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LES PORTUGAIS

de plus éclatants triomphes. De la hauteur où les héros du seizième siècle nous avaient fait monter, nous n'avons longtemps su que descendre. Leur gloire, cependant, est presque oubliée , parce que leur héritage est comme sorti de leur maison pour passer à des parents jaloux : aux Hollandais, aux Français, aux Anglais, à leurs frères américains, grands en leur temps, grands aujourd'hui par le commerce et par la guerre, mais qui ne sauraient trouver dans leur passé rien d'égal à ce que firent ces Espagnols et ces Portugais si déchus aujourd'hui.

Le Portugal et l'Espagne d'abord, la Hollande et l'Angleterre plus tard, enfin l'Amérique et quelque peu nous-mêmes, tel est l'ordre dans lequel ceux de notre race ont conquis le commerce de l'extrême Orient; et de cette succession, qui n'est pas fortuite, une grande leçon surgit : les Portugais et les Espagnols sortaient vainqueurs d'une lutte séculaire pour la patrie et pour la foi; leurs républiques étaient farouches encore comme la louve du dieu Mars; on n'y trouvait point de serfs: l'orgueil des nobles ne s'y faisait sentir qu'aux rois. Confesseurs de la foi, patriotes et soldats, comme les Romains de Scipion, ces peuples devaient se répandre au loin et trouver de nouveaux triomphes. Mais de la victoire et de la paix, de la conquête et de l'opulence, on vit sortir le despotisme et l'inquisition; les armées parurent d'abord plus fortes et l'Etat plus puissant; les hommes d'action ne regrettèrent pas la liberté de penser. Rientôt cependant tout déclina : esprit public, esprit militaire, esprit religieux; l'Espagne et le Portugal tombèrent tandis que s'élevaient la libre Hollande, l'Angleterre affranchie des Stuarts, les États-Unis enfin débarrassés de la tutelle anglaise.

Les Portugais devancèrent en Chine toute l'Europe : en 1516 Perestrello, en 1517 Perez de Andrada, envoyés par Albuquerque, parurent à Canton. Etablis d'abord à Nin-po, les Portugais en furent expulsés en 1545. Simon de Andrada prit Sah-raan et y éleva un fort; il en fut chassé. Mendez Pinto et quelques pirates écumèrent les côtes, furent pris, jugés à Nankin, rejugés à Pékin, transportés, délivrés, errèrent de nouveau sur les mers, pillant, découvrant, traitant et traversant toute sorte d'aventures. Thomas Pirez fut, en 1520, le premier ambassadeur; mal reçu à Pékin, plus maltraité au retour, on croit qu'il périt à Canton de la main des Chinois (1).

En la troisième année de Kya-tsin, c'est-à-dire en 1525, il fut permis aux Portugais de prendre terre à Niiao-mon ou Nnao-iuan, appelée par eux Macao. En 1537 on les y trouve établis, mais non chez eux, car ils payaient tribut et un agent

(1) D'après un rocit du temps, il aurait été interné en Chine et aurait épousé et converti une Chinois!'. Rémusat a eu tort d'accepter ce conte, aussi fréquent dans les livres espagnols et portugais de ce temps que la fiction des oncles d'Amérique dans le théâtre et le roman modernes.

subalterne qualifié de tso-tan les surveillait. Macao fut d'ailleurs également ouverte aux Espagnols et ne cessa pas d'être une terre chinoise.

Les Portugais d'Albuquerque étaient de rudes soldats, d'audacieux navigateurs; mais ce qui par-dessus tout les distinguait, c'était la sombre exaltation de leur foi, qui, longtemps assiégée par l'islamisme, était devenue pour eux une seconde patrie. Il semblait qu'ils fussent engagés dans une croisade nouvelle; soldats, marins et marchands n'avaient pas moins d'ardeur religieuse que le prêtre. Ils avaient sans doute les mœurs violentes et les instincts pillards de leur temps et de leur habit ; les Chinois cependant furent frappés de leur bonne foi : sans doute la foi européenne est supérieure à la foi asiatique; le commerce enseigne la probité; toute société qui se fonde en confesse d'abord les lois : Rome jadis, San-Francisco de nos jours, ont fait comme Macao.

En 1542, les Portugais avaient paru au Japon et s'étaient mis en rapport avec le prince de Satsuma, possesseur d'une portion notable de l'île de Kyusyu, la plus méridionale des grandes îles japonaises. C'est sur ses terres, à Kagosima, que François-Xavier débarqua en 1549; mais ainsi que les marchands portugais, il se fixa bientôt après à Firando, sur le territoire d'un autre prince.

La religion, le commerce, la conquête même, ces choses qu'on a vues depuis et dans les mêmes régions si souvent séparées, se donnaient alors la main. Les missionnaires eurent bientôt leur part dans les échanges de Macao et du Japon (1); le comptoir était pieux et faisait à l'église pauvre une part suffisante à la faire subsister. Xavier mourut en 1551, comme il regagnait la Chine, qu'il brûlait d'ouvrir à Jésus- Christ. Il n'avait, au Japon, pu voir l'empereur ni le siogoun, mais il avait obtenu des conversions nombreuses; et en l'année même de sa mort, le christianisme était prêché à Myako, le siogoun se déclarait ami des chrétiens, des princes recevaient le baptême. Enfin, après quelques difficultés et quelques épreuves légères, en 1570 le Japon comptait soixante-dix églises et trente mille fidèles. En 1583, les princes chrétiens d'Arima, Omura et Rungo, envoyaient des ambassadeurs à Philippe II et au pape, dont ils se déclaraient vassaux. Ainsi une religion nouvelle s'emparait du Japon, et le Japon, malgré son apparence théocratique, était loin de réagir contre elle. Le culte de l'État, purement traditionnel, ne s'accompagnait point de dogmes bien arrêtés ; sa tolérance était en conséquence égale à celle des religions de l'antiquité. En 805 de notre ère, un empereur pontife avait été jusqu'à meubler d'idoles bouddhiques tous ses temples. L'ancien culte et ce culte nouveau s'étaient mêlés

(I) Elle était d'abord de 50 balles; elle fut plus tard de 80 balles de soie sur 1000. Plus tard, l'Église du Japon acquit d'immenses richesses : sa discipline déclina ; elle devint suspecte et se perdit.

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