‹ Mémoires sur la ChineChapitre 61 sur 220 · RÉVOLUTIONS CHINOISES · texte numérisé non relu

RÉVOLUTIONS CHINOISES

Tsin. On écrit en arabe Sin, Chine, avec la lettre çjf>, qui se prononce classique-

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ment ts dans le mot .Ls , tsaUi, prier, bénir, et qui, probablement, avait jadis cette

seule prononciation. Je dirai, toutefois, qu'il me parait oiseux de chercher l'origine de la plupart des dénominations anciennes. Où la certitude fera toujours défaut, il reste un vain amusement de l'esprit; et il est certain que si l'on cherchait, un jour à venir, dans des ouvrages chinois la trace de Macao, de Hong-kong, et de plus d'une autre île, on ne trouverait rien, car ces noms, de forme chinoise, ne sont point ceux de ces iles. Que serail-cè s'il s'agissait de Formose, ou de la ville de Victoria qui ne manque pas d'homonymes au delà des mers ? 11 y a plus : on peut déclarer que lorsqu'un lieu actuel porte le même nom qu'un lieu ancien, la probabilité est en faveur d'une coïncidence fortuite, et non d'une identification. Paris est où fut Lutèce, et Troyes n'est point ubi Troja fait.

Diverses ambassades romaines furent dirigées sur la Chine : on n'en connaît point de détails ; les Chinois n'en ont pas même gardé le souvenir. Sans doute, elles eurent peu d'effet, et, comme des ambassades plus modernes, servirent surtout à exalter l'empereur chinois, et cà divertir son peuple par le spectacle d'hommes de mœurs étranges, fiers sans qu'on sût pourquoi, et promenés, à leur insu, à travers toutes sortes d'ignominies.

Il est seulement intéressant de connaître que les Romains tiraient de la Chine beaucoup de soie ; que les Parlhes avaient accaparé ce commerce, et fabriquaient des tissus que les Romains eussent voulu fabriquer eux-mêmes; qu'enfin, des quantités considérables d'argent étaient alors, comme de nos jours, livrées par l'Europe à l'extrême Orient en échange de son principal produit. Pline porte à 100 millions de sesterces les sommes versées ainsi annuellement dans l'Inde, en Chine, et dans le reste de l'Orient.

Un peu plus de deux siècles avant le Christ, la dynastie de Tsin, affaiblie, fut renversée par un aventurier du nom de Lyes-pan, qui fut appelé depuis Kao-tss, ou l'illustre ancêtre, et fonda la célèbre dynastie des Xan. qui, pendant plus de quatre siècles, régna sur la Chine. Si la dynastie précédente avait donné à la Chine le nom sous lequel l'Europe la connaissait, la dynastie nouvelle donna aux Chinois un nom qu'ils se glorifient encore aujourd'hui de porter : la Chine et les Chinois sont depuis lors et resteront toujours le pays et le peuple de Xan.

Lyes-pan n'immola pas lui-même ce qui restait de la race de Tsin : un de ses rivaux s'en chargea, et ce fut un prétexte à Lyes-pan de le détruire. Les changements de dynastie ont été fréquents en Chine : on les y regarde comme des événements si naturels que l'histoire ne parle que des dynasties disparues, attendant pour parler de

