‹ Mémoires sur la Chine. Série complémentaireChapitre 2 sur 31 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Quelques notions incomplètes, des préjugés absurdes égarent les premiers chercheurs : ils voient des langues parlées et des langues mortes ; ils imaginent des langues mères. L'hébreu est une langue sacrée : ils en font venir toutes les langues, à moins qu'un patriotisme étroit ne leur en montre l'origine dans quelque dialecte grossier tel que le bas breton.

En s'étendant sur le monde, l'Europe a recueilli les idiomes de la plupart des peuples qu'elle domine, ceux mêmes qui. n'étant plus parlés, sont comme les témoins de l'histoire. L'arabe, le turc, les langues de l'Inde, de la Polynésie, de l'Amérique, ont été étudiés ainsi; le sanscrit et le zend ont été retrouvés; Champollion, enfin, effaçant d'un seul pas la trace d un institut, a évoqué l'égyptien et fait parler le Sphinx.

Les faits observés sans critique, sur divers points du globe, par des hommes fort ignorants des lois du langage, lurent laissés plus ou moins dans l'ombre ; les recherches se limitèrent, comme pour mieux préparer les bases d'un plus grand travail. On approfondit les langues dites sémitiques et celles appelées tartares. L'attention, toutefois, se concentra davantage sur le sansci'it : le sanscrit fut pour notre siècle plus éclairé ce que Ihébreu. le latin et le grec avaient été pour les siècles précédents; on crut y trouver tout, en faire tout sortir; ce fut la langue fétiche; on s'inclina devant les vanteries d'un peuple qui, comme à peu près tous les peuples connus, se qualifiait de noble et qualilialt sa langue de langue parfaite, de langue par excellence.

Au point de vue de l'étude spéciale et limitée des langues de l'Europe et de l'Inde, le sanscrit a sans doute une grande valeur; il se rattache au gothique et au latin, comme le gothi(iue et le latin aux dialectes germains et romans, et comme ces derniers à l'anglais et au français. Les Celtes, les Grecs, les Slaves, les Persans, les hîdous, possèdent encore des mots et des formes dont le sanscrit a fait usage; mais ni le sanscrit, ni toutes les langues qui s'y rattachent, ne sauraient contenir toute la grammaire humaine; leur ensemble forme une fraction notable, mais une fraction seulement, du langage des hommes : c'est un groupe isolé parmi des groupes d'un aspect différent, parmi la foule presque innombrable des idiomes qu'on ne peut grouper.

L'anatomie comparée de ciuelques mammifères n'est pas toute l'analomie comparée : elle montre quelques transformations, elle ne les montre pas toutes; elle ne découvre point le plan entier de la nature. Pour arriver à le comprendre, il faut suivre la création animée dans ses manifestations multiples, dans les plus hideuses comme dans les plus belles, sur toute la surface du globe et, sous ses couches successives, à travers le temps. De même encore, pour surprendre les secrets de la vie, c'est la vie qu'il faut regardei', et non point la momie purifiée par les prêtres, vide et

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