CRÉATION DE LA GRAMMAIRE
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Deux mélhodes délerniinalives. — Uéleriniiialiou phouique. — Délermination explicalive. — Deux méthode* de réduction. — Mutilation des mots. — Moindre emploi.
J'ai iiiuiitiv cuniiiit'iil le corps du laiii;age, c"est-ù-diie le vocaLulaife, sesl iialiilellement et nécessaireiiieut constitut;' ; il nie reste à faire voir comment la grammaire s'est développée, comment le langage a reçu son complément nécessaire et sa vie.
Pour attacher à l'expression des idées principales celle des idées accessoires de nombre, de sexe, de degré, de mode, île temps, etc., l'iionime a été conduit par son instinct, cest-à-dire par un mouvement dont limpulsion venait de Dieu, et dont la direction nous échappait, à l'emploi simultané de deux méthodes entièrement dilTérentes. toujours en action, manifestes partout.
Faute de termes plus clairs, je les qualilierai de méthode phonique ou d altéraliun, et de méthode explicative ou dassocialion. La première modilie le sens des mots en en modifiant le son; la seconde complète l'idée en ajoutant au mot principal un autre mot. De lion, la première méthode fait lionne; la seconde ferait lion femelle. 11 n'est pas probable cjue les notions générales et abstraites de pluralité, de sexe féniiiiiu. d'antériorité, de contingence, etc.. aient été dénommées d'abord ; il est doue à supposer que la méthode phonique a devancé l'autre et s'est montrée d'abord plus active.
Étant donnée une idée et l'expression phonétique de cette idée, c'est-à-dire un mot, on trouvera généralement que l'objet de l'idée est susceptible d'accroissement ou de diminution, s'il s'agit d'un animal, en nombre, en taille, en force; s'il s'agit d'une action, en intensité, en fréquence, en nécessité; et que le mot est de même susceptible de recevoir une articulation plus longue ou plus brève, plus emphatique ou plus
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douce; qu'une addition ou un retranchement légers, le cliangement d'une voyelle ou d'une consonne, peuvoiil amener cet effet, cest-à-dire une traduction sensible de la nmdification imposée à l'idée.
L'instinct suflit à imposer aux hommes l'observation assez variée, mais constante de cette règle. Nous prononçons d'un ton très-différent, dans notre propre langue, les mots ions avez- ru, suivant qu'ils représentent une allirmation ou une interrogation; l'Australien met ses verbes à l'impératif en les prononçant avec emphase; l'Arabe, en redoublant une consonne, fait du verbe frapper le verbe faire frapper; le Mexicain forme beaucoup de iiluriels en répétant la première syllabe des substantifs. Dans presque toutes les langues de l'Asie, à commencer par l'hébreu, et dans la plupart des langues parlées par des sauvages, en Afrique, en Océanie, en Amérique, on rencontre des pluriels de substantifs, et même des verbes, en ta'itien par exemple, mis au pluriel par redoublement. En japonais, on peut dire homme homme pour des hommes: en mantchou, siècle siècle pour des siècles; dans le dialecte de la Nouvelle-Galles du Sud, grand grand veut diie très-grand. En malais, blanc blanc veut dire très-blanc : facile facile, facilement: où où, partout; mentir mentir, mentir habituellement, comme maison maison, des maisons, etc. Bien que le chinois soit très-éloigné du malais, les répétitions de ce genre y sont très-fréquentes ; on en rencontre même dans l'écriture dont la prononciation ne liciil pas compte. Ainsi le caractère qui signifie arbre et se prononce mv, répété deux fois, forme un caractère prononcé lin, qui signifie forêt ; trois eaux représentent de même une inunense masse d'eau, etc. Nous écrivons nous-mêmes R. P., révérend père, et RR. PP., révérends pères. Les Grecs usaient dans leurs temps passés d'un redoublement qui se retrouve en latin dans tango, teligi, parce que l'action parfaite complétée a quelque chose de plus fort que l'action entreprise.
En allongeant un mot, on peut exprimer l'actualité, la continuation d'une action, comme sa fréquence ou son intensité. C'est ainsi qu'on dit en turc sevenim, j'aime, et seviorum, j'aime en ce moment.
La plupart des idiomes distinguent ce qu'on appelle des genres : en cingalais et en algonquin, il y a le genre animé et le genre inanimé; les pluriels persans les reconnaissent. Ewald en trouve des traces dans le sanscrit et même dans les langues dites sémitiques. En algonquin, le verbe varie d'après le genre de son régime. Ailleurs, il y a connue un genre fort et un genre faible ; des voyelles plus sourdes ou plus claires les distinguent. En mantchou, de khakha, ama, homme, père, on fait hhehhe, eme, femme, mère. Des verbes mêmes se distinguent ainsi : en turc, olmaq, être, devient o/»ieÀ-, cesser d'être, mourir. Les terminaisons grecques et latines du masculin, du féminin, du neutre, rappelleid cette règle. Le Français allonge la dernière syllabe
DÉTERMINATION PHONIQUE. â5
des mois tV-ininins eu la faisant suivre dun c inuet. En irlandais, un mot, tel que blessure ou tribunal, passe du masculin au féminin par l'interpolation d'un i. Les peuples tartares, les Turcs par exemple, ont poussé loin la distinction des voyelles sourdes, claires et moyennes : ils les choisissent pour les flexions de leurs mots daprès une certaine règle eupboni(iue ; mais il est à remarquer que cette règle est connue aussi des Yolofs en Afrique et des Celtes en Europe. En allemand, cidin, nous voyons à la fois des pluriels se former par un allongement qui rend la prononciation du mot plus accentuée et entraine un changement harmonique de voyelles : ainsi fuss, fasse. Le changement de voyelles et l'accentuation plus forte ont survécu, en anglais, à l'emploi de la voyelle terminale : foot, feet.
