PEUPLE CHINOIS
l'avoisinent. une peau presque noire revêt des faces de nègres à mâchoires avancées : la pommette plus saillante, sous ces crânes plus étroits projetés en arrière, donne à l'œil plus d'obliquité; mais l'aspect aplati, le muscle anguleux et la chevelure roide, marquent le sang chinois altéré par le climat et mêlé d'un autre sang.
Le Tagal de Manille est l'exagération de cette forme méridionale; et chose remarquable, les métis d'Européens et de femmes tagales peuvent souvent, en Chine même, être pris pour des Chinois.
Ces peuples plus ou moins dégénérés sont trapus et petits, les Mongous le sont généralement aussi; la femme, chez tous, est très-petite. Le type le plus puissant, le plus beau, doit être cherché dans le nord de la Chine, la Mantchourie peut-être, et sur les rives du fleuve Jaune, où vécurent les premiers Chinois.
L'homme de race chinoise, comme arrêté dans sa croissance, est moins développé que nous; imberbe ou presque imberbe, si ce n'est dans le nord, il a cette docilité qui se plie au despotisme asiatique. Laborieux et patient, il s'assimile et imite ce qu'il voit sans que son esprit aille beaucoup au delà. 11 n'a pas notre puissance d'abstraction (1); il n'a pas non plus le sens moral aussi développé que nous; mais comme il a moins d'audace, il ne fait pas habituellement plus de mal que nous n'en faisons (2). En résumé, le peuple chinois, pris comme type de ceux de l'extrême Asie, nous est inférieur en plusieurs points, mais peut-être pas en tous, et n'est inférieur qu'au seul peuple européen.
Entre les froids steppes de l'Amour d'une part, le Nnan-nan ou les riantes contrées du midi de l'autre, s'étale une vaste région. Deux fleuves immenses la parcourent;
(1) Le sentiment de la symétrie, très-faible chez le nègre, est moindre chez le Chinois que chez nous. Le Chinois ne recourt pas volontiers à l'abstraction. Un auteur chinois parlant de cinq objets pareils trouves dans des fouilles les dessinera habituellement tous les cinq.
(2) La mauvaise foi, la cruauté, peuvent être le résultat d'un système social et politique vicieux ; mais certains peuples ne sauraient subir longtemps un tel système, et il y a certainement en Europe une horreur de la tromperie et do la trahison qui n'existe nulle part au même degré en Asie. Nous observons la foi jurée, et nous y croyons; un engagement pris survit parmi nous au bénéfice que nous en pouvions tirer; on a la force qui l'a fait accepter. Eu Asie, il n'en est pas de même ; il n'y a d'autre garantie des traités que la force présente ou la répression prochaine : aussi le texte des traités passés avec les Asiatiques n'a-t-il de sens que pour nous, et d'utilité que dans nos relations les uns avec les autres. Un traité anglo-chinois engage moralement les Anglais vis-à-vis de l'Europe, voilà tout. Nos criminels sont, pris en masse, plus dangereux et plus malfaisants que ceux de l'Asie, parce qu'ils ont une conscience plus claire du mal accompli, et que leur caractère plus vigoureux réagit contre une opinion publique plus sévère. Il faut dire, cependant, que les peuples asiatiques, et en général tous les peuples moins développés que nous, ont cette cruauté que notre enfance a connue, en même temps que les élans les plus généreux, et qui disparaît à mesure que nous approchons de l'égoïste et inoffensif âge mùr.
leurs alluvions l'ont en partie formée : l'un, qu'on appelle par excellence le Kyan, bâtit des îles et prolonge son delta ; l'autre, qu'on appelle par excellence le Xo, violent et capricieux, a précipité ses eaux tantôt dans le golfe du Nord, qu'il a presque comblé, tantôt dans cette mer que jaunit aujourd'hui son limon. Le canal des Yuen est un de ses sillons ; il a créé ces vastes plaines par lesquelles se relient à la Chine les massifs élevés du mont Taï, complétant une péninsule qui, par sa forme et par ses dimensions, rappelle notre Bretagne. Quelques chaînes rident cette contrée, arrondie comme le disque terrestre soupçonné par Homère; vers le sud et vers l'ouest, les montagnes s'élèvent, s'étendent, se ramifient, escarpées comme des forteresses ou rocheuses comme des murailles.
Vers l'ouest et vers le nord, une frontière est tracée aux charrues par l'aridité du sol et l'inclémence du ciel : au nord, les glaces polaires; à l'ouest, des espaces sans fin, que les montagnes ou que la distance ferment aux nuages partis de l'Océan.
Si dans la géographie seule nous devions lire l'histoire du peuple chinois, si ancien, si nombreux, nous la trouverions dans ce qui précède. Dans les riches vallées de ses grands fleuves, nous entreverrions le début de ses premières sociétés, les premiers pas de sa civilisation. A mesure qu'il pullule et grandit sur un sol fertile, nous devinerions que ce peuple s'étend; que cependant, vers le sud, une race plus colorée, pauvre et presque sauvage, résiste à ses progrès, défendant l'un après l'autre chaque contre-fort de ces montagnes, dont les plus hauts sommets doivent seuls borner la Chine. Nous comprendrions comment l'empire s'est constitué, fondu en une seule masse homogène et compacte; et comment, né sur de plus larges alluvions, il est bientôt devenu despotique comme sur les bords du Nil, dont l'Egypte fut un présent.
Nos continents se découpent, se projettent en péninsules, s'épanouissent ou se resserrent. De leur grand dessin et des traits qui le divisent résulte le partage du monde en un certain nombre de régions naturelles plus ou moins inégales, dont chacune tend sans cesse à vivre par elle-même, formant un seul État. Tant qu'elle n'y est point encore parvenue, ou quand un accident trouble son indépendance ou rompt son unité, elle s'agite, poursuivant le repos à travers les oscillations d'un équilibre instable.
La Chine est une de ces divisions vraies et naturelles du monde : massive, inarticulée, elle est d'autant plus indivisible qu'elle est plus peuplée et plus vieille. Tout partage y entraîne des guerres que la réunion seule peut terminer. Elle a ses frontières d'une part, ses marches, son bouclier de l'autre. Plus étendue, plus riche que ce qui borde ses frontières, elle y a dû porter ses mœurs et ses idées; elle en a dû faire des satellites et comme des annexes.