ÉTABLISSEMENT EN CHINE
monde a vu les deux types principaux dans l'ordre de Malle et dans les mameluks d'Egypte, auxquels ressemblaient un peu les janissaires d'Alger.
L'ordre de Malle, célibataire, se recrutait constamment dans toute l'Europe : il était international: il était une nation. Moins exclusivement catbolique, il eût offert une solution facile du problème turc, du problème égyptien, de quelques autres problèmes encore.
Les mameluks d'Egypte, mariés dans un pays où notre race dégénère rapidement, laissaient non à leurs dis. mais à d'autres enfants, sortis comme eux du Caucase, un héritage gagné par le sabre, et que le sabre devait défendre. Cette constitution paraît bizarre : elle était fondée sur la nature des cboses et nécessaire, puisqu'elle a duré, puisque dans le même pays elle s'est reproduite, puisqu'elle s'esl montrée sur d'autres points du globe.
Le jour peut venir où. le recrutement européen cessant, le pouvoir passe aux mains d'enfants élevés avec peine dans la mollesse de l'Asie, ou d'enfants d'un sang moins pur, dont le front porte le double stigmate de l'oppresseur étranger et de l'esclave indigène : ce jour-là. le régime aristocratique n'a plus de raison d'être, bientôt il n'a plus d'existence ; et comme il était le lien de tout l'édifice, la société se dissout.
S'il s'agissait de remplacer par un ou plusieurs gouvernements d'origine européenne le gouvernement de la Cbine, on devrait considérer deux points :
Le premier, que si la Cbine était partagée entre deux puissances ou deux souverainetés, par exemple, dont lune occuperait le nord et l'autre le midi, ces deux éta-
teuse pour ('■Ire aisément renouvelée; qu'il nous faut prés de la Chine un port pour le. ravitaillement, la réparation de nos flottes, leur refuge en temps de guerre, un point où nous puissions concentrer les forces niilitaires dont nos agents peuvent avoir à réclamer le concours. J'en serai facilement d'accord, mais je poserai ces principes.
Le territoire occupé doit être nettement défini et limité par la nature. Ce doit être une ile, et il est préférable que cette île ne soit ni très-étendue, ni très-peuplée. Ce principe a pour lui l'autorité de M. Guizot, qui l'a développé à la tribune française.
Cette ile doit être assez également rapprochée des points qu'il s'agit de surveiller, dans le cas actuel, de la Chine et surtout de l'embouchure du Pei-xo, du Japon, des établissements russes et de Hong-kong.
On doit, les autres conditions étant à peu près égales, préférer le climat qui s'éloignera le moins du nôtre. A une mortalité moindre répondront toujours une efficacité plus réelle de nos troupes et une diminution notable de nos dépenses.
Il suffit de jeter les yeux, sur une carte pour reconnaître que de telles îles ne manquent point, et nos rapports avec le Japon, par exemple, ressemblent assez à la guerre pour justifier l'occupation d'une de ces fractions sans nombre en lesquelles le Japon se divise. L'Angleterre et la France ont tenu Chusan, et, au point de vue militaire, peuvent éprouver quelques regrets de ne l'avoir point gardée. Les Américains se sont fort occupés du petit archipel de Lyeou-kyeou, voisin du Japon, voisin de la Chine, et placé sur la route qui joint San-Francisco et Chang-hai. Pour moi, je ne désigne aucun point, parce qu'il est des conditions que la marine seule est à même d'apprécier, et en dehors desquelles il n'est pas d'établissement possible.
blissements seraient, en raison de leurs différentes conditions de climat, destinés à devenir, en moins d'un siècle, aussi inégaux que les États-Unis et le Mexique. L'existence de l'un d'eux, au moins, ne pouvant être soutenue que par des moyens artificiels, serait constamment en péril, et dans toute lutte l'avantage resterait au nord.
Le second, qu'en présence d'un peuple déjà nombreux, et que nous ne saurions conduire qu'à la condition de rester une caste seulement juxtaposée, deux formes de gouvernement seulement sont possibles :
1° Le despotisme, ayant en Europe ses racines, essentiellement stérile, naturellement militaire et ruineux:
2° La république marchande, reconnue par l'Europe en échange de certaines concessions, neutre, aristocratique, éclairée, plus sage que le despotisme, exposée toutefois à quelques entraînements; car on ne saurait oublier que c'est une république de cette espèce qui, dans le passé, conquit l'Espagne et menaça Rome; que c'est un gouvernement à peu près du même genre qui, presque de nos jours, a, village par village et royaume par royaume, annexé toute l'Inde.
De grands établissements furent jadis fondés par de grandes compagnies : Calcutta, la ville des palais; Batavia, digne de porter le nom d'un grand peuple, en feront foi dans l'histoire. Ces colonies ont été plus prospères que si des rois se fussent donné la peine de les gouverner de loin : peut-être, cependant, eussent-elles été plus prospères encore si leur politique se fût montrée moins exclusive. Les progrès de la compagnie anglaise furent extrêmement lents dans l'Inde et furent lents partout. On assure que dix seulement des maisons établies en Chine font ensemble vingt-deux fois plus d'affaires que cette compagnie n'en faisait dans le même pays après soixante-dix ans de relations établies. Sur un autre point du globe meurt une autre société, celle de la baie d'Hudson, que les fourrures de l'Amérique du Nord endormirent longtemps dans une opulente mollesse. Ses immenses territoires étaient fermés au genre humain comme un autre Japon. A peine la compagnie achève-t-elle d'en sortir, et des regards plus jeunes commencent-ils à s'y promener, que des métaux précieux s'y découvrent : l'avare compagnie les avait jusque-là gardés sans les voir. Le monopole eut sans doute, dans le passé, sa raison d'être ; il ne l'aurait plus aujourd'hui, et la fondation d'une grande compagnie ne résoudrait pas mieux le problème chinois que l'annexion de la Chine aux possessions anglaises ou russes.
Si les lois européennes doivent fleurir quelque jour en Chine, ce ne sera, je l'espère, que dans des cités républicaines abritées sous des pavillons nouveaux, indifférentes à nos querelles, également ouvertes à nos navires. Ces villes si rapidement élevées, si rapidement peuplées, si rapidement enrichies, dont j'ai parié plus haut,