‹ Mémoires sur la Convention, et le DirectoireChapitre 25 sur 110 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Pavais fait de grandes recherches , et la tout ce qui avait été écrit sur cette matière par les anciens et les modernes; Mes réflexions sur Tétat actuel de la société, et mes propres sensations comme époux et père , car dès-lors jVtais Tun et l'autre , me soulevèrent contre un système séduisant en théorie, mais qui faisait violence à la nature , qui privait la société de son Ueti le plus fort, celui delà famille, et qui me paraissait impraticable.

Deux fois le plan de Le Pelletier fut présenté par le comité d^instruction publique; à chaque fois je le combuttis, et il fut rejeté. Mes deux discours firent quelque sensation, et la Convention, sur la proposition de David , m'adjoignit au comité.

Mon système était fort simple. L'éducation domestique , un grand luxe d'instruction primaire j quelques établissemens nationaux pour l'enseignement des arts et des sciences utiles, la libre concurrence des établissemens privés, limitée seulement par une surveillance raisonnable : « Faites naître , disais-je , dans les parens , par vos institu-^ tions et vos lois, un intérêt puissant à élever leurs enfans dans l'amour de la république. Voilà tout le secret , il n'y en a point d'autre. »

J'eus souvent occasion, dans le comité d'instruc-^ tien publique, dans ses réunions avec celui de salut public pour cet objet, de développer et de soutenir ces principes , qui à la fin prévalurent»

Un^ fois membre du comité d'instruction pu*blique, je m'occupai avec assiduité des diverses

parties dont il était chargé , et je passais dans la bibliothèque qui j fut établie tout le temps que me laissaient les séances de la Convention.

Il était en général composé d^hommes modérés , car il y avait là fort peu d^influence à exercer sur les personnes ) et d^occasions de jouer un grand rôle dans la politique. Les temps n^étsrïènt guères favorables pour proposer et faire* réussir des plans utiles ; on s^ occupait donc principalement à donner des secours et des encouragemens aux hommes de lettres 9 aux sa van s et aux artistes que les circonstances réduisaient à la misère , à opposer une digue aux dévastations du vandalisme , et à conserver cette masse considérable de richesses scientifiques et d^objets dWt, que la suppression des maisons religieuses , et la confiscation des biens dMmigrés avaient mise dabs les mains de la nation.

L^abbé Grégoire fut un des membres du comité qui y développa le plus de zèle et rendit le plus de services : on connaît ses rapports , ils étaient conarageux pour le temps. Cétait un vrai républicain , actif, laborieux et désintéressé. Quoique prêtre et fidèle à son état, lorsque tant d^autres Tabjuraient, il était aussi ennem'i du fanatisme que du despo-* Usme et dé toute espèce de tyrannie.

Parmi les autres membres du comité se trouvaient:

Le peintre Daçid^ la gloire d*une école' qui avait eu f^ien pour créateur. Il avait la dictature des arts. Par son talent , nul autre nVn était plus digne.

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Ses élèves se faisaient remarquer comme lui par rexagération de leur patriotisme ; et la plupart de leurs compositions en étaient empreintes. Us se distinguaient aussi par ce costume du mojen âge, dont on Yoidat , un instant , faire le costume national. On a reproché à David d^avoir, par jalousie, persécuté quelques artistes. Je ne m^en suis jamais aperçu. Il y en avait un petit nombre qui tenait à Taristocratie , moins par opinion que par reconnaissance , car la révolution régnait dans tout les ateliers. Comme patriote , David a pu leur être contraire ; comme artiste , la supériorité de son talent ne pouvait le rendre accessible au sentiment d^une basse rivalité. La diflformité de ses traits et une certaine rudesse de manières ne prévenaient pas en sa faveur; mais dans rintimité, il avait de la simplicité et de la bonhomie.

Fourcroy ; il ten^t le sceptre des sciences naturelles et physiques , comme David celui des arts ; de plus, dans la société parleur facile; à la tribune, orateur agréable , et à Fécole , professeur presque sans égal. Républicain ardent, irritable, mais éclairé , il fut aussi accusé d^avoir précipité vers Téchafaud, ou laissé périr des savans qui, comme lui , étaient au premier rang dans la carrière. Je voyais Fourcroy tous les jours : il avait de Famitié pour moi ; jamais je ne lui surpris une parole , ni un sentiment capables dVbranler la haute estime que j^avais autant pour son caractère moral que pour ses grands talens. Je n^ai connu de lui que de

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nombreux services rendus aux sciences et à ceux qui les cultivaient.

Dukerriy médecin , fameux par la violence de ses cris dans la Convention, tl ne les épargnait pas non plus dans le comité. Il dit , un jour qu'on y citait J.-J. Rousseau, que c'était un aristocrate et un fanatique , et que s'il eût encore vécu , c'eût été un homme bon à guillotiner. Heureusement , les hommes de ce tempérament n'étaient pas communs au ëbmité.

Edme Petit; il avait une grande franchise, et disait , sur les choses et sur les hommes , des vérités toutes crues qui contrastaient fortement avec les opinions régnantes* On les lui pardonnait en faveur de son originalité. C'était un homme de bien , un adorateur passionné de J.-J. Rousseau, de sa personne et de ses écrits. Il affectait dans ses manières et ses expressions cette rudesse qu^on est convenu, par un contre-sens, de prendre pour l'enseigne de la philosophie.

Pkdchard Chottière, bon et brave homme, qui dormait depuis le commencement jusqu'à la fin des séances; probablement le plus sage, et sdns contredit le plus heureux de nous tous.

Léonard Bourdon j que l'on appela ensuite Léopard, et qui s'occupait par^-dessus tout de faire fleurir sa maison d'éducation aux dépens des autres établissemens de cette espèce^

La plupart de nos travaux étaient obscurs , car ils se bornaient à empêcher, autant que possible ,r

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