Pour distinguer le nom du verbe, un temps dun autre, ou altribuer à un même groupe phonétique, à de mêmes caractères écrits, deux valeurs dilTérentes, on peut souvent se contenter de déplacer l'accent; cela a lieu en chinois quand on fait, comme on le dit, passer un mot dun ton dans un autre. On en retrouverait des exemples dans beaucoup de langues : ainsi, en anglais et en italien, cônlract et cârico sont des substantifs, tandis que contràct et caricd appartiennent à des verbes; âmo et amô, comme notre et le nôtre, sont distingués dune façon analogue.
On peut encore ajouter au substantif, au verbe, à l'adjectif, quelque syllabe signiticativc ou sans signification. Tsït, en chinois, signifie fils; on l'ajoute à quelques substantifs pour les déterminer : il devient alors explétif. La syllabe ra, qui n'a point de sens, joue quelquefois le même rôle dans la langue thaï : on dit, dans le nord de la Chine, Fb-wa, Pe-kin-niia, Ji-pan-nno, pour Fk, Pei-kin, Ji-pan; et ces syllabes terminales ajoutées quelquefois interrogativement, quelquefois sans objet apparent, comme cela a lieu pour d'autres syllabes dans d'autres langues, notamment en nubien, n'ont par elles-mêmes pas plus de sens que la terminaison d'un nominatif latin. On peut donc supposer que l'afTixe du nominatif n'a point d'autre origine.
II y a lieu de constater, sans qu'il soit possible d'en saisir clairement le motif, que les consonnes n, n, t et s, sont plus fréquemment employées que d'autres, et cela dans les idiomes les plus différents, à fournir la marque du génitif : on pourrait ajouter que t et cl indiquent souvent le passé, conmie n la négation, et y ou w l'affirmation.
Les langues dites sémitiques offrent l'exemple le plus frappant de déterminations grammaticales instinctives ou conventionnelles simplement phonétiques. Les voyelles ajoutées aux éléments écrits et aphones, aux consonnes du radical, donnent les temps et les personnes du verbe arabe. Il est difficile de s'expliquer l'établissement et les progrès de ce système grossier : sa complexité l'a fait passer pour savant auprès d'esprits prévenus : mieux inspirés, nous n'y devons voir qu'un monument bizarre de la barbarie des premiers âges.
2G CRÉATION DE LA GRAMiMAIUE.
En araljo, les pluriels se forment souvent soit par contraction, soit par développement. 11 y a (les idiomes, et particulièrement des idiomes africains, dans lesquels un changement de consonne donne le pluriel : ainsi nous trouvons en fourien dovo, homme, pluriel hoito, et dyoïi, hélier, pluriel le'a, en même temps que lurcnoii, femme, pluriel kénl. En fellata, nous avons de même mlan, autruche, pluriel dabbi; soudoii,. maison, pluriel choiidi. Noire mot œil, hien qu'il se lie au latin ocuIks, n'en présente pas moins un pluriel, yciu-, qui parait formé par la simple inversion des éléments phonétiques, qu'on pourrait transcrire d et //.
Quelquefois ce qu'on peut appeler le pluriel dillèrc du luul au tout du singulier : ainsi, en galla. (joiirha, garçon, a pour pluriel idjoUé; on pourrait considérer de même l'arabe liltel comme le pluriel de hsan, clieval : ce sont là, toutefois, des mots de source dilférente dont la signification a pu être limitée longtemps après leur adoption. Nous avons ainsi comme féminins d'étalon, de taureau, de Lélier, les termes de jument, de vache et de brebis. Le verbe latin tuli latum ferre réunit les épaves de trois verbes : on voit de même en maltais le verbe tghid, dire, se transformer à la troisième persoinie du prétérit en l'arabe /.«/, il a dit. Les faits de ce genre sont communs surtout dans les idiomes de peuples peu avancés. Plusieurs peuples africains ont des termes verbaux qu'il n'est pas possible de ramener à des conjugaisons. Nos verbes les plus usuels présentent aussi des formes dépourvues de lien commun; tels sont presque partout èlrc et avoir.
Dans le langage spontané et grossier des sauvages, une altération dans le son d'un mot peut modifier le sens de ce mot : dès les premiers jours cependant, et bien plus encore quand le langage se développe et s'étend, on voit apparaître l'expression plus claire des nuances grammaticales par l'emploi de mots signiticatifs. Rapprochés des mots dont ils complètent le sens, ils s'y unissent parfois intimement et en deviennent un appendice dont la valeur première est méconnue. Nos langues actuelles sont, comme les palais de Rome, édifiées avec des ruines: à travers tant de débris remaniés, il est diflicile de remonter la chaîne des temps. Nous ne saurions expliciuer toutes nos formes : mais il suffit que quelques traits soient saisis pour que le plan général se révèle. C'est ainsi que, bien que nos langues actuelles soient loin d'expliquer tous nos noms appellatifs, nous ne pouvons douter ({u'ils aient eu tous, h l'origine, une valeur significative dans le langage commun.
A peu près tous les déterminatifs grammaticaux du chinois sont significatifs : nonseulement les temps, le pluriel, sont formés au moyen d'un adverbe de temps ou de quantité, le féminin au moyen d'un mot signifiant femme, femelle ou mère, mais encore les cas sont marqués par des mots tels que pa, tsyang, prendre, saisir, pour l'accusatif. Diverses classes de substantifs sont distinguées par ce qu'on appelle des