IMPORTANCE DE LA CHINE
sent en même temps que les profits, et je suis, quant à moi. convaincu que les importations et les exportations, non-seulement de l'Angleterre, mais encore des autres peuples, arriveront à se balancer bientôt dans l'extrême Orient.
Les capitaux, en Chine, sont rares ou se cachent : une prime est offerte aux nôtres, qui déjà s'y portent. Le loyer de l'argent tend donc à s'élever, en même temps qu'à se niveler de plus en plus à travers le monde. Déjà les Chinois contient leur épargne à nos marchands; des banques de premier ordre fonctionnent en Chine (1); le cabotage du pays, la navigation de ses fleuves qui emploie déjà des navires à vapeur de près de 2 000 tonneaux, construits en Chine, sont aux mains de l'Europe (2). Le charbon abonde en Chine, à Manille, au Japon. Une compagnie anglaise exploite les mines de Labuan. et, dès que des couches superficielles on aura passé à des couches plus profondes, ces charbons seront probablement égaux aux nôtres. 11 est question de tramroads entre l'Inde transgangélique et les provinces occidentales et méridionales de la Chine (3) ; et les bénéfices promis aux chemins de fer, dans les riches plaines d'un empire si peuplé, permettent de prévoir, dans un avenir peu éloigné, l'exécution de ces voies précieuses Quatre compagnies veulent étendre jusqu'à la Chine les réseaux télégraphiques de la Russie et de l'Inde : une d'elles fonctionnera prochainement. La télégraphie à domicile, interdite à la France par ses lois, existe déjà à Chang-haï comme à Londres (4). Des villes splendides se sont élevées : le gaz les éclaire ; des cercles, des
(1) Hong-kong va avoir un hôtel des monnaies; on y frappera des dollars d'une valeur de 4 sh. 2 d. et des pièces de 10 cents, 1 cent et l mil (millième); ces deux dernières en bronze : le mil sera percé comme les pièces de cuivre chinoises. Le système décimal, adopté en Chine depuis les temps les plus reculés, était partiellement accepté déjà dans l'Inde et en Angleterre, où le florin et la roupie représentent la dixième partie de la livre sterling.
(2) Le Yaïï-tsô peut être remonté jusqu'à 150 lieues de son embouchure par des navires de I 000 tonneaux.
(3) Le capitaine Sprye a proposé l'établissement d'une ligne télégraphique de 1 100 milles entre Hvvey-gyen, près et au nord-est de Rangoun et Hong-kong, par Kyan-xoufi (Kyang-hung). Le capitaine Fitzroy avait demandé la mission d'étudier cette route et ne l'avait point obtenue de lord Elgin. Aujourd'hui le LonJon and China Teleijraph annonce quatre expéditions dirigées de ce côté : la première, par le docteur Martels, Allemand, très-versé dans la connaissance de cette partie de l'Asie; la seconde, par les lieutenants Scouce et Watson; la troisième, par le missionnaire américain Bixby; la quatrième, enfin, par l'évèque catholique Bigandet, désireux d'ouvrir des relations directes entre les missions du Yun-nan et les contrées soumises à la domination anglaise; il sera probablement accompagné du docteur Williams, agent consulaire de Sa Majesté Britannique.
