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ANCIEN COMMERCE

montré jusque sur les frontières actuelles de l'empire chinois; mais des peuples barbares qu'il avait étonnés il n'avait rien appris de la Chine. Entre la Chine et notre vieux monde y avait-il eu déjà quelques rapports? On ne saurait le dire. Les traces qu'on a cru en trouver en Egypte sont incertaines : tels sont quelques petits vases d'une fabrication moderne et communs dans les mers de l'Inde ; une pièce d'étoffe conservée au Louvre et sur laquelle on pourrait retrouver des caractères chinois, si la forme simple de leur dessin ne faisait supposer qu'ils ne sont là qu'un ornement, cl que leur ressemblance avec des signes étrangers est purement fortuite. Un exemple montrera mieux combien il faut se garder de chercher dans de faibles analogies la preuve d'un ancien commerce.

Parmi plusieurs coiffures anciennes, dont l'explication des dois livres de rites nous

donne l'image, on en remarquera une (n° 2) dont la forme est tout égyptienne; plusieurs (telles que le n° 1) qui sont purement chinoises, et montrent que la Chine n'aurait du moins pas tout emprunté ; quelques-unes, enfin (analogues au n° 3), qui présentent une ressemblance frappante avec la toque d'Oxford, qu'en slang oxonien on appelle morlar board : on y trouve même des appendices qui rappellent le tuft des toques aristocratiques. Avec cette coiffure, les grands de la dynastie de Tuies portaient de longues et larges robes comme les maîtres et les étudiants anglais. J'engage les ethnographes et les philologues, c'est-à-dire ceux qui emploient de si grands mots pour cacher le vide de quelque utopie empruntée , à réfléchir sur la part qu'a pu prendre Confucius à la création des universités anglaises.

Mais si rien ne prouve clairement que la Chine ait, avant les Tsin, entretenu des rapports avec l'Occident, on n'en doit pas moins reconnaître que ces rapports étaient possibles. Les anciens ne nous ont pas dit tout ce qu'ils savaient; nous n'avons qu'une faible portion de leurs livres ou de ceux de la Chine ancienne. Il y a plus : il est ordinaire que la connaissance des routes soit d'abord un secret de quelques commerçants

oo que leur usage soit le monopole d'un peuple. Ceux qui ont exploré le passage au nord-ouest de l'Amérique savent que les baleiniers avaient sur ces parages beaucoup de notions qu'ils ne se communiquaient point, parce que chacun tirait profit de ce qu'il pouvait savoir, et qu'il y avait plus de concurrents que de baleines. Les Parthes n'ont rien négligé pour empêcher les Romains de faire directement avec la Chine un commerce dont ils étaient les intermédiaires ; et il n'y aurait rien de surprenant à ce que, dès les temps les plus reculés, quelques marchands aient traversé ou contourné l'Asie. Les Chinois font remonter jusqu'au douzième siècle avant notre ère l'invention de la boussole. On peut douter de la date d'une découverte dont ils ont tiré si peu de profit; mais les mers qui baignent la Chine et celles qui baignent l'Inde ont les mêmes moussons. Pendant une saison, le vent et la mer vont de la Chine à Ceylan et en Afrique, et pendant l'autre saison suivent la direction opposée : on pouvait donc aller et venir sans grand effort et sans grande science. Il semble, toutefois, que les mers chinoises aient enfanté de tout temps beaucoup de pirates. Par terre, les distances sont grandes, mais non infranchissables; on les franchit aujourd'hui en quelques mois. Les caravanes vont en cinq mois du centre de la Chine aux frontières du Turkestan ; elles se servent de chevaux et de chameaux ; les routes ne sont tracées que par leur passage. Depuis des milliers d'années, aucun progrès n'a été fait dans les moyens de transport usités en Asie; la sécurité a pu s'accroître, mais pas peut-être de beaucoup. Il y a donc peu de raisons de croire que ce qui se fait aujourd'hui ne se soit toujours fait (I).

La preuve historique de rapports diplomatiques ou commerciaux entre l'Asie et l'Europe manque pour une époque très-reculée. Elle a été, pour une époque voisine de l'ère chrétienne, recherchée avec une profonde érudition et une remarquable sagacité par M. Reinaud, qui fixe le début de ces rapports en Tan 36 avant Jésus-Christ, à l'époque où Marc Antoine gouvernait l'Egypte, montre qu'elles furent reprises par Auguste en l'an 20 avant Jésus-Christ, et qu'elles se maintinrent pendant plusieurs siècles.

D'après M. Reinaud, c'est sous la dynastie des Xan, et assez longtemps après la chute des Tsin, que la Chine était devenue accessible aux Européens. Les Chinois, ou du moins les habitants de quelque partie de la Chine, étaient connus sous le nom de Scres. Vers le milieu du deuxième siècle de notre ère, Ptolémée les appela Sinœ et Thinœ: peut-être ce mot venait-il, comme on le pense, du nom de la dynastie des

(1) Je fus frappé, en traversant le Caire, de rencontrer un Chinois établi en face de la mosquée du sultan Hassan comme cafetier, ou plutôt vendeur de thé. Il était musulman et était venu en Egypte par terre. Son voyage eût-il rencontré beaucoup plus d'obstacles il y a deux mille ans? Il me semble qu'on ne saurait l'affirmer.

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