CHAPITRE I
proarée. Depuis, et lorsque Tempire s^est élevé sur les ruines de la république , on a amèrement blâmé la Convention d^avoir décidé par acclamation et pour ainsi dire à Fimproviste , une question ' aussi majeure et qui était d^un aussi grand intérêt pour la France ; mais il est certain que les esprits y étaient préparés (i). Les événemens précédens Pavaient déjà forcément décidée. Dans la situation des choses, il était impossible de relever le trône ; une assemblée de Lycurgues et de Solons n^ eût pas réussi. IL n^étaît au pouvoir de qui que ce fut de rétablir la dynastie qui avait cessé de. régner. Personne nY pensait. D'Orléans, le seul prince qui avait eu quelque popularité, était avili, et la mo-» nar<^ie flétrie. Si la Ck>nvention eût pu résister à son propre enthousiasme, à Timpul^on d'aune grande partie de la nation et à la nécessité sous laquelle elle se trouvait placée, elle eût, en travail* lant à la cûntrenrévolution , allumé la guerre civife dans toute la France.
Je siégeai a la Montagne. J^ f^^ entraîné par des députés de mon département , déjà membres deFAssemblée législative, par une conformité de principes , Téoergie des opinions et la rapidité des résolutions; enfin, ayant voté la république, je
(i) Quelques heures après que le départ du roi pour Varennes fut connu à Paris , tous les signes 'de la royauté avaient disparu.
IQ CONVENTION.
crus devoir m^unir à ceux que je regardais comme ses plus chauds défenseurs.
Je fus long-temps sans pouvoir me décider à à parler. «Tétais comme étourdi par les talens des uns, la facilité des autres et Faudace du plus grand nombre. Ce spectacle nMtait point nouveau pour moi. J^avais vu à rAssemblée constituante d^aussi grands talens sans doute ; mais alors je nVtais qu^au parterre. «Pavais parlé au barreau , au club , mais cVtait devant mes compatriotes. Maintenant jMtais acteur moi-inême sur un grand théâtre , en présence d^une grande nation, de FËurope entière.. J^étais effrayé de mon inexpérience et de ma por*- ^ tion de responsabilité. La défiance de mes forces
^ et une sorte de timidité enchaînaient ma voix et
mMcartaient de la tribune. '
D^un autre côté, il fallait souvent disputer et conquérir pour ainsi dire la parole , braver les signes d^itnprobation et les murmures. Pour rompre le silence il m^eût fallu un grand effort. Je trouvai plus facile de me taire. Une fois que jVn eus pris rhabitude , je tf eus plus la volonté d^y renoncer.
Siéger à la Montagne et ne point aller aux Jaco* bins, cela paraissait un contre-sens. Plusieurs de mes collègues voulurent me mener à la sociétémère. Je résistai opiniâtrement. J^avais fondé un club dans ma ville natale ; j^étais alors simple citoyen Lorsque ma voix eut de Tinfluence sur les affaires de FEtat , je me fis une loi de conserver mon indépendance. Il me paraissait contraire à la