‹ Mémoires sur la Convention, et le DirectoireChapitre 24 sur 110 · PERSECUTION DE 9IA FAMILLE. •— COMITE D^INSTRUCTIOK PUBLIQUE · texte numérisé non relu

PERSECUTION DE 9IA FAMILLE. •— COMITE D^INSTRUCTIOK PUBLIQUE

Apres le 3i mai, le comité de salut ptiblic nomma de nouveaux représentans" dans les départemens, pour y propager les prétendus bienfaits de cette journée , et pour y rechercher les partisans du fédéralisme. Deux de mes collègues , députés du département de la Vienne, y furent envoyés; c'étaient d'eux montagnards dérerminés qui rachetaient leur, obscurité par la vk>lence de leurs opinions et leur dévouement aveugle à la terreur. Je n'avais^ jamais eu la pensée de leur nuire; ils me déclarèrent une. guerre à mort par jalousie ou par fanatisme politique. Us destituèrent tous les fonctionnaires, et les remplacèrent par des hommes à leur dévotion. J'avais fait à la Convention nationale un rapport de ma mission , il fut brûlé à la société populaire de Poitiers ; je fus rayé de la liste de ses fondateurs ; on y délibéra une adresse à la Con* Vjention pour me dénoncer comme conspirateur; on posa des sentinelles aux portes de la salle, et Ton arrêta que ceux qui refuseraient de signer seraient traités comme suspects. Elle fut envoyée à toutes les sociétés affiliées. *

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Mon pètiS , le père ^ la mère , deux frères^ trois oncles et trois tantes de ma femme farent arrêtes ; des patriotes, mes atnis les pins intimes, qui avaient avec moi pris le parti de la révolution , éprouvèrent le même sort. Plusieurs d^entre eux auraient peutêtre échappé à la proscription en se réunissant à mes ennemis , ou en gardant le silence ; ils préfet rèrent les fers et la mort.

M. Tribert, mot^bcfau^père, avait, comme je Fai déjà dit, marehéd^s premiers contre les re*^ belles de la Vendée , à la tête de deiiuc compagnies de grenadiers de la garde nationale de sa com* mune. Fait prisonnier après une glorieuse défense, au mépris d^uné capitulation^ tnainéde caehots en cachots par les Vendééns^^ cqndanmé à être fusillé avec deux cent quarante comrpâgiiotis d# sa captivité, conduit au Iku deltw supplice, il avait donné à ses camarades^'le signal) de la résiatiince» Après avoir désarmé et mis > en fuite leurs bour-» reaux, ils s^étaient sauvés à travers mille-dangers* Arrivé à Nantes comme p«r miraeie^ M^ Tribert, épuisé par plusiietl'rs m^iis d^angoisses et de souffrances, fut atteint' d'iiDer/lovgue et cruelle maladie. A peine fut-il reD^é ulftns' ses foyers quUl j fut arrêté et dévoifé à réehafandé .

Mes persécuteurs avaient y sur iotts les pointa A& mon dépattcfment , de fidèles échos de. leurs ca-^ lomnies, et de làiihès ministres de leuars vengeances^ On décachetait mes Mtres , on jmieroeptait ,toute communication itveo |m familic; dons, «ne. de ces

lettre» je disais : u Qu'ésporer lorsque l$i probité et la vertu De sont à Tordre dq jour q^ie dans les de*trets de la Convention , et qvie les intrigans qui occupent la plupart des. placier ^n violent sivec im^ pudenôe les premières iaotion^? ». O9 m^accusa d^avoir entretenu .une correspondance suiversh^e de V esprit public ^ et contraire à Pénergie du gou-cémentent républicain. En^^nij^ ^^^usi plus de rela* tipns.quW^c une jeune so^j^r de di^-^^uit ans , qui brava v avec un dévoQetnmt h^roîqpie ^ \^ n^eoaçes et les poignards des assassina.

~ Je crois que le malheur d^ autres i^ nCeùX, point trouve insensible, et que 9 lor^^u^la terreur ne nh^ût pas menacé, moi-* même, jc^ n^en eusse jamais été ni le/càmpHçe , ni Vapotre. . Mais je ue rougirai pomt de; ilavoiier, 1a proscipiption des plus purs paUiotè^H la pMieetati.09t.dj8 jnOL ^mîl]e et à» me9aiBfiis,:le£i odieusc^s i^jtistiû^ doat jetais abre.uré, dessillèrent mes yeiix, et iEiIInm^t^Qt d^s mon amç ceile Itidignation que depMÎ^j^iS^ 'Relater avec lanr'de foTîce/et qui me douQ« le..q(^fagp 4^ par raltre a là trifaunov^l d^attaqi^^lia!^: tyrans.

Pendant leur règne ;j^}!^.ni'<>|]ta<4^ux fois pour demajider justiee de touéJba^^tt^qtats qui se commettaient dans mon département, è| pour justiQqp flk)ii père y dont Vi^mocence et lo patriotisme criaient vengeance. Ma voix fut ^tonffçe par. des •élam6Qi;s,»Faii rèfiisa >de BoTenteildre j.pa me reiir voyd àù comité de sureié f^érale*

J'^y ailay plus^pvs; Ibifl^) je.p^aî>9 j^^^riyia, K °V

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trottvai que des cœurs insensibles à d^injostes mat heurs, de feu pour accueillir mes persécuteurs i de glace pour m^entendre ; et des regards sombres et fiirouches semblaient me dire t « Prends ^rde^ (Q as toi-même un pied sur PéduiÊiudi >»

Comment peindre les tourmehs qui dëclùraient mon ame ! Que de jours passés dans les alarmes et de nuits dans les angoisses ! Quoique innocent des malheurs de ma famille^ je mé reprochais d'en être la cause; frémissant à chaque instant de voir les objets de mes plus chères affections dans ces tombereaux funèbres dévoilés k la mort , je faisais des vœux pour qii^elle les frappât dans leurs prisons. Je ne la craignais point pour moi, le supplice ne me semblait plus que le terme d^qne vie que la perver^té des hommes me rendait insupportable. En voyant passer quelquefois^ sous mes fenêtres, ces fatales charretées dé victimes avec le sourire de la réstgiiation , je me disais : Lorsqil^on va à réehafaud d^un air serein ^ ne sont-ce pas l& juges qui ÉùùX coupables ?

