CHAPITRE YIU
calme et dignité , pour attendre la mort sur leurs sièges,. Ce mouvement fut imposant et sublime; car pour mon compte je ne doutais pas que notre dernier moment ne fîàt arrivé.
En eiSet Henriot, avec une troupe de sipaires qui formaient son état-major, sVtait avance jusque dans la cour des 'huileries;: mais il s^était retiré presque aussitôt, après avoir débauché des ca^ nonniers et enlevé quelques canons. Cependant, le premier mouvement de cet efiîroi passé , les memlires de la Convention reprirent courage, et soit que la crise fùx parveni^e au point où elle devait éclater, ou que le défaut de forces réelles inspirât faudace et le désespoir y on proposa enûn de terminer cette lutte scandaleuse en mettant hops la loi Robespierre et ses complices. Le décret fut rendu aux cris de viife la république l et des commissaires de la Convention allèrent le proclamer aux flambeaux. A mesure qu^ils sVvançaient et que la nouvelle du décret se répandait de proche eu proche, ceux qui étaient incertains se prononçaient pour la Convention , et ceux qui ne sMtaient réunis que par peur au parti de Robespierre,, s'en détachaient. Lorsque le décret fut connu sur la place de lHôtel-de-Ville , les bataillons de garde nationale qui s^ trouvaient se débandèrent, les citoyens se retirèrent chez eux ou allèrent au-devant des commissaires de la Convention , et dans raôtel-de-Ville même les complices de Robespierre rabandonnèrent.
Les commissaires -delà Convention y entrèrent afvecnane f6rc€f arm^e et dispersèrent et firent prisonnier' ce qui y Aait reste; Robespierre qui s'était tiré un coup de pistolet fat trouvé baigpaé dans son sang. Le matin il fut apporté au comité de i^alulr public , étendu sur une grande table et ex-s posé «ux regards et aux insultes d'une foule de* curieux (i)- Il avaît toute sa présence d'esprit; le coup de pistolet lui avait seulement fracassé une partie de la mâchoire, sa joue gauche était' très-enflée , du reste il n'était pas trop défigure.' Il restait immobile. Cependant on voyait dans ses yeux plus de dépit que d'insensibilhé du de honte. Il refusa d'*abord de se laisser panser, et lorsque le chirurgien voulut lui desserrer les dents avec un morceau de fer, il se relevrf, descendît seul deîa table sur laquelle il était couché et alla se placer sur un siège. On lui mit un appareil et il fut conduit à Féchaiaud. Ce même peuple qui Tavaît , pour ainsi dire , divinisé , Yy accompagna 'dé ses imprécations- '
Le 9 thermidor fut donc l'effet du hasard , comnie la plupart des grands événemens dans l'histoire.' S6nt-dls funestes, l'homme ne manque pas d'en accuser le sort: sont-ils heureux, il les attribue à sa prévoyance et à sa sagesse; Après la vîfctoire
(i)Il essuyait la salive ensanglantée qui sQrtait.de sa bouche avet l'étui d[*u^ pistolet sur lequel était cette adresse : ÂÙ grand monarque.