ALMANACH
de nos fabriques, et dont l'absence entraîne une exportation considérable de numéraire.
L'année officielle, qui commence moyennement vers le 5 février, est divisée en douze mois de trente et de vingt-neuf jours, et se complète de temps à autre par une intercalation. L'année agricole en est peut-être un peu différente et plus régulière. On peut remarquer, par exemple, que les peuples musulmans usent de deux almanachs, l'almanacb grec ou copte étant exclusivement employé pour ce qui regarde la météorologie et l'agriculture. C'est ainsi que la Pentecôte, ou fête du cinquantième jour, Id el Khamsin, a donné, en Egypte, son nom au vent du désert qui y souffle à cette époque. Des voyageurs qui lisent plus les livres de leurs devanciers que l'almanacb du pays qu'ils visitent ont raconté l'un après l'autre que ce vent durait cinquante jours, tant les bibliothèques sont une belle institution et les ciseaux un utile instrument.
L'année agricole chinoise, qui commence vers le 5 février, compte douze mois qu'elle regarde comme égaux, et ne se divise guère en jours, mais bien en demi-mois et en décades, le demi-mois pouvant être de plus de quinze jours, et la décade de plus de dix jours, comme l'année elle-même est de plus de trois cent soixante jours ou même de trois cent soixante-cinq jours.
L'encyclopédie agricole du savant et célèbre Syu, qui vivait sous les Min et était natif des environs de Chang-hai, contient l'almanacb très-détaillé du cultivateur de la Chine moyenne, en même temps qu'un almanach semblable, mais plus bref, disposé sur un cercle dont les rayons séparent les mois et diverses fractions de ces mois. J'ai traduit ce travail, mais je ne suis ni satisfait, ni sûr de ma traduction : c'est pourquoi j'en publierai seulement une rapide analyse. Les termes spéciaux, les noms des plantes cultivées, ne se trouvent en général point dans les dictionnaires; quand ils s'y rencontrent, leur traduction est vague ; à côté d'un nom de plante, on lit seulement Name of a -plant. Il y a des iconographies chinoises bien imparfaites; il y a des catalogues de plantes, celui de Hoffman et IL Schultes, par exemple; mais cela ne suffit pas encore. Il faudrait une synonymie plus vaste et plus certaine : c'est là le desideratum par excellence de l'élude de l'agriculture chinoise. Des circonstances exceptionnelles m'ont empêché de suivre le plan que je m'étais tracé en Chine; mais si je revois jamais ce pays, un travail utile de synonymie sera fait pour les objets principaux qu'embrasse l'histoire de la nature.
J'aurais pu, sans doute, solliciter l'aide de plus savants que moi ; mais je n'aime point à troubler le travail d'autrui, ni à me parer de lueurs empruntées. Ce qui, d'ailleurs, est facile quand il s'agit de littérature devient impossible quand le langage des champs est ce qu'il faut traduire.
Dans la rapide analyse qui va suivre, les explications relatives au premier mois montreront assez le plan suivi par l'auteur chinois; je ne mentionnerai pour les autres mois que ce qui sera de quelque intérêt.
Le premier mois de l'année, mon-tuiun, premier du printemps, se divise en deux quinzaines, l'une appelée li-tmun, ou début du printemps, l'autre yu-mui, ou les pluies. Pendant ce mois, on observe l'arrivée du vent d'est ou du vent de mer, qui amène la débâcle des glaces, le réveil des insectes, le départ des oiseaux voyageurs pour le Nord, les premiers signes du retour de la végétation : le fds du ciel alors laboure le champ sacré, il invoque le Souverain suprême ; le ciel et la terre forment une féconde union. Le cultivateur reprend ses travaux, il répare son habitation; il élève son esprit, il se pénètre de la piété filiale. C'est alors aussi que se font les offrandes et les sacrifices aux dieux protecteurs des montagnes, des forêts et des torrents. On prépare les outils; on fume la terre, on la laboure; on sème les arbres à fruit; on greffe, on taille les arbres : les plantations de la seconde quinzaine sont bonnes si le vent du sud ne règne pas. On nettoie les canaux et les conduites d'eau, on prépare les claies pour les vers à soie, les femmes tissent, etc.
Le deuxième mois, tnibh-tmun, milieu du printemps, est divisé par l'équinoxe en deux quinzaines dites kin-tuiô et tuiun-fen, ou réveil des vers et équinoxe de printemps. Il est marqué par la floraison des pêchers et le commencement des orages : on sème alors le blé, le chanvre, le tsi, les haricots, les melons, le piment, le thé ; on sacrifie à IIIo ps-sa; on taille les mûriers, on prépare tout pour les vers à soie; on complète le curage des canaux.
Le troisième mois, tuii-tiuun, fin du printemps, se compose des quinzaines tsiii— min, pure clarté, et kb-yu, pluie pour les grains. C'est alors, dit l'almanach, que le rat des champs se métamorphose en caille; fait singulier, assurément, et qu'un peuple aussi ancien aurait eu le temps d'examiner de près, ainsi que plusieurs autres du même genre : tel qu'on le présente, il nous fait voir que si l'hélérogénie était bannie de l'Europe, elle trouverait en Chine un honorable refuge. Au troisième mois, on sème ou plante le riz, le sésame, le gingembre, l'indigo, le coton, les pois rouges et verts, etc.
Au quatrième mois, premier de l'été, mon-iiiya, divisé en li mya et syao-man, petite plénitude, on sème encore du riz et du coton ; on sarcle, on enterre les ignames.
Au cinquième mois, tuibù-mya, divisé par le solstice en man-tuibh, milieu de la plénitude des épis, et mya-tmi, ou sommet de l'été, on récolte les blés et le xbû-xwa, les graines potagères; on sème ou plante les mûres, les melons d'automne, l'indigo, le riz d'automne, etc. En ce mois, les cerfs perdent leurs cornes, les cigales chantent, etc.