‹ Mémoires sur la Convention, et le DirectoireChapitre 14 sur 110 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

propre , et par nécessité , car ils sentaient que Paris serait leur tombeau. D^un autre côté les grandes villes telles que Lyon , Bordeaux , Marseille y Rouen ^ Rennes , Caen , étaient humiliées du joug insupportable de la capitale, et elles em* brassaient avec un orgueil légitime l'espoir de s^ soustraire et de devenir chacune un centre dans la république. Des esprits spéculatifs , et des ambitieux souriaient à Fidée des républiques de la Gironde y du Rhône , des Bouches-du-Rhône , du CahadoSy etc.... C'était un rcve séduisant; mais ce notait qu^un rêve , et le réveil fut terrible et san?glant.

En théorie , le fédéralisme nVtait rien moins qu^une absurdité; mais le moment était on ne peut plus mal choisi ; la France ayant à se défendre du royalisme et de la coalition, on ne pouvait trop centraliser ses moyens et ses forces. Un fédéralisme produit , non par un accord de toutes les parties, mais par un déchirement violent, eût conduit tout droit à la contre-révolution. Ceiit été une question digne de la plus sérieuse attention dans un temps calme , mais il ne. se présenta point. Lorsqu^on fit la constitution de Pan 111, quoique la tempête révolutionnaire fût sensiblement calmée , les esprits çtaient encore trop agités pour qu'ion eût osé parler de fédéralisme. Dès qu'une institution quelconque menaçait le moins du monde les prérogatives de la capitale , elle était conspuée et rejetée.

4o CONVBNTiON.

Que la populaUo0 de Paris, tour à tour mise en. çAouvement par le3 diflQsrens partis , ait exerce ima gr^Qde î^fl^nce smx les ai^embl^es repr^nta^ tivep, et décide souvent djes intérêts généraux de UEtal) ç^eat uue yérité qu'ion ne p^ut méconinaitre* I>aQ3 ^m ,État mcwnarchique même, le gouv^ne^ jjOLGpt oe laisse pas que dWe iafluencé parla ca-^ pitale à Faide de laquelle il influence i son toup la nation» G^est un effet naturel et inévitable; il a ses avantages et ses incpnvéniens. J^a capitale e^t le foyer dçs lumières , des talens ,. des arts , des sciences ) du goût, de la politesse, des richesses , de réclat , en un mot, de tout ce qui constitue le li^e ^t }e i^a^nement do la civilisation. Elle est, par conséquent, aussi le centre du bi^n et du mal qi^p t^utce brillant attirai) entraine à sa auite* La capitale déda^igne le^ provinces , et ce dédain desr çeud de degrés en degrés jusqu'^au village. Sur la scène le personnage ridicule eji berné est toujoorâ uu provincial ; le roué aimable ou fripon est vjk l'arisien et de la bonne compagnie» En revanche , a^t-on besoin d^qn modèle de raison, de probité et de. vertu , on le prend en province. Cet «tat de cboses était encore plps sensible avant la révolu-* ti<^. Alors la capitale était tout , et les provinces n^étaient que ses tributaires.; le gouvernement représentatif les a relevées de.cefc état d'^humiliation , sans toutefois avoir établi Téquilibre. On a reconnu que si la fleur des littérateur était à Paris ^ la.pro-* vince fournissait des hommes d^État et de gi^ands

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orateiiris. Mais la capitale donne toujours le toq pour les choses sérieuses comme pour les frivolités et lès vices. £st-<e la politique qui est à la mode 7 Cest Paris qui dicte la loi par ses salons, $es jour-> naux et ses écrits fugitifs. Son exemple entrain^ le reste de la France. Il n^ aurait que demi-mal si Topinion ou la conduite de la capitale étaient toujours les plus conformes à la raison et au véritable intérêt de PÉtat. Mais Texpérience a prouvé qu^il n^en était pas toujours ainsi. Ce nVsl pas dans la capitale que se trouve le véritable esprit public , cVst-à*-dire , le juste sentiment de Tintérêt et de rhonneur national. La population s*j compose d^hommes de tous les pays qui y sont attirés )a plupart par Famour des richesses et des plaisirs ; plus qu'yen aucun autre lieu le pauvre y est tour-* mente' de besoins , et le riche occupé .de jouissances : dans cette foule qui se presse chacua s^i*sole et ne voit que soi. Séparé par une oloison , on est plus étranger Tun à Tautre que si Ton était à la campagne, à deux lieues de distance ; on peuts^a«yilir impunément sans avpir à rougir devant son voisin; Thumanité nVst qu^une vertu de parade, te patriotisme qu^un calcul d'ambition. Paris rit ou pleure ; que les départemens i/e veuillent ou nse le veuillent pas, il faut qu'ails en fassent autant; la capitale Ta fait, c^est une affaire décidée : on Ta vu dans des jours de funeste mémoire. Paris a-^t-il ouvert ses portes à Tétranger , toute la France est conquise, sa résistance serait un crime, le sort de

42 CONVBNTION.

la tête a décidé de celui des membres. Doit-on en conclure qu'il faille brûler Paris? Non; mais qu'une république fédératîve et une telle capitale étaient incompatibles.

Le gouvernement fédératif eût détruit la prééminence de Paris; il eût été plus favorable à la formation et au développement de Pesprit républicain , et plus économique pour la France ; car il est douteux qu'une grande capitale lui rende tout ce Qu'elle lui coule. Dans un Etat fédératif, il y a moins de chances pour l'usurpation du pouvoir et plus de garantie pour la liberté politique. Si la France se fût fédéralisée en Tan III , Napoléon n'y eût peut-être jamais établi son empire.

il est reconnu qu'un Etat fédératif perd de sa force offensive, mais il gagne évidemment en force défensive. La Hollande, la Suisse, l'Autriche même qu'on peut regarder comme une monarchie fédérative, en ont fourni des exemples. Si, dans la guerre, les mouvemens de cette dernière puissance ne sont pas rapides , Tinvasion de sa capitale et de quelques-unes de ses provinces n'enlraine pas du moins la perte de tout l'En^pire.

Il est vrai que la république française était entourée de grandes monarchies; mais si le système républicain était propre à les effrayer , d'un autre côté elles n'eussent point été épouvantées par la crainte de l'invasion et la conquête.

Lorsque le peuple , au 3i mai, investit en armes la Convention nationale et demanda le supplice

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