(4) Une compagnie fournit aux particuliers les instruments, et établit, moyennant un loyer annuel peu élevé, les fils destinés à joindre leur domicile à la station télégraphique la plus proche ou à tout autre établissement. L'atelier se trouve ainsi relié au magasin, et le cabinet du négociant à toutes les places de commerce de l'Europe. Une autre compagnie, créée à Londres pour la télégraphie urbaine, transmet à domicile, et sans aucun retard, la dépêche de vingt mots moyennant 60 centimes; une dépèche et la réponse pour 90 centimes. Une autre compagnie s'est fondée dans le but d'appliquer à tout le Royaume-Uni le tarif unique de I fr. 25 cent. Enfin, depuis le commencement de 1861. les données météorologiques fournies à l'amiral Fitzroy pour vingt et
théâtres, des courses (H, les divertissent; des imprimeries nombreuses, des journaux libres, des revues savantes, les instruisent : tel est en réalité ce grand pays dans lequel l'ignorance et la futilité n'aperçoivent encore que des paravents ou des magots. Digne de notre civilisation qui rapidement s'en empare, il la reçoit au point le plus haut où nous l'ayons portée. Il sera dans quelques années plus avancé, sous le rapport du commerce, des établissements de crédit, de l'industrie des transports, que nous ne l'étions nous-mêmes il y a trente ans ; peut-être même devancera-t-il plus d'un Etat européen, et nous surpassera-t-il en bien des choses.
Notre part dans le commerce de ce pays est encore bien faible ; elle est seulement un germe et une promesse. Contre un navire français qui se montre en Chine, il s'en montre trois allemands, quatre américains, dix anglais. Nous achèterons pourtant, à Londres, pour près de 200 millions de soie chinoise cette année. Si notre commerce
quelques points des trois royaumes, par les télégraphes de diverses compagnies, lui permettent de prévoir le temps quarante-huit heures à l'avance, de prévenir toujours d'un ouragan les ports menacés et les navires en mer, et de faire connaître chaque matin au public, par la voie du Times, le temps probable pour les six principales régions du Royaume-Uni et pour les deux jours suivants. La liberté seule a fait tout cela. Nos chemins <le fer doivent à une liberté pareille leur prospérité sans égale. Libre, la télégraphie serait bientôt chez nous ce qu'elle est en Angleterre et dans d'autres pays. On craint qu'elle ne devienne un péril pour l'État; on exige, ■en France, que toute dépêche soit intelligible aux employés. Le commerce et les familles sont soumis à une confession publique. Il fut un temps, cependant, où, le télégraphe n'existant pas, la poste devançait le coche sans qu'un gouvernement absolu et jaloux songeât à lire toutes les lettres. Dans une publication que j'ai faite, en Angleterre, sur la télégraphie, j'ai montré clairement la puérilité de cette disposition.
A l'aide d'un tableau de moins d'un pied carré, on peut, sans aucune étude préalable, traduire une dépêche en signaux composés du système Morse, représentant non des lettres, mais des mots et des accidents grammaticaux. Ainsi traduite, cette dépêche est trois fois plus brève et immédiatement réductible en toutes les langues par un procédé purement mécanique.
Il est clair qu'un changement dans l'ordre du tableau entraîne le secret absolu de la dépêche.
Rien n'est plus facile que d'en déguiser le véritable sens et le secret. Il y a dans les signaux obtenus seulement des points, des lignes et des espaces : on divisera les lettres de l'alphabet en trois groupes, et l'on composera des phrases dans lesquelles chaque mot commençant par une lettre du premier, du second ou du troisième groupe, représentera un point, une ligne ou un espace de la dépèche à traduire.
En voici un exemple :
« J'espère pouvoir terminer aujourd'hui vos emplettes; presque tout est acheté; le chiffre des mémoires que « j'ai reçus est très-raisonnable. »
Cette dépèche, à laquelle j'aurais pu donner toute autre forme ou tout autre sens, ne serait suspectée ni Tefusée par aucun télégraphe, et ne serait jamais interprétée par aucune police. Elle est cependant la traduction d'une phrase qu'aucun agent télégraphique ne consentirait à transmettre. Elle est composée à l'aide d'un tableau rendu public et à l'aide d'une clef fournie par la succession des lettres de l'alphabet dans deux vers très-connus. J'ai donc eu le droit d'écrire : « It is no more in the power of any man to stop any correspondence n eitlier written or send by lelegraphs of any description. « {Sketch of anahjtic universal telegraphy ; London, 1863, Camden Hotten, Piccadilly.)
(I) Xan kao a déjà un club et va avoir un champ de courses.