celle qui règne une chute dont elle-même ne doute pas. Par la longue nomenclature des races royales tombées, elle sait qu'elle tombera, comme nous nous savons tous mortels par la vue des tombeaux de tant de générations humaines. Dans certains pays de mœurs adoucies, il y a entre des familles rivales comme un pacte de clémence : le vainqueur épargne le vaincu, parce que, quelle que puisse être la divinité de son droit, et malgré le bail éternel qu'il prétend avoir fait, il sait que la fortune a d'étranges retours. En Asie, où ces retours sont plus fréquents encore, des mœurs plus dures rendent plus terrible la défaite : les princes déchus sont massacrés; tout ce qu'on en découvre même après de longues années est voué à la mort. Ce n'est point un châtiment, pas même une vengeance, c'est une précaution consacrée par l'usage, un acte régulier dont personne n'est surpris : telle est la logique sans pitié de l'Asie barbare. La guerre y revêt de même ce caractère net et brutal qu'elle a partout eu d'abord, et qu'elle n'a guère perdu qu'en Europe. On peut regarder la guerre primitive comme fille de la disette : des peuples affamés se ruent les uns sur les autres, non pour se dévorer comme les bêtes fauves, mais pour se ravir les uns aux autres une insuffisante pitance. Dès que les récoltes ou les champs ont de nouveaux maîtres, ceux qui les ont perdus sont des bouches inutiles, et le glaive en fait justice. Des tyrans évitent ainsi les révoltes, suites naturelles de leur usurpation ; une province, un royaume sont entièrement dépeuplés, et l'armée ou la nation victorieuse vient habiter les demeures de ses victimes. Quelquefois même ce sont d'autres vaincus qu'on y traîne, qui, dépaysés, pourvus de terres, n'ont plus de patrie à venger, et, admis au butin, se classent parmi les vainqueurs.

11 n'est pas douteux que des peuples entiers n'aient ainsi disparu. Ce qui s'est passé en Amérique est un peu différent : sauf quelques massacres, les peuples se sont plutôt étiolés, abâtardis et fondus, qu'ils n'ont été détruits. Des cultivateurs ont envahi, dépeuplé de gibier et clos les terrains de chasse. Les chasseurs, poussés de prairie en prairie, acculés aux montagnes, auront bientôt disparu, et l'oubli, cette seconde mort, plane déjà sur la tombe d'une race qui n'a rien fait dont on ait à se souvenir.

Avec les Xan, on vit reparaître les livres et les lettrés. Ws-ti, prince guerrier et législateur, étendit ses conquêtes sur le nord de la Corée (1), une partie de lTndo- Chine et de l'Inde. Les IDybii-ns, qui depuis longtemps déjà assiégeaient l'empire, furent, ainsi que d'autres barbares, vaincus et repoussés. Une ambassade chinoise alla leur chercher des ennemis jusque dans la Transoxiane. Cet événement, qui ma-

in En 110 avant Jésus-Christ. L'histoire de ce pays, qui eut ses rois en 38 avant Jésus-Christ, ne date vraiment que de cette époque.

LES XAN.

nifesta à l'Occident la puissance chinoise, maîtresse déjà de presque toute l'Asie centrale, mérite d'être noté.

C'est sous les Xan, vers 65 après Jésus-Christ, que le bouddhisme fut introduit en Chine. 11 ne le fut que beaucoup plus tard au Thibet, en Corée et au Japon. Les Chinois et les Japonais placent Bouddha au onzième siècle avant notre ère; [quelques

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Carie de l'empire des XAN Orientaux

Indous et quelques Européens le placent au septième siècle seulement : l'une de ces dates aurait pour elle Klaproth, et l'autre Burnouf. Ce bouddhisme bientôt corrompu de la Chine passa, comme les superstitions nationales du Tao qui vinrent s'y mêler, par des fortunes bien diverses. En Asie, le caprice des princes est ce qui élève ou renverse les dieux. Tantôt Bouddha fut honoré : on rechercha ses livres, on nourrit ses

prêtres; des empereurs en revêtirent l'humble habit; la dynastie de Lean eut un Charles-Quint sans génie. Tantôt, au contraire, Bouddha fut traité d'imposteur: ses moines, fainéants et parasites, furent chassés de leurs couvents, contraints de se marier, de travailler, de faire la guerre. De cycle en cycle et de règne en règne, ces révolutions se renouvelèrent. Les Tao-sso, inventeurs de l'élixir de vie, trouvèrent aussi des empereurs crédules et des empereurs sévères ou cruels. Chaque empereur

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