Ne pouvant écdrier Topage^jé pris le parti .degagner du temps; un de mes beaux-^frères avait, été traduit au tribunal révolutibnnafr'e. J^allai voir. Fouquîer-Tînvîïle ^ accursatear public ^ pour lui demande^ un délai : retarder le jngenient ^ c^étai< retarder la mort. Je recommandais à ma sœurd^em-. ployei* tous 9es soins pour fariife oublier nos pàtfeïks et nos amis^ et d'endormir le tigre puiaqîà^on no pouvait ptfi le fléchir.

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' Participer à la terreur qui x^ouvrait la France de deuil , et qui me menaçait, moi et les miens , c^eût été une épouvantable lâcheté. En m^isolant entièrement des affaires je me serais rendu inutilement suspect; les dominateurs ne trouvaient pas mauvais que les membres du côté droit, décimés le 3i mai, conservaîssent , dans leur silence , Tattitude d^un parti vaincu, ni que. le ventre restât ventre. .Mais la montagne n^eût pas supporté qn^un député qui y siégeait, quelque obscur qu^il fut, se donnât, par son inaction , Fair d^un mécontent. J'espérais dérailleurs quVn me rendant de quelque utilité, je m^en ferais un mérite pour ralentir au moins les effets de la persécution qui pesait sur ma famille.

Les comii^ les moins importans de la Convention étaient abandonnés à la. foule; il suffisait d^en choisir nu par la simple inscription de son nom pour en être membre. Je choisis dans celui d^agriculture et de comnierce^ il n^. en avait pas de moins ^couru ni de plus innocent, ^agriculture allait toute seule et comme elle pouvait ; le commerce périssait dVthisie par la guerre et le maxi-^ niwn : il était d^m autre côté dans la pléthore par Vabondànce des assignats. Avec la meilleure volonté du monde, il n^ avait rien à faire à cet état dé choses; Jem^occupai donc de Finstruction publique.

L^ Assemblée constituante n^avait fait que de beaux discours sur cette matière ; les universités ^ création de la monarchie , sVtaient écroulées avec

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elle ; quoiqu'elles n-eussent pas suivi la marche du temps , elles avaient fait beaucoup de bien , et méritaient peut-être un autre sort ; mais la faux révolutionnaire ne réformait point, elle abattait et Élisait place nette. I^ Convention voulut élever un édifice tout neuf; elle ne se bornait pas à Pinstruction , elle embrassait aussi Téducation publique , si négligée dans les universités, et chez tous les peuples modernes» L^entreprise était difficile : parmi les chefs révolutionnaires d^alors , il y en avait qui regardaient les lumières comme des ennemies de la liberté t et la science comme tme aristocratie; ils avaient leurs raisons pour cela. Si leur règne eût été plus long , ou sHls Peussent osé,, ils eussent fait brûler les bibliothèques , égorgé les savans , et replongé le monde dans les ténèbres* Ils répétaient contre les sciences les sophismes éloquens de quelques écrivains humoristes ; elles étaient , disaient-ils , la source de toutes les erreurs , de tous les vices , de tous les maux de Thumanité : les plus grands hommes s'étaient formés d'eux-mêmes , et non dans les universités et les académies. Ces dé^ damations flattaient • la multitude; les ignorans étaient ennemis des lumières par la même raison que les pauvres le sont des richesses. Ainsi , Legendrequi, tout boucher qu'il était, avait parfois des éclairs très-brillans d^éloquence naturelle , se croyait un Mirabeau. Il ne lisait que les Mémoires du cardinal de Retz , qu^il appelait le bréviaire des révolutionnaires. Il disait que tout le reste nVtait

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que fatras t etqu^il écrirait sur un de ses ongles toutes les vérités utiles contenues dans des milliersr de volumes.

On ne porlait donc que de ramener l'iionime^ aussi près que possible de Fétat de nature. Ge^ pendant , dans les divers plans que Ton proposait , il uY 9vaii rien de nouveau, on allait chercher des modèles dans les anciennes républiques. Rome et Athènes ne pouvaient convenir à des gens qui ne voulaient que du pain et du fer, ils donnaient la préférence aux lois sévères de Sparte. Il y avbit même des hommes très-éclairés qui donnaient dans ces chimères»

Ainsi Le Pelletier, je ne peux dire si ce fill par conviction, proposa son plan d^éducation commune^ Il fît fortune parmi les Spartiates , et fut adopté par le comité de salut public. Robespierre était tout^ à-fait dans ces principes t il dit à la tribune : a Voua sentirez la nécessité dç rendre Fédueation com^ mune et égale pour tous les Français. Il ne s^agit plqs de i<nrmer des messieurs^ mais des citoyens. La patrie seule a le droit d^lever ses enfans ; elle ne peut confier ce dépôt à Foi^ieil des famillesr ni aux préjugés dea particulier^ alimens étemels de Paris*" tocratie., et d^un fédéralisme domestique qui rétrécit les anaes en les isolant , et détruit avec Féga^ lité tous les fondemens de Tordre social. »

Qq était embarrassé du château de Versailles : on proposa d^en £iire une maison dVdnoatîon; on calculait qu^il pourrait copteair dix mille enfans.

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