CHAPITRE XIII. i
disait-il , avaient empoisonné Pesprit public depuis le 9 thermidor , et la réintégration , dans les prisons, de tous ceux que cette journée avait rendus à la liberté. Le président Vernier met aux voix et prononce les décrets de cette multitude , à laquelle désormais il est impossible de résister. Enfin, dans quelques heures , tout ce qui s^est fait depuis le g thermidor est anéanti. On a fait le procès à cette journée, et la proscription plane sur ses auteurs et ses partisans. Un peu plus de prévoyance et d^audace, c'en était fait, la terreur relevait les échafauds , inondait encore une fois la France de sang, et Fenveloppait de son crêpe funèbre.
Les montagnards, aveuglés par la facilité de leurs succès, ne firent point ce qui était néces-^ saire pour en recueillir les fruits. Tandis quHls péroraient et qu'ils rendaient des décrets, les comités de gouvernement, revenus de leur première surprise, rassemblaient des forces. Les thermidoriens parcouraient les sections. Les républicains honnêtes y par amour de la liberté , les gens qui avaient quelque chose à perdre par la crainte du pillage , des royalistes même , pour sauver leurs têtes , arrivèrent au secours de la Convention. D'un autre côté , à mesure que l'on avançait dans la nuit , la plupart des insurgés qui étaient dans la cour et dans le jardin des Tuileries i se retirèrent peu à peu, par la raison que les Parisiens, suivant l'expreesion du cardinal de Retz , ne savent pas se desheurer. Il ne restait ddns'la salle et les tribunes
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que les plus acharnés. Les comités forment un plan d^attaque. Quatre colonnes arriveat à la fois par les quatre entrées de la salle , et y pénètrent au pas de charge. Les factieux surpris essaient de les repousser , le représentant Kervélégan , qui était à la tête d^unedes colonnes, est légèrement ble3$é ; mais 1^ multitude, que Fépou vante rend incapable de ré3i3tance, chercha son salut dans la fuite. Elle ne trouve point d^issues libres , car elles étaient remplies par les défenseurs de la Convention. Pendant quelque temps on resta copfondu pêle-mêle , vainqueurs et vaincus, jusqu^à ce qu^enfîn , pour faire cesser ce désordre , on déblaya une porte et Ton forma deux haies au travers desquelles les révoltés se retirèrent sans autre punition que quelques coups de pied que la garde nationale leur distribua en passant. Cest une chose remarquable que , dans ce tumulte qui dura au moins douze heures ^ il n'y eut de sacrifié que rinfortuné ^erraud. Les révoltés ne lui en voulaient pas plus qu'à tout autre représentant. C'était un hommje peu connu ^ quoique rempli d^hpnneur, de courage et de dévouement. Il l'avait prouvé dans différentes missions qu'il avait remplies ^ux arniées. Il fut assassiné parce qu'entendant prononcer le nom de Ferraud celui qui le tua le prît pour Fréron. Il emporta les regrets de tous les partis.
Lorsque la Convention fut délivrée (il était minuit passé ) , Legendre proposa de déclarer que les décrets rendus pendant la journée étaient
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Touvrage des factieu;i et uon celai de la Con* vention.
Je parlai après lui : a On fait, dis-je, injure aux principe^ et k la Convention en lui proposant de rapporter des <b^retsqu^ellenV point rendus. Quoi! serait*- ce lorsque les conspirateurs qui étaient dans cette enceinte et qui j sont encore ( la mon-* tagne ) nous menaçaient jde leurs poignards, lorsqu'ils avaient les mains teintes du sang de notre infortune collègue et qu'ils vous préparaient le même sort , quç la Convention aurait pu délibérer? Et quels décriet^ aurait-elle rendus ^ Grands dieux ! des décrets de sang , de pillage , de carnage et de guerre civile! Non 9 la Convention n'a rien fait , eUe n'a rien pu faire; elle n'enistait plus lorsqu'une foule égarée ou coupable votait avec quelques représentans ses complices , lorsque les représentans fidèles étaient outragés et égorgés. Mais puisque ces bomm^, par la réaction la plus audacieuse, OQt voulu rétablir la tyrannie plus terrible encore qu'avant le 9 thermidor, la Convention ne doit pas bé^^r à les frapper. Vous n'avez pris jusqu'à pré* sent que dçs demi-mesures; il n'y a plus d'espoir de çooçiUatiQn entre vous et une minorité factieuse. Puisque le glaive est tiré et que le fourreau a été jeté si loin t îl f^l^t l^ combattre et profiter de la circonstance pour établir la paix dans la Conven-tion et dans la république. Jamais un plus grand crime n'a été commis contre la nation et ses repré-^ s^t^s , que de rendre des décrets pendant qu^
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la Convention était opprimée, égorgée par des scélérats. Je demande que ces mandataires infidèles et qui ont trahi le plus saint des devoirs soient mis en état d^arrestation ; que les comités de gouverne-, ment, qui, malgré les prétendus décrets qui les cassent, recouvreront sans douteleurénergie, vous proposent des mesures justes et sévères contre ces députés traîtres à leurs sermens ; que sur la demande de rapporter des décrets qui n^ont jamais pu valablement exister , la Convention passe à Tordre du jour motivé dans un considérant qui présentera le tableau historique de ce moment d^oppression et de crime, afin que le peuple et la postérité puissent juger entre nous et nos assassins. »
Il n^y avait p^i^ nioyen de reculer. En leur pardonnant nous eussions joué nos têtes, celles d^un grand nombre de Français et peut-être le sort de la république.
La Convention décréta d^arrestation,fiourbotte, Duquesnoi , Duroi , Goujop , Romme et Soubrani. Ils furent arrêtés. »
Le lendemain, Genissieu proposa de déclarer traître. à la patrie tout représentant qui , lorsque la salle des séances de la Convention serait violée , ferait des propositions qui' pourraient être converties en décrets. Dugué^Dassé renchérit encore et proposa la mise hors la loi* Je crus entrevoir que Ton voulait appliquer cette mesure aux représentans arrêtés.
if, Mon inteption , dis-je, tfest pas de dissimuler