Mémoires sur la Chine. Série complémentaire
Je vais soulever des questions «[u'oii croit insolubles, traiter un sujet qui parait aride, une science nouvelle et (jui a dillustres maîtres, mais que des pédants ont obscurcie, que des utopistes ont travestie; une science livrée aux bêtes, et dont les meilleurs esprits s'écartent avec méfiance. L'expérience sera mon guide; sans étalage d'érudition, je signalerai les faits décisifs et les conclusions qu'on en peut tirer. Je serais bref si l'erreur ne devait être réfutée. La vérité est simple, et s'impose dès qu'on lentrevoit; son exposition est facile : je n'aurai pas à employer un seul terme qu'un enfant ne puisse comprendre; je ne dirai rien qui ne soit clair, et le lecteur qui voudra bien me suivre y trouvera, je l'espère, quelque intérêt (1).
Presque toujours, apprendre c'est d'abord oublier : il faut, comme dit Bacon, faire table rase. Les grammaires mal faites du grec et du latin ont chargé notre esprit de notions complexes et bizarres : il faut, pour entendre l'essence et l'histoire du langage, répudier cette science d'alchimistes et regarder en face les faits.
Bien des peuples ne connaissent d'autre langue que celle qu'ils parlent ; les étran- .gers leur semblent sourds et muets. Au milieu de nous, il y a des gens qui s'étonnent encore de ce que les Chinois puissent s'entendre en parlant.
(I) Tous les mots chinois cités dans ce iravail y sont transcrits comme dans mes Mémuires sur la Chine. Quant aux mots empruntés à d'autres langues extra-européennes, je n"ai pas cliangé la transcription qu'on en n faite jusqu'ici.