Chacun de ces bâtiments compte une, trois ou cinq pièces : on entre par celle du milieu. Les bâtiments et chambres placés sur la droite et la gauche de la cour s'appellent syan-fah; le bâtiment en face de la porte comprend, au milieu, le ta-tin ou ko-tan, sorte de passage, de vestibule ou de salon, qui est le tablinum des Romains, et à droite et à gauche de cette pièce, les chambres appelées tmen-fan. La seconde cour offre la même disposition. En face du ta-tin est le taii-ws : c'est dans le fond de cette pièce, qui sert de salon de famille, que se placent les tablettes des ancêtres, les images des dieux lares et protecteurs. Lorsqu'il n'y a pas de taïi-ws, leur place est dans le ta-tin. Les chambres ou appartements, tuicn-fan, attenants au tah-wb-, sont occupés : ceux à droite en entrant, c'est-à-dire à gauche des autels domestiques, par le père et la mère, et ceux à gauche en entrant par leur fils aîné et les siens. Le

second fils occupe le tmen-fan attenant au ta-tin, qui correspond à celui du père de famille. Les autres logements sont distribués entre les autres enfants et les serviteurs d'après cette même règle, qui les classe du fond vers l'entrée et de la gauche à la droite en partant du fond.

Un fan ou appartement (littéralement maison, demeure) se compose fréquemment de deux pièces : la première, un peu plus grande, appelée ws-tsô, est une sorte de salon ou une grande chambre ; la seconde , appelée tao-kyen , est une chambre ou un cabinet.

Dans le nord et dans une grande partie de la Chine, les murailles des pièces habitées sont tendues d'étoffes ou couvertes de papier peint. Ce papier ne se vend point en rouleaux, comme le nôtre, mais en petits carrés dont la dimension varie entre Om.346 sur Om.266, et Om.994 sur Om.625. Il porte des rosaces, des fleurs, des bambous ; le prix en est fort modique : le mètre carré de papier à rosaces et reflets argentés revient à environ \ 1 centimes.

Les portes et les fenêtres sont souvent garanties du soleil par des nattes. A Tyentsin, on tend au-dessus des cours des sortes de tentes formées de toiles ou de nattes, et qui se manœuvrent comme le velariim des théâtres romains. Les fenêtres sont fermées par des châssis assez serrés et très-élégants , de bambou ou de bois , qu'on peut relever. Une petite vitre de couleur, quelquefois même trois ou cinq de ces vitres en occupent le centre ou divers points; le reste est, sur la partie qui regarde l'appartement, recouvert de papier non de chiffon, mais de coton brut : ce papier, très-solide, brave la pluie et tamise la lumière comme nos rideaux blancs. On le change ordinairement chaque année, en automne.

Les vitres, dont l'usage commence à s'introduire en Chine, pourront y devenir l'objet soit d'un commerce, soit d'une fabrication très-étendue.

On suspend symétriquement , dans les pièces habitées , de longues bandes portant des inscriptions verticales. Ce sont encore des toi-lyen ou toi-tsô. On y place aussi des tableaux d'une forme analogue, par jeux de deux, de quatre ou de six, et appelés kwa-pih ou tyao-fe, et quelquefois par jeux de douze, et appelés alors wei-pih.

On ne connaît guère, en Europe, le dessin et la peinture des Chinois que par les albums sur papier dit de riz, rapportés de Canton, où on les fabrique pour l'exportation. Il s'en faut de beaucoup que l'art chinois s'arrête à ce niveau. La Chine a plusieurs écoles et plusieurs genres de peinture. Il y a eu une école des jésuites Castiglione, Attiret, etc. ; il y a une école moderne à Canton, mais il y a aussi d'anciennes écoles chinoises. Il y a la peinture fine exécutée sur soie, la peinture rapidement jetée sur papier non collé, par des mains habiles qui savent se priver de retouches ; il y a, enfin, l'esquisse hardie à l'encre : on m'en offrit une, un jour, d'un grand

RÉDUCTIONS TRÈS-FIDÈLES DE DEUX PEINTURES CHINOISES TRÈS-LÉGÈREMENT JETÉES SUR PAPIER NON COLLÉ.

maître qui vivait, au siècle dernier, dans le Kyan-nan; elle représentait en demigrandeur, et avec d'excellents raccourcis, un Mantchou et son cheval. Je refusai d'en donner neuf cents francs ; je l'ai regretté depuis. La figure humaine est rarement bien traitée; la perspective n'est pas toujours mauvaise, mais elle est toujours prise d'en haut, comme à Pompéi et en général dans les œuvres anciennes. Le dessin d'un ermitage donné dans la partie de cet ouvrage qui traite de la religion, à la page 91, permettra d'en juger. Dans la même partie, aux pages 50, 52 et 75, on trouvera de bons spécimens de dessin chinois. Je recommande aussi quelques gravures que j'ai fait copier : ce travail a été fait avec une exactitude parfaite. Les oiseaux et les vases à fleurs que je donne ici rendent admirablement aussi le dessin original et permettront de juger mieux des arts du dessin en Chine. Les peintures que j'ai fait exécuter moi-même, et dont les gravures sont répandues en plus grand nombre dans ce livre, sont médiocres; les artistes me manquant, j'ai dû me contenter de l'exactitude des détails que je voulais faire connaître au public européen.

Les mobiliers chinois sont variés et souvent d'une grande élégance. Les Chinois, plus civilisés que les Arabes et les Turcs, font habituellement usage de sièges, de lits et de tables de même forme que les nôtres. Le bambou ou le rotin entrelacés, l'ébène et les bois durs habilement travaillés, divers marbres, parmi lesquels le marbre ruinaire, en fournissent les matériaux. Les sièges ne sont point rembourrés, mais seulement recouverts de housses non cousues, habituellement rouges. Les tables sont couvertes de môme par une housse qui en cache le côté tourné vers la porte , et qu'on appelle tiuso-myen ou tuiKo-lyen, c'est-à-dire la face de la table. Le siège appelé kan est une sorte de banc à dossier, long de cinq à six pieds, large de deux à quatre, et divisé en deux portions, pouvant recevoir chacune une personne, par une petite table dite kan-timjo, de la même hauteur que les bras du meuble (environ un pied), sur laquelle on pose les théières, les tasses et les pipes.

C'est sur le kan qu'on fait asseoir les visiteurs distingués : on les y fait placer à gauche ou à droite, suivant leur rang. On peut remplacer le kan et le compléter par des tables de chaque côté desquelles se trouve un siège. On offre le thé sur la table du kan ou sur ces tables.

La boiserie des lits est soignée et de bon goût. La couche est peu garnie : dans le Sud, elle est souvent à jour et reçoit des nattes fines ; dans le Nord, elle consiste en un foyer percé à sa base d'une petite ouverture par laquelle on introduit des pailles de sorgho ou du menu bois. La chaleur s'y répand à travers des canaux adroitement ménagés entre les briques. On allume le foyer le soir, et l'on est souvent obligé de l'alimenter pendant la nuit. Ceux qui, comme moi, aiment les lits durs et détestent le poids des couvertures et des draps trouvent ce mode de couchage préférable à tous

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