ORIGINE DES PRONOMS
<luo lo visage s'enflamme. Ces expressions survivent même à Tinvention des mois propres : la Bible en fait souvent usage soit seuls, soit à coté deux. Les plus remar- (juables de ces figures se retrouvent souvent chez des peuples fort éloignés : ainsi les Turcs et les Béchuanas disent s'aimer soi-même pour être satisfait. Avoir des mots, pour se quereller, est une locution partout triviale et partout répandue. Les mots qui signilient vieillard et enfant s'appliquent de même aux chefs du peuple ou de ses familles et aux serviteurs, senior et ses dérivés, presbijter, chler, micien, comme cheikh en arabe et lao-ije en chinois représenteiil l;i première idée: la seconde est représentée par puer, oiilad et valet, garçon, inozo; boy, qui. en Chine, dans les maisons ouropéennes. se prend dans le sens de valet de chandire et de valet de pied : en turc par itch-oijhlan, etc.. tant il est naturel (riionorer l;i vieillesse et de ii''(laiiier de lenfance seule un service domestique.
On s'est demandé si les premiers mois éiaieiil des substantifs ou des verbes : ils sont à la fois lun et l'autre: leur place dans le discours indique, ainsi que ce qui les accompagne, leur valeur. Les verbes donnent naissance à beaucoup de noms. Les animaux, les astres, les plantes, peuveid être désignés par quelqu'un de leurs actes ou quelqu'une de leurs qualités, et sdiil nommés d'ordinaire de cette façon; mais quelquefois leur nom peut précéder un verbe ou un adjectif. Le nom d'ini objet dune certaine couleur servira à nommer cette couleur: le nom d'un animal qui rampe servira à exprimer l'idée de ramper, etc. Des substantifs tels que cash et land sont évidennnent aidérieurs à des verbes tels que to cash et to land. Dans presque toutes les langues, il y a des mots qui servent à la fois de verbe et de substantif. En arabe et en portugais, l'inlinilif est regardé comme le nom de l'action ; en mexicain, la troisième personne du présent de l'indicatif est un nom d'agent, connue chez nous le mot garde; dans quelques langues, on conjugue les adjectifs. En chinois, le mot homme employé comme verbe signifie humaniser: le mot bon, aimer; un même mot signifie monter, au-dessus, le dessus, élevé, etc., suivant la façon dont on l'emploie. En français, on dit le boire et le manger: en anglais, to man a wall, garnir d'hommes une nuH'aille: to hright, briller: lo look, regarder. Ces expressions sont dans le génie anglais. Mayhew a cité la locution freshherring a town, qui, dans la bouche d'un mar- ('hand de poisson, signifiait fournir de harengs frais une ville. On ne saurait aller plus loin.
Le pronom, important dans la plupart des idiomes et qui donne à quelques-uns presque toute leur grammaire, semble devoir être une des premières créations de la parole. Il a pour forme des mots brefs qui, pour la première personne, possèdent ordinairement une des consonnes n\ m, g; pour la seconde. /; n, s, k; et pour la troi-
iO CRÉATION 1)1 VOCABULAIRE.
sièiiie. /, s, h, I. Ou peut remarquer aussi que la troisième personne prend souvent des voyelles plus sourdes que la première ou la deuxième. Les pronoms ont donc partout (|uelque chose de commun et prouvent assez mal la parenté des idiomes. Ils ont pu être créés très-naturellement dans le mouvement de la parole et très-facilement acceptés, parce qu'une indication de la main dirigée par celui qui parlait vers celui à qui il s'adressait, vers celui dont il était question, ou ramenée vers son propre corps, a pu aider à les faire entendre. Toutefois, leur usage, très-répandu, n'est pas universel. Beaucoup de peuples, au lieu de pronoms, font usage de termes de respect ou dlmmililé. Les Chinois ont, comme nous, des pronoms; mais ils disent le nohle nom, l'humble nom, pour votre nom, mon nom; ils disent le vieux seigneur et le vieux père, pour vous et moi. Les pronoms leur sont donc inutiles. Leur emploi pour la deuxième personne est restreint en espagnol et en portugais; en italien, la troisième personne est usitée pour la seconde ; les nègres de Bourbon disent : Quoi ça rotis il (lit? (Que dites-vous?) Le pronom de la troisième personne est celui dont on peut le moins se passer; il figure dans le discours pour rappeler un objet déjà connu, soit le nom de cet objet. On pourrait donc supposer qu'il a d'abord été une abréviation (lu nom de cet objet, c'est-à-dire (lu'il y avait un nondjre illimité de tels pronoms, et que le choix a fini par s'arrêter plus spécialement sur l'un d'eux. Rien ne s'oppose, d'ailleurs, à ce qu'on attribue aux pronoms de différentes langues des origines différentes.
Il était facile, en montrant un ou quelques doigts et en articulant en même temps un son, de faire accepter ce son comme expression d'un nombre. Les Guaranis disent une main et deux mains pour dire cinq et dix; d'autres peuples américains, pour dire quarante, disent deux hommes. Chez les peuples de l'Europe, les Basques compris, et ceux de llnde, chez les Chinois, les Malais, les Turcs, les Arabes et les peuples voisins de ceux-là, la numération est décimale. Chez les peuples africains, américains, et en général chez tous les peuples peu susceptibles de civilisation, elle est quinaire, c'est-à-dire que l'on exprime six, sept, huit, etc., en disant cinq un, cinq deux, cinq trois (1). D'après le capitaine G. Grey, auteur d'un vocabulaire des dialectes du sud -ouest de l'Australie, les peuplades qui habitent cette contrée ne connaîtraient que trois nombres, tout nombre supérieur à trois étant rendu par le nombre trois ou par un mot qui signifie beaucoup, plusieurs. M. A. Alaury regarde
(I) Dans le slang italien des cliauntcrs de Londres, on dil, ponr sepl, laiit el neuf sous, say-onee, saij-dooe. siiy-lnii/ sallee; on dil aussi, il est \fai, seller, nller. noha sallee. Ce relour à la barbarie est singulier.