CHAPITRE XIII. l
qu^un rassemblement assiège le Heu de ses séances, et force tous les postes extérieurs. Nous fermons les portes de la salle , pour donner au moins aux comités de gouvernement le temps de venir à notre secours. Le président confère le commandement à un général qui se trouvait accidentellement à la barre. On décrète, sur ma proposition , que ce général est autorisé à repousser la force pair là force. La nôtre se réduisait k quelques grenadiers de notre garde , renfermés avec nous. La porte de la salle est enfoncée, nous faisons bonne contenance , chaque représentant , quoique sans armes, s^oppose à Pirruption des insurgés; ils hésitent et sont repoussés , on en arrête même quelques-uns ; mais ils se renfoi'Cent, ils reviennent à la charge; le tumulte recommence. Le représentant Delmas est chargé de commander la force armée , on propose de lui adjoindre le général Cavaignac, Ferraud et Barras. Je m'écrie qu'il n'est pas question de délibérer, mais d'agir. La porte de la salle est de nouveau enfoncée , en vain nous nous opposons à l'irruption des însurgés, rien ne peut les àïréter. Ferraud leur dit qu'ils ne violeront le sanctuaire des lois qu'en passant sur son corps; ils l'étendent mort, envahissent la salle et s'emparent de tous les bancs. Le corps de Ferraud est traîné au dehors ; des cannibales coupent sa tête, et reviennent la porter en triomphe dans l'assemblée. Ils la présentent au président, en le menaçant du même sort. Il récarte d'une main , en détournant ses re-
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gards de ce sanglant trophée. Cétait Boissj d^An^ glas qui , dans cette horrible journée , immortalisa son nom par le courage et la dignité qu^il opposa aux lâches fureurs de la multitude.
Epuisé par ces cruelles épreuves ^ il céda le fan* teuil à Vcrnier. Une circonstance aussi difficile était au-dessus des forces de son âge et de son ca-* ractère. Avec les intentions les plus pures , il devint Tinstrument des insurgés : ils ne se bornèrent point, comme le lâ germinal , à souiller la salle ; le reste de la montagne^ qui les dirigeait^ s'était rallié et ne perdit pas cette occasion de prendre sa revanche. Des hommes ivres de vin et de fureur , des femmes altérées de sang , parcourent la salle , la font retentir de leurs hurlemens , montent sur les sièges ) et accablent d^outrages les représentans confondus dans la foule. Les montagnards, parmi lesquels se montrent au premier rang Bourbotte, Goujon , Romme , Duroi, Duquesnoi et Soubrani , applaudissent d'abord à ces excès ; ensuite ils prennent la parole, comme si dans ce désordre il y avait eu une ombre de la Convention ; ils font des motions ; les révoltés les appuient de leurs bravos et de Jeurs cris, délibèrent avec eux , outragent les représentans qui essaient de s^ opposer. Le commandement des forces est décerné , par acclamatipn, à Bourbotte. Il est nommé membre d^une commission extraordinaire créée pour remplacer le comité de sûreté générale. Alors il fait décréter Tarrestation de tous les folliculaires, dont les écrits.