‹ Mémoires sur la ChineChapitre 48 sur 220 · CHRONOLOGIE CONCORDANTE · texte numérisé non relu

CHRONOLOGIE CONCORDANTE

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CHRONOLOGIE

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Premiers documents. — Preuve astronomique. — Histoire apocryphe. — Anciennes monarchies.

Ki-yuen-pyen. — Cycles et époques.

« Bien des héros, dit Horace, devancèrent Agamemnon; mais ils gisent oubliés » dans de sombres profondeurs, car le divin Homère ne les a pas chantés. » L'invention du plus précieux des arts, l'écriture, suppose le développement d'une certaine civilisation. Cette invention n'est pas contemporaine des premières sociétés, puisqu'il existe aujourd'hui sur la terre des peuples qui ne s'y sont point encore élevés. C'est cependant par les monuments écrits, parles livres, que les souvenirs des hommes , devenus immortels et transmis d'âge en âge, arrivent à constituer l'histoire.

Le document le plus authentique et le plus ancien où puissent être cherchés les commencements de l'histoire chinoise est un livre composé ou recueilli par Confucius, au sixième siècle avant notre ère, et intitulé le Iïïs-kin (Chou-king).

Ce livre est à peu près contemporain de ceux d'Hérodote ; il est postérieur de quatre siècles à l'Iliade et de dix siècles à la Bible. Il n'a ni la méthode, ni la clarté des ouvrages d'Hérodote, et l'on ne saurait le prétendre inspiré comme la Bible : il ne mérite donc qu'une confiance très-limitée, lorsqu'il traite d'événements qu'on regarde comme antérieurs de quinze siècles au temps de sa composition.

Il en mérite moins encore s'il est vrai, comme le disent les historiens chinois, qu'au troisième siècle avant notre ère tous les livres sacrés aient été détruits , à ce point qu'aucun exemplaire intact n'en soit resté ; qu'un exemplaire plus ou moins altéré du Hlw-kin ait seul été retrouvé caché dans un mur, et n'ait été complété que par les souvenirs d'un vieillard qui savait ce livre par cœur.

H) CHRONOLOGIE

II y a en Chine une exégèse : les Chinois savent que leurs livres sacrés ont été transcrits, à une certaine époque, d'un caractère dans un autre, et n'ont pas dû alors être moins défigurés que le Coran en passant du couflque au caractère moderne. Ils croient encore que les textes de ces livres ont été souvent altérés. Les lettrés admettent même généralement aujourd'hui que le IHs-kin a été remanié, sous la dynastie des Tsin, par Mei-tso, qui y a beaucoup ajouté, ainsi qu'au commentaire de R«n nnankwo. Sur cinquante-huit parties, ils en regardent vingt-cinq comme altérées ou fausses. De ce nombre serait le passage relatif à une éclipse solaire observée sous le règne de Tmsn-kan, de la dynastie de IUya (Hia), et mentionnée dans la chronique Tuis-uib' (Tchou-chou).

Les Chinois ont certainement des observations astronomiques fort anciennes, bien qu'on n'ait pas admis qu'elles le fussent autant que celles des Chaldéens envoyées de Babylone, d'après Simplicius, à Aristote par Callistbènes, et qui remontaient à l'an 2234 avant Jésus-Christ. Les observations chinoises sont nombreuses ; mais plusieurs, en raison de la perfection des méthodes et du développement des connaissances qu'elles supposent , méritent peu de confiance , à moins qu'on ne veuille admettre, avec le père Gaubil, que les Chinois avaient appris de Noé l'astronomie.

L'astronomie peut aider à placer les événements dans le temps et l'histoire, comme les lieux dans l'espace et sur la terre. L'éclipsé de Tuisn-kaû pouvait fournir la date de son règne et donner un repère précieux à la chronologie chinoise. On chercha, en conséquence, à en déterminer l'époque. Gaubil l'identifia, pour s'accorder avec le HJb-kin, avec une éclipse de l'an 2155, et pour s'accorder avec le Tim>-un>, dans lequel il supposait une lacune de cent quatre-vingts ans, avec une autre éclipse de l'an 2128. Fréret, aidé de Cassini, crut accorder les deux textes en acceptant une autre éclipse encore qui aurait eu lieu en l'année 2007.

D'autres missionnaires, historiens ou calculateurs, présentèrent d'autres solutions, et je crois qu'on aurait pu accepter quelque éclipse plus récente, si l'on n'avait été convaincu d'avance qu'il fallait chercher très-loin de nous la date de celle du IEfe-kin.

L'astronomie a fait depuis le dix-huitième siècle quelques progrès, c'est-à-dire perdu quelques illusions. J.-B. Biot, qui, de nos jours, a repris l'examen de l'éclipsé du IUb'-kin, repousse la solution de Cassini et de Gaubil. « On ne saurait aujourd'hui, » dit-il, étendre avec sûreté les tables de la lune jusqu'à des observations aussi an- » tiennes que celles du Uls-kin : donc, en résumé, dans l'état actuel de la science, » on ne peut pas affirmer théoriquement que cette éclipse est vraie , comme on ne » peut pas assurer non plus qu'elle est fausse, » Il importe assurément peu qu'elle soit vraie ou fausse, du moment que la date n'en peut être fixée et que la chronologie chinoise n'en peut tirer aucun secours.

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